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Full text of "Répertoire historique et archéologique de l'Anjou"

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RÉPERTOIRE ARCHtOLOGIOlJË 



DE L'ANJOU 






ANGERS, IMPRIIIKIUB OE COSNIBR ET LACHÈSE 



soaÈn tHPiiuALB d'agmcultorb, sciences et arts 
ANCIENNE ACADÉMIE D'ANeERS. 



COIIISSIOI ÂRCIÉOLOGIQUE 



DU DEPARTENBMT 



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RÉPERTOIRE ARGHÊOLOGIQIie 



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IMPRIMERIE DE COSNIER ET LACHÉSE 
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IMPÉRIALE d'agriculture, 8CIENCB8 ET ARTS 

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RÉPËRTOIEi ARGHÊOLOGm 



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Année i86S. — Janvier. 




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Chanmée Saint-Pierre, 13 

1863 



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(suite). 

i^ Les masques. 

Au catalogue des objets du cabinet de M. T. Grille, 
dressé par M. Carrand, ^n 1851, on lit : « N<^ 561, 
masque de femme en feuille d'argent battu ^ de graU'- 
deur au-dessus de nature, ayant les yeùi évidés; des 
espèces de cbatons concaves ornent le bord du vête- 
ment au bas du cou , un pareil chaton est placé d^ns 
la chevelure au-dessus du front. On sait que chez les 
Romains, ce genre d'ornement appelé par eux clavus^ 
. d'où laticlave, était exclusivement réservé aux personnes 
du plus haut rang. Quelques trous rfui existent sur le» 
bord extérieur du masque semblent avoir été destinés 
à le fixer à une statue^ probablement celle de la déesse 
adorée en ce lieu. ^ 

» N<> 562, autre masque, les yeux y sont également 
repercés, seulement à l'endroit des prunelles. Les cavités 
des yeux ont dû être remplies par de l'émail ou de l'or.» 
L'emploi de l'émail était surtout en usage à cet effet 
chez les anciens, ainsi que nous avons pu le constater 
en visitant le musée de Naples. Le moyen âge lui- 
même s'en est servi /voir la statuette en bronze de 
N.-D. du Ronceray, à la Trinité d'Angers)., 

Un troisième masque, mais celui-ci en fer battu, 
trouvé au même lieu que les précédents, en Anjou, 
appartient au Musée des antiquités d'Angers; les deux 
autres sont au Louvre. 

2© Figurines votives. 
Elles sont classées dans le catalogue Grille sous le 

REP. ARC. 1 



— 6 — 

no 587. En 1854, M. Macé^ curé de N.-b». d'Allençon 
(le même qui était pasteur de celle paroisse en 1836, 
lors de la découverte des objets dont il s'agit), m'assura 
que des trois figurines votives, une seule était authen- 
tique*; \èk deux autres auraient été faites après coup, 
récemment ad omamentiim; avis à MM. les conserva- 
teurs du Louvre. 

3^ Les deux canihares avec, inscription. 

Ils sont classée dans le catalogue Grille sous le 
no 573. Ces inscriptions , en capitales nommées rusti- 
ques^ par M. Carrand, ont cela de particulier qu'elles 
^oXiX poiritilléês ^ c'êst-à-dire que leurs lettres ont été 
formées à l'aide d'un poinçon. Cet usage de pointiller 
était connu dès Grecs ; nous aVons pris note au mu- 
sée dû Capîtôle, à Rome, d'un vase de brohzé trouvé 
près d'Âlbano, et sur lequel on^rema^iViB une légèUde 
en lettres grtecques pointillées. 

Nos deux inscriptions du Sacellurh ont été déchif- 
frées par M. Carrand (catalogue Grille page 4-1). « Ces 
inscriptions, dit-il, sont à peu près les mêmes dans les 
deux vases, et se rapportent à un seul et même fait; 
elles présentent tant d'irrégularité et d'incorrection, 
qu'elles ont jusqu'à présent défié la perspicacité de 
tous les lecteurs Aussi sommes-nous loin de consi- 
dérer notre explication comme parfaitement satisfai- 
sante; nous -la livrons sous toute réserve. » 

EX AYCT. D. MINER. DON. C AVDIL ET PR. CRIMIL. 

L. X. EMER. 

C'est-à-dire : Ex auctorammto Deœ Minervœ donum : 



— 7 — 

Caia Audilia et Proba CrimiUa quinquaginta denariis 
emerunt. 

Traduction : Don par suite d'un vœu à la déesse Mi- 
nerve; Caia Audilia et Proba CrimiUa y l'ont acheté 
)inquante deniers. 

L'autre inscription ne diflfère de celle-ci que par le 
second prénom dans lequel on lit : la (Labiena), au 
lieu de pr (Proba). 

a Ce précieux ensemble, composant le trésor d'un 
temple, a été trouvé, continue M. Garrand, peu d'an- 
nées après la célèbre découverte du même genre, faite 
à Berthouville, que l'on admire aujourd'hui au musée 
de la Bibliothèque nationale. Sans analogues dans les 
autres collections de l'Europe, ces deux trésors, à part 
la supériorité artistique de celui de Berthouville, of- 
frent entre eux de nombreux points de ressemblance. 
Tous lieux, en -effet, contiennent l'idole ou l'image de 
la divinité à laquelle ils étaient consaci^és;... tous deux 
effrent cette particularité remarquable que la plupart 
des ustensiles y sont doubles, c'est-à-dire par paire. » 

Cependant je ferai remarquer qu'il y a une telle dif- 
féreDce dans le style des deux masques, que je ne les 
crois pas de la même époque, ou du moins du même 
artiste. 

4° Le disque représentant Apollon. 

Voici ce qu'en a écril M. L^jard, membre de l'Insti- 
lut de France , au tome XX , 2® partie , page 260, des 
Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles- 
letures. 

€ L'imitation d'un type grec, imité lui-même ou plu- 



— 8 - 

tôt transformé d'après un type asiatique, ne se décèle 
pas moins dans un disque d'argent, de travail romain, 

représentant Apollon avec l'attribut du cyprès Ce 

disque provient du trésor d'Allençon, près de Brissac, 
en Anjou. Ce trésor se composait de trente-quatre ob- 
jets, donl le plus précieux, sous le rapport de la oiy- 
thologie, du syinbolisnie et de l'art, est sans contredit 
notre disque d'argent. Ces trente-quatre objets ont été 

acquis par le musée du Louvre Le disque présente 

en relief et vu de face, Apollon debout presque nu, le 
bras gaucho appuyé sur un trépied à griffes de lion; 
dans sa main droite, le dieu solaire tient une branche 
de laurier. Une légère draperie, qui part de l'épaule 
gauche, couvre une portion des cuisses et toute la 
jambe gauche jusqu'au cou -de-pied; les deux pieds 
sont nus. A droite et à gauche d'Apollon s'élèvent des 
rochers, dont la disposition, pour le dire en passant, 
rappelle les rochers qui, sur un grand nombre de mo- 
numents romains, forment la grotte au milieu de la- 
quelle est placé Mithra, le dieu solaire des Perses. 
Pour compléter l'analogie, un corbeau, fidèle compa- 
gnon d'Apollou comme de Mithra, est.posé sur les ro- 
chers placés à la droite du dieu. De là l'exemple du 
corbeau des bas-reliefs mithriaques. Il semble contem- 
pler attentivement le sacrifice auquel il assiste, mais 
ses regards s'arrêtent sur une grande roue qui forme 
une saillie très-prononcée. Cette roue ne se rencontre 
sur aucun des monuments mithriaques que nous ont 
légués l'antiquité persique et l'antiquité romaine. Je 
ne sais jusqu'à quel point il est permis de croire que 
sur ces derniers, elle est en quelque sorte remplacée 



- 9- 

par les roues d'un cbar qui porte tantôt le soleil, tan- 
tôt Mithra lui-même. Symbole connu d'Apollon et de 
Némèsis, et fréquemment placée sous la patte d'un grif- 
fon, animal solaire , la roue rappelle tont â la fois le 
mouvement rapide du soleil et les arrêts du sort ou du 
destin. C'est à ce double titre qu'on la voit ici auprès 
d'Apollon, dieu solaire et créateur qui préside à la vîe 
et à la reproduction. Un grand cyprès pyramidal planté 
entre le trépied et les rochers, achève de caractériser, 
comme symbole de vie, les foncjlions dévolues à ce 
dieu ; et cet arbre, nous le retrouvons sur des monu- 
ments romains consacrés à Mithra. . . . • . . . 

» Enfin le style du disque d'argent permet de faire 
remonter ce monument au i^r ou au ii« siècle de l'ère 
chrélienne, c'est-à-dire à une époque peu éloignée du 
temps où Auguste avait établi une colonie romaine 
dans la ville d'Alexandria-Troas. > 

M. Lajard parle ici d'Alexandria-Troas y parce qu'il 
trouve au revers des médailles autonomes coloniales 
de cette ville d'Asie, un type analogue à celui de noire 
disque angevin. 11 en conclut que ce type asiatique fut 
importé dans les Gaules (voir page 107 du tome XX 
précité). 

t L'attribution du cyprès à Apollon, continue M. La- 
jard, sur un disque romain trouvé dans les Gaules, 
nous autorise sans doute à présumer que ce symbole 
appartenait aussi à la Diane romaine, de même que 
nous l'avons reconnu parmi les attributs de l'ArtémiB 
grecque... On attribue aussi à Silvain le symbole du 
cyprès. » 

On a découvert également, non loin de N.-D. d'Al- 



— 40 ~ 

lençon, une pièce d'argent consulaire crénelée, de la 
classe de celles nommées numismata serrata; elle est 
de la famille Fufia. Un Fufius avait été tribun du peu- 
ple l'an de Rome 691. Ces médailles, à bords dente* 
lés, sont communes, parmi les consulaires, jusqu'au 
temps d'Auguste. La malice des faux monnayeurs avait 
obligé de prendre ces précautions dès le temps de la 
république. Cette mesure eut pour but de rendre ira- 
possible l'usage des pièces fausses dites fourrées, c'est- 
à-dire recouvertes d'une simple feuille d'argent. 

On a encore trouvé, près d'Allençon, des pièces à 
l'effigie ^e Commode, de Domitien, des Faustines, de 
Gordien III, et une intaille de verre antique représen- 
tant, d'après une pierre grecque , Prométhée, attaché 
à un rocher par Vulcain, la Force et Mercure. 

14o COMMUNES DE CHARGÉ ET SAINT-ELLIER. 

Il résulte d'une enquête administrative faite en 1856, 
par les soins de la Commission archéologique, qu'il 
existe dans cette commune, sur le bord d'un étang, un 
retranchement romain que nous signalons pour mé« 
moire, ne l'ayant pas encore vérifié. Ce camp ne serait- 
il point celui dans lequel Fabius se retira lors de la 
poursuite qu'il fit de l'armée des Andes, commandée 
par Dumnacus, au temps de J. César? < Gonsequun- 
tur équités nostri... invaduntque Dumnaci agmen... 
ita re bene gesta se recipiunt in castra. » Alinéa 27, 
lib. VIII de BeUo Gallico. 

15o COMMUNE DE SAINT-JEAN-DE-LINIÈRES. 

On découvrit en 1762, une buire haute de onze 



— H — 

ponces sur sept de diamètre, de l'époque romaine. 
Cette buire avait un couvercle; c'était un de ces vases 
qui servaient à faire rafraîchir F eau (Voir Bodin, t. I«', 
Bas AtyoUy page 53, 1*^ édition). 

16» COMMUNE DE BOyCHEMAINË. 

Au rapport de M. Béraud, tome V, page- 372 des 
Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arls 
d'Angers, il existe sur cette commune une voie nom- 
mée Chemin romain^ se dirigeant vers le nord -ouest. 
Dans un champ voisin, on a découvert des fragments 
de tuiles à talon, du ciment, des pierres oolithiques 
et des cercueils en pierre de Doué. 

t7o COMMUNE d'INGRANOES. 

Vers 1813, on a trouvé à Ingrand.es quatre cents 
monnaies romaines d'Auguste, en argent. 

Ce nom d'Ingrandes et d'Ingrande se rencontre en 
sa endroits. Savoir : 1° notre Jngrandes-sur-Loire (1); 
2« le fief d'Ingrandes sur le territoire de la Chapelle- 
HoUin, près de Pouancé (2) (Maine-et-Loire); 3° In- 
grandes près de Châteaugontier (Mayenne); 4^ Ingran- 
des près de SaintrPatrice, non loin de Langeais (Indre- 
et-Loire); 5® Ingrande près de Ghâtellerault (Vienne); 
6® Ingraqde près (je Le Blanc (Indre). 

Les quatre premiers lieux sont situés aux limites de 

(i) Il y a, écrit Ménage dans son Sablé, page 136, une grosse 
pierre dans le bourg d'Ingrandes-sur-Loire , qui fait la séparation des 
âeui provinces de TAnjou et de la Bretagne. 

(S) Voir la page 90 d'un recueil d^aveux, titre de Champîré, 
B. piété par M. Alfred de Falloux. 



— 12 — 

l'Anjou, d'avant 1789, savoir : deux vers l'ouest, do 
côté de la Bretagne, un vers nord, du côté du Maine 
el un autre vers l'est, du côté de la Touraine. 

Quant aux deux derniers lieux portant le nom d'In* 
grande, le n^ 5 est situé sur la limite du Poitou et de 
la Touraine, et le n^ 6 sur la frontière du Poitou et 
du Berry. 

Ce nom d'Ingrandes ne parait donc pas absolument 
spécial à l'Anjou, et ceci compromet quelque peu Té- 
tymologie de ingressm Andiuniy entrée des Andes, que 
nous donne Pierre Eveillard en son livre manuscrit de 
la juridiction du Présidial d'Angers , où il assure que 
« la ville d'Ingrandes-sur-Loire est appelée ingressus 
» Andium dans le cartulaire de St-Aubin d'Angers. » 

D'autres titres la nomment Ingranda et Hingranda^ 
Ménage admet Igorandis et rejette ingressus Andium 
(Sablé, page 136). 

Quoi qu'il en soit, il paraît que ce nom d'Ingrandes 
emporte l'idée de limites, du moins, si l'on doit en 
croire ce passage des Bulletins de la Société des anti- 
quaires de l'ouest, 1«r trimestre 1858 : « Sur la reraar- 
» que faite, dit M. Ménard, par M. l'abbé Toury, que 
» huit localités nommées Ingrandes, Eygurande, Igue- 
» rande, Ingranne sont toutes situées sur des confins 
» de provinces ou de diocèses , notre confrère M. Gar- 
din, si versé dans la connaissance des idiomes celti- 
» ques, a reconnu que d'après ses racines, le mot 
» IngrandeSy sous les différentes formes précitées, em- 
» porte l'idée de limite. Ainsi le mot gaulois Ingrandes 
» a été traduit par le mot latin fineSy comme le mot 
î> syrien Baalbeck^ ville du soleil, a été traduit par le 



— 48 — 

> mot grec Héliopolis, qui a le même sens, et la phi- 
» lologie confirme ainsi la géographie. » (Voir encore 
mêmes Bulletins, 1853, page 100.) 

Rapprochement curieax, un auteur angevin, Pas- 
chal Robin du Fauz, s'exprime ainsi : c Je trouve que 
le mot d'Anjou s'écrivait diversement ango, andgev^ 
ANDGVN et... AKJOU, dout nous pouvons conjecturer que 
les termes de GO, on gav, ou gev, ou gvn signifient 
extrémité^ fin et limite. » 

Paschal ne nous dit pas en quelle langue tous ces 
monosyllabes peuvent signifier limite (voir Rép, arch.^ 
ann. 1861, pag. 19). 

D'un autre côté, François Desrues, dans sa descrip- 
tion de la France, page 225, écrit : « Le pays d'Anjou 
est de petite étendue, servant de bornes et finages à la 
Gaule celtique. » 

Un jeton en cuivre du xvi* siècle nous donne aussi 
cette légende : 

CLEMENT. ALEXANDRE. 

GARDE. DE. LA. MON. 

^ DE. ANGIERS. ANTIQUE. 

CLEF. DE. FRANCE. 

Cette dénomination de clef de France implique égale- 
ment l'idée de limite. Le nom de notre province où 
finissait ce qu'on appelait . encore ^ au ix^ siècle la 
France, vers sud, aurait donc été synonyme de fron- 
tière. 

Mais revenons à l'examen du mot Ingrandes. D'après 
les uns, nous venons de voir qu'il signifie limites en 
général , et suivant les autres , limites spéciales à l'An- 



--14 — 

jou, ingressus Andium. Bodin, dans l'édition Montalant, 
Angers 1847, à la page 4, admet avec Pierre Eveillard 
ce sens spécial, et il en conclut qu'à l'époque romaine, 
d Ingrandes, sur la rive droite de la Loire, séparait 
les Angevins d'avec les Armoricains; Ingrandes, prés 
Châleaugontier, d'avec les Aulerces - Cénomans ; In- 
grandes, près Saint-Patriee, d'avec les Turones, et In- 
grandes-sur-Vienne, d'avec les Pictones. > 

Il suit de là que l'Anjou, sous les Romains, aurait 
occupé le nord de l'Aquitaine depuis Cbalonnes jus- 
que vers Mirebeau. Or, ceci est démenti par l'énumé- 
ration que fait Pline {Hisi. nat., lib. IV, cap. xxxiii) 
des divers peuples de l'Aquitaine, parmi lesquels les 
Angevins ne se rencontrent pas (1); d'où résulte qu'au 
temps de Pline, l'Anjou avait pour limite la Loire, 
vers sud. 

Si d'un autre côté, il parait certain que le pays des 
Mauges n'a été annexé définitivement à l'Anjou que 
par suite de la bataille de Saint-Jouin en 1083, et du 
traité de 1037, en vertu duquel Guillaume le Gros, 
comte du Poitou, fut rendu à la liberté par le comte 
d'Anjou (2), on doit en conclure que c'est seule- 
ment au XI© siècle que les limites de l'Anjou, au-delà 
du Layon , s'étendirent jusqu'à Ingrande du déparle- 
ment de la Vienne. 

Cependant Thibaudeau, tome I«r, page 422, reculé 
d'un siècle environ cette annexion. « Il paraît, dit^-il, 

(1) Voir Bulletins de la Société des antiquaires de l'ouest, 1« tri- 
mestre de 1858, page 284. 

(2) Mémoires de la même Société, tome V, année 1838, pages 440 
et 441. 



— 15 — 

qae les Mauges n'ont été réunies à TAnjou qu'en même 
temps que le Loudurwis et le Mirebelais ont passé aux 
comtes d'Anjou, c'est-à-dire vers 958. » . 

Roger, pages 1.S7-138, d'après Jean de Besly, admet 
aussi cette époque du x^ siècle, t Jean de Besly, écrit- 
il, rapporte au commencement du règne de Robert, 
une guerre qu'il dit qu'eut notre Geoffroy Grisegonelle 
contre Guillaume III, comte de Poitou et duc d'Aqui- 
taine, laquelle dura un an. Il ajoute que l'Angevin fut 
contraint de se soumettre à Guillaume, qui donna à 
Grisegonelle Mirebeau et Loudun pour les tenir à foi 
et hommage des comtes de Poitou, et encore quelques 
autres terres que les comtes d'Anjou ont toujours der 
pais ce temps-là repris et relevé des comtes de Poi- 
tou. > 

Le PepliAs, page 133, tome I^, et mon manuscrit 
des sétiéchaux d'Anjou, ouvrage du dernier siècle, con-» 
firment rue Mirebeau était autrefois du comté d'An-r 
jeu (1). 

Dans un manuscrit que je possède, intitulé Tablettes 
angevines^ année 1761, pages 461-162, on voit que la 
terre de Montcontour relevait du château d'Angers. 
BoulainviUiers^ tome I^^^ page 9ây dit aussi que les 
appellations de la justice du duché de Richelieu allaient 
au Présidial d'Angers, et il ajoute: Que parmi les villes 
murées de l'Anjou, l'on compte Montcontour et Riche- 
lieu (page 72, tome VI). 

(1) Mirebeau avait été bâti par Foulques Nerra, comte d'Anjou, 
en 1020. Voir Tablettes angevines ^ page 161. Le même comte avait 
aussi fait construire en Poitou Faye , Montreuil , Passavant et Maulé- 
vrier. Hiret, page 188. 



- 16 — 

Enfin, si l'on jette les yeux sur la carte de Cassînî, 
no 66, on verra qu'au sud-ouest de Loudun et non 
loin d'Oiron, est un petit territoire exprimé par un 
cercle de points, qui a pour centre Saint-Généroux, 
et qui porte le nom très-significatif d'ANJOU. 

En résumé, ce n'est que depuis le xi^ siècle, suivant 
les uns, et le x« selon d'autres, que Loudun, Riche- 
lieu , Montcontour et Mirebeau furent annexés civile- 
ment à l'Anjou par suite des conquêtes de nos remuants 
comtes d'Anjou de la race ing^lgérienne. Ces annexions^ 
chose curieuse, ont, comme nous venons de le voir 
notamment sur la carte de Cassini, n* 66, laissé quel- 
ques traces jusqu'au xviiio siècle. 

Si maintenant vous prenez garde aux situations de 
Loudun, Montcontour, Richelieu et Mirebeau entr'elles, 
vous verrez que nos comtes d'Anjou , en faisant leur 
pointe dans cette partie du Poitou, touchèrent naturel- 
lement Ingrande-sur-Vienne, près de Châtellerault, et 
s'il est vrai que le nom d'Ingrandes ait pour étymologie 
ingressîis Andium^ tout porte à croire que ce lieu d'in- 
grandes-sur-Vienne aura limité leur conquête, et qu'ils 
lui auront donné cette dénomination. 

J'irai plus loin, il ne me paraît pas improbable que 
ces mêmes comtes d'Anjou poussèrent leur pointe en- 
core plus au sud et jusque vers l'Ingrande du Berry, 
près Le Blanc (Indre); en effet, la distance d'Ingrandes- 
sur-Vienne à Ingrande près Le Blanc, a'est que de 
quinze lieues et dans la même direction ; mais c'est là 
une' conjecture qui ne pourra se vérifier qu'autant 
que Ton trouverait un jour, un document constatant 
que nos comtes d'Anjou auraient guerroyé dans le 
Berry. 



— 47 — 

Quoi qu'il en soit, on voit en quoi nous différons 
d'avec Bodin. Cet auteur, d'une façoik toute conjectu- 
rale, fait d' Ingrandes-sur-Vienne au temps des Romains ^ 
la limite sudest de l'Anjou,; ce qui ne peut être d'a- 
près Pline. Nous, au contraire,, nous n'adoptons celte 
limite, pièces en mains, qu'après le x® siècle. . 

Revenant à Ingrandes-suc-Loite, jnousdirons que le 
prieuré qui lui a. donné naissance ou plutôt qui a fa** 
vorisé son développement, fut fondé en 4095 par Hor^ 
rie ou Orry, du Louroux-Boltereau. {Morice , preuves , 
tome 1er, page 486). Cette ville obtint^ dans la suite, 
le titre de baronnie avec le droit de députation aux 
Etats. Elle a soutenu plusieurs sièges, et sa verrerie 
a été très-longtemps renommée par 4a beauté ide, ses 
bouteilles (voir .Manet, Histoire de la petite Bretagne^, 
tome 1er, page 19). i 

18o COMMUNE DU LOUROUX-BÉCONNAIS. 

On voit^ dans cette- commune, une enceinte à peu 
près carrée, pouvant contenir t hectare i-j^i en éten- 
'lue, elle se nomme les Châte&ux, Un fossé et une le* 
vée l'environnent, lé tout formant une défense de 3 
mètres en moyenne de hauteur, sur 5 mètres de lar- 
geur. Point de briques à rebord, ni de médailles ro- 
maines, aucune trace même de construction, ni sou- 
venir qu*il y en ait eu. Le nom seul de les Châteaux^ 
analogue à celui de les Hauts Châteaux que porte une 
pièce de terre de la commune de Chan^bellay où se 
trouvent des débris romains, et l'enceinte précitée 
nous autorisent à croire qu'il y avait là, -peut-être bien, 
un subitum castrum. C'est aussi Fopinion dq M; Eusébe 



— Î8 — 

Bore, maire du Louroux-Béconnais^ qui nous conduisit 
sur les lieux en 1858. 

, Une voie romaine, du reste, ne passait pas très-loin 
de cette enceinte fortifiée; voici ce que nous en écri- 
vait, en 1850, M. Briau, docteur médecin, à Paris. 

€ La commune du Louroux-Béconnais est séparée de 
celles d'Angrie et de Vem, par la rivière de TErdre, 
qui prend sa source dans ce pays. Le point où ces 
trrois communes se touchent se nomnne le 6W, et le 
long de ce petit village, piasse un vieux chemin qui 
conduisait du bourg d'Angrie à celui de la Pouèie, On 
allait autrefois par là d'Angers à Rennes. Des deux 
côtés de Tarche dite du Guéy existe une chaussée pa- 
vée, longue de 145 mètres; une moitié à l'est du pont 
se trouve sur la commune du Louroux, l'autre à l'ouest 
est sur le territoire d'Angrie. Les bordures (margines) 
sont à vives arrêtes; sa largeur est de 5 mètres. Des 
fouilles me firent découvrir une couche supérieure for- 
mée de grandes pierres de quartz non taillées, mais 
placées en ordre les unes auprès des autres. Les in- 
terstices formés par l'inégalité des surfaces, étaient 
remplis par des pierres plus petites; toutes ces pierres 
étaient placées debout. Cette partie supérieure repo- 
sait sur un lit de sable blanc, qui lui-même recouvrait 
une couche de cailloutis formée de petites pierres. 

» L'épaisseur totale de la chaussée était de 0^66^^ dé- 
composée ainsi : couche de cailloutis ^Q^y lit de sable 
15^^ pavé supérieur 20^. » 

Quelques mots maintejiant sur Tétymologie du nom 
de Lor<mx ou LQurouXy car les deux s'écrivent. La carte 
de Gassini porte LoroUos. 



Un tiers de sou d'or que possède M. le docteur Briau^ 
présentement bibliothécaire de l'Académie impériale 
de médecine, porte au revers lorovio vico, on Tattri- 
bne au Loroux^Béconnais. M. Briau prétend ^e loro- 
vio vient du celtique lour ior, signifiant lépreux, et 
de hws (haus), signifiant habitation , inomme on le voit 
en allemand haus, en anglais home; on a donc Lorhv^s 
qui veut dire habitation de lépreux. Cette explication se 
trouve en quelque sorte confirmée par ce qui suit : 

Un gros bourg , nommé le Louroux , existe près de 
Mantelau en Touraine. Don Gervaise pense que ce nom 
provient de libroso^ lebrosoy librosso isignifiant léprose-^ 
rie, (Voir Vi& de saint Martin^ par Sulpicse Sévère, 
page 340, édît. Panckoucke, 184f8, et Revue deVAnjou^ 
page 240, juillet 1857.) 

C'est aussi l'opinion de M. Valois. (Voir Vie^ de saint 
Martin 9 par Paalin de Périgueus, page 216, édition 
Panckoucke, .1850.) -^ , 

D'autres croient qi;ie le nom de Louroux ou Loropx» 
qui s'écrivait aux xui« et xiye siècles LORAfORio, dérive 
de Oratorium. M. l'abbé Brouillet, curé du Lorou*, 
nous naarquait en 1851 qu'il avait trouvé «n titre fort 
ancien, portant Parochia ab Oratorio bisconn^nsi. 

Il existe un autre endroit du même nom en Anjofi : 
le Leroux en Monnaye, près de Verqantes. Voici ce 

■ 

qu'en dit Hiret (Antiquités d'Anjou, page 249) : 
f Foulques V fist bastir l'abbaye de l'Oratoire ou d'Ou- 
lerous, et y mit des moines Bernardins. *, 

Ce passage va bien pour ceux qui admettent l'étymo- 
logie Oratorium. Us peuvent encore s'appuyer de ce 
fait que ce furent des moines Bernardins du Loroux en 



— ao — 

Monnaye c qui s'en allèrent bâtir, en 1134, l'abbaye 
de Pontron, située près du Loroux-Béconnais. > (Hiret, 
page 251 .) 

Cela étant, il leur semble probable que le nom de 
Loroux, arrondissement d'Angers, est venu de celui du 
Loroux, arrondissement de Baugé^ et comme d'après 
Hiret, le nom de Ouleroas, de Loroux, car il l'écrit 
des deux manières, est synonyme de l'Oratoire, il 
s'ensuit à leur sens que le nom de Louroux-^Bécon- 
nais dérive certainement de Oratorium ; en consé- 
quence, il faudrait écrire le Loroux et non pas le Loti- 
roux, la double consonne L n'étant là que par euphonie. 

Quoi qu'il en soit, le Loroux fut un viens qui' porta 
successivement ces noms : Lorovio^ Oratorio, Loratorio, 
le Loroux, et seulement à la fin du xviije siècle le 
Louroux. V . 

19^ GOMMUKB DE DENiE. 

Dans cette partie de l'île de Saint-Jean-de-la-Croix; 
qui dépend de la commune de Denée, au village des 
Jubeaux bu Jobeaux, sur un sol élevé et qui n'est bai- 
gné que pendant les plus grandes eaux, l'on a décou- 
vert, vers 1859, en tirant de la pierre pour là cons- 
truction de la nouvelle église de Sain l-Jean-de-la-Croix, 
à 1"^ 50c (jje profondeur, un amas assez considérable 
de briques à rebords et une lame de hache en fer, 
fornie de coin tronqué -vers la pointe. Le champ 
où cette découverte s'est effectuée se nommé le champ 
de la Cave, il appartient à uii sieur Pinard. 

V. Godard-Faultrier. 



(l,a.mit^ t^u prochain numéro). 



I, « 



1 



ANTIQUITES iMEROYIIVGIElVNES. 

JVttrrusTnatîouje. Antfeinne . 

Planche . 3 * 



Pièces portant le nom d'Angers 



en Atottoaramnie. 





N. 




TRIENS D'OR 



a^jHirtvnant nu, Atuiée d 'Angers. 



1. 





<^} 



2. 




^\>^ 

s 



i 



) 



Cotfi^riMise. 
Pt-fT 



I 



£rJ)auiviVe. 



jÀt CMiiierâlachè.^Auaert. 



ANTIQUITES MEROVINGIEMES. 

Nu mis m atiaue .'Innei'ùu . 

Planche 2' 




B 









'^S4 






Coifiùrouse^ 



> 



Comhrouse, 
PL4f 






JSr DainvtJle.. 



Lilh. Cosmer â Liuhfse^ /inytrj 



ANTIOUITÉS MÉROVINGIENNES. 

■ Planche 1'!' 



TRANSITION 

du Monna^a^e ROMAIN au Monnayatft 
MEROYING-IEN 
EN ANJOU. 




OR 



Triens de l'Empereur 

ANASTASE, 
D'ANGERS . 



l'jrtrait des Annales déDidron, tome Vll^pa^es fOetîI, (h'twuve jV.!'fâ. 



IrOaùiaiUe. 



£Uk Côstùer S laJiM; Âiwerf. 



i"( :. 



iiriQDITËS l£R0Vn6IÉIIES 



'î- : 



..I 



NUMISMATIQUE ANGEVINE 



«7 



Dans le tome 4^, t^ cahier, année 4869 des Mé->> 
moires de la Société impériale d'agrictiltiiFQ, sciences 
et arts d'Angers^ et i dans le Répertoire Archéologit[ue 
de l'Anjou, n^ d'août^ même année, nous avons moptr^ 
que PAnjou avait sa monnaie propre; à l'époque cel-^ 
tique; que cette tncmnaâe coinplè trois périodes :' là 
\^y àiie Auto^ama^ allant de Tannée 800 avant J^^C^ 
jusqtrJen 278; la 2«, 'dite ^ai/!fo-y?fe<?9i^, commençant 
▼ers rangée 278 avaiit. J!.><^C..<et finissant à; T^fl 100; 
la â^, dite ^^2o'ji*i)miâ2W9 qai;^part deil'^i^tlOQ avant 
J.-G. et qui va jusqu'à l'an 21 de l'ère chrétienne. 

Nous avonsmontré qiae dans ia pifemière et la seconde 
période, nos pièces étaient muéltes, mâife que dans la 
troisième, elles avaient dés légendes ,' îégëàdés pré- 
cieuses pour notre histoire, puisqu'elles nous révèlent 
les premiers noms de notre peupl^fjlei s^ngeyiue,;, aiflsi, 

EEP. ARC. 2 



— 22 ~ 
lisons-nous : amdeg — andego — anbegom — ande- 

GOMBO. 

M. Lenormant croit que ces monnaies portant lé- 
gendes, sont contemporaines de la conquête de César. 

Nous avons également montré que dans les deux pre- 
mières périodes, les figures sont emblématiques^ et 
plus réalistes dans la troisième, où elles représentent 
en effet quelquefois Pallas et Diane. Dans cette der- 
nière période, la division monétaire des Romains par 
deniers, demi deniers ou quinaires, est admise comine 
aussi le type artistique. 

Nous avons dit qu'Auguste s'efforça le premier de 
faire cesser l'usage des' mionnaîes provinciales, et que 
Mécène chercha les moyens d'établir l'uniformité des 
poids et des mesures, qui paraît n'avoir été constituée 
que sûitis Vibère. , « • 

De>puis lors rAfi}ou, comme les autres peu{>lades d6 
la Gaule^ icee^a idiovoir bëi monnaie propre», et ce fut 
jmqueiversyla'fiiiidiiv^ siècle. À cietle'époque^ gufi cldt; 
yëre Tqmaiiiiey noii$ commençons à ieirouivér Je now 
d!Angers, inmis en abrégé, sur un triens {\) ée^ X em*. 
pôreur Anaslàâô. €e itriens a été 'publié, par M. E.Carf 
tier^'dans: les, Annales de Didron, ^ages:70Let 71 du 
télttie VII, g^âvuTe aP 15. On« voit /sur cette pièce, der 
tant mnvônge, leimonograpame N» R entre les lettres 

'.t(i) )Tiêrs((leJ3ou?dM.>«toiaoiiBaies m^ontifieoiiist étaient le^ou 
» t(i>f;i(|p/tdtf#), c(m, pesait, 8^ grains. et valait .40 deui^ d*iœgept; 
» le demi sou isemU); le tiers de. sou (triens), et le denier d'ar- 
» gent, ou saïga, pesant 21 'crains. * Voir manuel de Numismatique 
(iii moyen âge ' et moderne, pa&r J.'B. A .'À. BâcUléléiùy,' pâge'lr«, 
aadrÉnWèïoiïédieRôret. ^= '-' '' " " • 



V ! 



^88 — 

S. Gm qui pemient, dit M. Cartier , rappeler le nom 
à'^Agers, Andegavis. (Voir notre planche 1^.) 

Ce Iriens établit en quelque sorte la transition du 
monnayage angeVin sous les derniers lenuper^aur^, qui 
avaient encore quelque apparence ide pourvoir >^n «Ooci* 
dent; établit, dis^je^ la transition a« irjègiie des. rois 
mérovingiens dans notre contrée. 

On sait, en effet, que Clovis I^r n'envahit [rArmorique 
qu'en 497, et qu'Anastase ,: qui fut fait . emperciiibr 
en 491, lui conféra, «vers 507, les honneurs du. con^ 
sulat. C'est entre ces deux dernières dates que notre 
iriens angevin fut sans doute frappé; c'est égalemei^t 
«ntre ces deux idates que doit être plaoéie cencueil m 
plomb d'un monétaire y trouvé à: la ;gadre . d'An^l!S 
«n 1853, et «classé sous le np VU siu Musée d'Angers, 
parmi des cercueils seÉnblables. 

Ce qui donne à celui du <no VII un intérêt spécial, 
ce sont les reliefs de cinq pièces romaines : ; trois .de 
grand et. deux de petit olodule.. Ces eoi [freintes de 
{liéces «e voient {l*è&-bîei|..à<riMénieur idudit. cercueil» 
dn )oAté de la tête., Les troôs grandes temprcÂntes datent 
du faant empire; quant' aux deux petites , elles . ne 
peuvrat êltre d'une époque plus, ancienne qu^.ie règne 
des Posthume et des Tetricus (lUP siècle)... 

Il ne fettt pas s'étonner de. voir ides empreintes* |de 
médailles romaines d'nn type: de beaucoup: antérieur à 
l^lge do cercueil' i^ question >€ar c'est une .vâtité 
acquise que lés types nomains^ dansS^s monnaies^ pe:r-^ 
sistèrent jusque sous les Mérovingiens, ce qui a même 
fait dire à M. Leblanc, .page 2 dé son Traité des Mon- 
naies de France : a Que la con^orjfnité (i^ poids j(entre 



— m — 

» la monnaie romaine et celle des Francs) le persua- 
» dait gué les Fronçai» imitèrent .les Romains dans la 
» fabrication de leurs mopnaies. » 

Personne n'ignore, en outre, que le tombeau de 
GhiMétïc renfermait des monnaies romaines. 

Mais pourquoi ces empreintes? On s'explique bien 
comment des pièces de diverses époques • se trouvent 
dans les tombéauK; mats des empreintes, c'est atttre 
chose. A celte question, nous croyons pouvoir répondre 
que nos empreintes de pièces sont là pour indiquer la 
qualité du défunt : or, cette qualité ne pouvait être 
que celle A^ monétajire ou Ae monnûyeur^ noms divers 
que l'on donnait aux- garaéts et aux fabricateurs ides 
anciennes monnaies;. . > 

Le cercueil en question, rapproché de la pièce ismge- 
vine frappée sous l'empereur Anastase^ prouve donc 
que nous avions- un atelier de monnaie, en nos murs, 
vers la fin de l'ère galio-roipaine, c'estrà-dire entre les 
années 491 et 507j Les > ateliers monétaires, à la fin>d.e 
l'Empire, s'étaient très-muttipliés. D'après M. Cartier^ 
ils suivaient même les armées (1), et dès le temps 
d'Aurélien (dernier tiers du III« siècle), «. les ouvrieifs 
» monétaires se trouvaient si nombreux .qu'ils /for^ 
!> mèrent un^corps dîarmée capable de résister : à oe 
» prince et de lui faire éporouver une .perta de Eippt 
i> mille hompies' de troupes régiées (2).. » 
^' iMâis laissons' encore parler* M. iCartier, si ^odoipé^at 
en oes^ matières (â) :: c La multiplicité d^teliers mor. 

(1) P. 75, t'. 7, Annales de Didron. 
"(2)Ibid. ' ' 

f3) Meniez Àniiàles, t. 8, p. â. ' ' : • « • 



— ' ro — 

> nétaires nous étonne, ajoute-t-il ; l'ouvrier ne Ira- 
» vaillait pas seulement dans les villes importantes; il 
1 transportait ses outils et son talent dans les plus 

> petites localités. » 

Notre pièce angevine d'Anastàse nous prouve que^ 
même avant l'établissement définitif de la puissance de 
Qovis en nos contrées, les Romains laissèrent l'Anjou 
reprendre son ancien privilège de battre monnaie, 
dont il avait été privé, durant, les quatre premiers 
siècles de l'ère chrétienne. 

On a découvert à Angers, rue Daupbine, aujourd'hui 
des Lices, en mars 1830, parmi des objets gallo* 
romains tels que poteries rouges, statuette de Vénus, 
froment brûlé, trois creusets et le ffagment d'un qua- 
trième que plusieurs antiquaires croient amiv servis 
à fondre le métal de monnaies de cuivre. Ces creusets, 
en terre cuite , présentement déposés au Musée des 
Antiquités, renferment encore des bavures de ce métah 
Us sont hauts d'environ M centimètres sur 10 centi- 
mètres d'ouverture et ronds à leur extrémité infé- 
rieure. 

Mais il est temps d'aborder la numismatique ange- 
vine sous nos rois mérovingiens. 

De même que dans la troisième période des médailles 
celtiques, l'on avait imité les monnaies romaines (1)> 
dites consulaires j de même, sous nos Mérovingiens, 
Ton imita les monnaies romaines, élites du bas empire. 

De ménie aussi que sous la république romaine les 
monétaires ou officiers de la monnaie l'avaient fait 

M 

(1) Répertoire Archéologique de .1861, mois d*âoût, |>age 237. ' 



— 2» — 

manquer die; leurs noms et de leurs qualités (i),* de 
même é|falenient les monétaires mérovingiens la si- 
gnèrent de leurs noms. 

« On peut observer, dit Leblane (page 10 de son 
» Traité historique déb nionnaies de France), que 
» presque» sur toutes les espèces d'or de la V^ race de 
» nos roiS) il y a d'un costé la teste du roy (2) ceinte 

> d'wn diadème, et pour légende le nom du roy; de 
» l'autre costé il y a ordinairement une croix et lé 
» nom du lieu où la pièce a été mbnnayée. Il s^en 
» trouve aussi quantité sur lesquelles au lieu du nom 

> du roy on a mis celui dw monétaire. » 

Et M. Cartier nous apprend (3) « que les tois de lar 
]» 1^® race s'affranchissaient par là des prétetitions de 

> Temperéur; ils remplaçaient insensiblement son nom 
^ par celui du monétaire. 

-» Les monétaires, continue-t-'il, étaient des fonc- 
» tionnaires publics entre le souverain ou ses délégués 
» et les ouvriers qui frappaient la m>onnaie ; les moné- 

> taires mérovingiens étaient tes descendants des mané^ 
» taires romains C'étaient ordinairement des or- 

> fèvres d^ûne probité reconnue dont lès fonctions 
^^•étaient héréditaires à cause de leur spécialité; lis 
t fabriquaietit eux-^mémes quelquefois les monnaies^ et 

(1) Nos NouVelies Archéologiques, n^ S5. 

{% Toutefois, il est bon de faire observer « qu'avant TaiméQ 544, 
» les rois barbares frappaient momnaie aux typcfs et avec Teffigie àes 
■ empereurs» tandis qu'après cette date ils commencèrent à graver 
« leurs propres effigies et leurs noms. » (Page 7, Barthélémy dans 
Roret). 

(3) Annales de Didron, t. Vil, page 75. 



- 27 — 

» ils enseignaient à des apprentis leur industrie qui 
» était Irès-cousidériée. > 

Nos monnaies wgevines ipérovingiemieç noue font 
connaitre plusieurs n^ms de ces: monétaires, que nous 
allons classer par ordre alphabétique : 

Alligisels^ sur unepièee éfliiée j^ar l'Église d'Angers; 
la légende porte d'un côté Eclesie Amkoaviy et de 
l'autre AUigi$ei$^ Monel\2ir\m\ {knti, de Didrèn, t. VIII, 
page 494).. 
Alliffesilvsy mètae qu'Alligisfiis(Roret. Encycl., p. 12). 
Allom^ Sur un trieris ange^vlin publié par M: Boileau, 
de Tours. 

Allo^ même qu'Alloni (Roret, E«€ycl., p. 42). 
Dans Coœbrouse, pi. 4j no4, trienë^n ooty Andicav^ 
tête à droite perlée; fif Alloni. mo. earoix. piam. 42 
millim. (Voir notre planche 2^ B. n» 4.) 
Aimardvs (Roret, p. 42). 
Bûtiriadv& (ftoret, p. 12). 
Gando (Nouv. arcb., ^ 42, p. 7). . 
Dans Combrousey pL ji^ nP 6, fMièce en m. Andega-^ 
vis C {ivitas)y tète à droite; jR| G^ndo. Mooa., croix an- 
crée, au«dessoiii5 :uri point et un. trait hoârizontal. Diam. 
13 millim. (Voir notre planche. â®* B. ji^ 6.) 
Gvndbaldns (Roret, p. 42). 

Jdone (Rorét, p. i2). Dans le Catalogue des monnaies 
de France de Gontbrouse et les Monétaires des rois mé* 
rovingiensj pi. Ir®, ji*» 6, on trouve un triens portant 
d'an côté : Andeeavis^.^ie à droite; ati revers Idone 
mom (loràtô), croix au centre; diaiJQèlre, 12 malUmèr 
tfes. (Voir notre plancbé'2« A,: np 6.) » 



— 28 — 

Levnardbs (Roret, p. 12; Annales deDidron, t. VIÎI, 1 
p. 194, no 5 de la planche). On y lit : Andeeams, Dans 
Combrouse, pi. 4, n» 1«^, or, triens, Andeeams^ lête à 
droite; Levnardvs^ personnage assis dans un fauteuil, 
présentant d'une main tin anneau. Diam. 12 miUim. 
(Voir notre planche 2^ B, n^ l«r.) 

Levdenvs (Roret, p. 12). 

Lavnardo. Dans Combrouse, pi. 4, n» 12. Triens en 
or. Andecavis^ tête à droite, un point sur la septième 
lettre. ,fi| Lamardo^ personnage debout, tenant une 
croix de la main droite. Diam. 13 millim. C'est peut- 
être la même pièce que celle de Leunardus? Le Musée 
des antiquités possède un beau triens en or de .ce ino- 
nétaire, acheté 26 fr. à la vente Grille. (Calai. Grille, 
no 694.) (Voir notre planche 2© B, n* 12, et planche 
3®, no 1.) 

Levnvlfvs (Roret, p. 12). Dans Combrouse, pi. 4, 
no 7. Triens en or. Andecnis civ {itas)^ tête à droite 
perlée; ^ Levnvlf, zone, croix ancrée. Diam. là mil- 
lim. (Voir notre planché 2® B, n» 7.) 

Lahdoaldvs (Roret, p. 1^). 

Lairardvs (Roret, p. 12). On y lit : And.,.veoas. 

Levpeno (Nouv. airch., no 42, p. 7). Dans Combrouse, 
pi. 4, no 10, triens en or : And^cavis . . . , Tête à droite; 
^ Levpeno. mone. Monogramme And, Diam; 12 àiii- 
lim. Cette pièce ne serait-elle point la même que celle 
de Leudenus? (Voir notre planche 2çB, no 10.) 

Martinus. Triens appartenant à la collection F. P., 
pièce inédite et dont nous trouvons la mention à la 
page 470 du Bulletin de la Société archéologique de 



Nantes, t, I«r, 1^^ et 2« livraisodiSy triiiiestrè de 4861. 
Nantes, A. Guéràud; i86SL 
Nvnnvs (Roret, p. 12; NouV. arch.; n» 42, p. 7). 
DaBs ComtNTOitôe, pi. I''^ n^ 7, triens portant d'un 
côté Andegams^ tête à droite ; ^ Nvnnvs mOy croiat la- 
tine cantonnée de deux points. Diam. 12 millim. (Voir 
notre planche 2® A, n^ 7.) 

iSwôer^ws (Roret, p. 12), même que Sisberim (Nouv. 
arch., n» 42, p. 7). Dans Coinbrouse, pV4) n» 5, pièce 
en or : Andecavis civ (itas\ tête à droite; ^ Sisbertvs 
mon, croix latine stkrn^ontée de deux ancres, canton- 
née de deux pOintsv trait horizontal au-dessous. Diam. 
14 millim. (Voii* notre planche 2® B, n» 5.) 

Sevdvlfvs (Rorèt, p. 12). Dans' Gombrouse, pi. 4, 
no 3, triens en or. Sevdvlfvs mo, tète à droite, diadème 
perlé. ^ Andegaoiéi croii grecque entourée d'un cercle 
perlé. Diam. 12 millirti. (Voir notre planche 2® B, 
vfi 3). Dains le même ouvrage de Combrouse, pi. 49, 
une pièce portant Andecavis ^ tête à^ droite; ^ Sev- 
dv \ \ \ 5, croix antrée. Diamètre 12. millim. (Voir 
notre planche 2®, n^ 11). Le Musée des antiquités d'An- 
gers possède un triens en or du monétaire Seudulfus : 
Andecavis y personnage assis à terre. ^ Sevdvlfvs ^ croix 
ancrée. (Voir notre planche 3®, n© 2.) 

Theodegistlvs (Roret, p. 12). On y lit Andecavis 
(Nouv. arch., n<> 42, p. 7). Dans Le Blanc, page 58, 
planche 58 A, n» 4, on trouve. le nom de Theodpgisilus 
sur un tiers de sol d'Or attribué ps^r Bouteroue à Chil- 
déric !««• ou Clovis I^r. On y voit d'un côté, tête & 
gauche, ornée d'un cercle perlé et comme une sorte 
de bouclier protégeant, l'iépau^e gauche; Isi légende 



pointe Andecam; au revers, un nœuid surmonté de 
quatre globules avec cette légsende : Theodegùilvs. 

Daiis CdTfibtrouse, pi. 4, i{^% tnen3'>en or. Andeca- 
vi$^ tâte & gauche; b) TheodegisUvs^ un noeud caaitdnné 
d'une étoile. Diam. 12 fibillim. (Voir noitre planche' 2^ B, 
nPÎ.) . '• ■ 

Toutes ces monnaies ne portent /iqule dés noms de 
idonétaires, ce qui nous prouve qu'elles sont antérieu- 
res à Fan 544, époque où nos rois commencèrent à 
placer leu^rs ny)ffls. 

La momiaie angevine mérovingienne présente aMissi 
d<es triens sans noms de monétaires. De ce nombre 
sont deux pièces muettes dessinées dans Gombrouae> 
pi. 4o, sous les no» 8- et ©. La première est un denier 
d'argenit, ou saïga, portant d'un côté un monogramme 
ob Ton distingué un g^rand A^ et> de l'autre une croix 
grecque entourée de diverses branches; au ba'S est en* 
cbre i*n grand Â. (Toir notre planche 3®, n^ 8.) La se- 
conde pièce est un triens d'or, tête ornée 4'nn dia- 
dème perte; ^ monognam^me où Ton remarque :un A, 
u^n^N dont Ja branche Bst coupée par un Si (Voir notre 
planche 3«, n« 9.) Ce n'est pas seulement à Angers ijue 
l'on a frappé monnaie sous les Mérovingiens; de pe- 
tites villes beaucoup moins importantes de> notre pro- 
vince ont eu cet honnecfir. 

Lelewel ^ découvert que l'on battait de la monnaie 
d'or à Chemillé, et il donne dans sa Numismatique du 
mo'gen âge, titre l^r, pages 69 et 70, le dessin d'un tiers 
de sou ayant d'un côté le mot Cathiliaco, piïis au i^ 
une croii ancrée avec ce nom d'un monétaire : Hûde^ 
m% M. V. (monetarius). On peut consulter sur cette 



pièce Thibêaudeéti^ noiefs, 1^39, titré K p^ Jm. Le 
nom de Camiliaôo se rapporte incontestablement à 
Chemillé ; eii effet ll3 prieuré de Saint-Pierre de Chemillô 
est dit en latin >: S\anoius Petrus de teteri GamUliaco 
(Voir Archivée â Anj^u^ t. 2^, pi 16). 

M. le docteur René Briau, bibliothécaire de TAcadé- 
mie impériale de médeeme, dans la Rex^ut de tAnj^ 
et du Maine, p. 240, t. 1®*", 4® livraison^ juilleft et août 
1857, fafît connaître uni tiers* de sou d'or frappé au 
Lourouï-Béconoais, On y voit d'un côté une tête in- 
forme à droite, avec ce nom de monétaire : Metallobci^ 
dus M {anetarm$),i et au j§| Lorovio vicoy croix ancrée^ 
caUtontaée de dc«n globules (1). 

Le Louroiix-Béconnais^ en latin Lorovio^ Oratorio^ 
Loratorio ^ Lormœ , Lmrovx , est une petite ville en 
eifet très-ancienfita , autrefois située dans le voisinage 
d'une voie i^omaine allant d'Angers à Rennes. 

M. Ducbalais )r^slitue à Baugé une pièce méroviur 
gienne attribuée' à Beaugency, (Voir s^ brochure in-8<> 
avec planches.) » 

Nous craigQons sur ce • point que M. Duchalais ne 
fasse erreur, car l'originie mSme de Baugé ne paraît 
pas devoir remonter plus haut que le commencement 
du XI® siècle. En effet, dans le Spicilége de d'Achéry, 
t. X, p. 392, on trouve un passage de Foulques-Ré- 
chin, qui nous apprend que FoulquesrNerra fit cons- 



(i) Le catalogue de M. Serrure, recteur de rUniversité, à Gand, 
imprimé avant le mois d*ayril 1857, porte no 12, ce qui suit :< Lou- 
» roux, en Anjou. — Mettavbodvs M, y tête informe. Êi Lorovio vico, 
» eroix cantonnée de didux globules; belle et inédite; or. » 



— 9Sl *- 

truiréBaugé : Mdificavit Baugiacum. Cependant comme 
il nous semble que l'on doit entendre par ce riom de 
Bàugiàcum plutôt une forteresse qu'une ville, il ne se- 
rait pas impossible que le grand bâtisseur eût choisi 
pour sa construction un lieu couvert déjà de quelques 
habitations. En tout cas, s'il y eut lin bourg nommé 
Baugé à l'époque mérovingienne, ce né peut être que 
le vieux Baugé. Enfin, le muséede Saximur possède un 
triens en or que Ton croit avoir été frappé à Allonnes. 

Quoi qif il en soit, il èfet teimps de passer à diverses 
observations que noué suggère la monnaie mérovin- 
gienne, et que nous allons résumer brièvement. 

Les monnaies d'or soiit ceHes que l'on trouve le jî^lus 
ordinairement; viennent ensuite les deniers ou sdus 
d'argent, nommés saigas^ beaucoup plus rares. Quant 
à la monnaie de cuivré, autant vaut n'en pas parler, be 
qui prouve que les petits bronzes romains fabriqués en 
si grand nombre depuis le règile de Gallien, continuè- 
rent à être reçues dans le commerce bien longtemps 
après la chute de l'Empire en Occident. 

« Les sous d'or et les quinaires des Anaslase et des 
» Justinien servirent de modèles à des types monétai- 

> res grossiers qui avaient la prétention de représenter 

> les éhmelles figures des Césars entourées d'un nom 
» plus ou moins tudesque; Le maire du palais rem - 
» plaça le comte des sacrées largesses) les raoïinayerk 
» plus indépendants, ou revêtus d'un caractère d'officiers 
» publics... inscrivirent leurs noms plus souvent que 
» celui du roi. » (Barthélémy, dans Roret, pages 1 et 2.) 

On croit généralement qu'il y avait des n^onnayers 
sédentaires dans les grandes villes, et d'autres ambu- 



— 33 — 

lants qui frappaient des tiers de sou cTor dans les pe- 
tites localités auxquelles un tribut était imposé, et c'est 
ce qui explique le grand nombre de noms de villes et 
de bourgs que Ton rencontre sur la monnaie mérovin- 
gienne. 

Nous devons faire remarquer ^q^ue sur .nos monnaies 
angevines gallo-romaines, les noms Andec. AndecOj 
AndecoTHj Andecôrnbô s'écriveiït constamment par un 
c, tandis que, cinq siècles après, sur nos pièces méro- 
vingiennes, remploi' du c et du g eât alternatif , = éxem-* 

'M 

pies : AndêcoVy Andécài)ii Ahdècàtis, ^Andegavù: G est 
c(»e le c fait plàdë au g (1) dans le 'norii de' nôtre 'peti^ 
pladé angevine* Vers! la'fin du y« siècle. • ' 

Terminons en disant que le sol^ le demi-sof el i^ 
tiers de sol d'or ùvi iHéris\ en Usage cJhèz lès Romains 
depuis Constantin lé Gi^ànd et adoptée par nos' tbife' de 
la première rade, vgrtaient' environ de notre monnaie, 
savoir:'- ''•'•''•• i . ; ••= - -i 

Le demi-sol d'or . .• J i ^ & ^ ^' 

•' ''■ ' -^ -Le tiers de éô\. ^^x ^^''' . ^':*'-^' 41 " - ' - 

Quant aux types artistiques dé nos triens angevins, 
les planche? ci-contre,' clessinées par notre cbilèguèj 
M. Ernest flainville, les feront mieux connaître qu'au- 
cune descriptioo.'M:, .*. . ..:.<*|.- i * in .< i,( i 

A bientôt la numismatique angevine sous les Carlo- 

^iiigiens; ' '. '"'• '' y\ -^'^' ;• ■'• " ^- '' ^"-^ 

' ' •» , • ' ''"'■ ' ■ : •' ' * • •:•-.' ■' , :-•'': 

■i. ! si ; :,, y. G0P^Iin7FAVLTRIER. . ,. 

(1) Voir Mém, de la commission historique dû Chler^ \^^{\ p. ^3. .^ 



:« 



CHRONIQUE. 



nomunenta' gaulois de l*iln]oii. 

Noi\is apprenqii$ que l'ouvrage jnli^Qlé Monuments 
gaulois du département de Maine eijjoirfi^ par M. Qodard- 
Faultrier, obtient un légitime sucera. 

D'après l'avis du co^seil spécial do rinstructjlpn pu* 
blique^ M, le ministre d'Etal^ y^ent 4^ sqfi^crjii^ô à inogt- 
cinq exemplaires ^pQ^r l^s prittQipfile^.)>ibi,^t)ièque9 ,de 
France; , 

jD'un -autre ç&té, qAie broqhure, présentée à r£mpe* 
reur par M. le Ministre de rin^t,rvict;iqp publique^ en a 
été trèsTf^voraUement aivcueiUie. Sa Maj^té ^q^i, on 1q 
sait, s'occupe beaucoup d'études relatives à notri; .^ir- 
chéologie nationale y a fait adressfirtfi jl'^utqur de par- 
ticulières félicitations. , 

Nous apprenons aussi que l'Académie des Inscriptions 
et belles-lettres sur la présentation de M. Villem^^n, 
vient d'admettre le travail de M. Godard au concours de 

4863. L. G. 

« , •' ■ ?^ 

Croi:^ du chapitre d'AngeMi. 

C'est le 21 novembre 1862, que pour la premi^çç 
fois , les chanoines de l'église d'Angers ont paru dans 
la catWédrf<lè âhrec 4a nJëcoration de chœur accordée par 
Sa. Sainteté Pie IX, sur la demande de M»'' Angebault. 
Gette croix se porte suspendue à^ un large ruban rouge 



-85- 

bordé de deux liserets jaunes. Elle a été faite dans 

l'atelier de Poussielgue de Paris. 
Elle e&l à bra&ches êgàet^ tefrmmé^ par un iréfle; 

quatre* l'ayons sont aux angles ; l'émail en est brun >èt 

86 trotive^n<ïa^é dans le métal doré. . «> 

D'un cdté, au centre et en médaillon , siaint llaufiod 

përaît debout; de l'autre on voitj Pie IX en buste^ ' 
Les légendes portent : : ; , : . i :.. i 

s. MAVRrCiïvs. hruLmA.nni {pow ebristi)/'BGRi}G {iu^y 
AND (egavensis). teCdL ('eaiae). <3AP <itelunl)- î 

PIVS. p. IX. MDtCClLXH. - ^ - • 

Caves des Sarandière*» aa Pay-Notrc-Dame. ,. .> , , 

M. Garin nous conTBrtmRjoe»*te note suivante qu'il 
tient de M^ Michçlet, ijQspecteiur,de;s époiiles ^priqoiairep à 
Saumur. . , ; - 

Près du Puy-NptrerD»mç, dans une vig^f^ej appa|;te- 
nant à M™* v® Dubois, se trpwvç^pnp^cayjB.^s^pz pp 
ruines, qui croit-on, doit avoir servi au culte à l'époque 
des guerres de religion ou dans des temps plus re- 

lËlIe se composa d'une lespèce^de rotodde ^JaniueUe 
deux avenues donnent isùseèsv uBé sauU est; (praticable; 
la seconde conduit, dans des geilerie$/ soAit^T^iii^vau 
nombmidle i]iuali*e> qui 'Cônsenviâtit .de^ Irâices^'b^bita- 
tion. . . • .■: .; . "u I .if- 

La rotonde est éclairée .pai:.uni.ilirgit^ .a^uj^if^ail et 
du côté de.l'fiij/vici|iq prtt<esig^l«ri«g \Qgiivales -oaiv^té 
taillées dans le rocher .'dû i.tttlfeaiVi.elJ/es^p^raiiç'dïPnt 
avoir servi à la célébration des saints mystères, plus 
particulièrement que les autres parties des caves. 



-86- 

Décès de H. l'Mibé Benotot. , 

1 • 

Encone, uq.e perle, cruelle faite pajr la Commission ar- 
chéologique en la pt^rsonpe de M. Tabbé Charles Bemoist^ 
chanoine honoraire» aumônier da Son Pasteur, décédé 
leii3 décembre 1862, à l'âge de 53 ans. . 

Ce digne ecclésiastique^ pour no^$ servir d'un ternie 
familier au .style légendaire, embaumait de la bonne 
qdeur de ses vertus tous peux qui l'approchaient. . 

Il aimait les ;art$ H les appréciait .^y^c goût. 

La Commission perd en lui un membre .,doi^. les 
conseils sages et prudents ont été souvent d'un grand 
poids. 

• • • » 

Le 48 décembre dernier,' a été faite la bénédiction 
de l'église de Murs, par M?r Angebault. 

M', dé CoTitailloux est Tarchilecle de ce nouvel édiéce 
bâtr dans le style du iiiie siècle. 



' I 



Dans sa dernière séance, la Commission Archéologique 
dè^ M^ine et boire a' coiïstitué :5oii bureau de la' ma- 
nière suivante pour Fannée 1863 : I : ' 

■ 'PrMfen/,'M. V. Godard-Fàultrier. > - 
"iVîôe^^prédderiu^^M.' FabbéiLeges^rd dis 1^ Bîryais 'et 

M. Albert Lemarchand. 

■ S^cràRctïré, M. îPaul Lachèse. ' .! 
^Secrétam-ùTchivisiéiU: Ëhi^st Dainvillë. > 

■' rr^oner , M. Roftdeau aîné. ^ 



JJi * , I m: . 



> 1 



• I 



' I 



MONSIEUR GRÉGOIRE BORDILX-ON 



> 



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•4—^ 



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) I 



f J 



Angers» le 16^ décf«ibre,lS62. 



Hoo cher cousin et ami. 

Tu viens d'engager contre M. l'abbé Pletteau un(^ polé^ 
miqne à laquelle je n'ai pas l'intention de pt'endre part. 

Non nostram iriter vos tantas oomponere lites* ' 

La seule chose que je ferais,' is'^il m'était permis de 
donner un conseil aux deux honorables adversaires, 
ce seréiît de leur dire avec le' paêle Uiin : ' Claudite 
jam rivos; et même je rie me bornerais pas k ajouter 
comme lui : Soi prafa biberunty je dirais : Satque su- 
perque. 

Toutefois, les reproches que tu adresses à l'auteur 
àxi Jansénisme dans TUniveréité (PAngerè^ tu les fais 
incidemment rejaillir sur une Société dont je m'honore 
fêlre un des membres, les moins dignes, maiales plus 
dévoués. Par ce motif, veux-tu bien que je t'adresse à 

5 

nion tour quelques observations tout amicales , comme 
celles que nous avons coutume d'échanger dans nos 
entretiens, parfois un peu animés, mais toujours affec- 

REP. ARC. 3 



— 38 — 

tueux?La responsabilité que tu semblés vouloir imposer 
à la Société Impériale d'Agriculture, Sciences et Arts 
d'Angers, ayant reçu de ta brochure une grande pu- 
blicité, tu ne trouveras pas 'mauvais que ce soit aussi 
devant le public que je te réponde. Si je le fais, ce n'est 
Qa^^que notre Société ne compte bon nombre de 
membres qui en seraient plus capables; mais j'ai cru 
que cette tâche m'incombait, comme subissant l'avan- 
tage peu -envié d'être 4 -pe«-j3rès son doyen d'âge , 
comme étant d'ailleurs un de ceux qui prennent le 
plus de part à ses travaux et en ont eu pendant plu- 
sieurs années la direction; *En outre, les lecteurs s'ex- 
pliqueront encore mieux le fond et la forme de cette 
lettre, quand ils sauront que là' jouissance de mon 
iranç-parler atedUoi^ifémmteiaux aflp4^s>(si>alo^Ëes 
ni^qtenànt!i)| dé> ton enfance le^ de laj fiûienpe , .^épogiie 
où, parce que j'^vaip assisté k. h \Ç»vèf»f>»K A^ ton 
bapt0lTjç,,no^. nqus jfiguriQç^.l'yp et l'aj^tjrp jjue j'étai^ 
ton.parraifl. . . j ... ..'.; 

jpanstabrpçhur^^ QÙ.J|U.,9j^^f,^tr,çp, ep lep,y apiç^T 
qanf (jl.e près jCt j^e f^yi^it^pt ^e W^ffff^^? Pf ^^ choses^ 

« 

.. :..i./M. -^'On ne 8*à\tendail ^uère • ' '" 

De voir />aral^re en cette affaire, 

1 - ' '.: : •' . ' ;,■■ !•■ i ■ . • ■ i; . ■! 
Qn trouve jpoçr qp. qjii aç'us coijciernç.. : 

..« C',fst c|anf ^9 app,^es d'.vme ,fi^ pos ,§,oci^^és ^r 

« vantes,,J(^§pq4|^,^;A§;^|çultuj:e d'ÀffgerÇp qjjfiMr.r^jj^, 

» Pletltepu yienjt ,^6 ppl?,liejr son . tr^^ - blâ^^ble hçf\\, 

î (devoir d'élgj^fr,(i],evpnt JU §ppiét,é ,d'^gj-//îjijjlvir|^ d'^*^- 
î«^s les (jéf^fll^Rfies, )^ jfiav^fjs ,^t /^ef.jvj^es./ifle,^. 



— w .«- 

» yaux égarés prét^ndmeni iapaïK^evoir leii' lapenâonoe 
4 de s(m éyâqpei(p). 34)*....^ Au lim à%n âoficbir sus 
«aimaleB (p.. 5), câtle raime sooiatéi que M. YAhhé 
^Pletteau yient de piPeudre piour oonfidente d^ ses 

> eolôrevs rétrQgf)eotiv,e6 contre He»ii AriauU i(p. 6)^ 

> ieuait paut-iê^e aus^i.bieii d'y .insérer wAe -élude sur 

> les semaîties â!atttaau|ie lou 3ur^'empl<QÎ)d6 la canoAte 
» blanobe à .coUet v»rt {(p. 5); > 

En lisant o6s (|uelques «lignes, , il of esli mm >ûber aou, 
persmae^qui n'^nvoiesofr^, aiuis^itôt, non pas dnq, 
iiitai$,itsois;prDp0Biti<(ns> BayDlr; . ; 

4^ Wanrafitide'ipuibUer sont ibémoire, U.Vààié Ptei- 
teau l'a confié à la Sœiéié (TA^/mcuiture.; 

2o;Q^e la Soeîété a favcprableipelLt aûoueiUi ce nié- 
iftoire, au moins comme iitine cudevise étude historique ; 
. .3o. Qii'elte a mnipài $es annaie^ale jcolères iréttospec^ 
<it)€«, étalée^ ^depmt ,elf0, . , 

Âucuiie de oe^> trois pro^psitions^ n'estt béràiiique, il 
est yrai^ .aomme le sont les.oinq^ui constituent la doo 
trine jan^éii^st^ ;: inais >toules trois, sont; d'une icpoipléte 
wewctUude.Tu ysis. l^ivoiridâirement. . 

tia SQ(tô»é impériale d' A gricultui^e, Sciétices* et Artis 
d'Angers a, depuis longtemps, eu le ibojahejiju: de voir se 
ïmBidr dans.sQn sein e^ se: dé^^elqpper auprès d'elle 
deux ei^cellisntes. créaliox^^ Ja fiommissjoa arcbà^o- 
gique du . dép^rtemeiiit, .de Munehôt-Loire . et le Qomice 
horticole 4a Maine-et-Loiiie..; iGe n'^esit pas à toi» mon 
cher aiBÎ » si plein de sympathie |K)ur .tout ce qiui iaàt 
hoimear auii Angeyins , qu'il |S6rait nécessairie . d'ap- 
prendre la valeur de ces deux institutions; mais tu pa- 
rais ignocer {et 4;eirte8 ice. n'^st pas un eriipQe) que la 



— *0 — 

Société (l'AgricuhQPe a seulement sur ses annexes ce que 
j'appellerais Tolontîers, si le mot «n'était pas trop ambi* 
tieux, une suzeraineté nominale. La Commission et le 
Comice ont la courtoisie de la nommer toujours la So- 
ciété mère. Celle-ci, à son tour, accepte ce titre avec 
reconnaissance et le conserve avec orgueil. Comment en 
serait-il autrement? Ne doit-il pas lui être doux d'avoir 
deux enfants dont elle serait d^à fiére de n'étré que la 
sœur aînée?' Elle jouit de laurs mctfiB dont Téclat se 
reflète sur elle. Gesi succès, je le répète, ne te sont pas 
inconnus. Tu sais que le Comice horticole a rendu et 
rend tou« les jours de signalés services à l'une des plus 
importantes industries de notre pays. Tu n'ignores pas 
quelle v^oureuse impulsion ses travaux reçoivent du 
zèle éclairé de son président , ^ ton ami et le mien , 
M. André Leroy. Quant à la Commission arché6logi()ue, 
si les services qu'on lui doit sont, de leur nature, moins 
généralement appréciables, ils ni' en sont que plus goûtés 
des esprits d'élite; ai)63i ont-ils toute ton estime./ Ta 
connais, entre autres, les travaux du< président de cette 
Commission, le* digne, l'excellent créateur et directeur 
du Musée d'afntiquités d'Angers, M. Godard-Paultrier. 
Tu as partagé la satisfaction de tous ceux de nos oén^ 
citoyens qui; rendeint justice au savoir modeste, accom- 
pagné de toutes les qualités qui ((mi l'homme éminem- 
ment honorable^ quand tu as lu, il y a peu de jours, 
dans les deux fouillés publiques de notre ville ,< que le 
livre de M. Godard sur les JUanuments- gaulois de PAn-- 
jou vient d'obtenir l'approbation de deux ministres, 
celle même de l'Empereur, et d'être désigné comme 
digne d'aspirer à un des prix que l'Académie des In- 



-Ai -^ 

scriptions et Belles-Lettres décernera en 1868. Encore 
une fois, notre société e$t heureuse et flère de voir 
prospérer ainsi les deux institutions .auxquelles elle a 
donné naissance; mais tout eQ s'intére^ant plus que 
personne à leurs travaux, en partageant vivement leurs 
joies, elle n'est pas solidaire de leurs actes. S'il était 
permis d'assimilé;» les très-petites ctôses aux choses les 
plus émiuentes, je dirais que la Société d'Agriculture, 
la Commission archéologique et le Comice horticole sont 
trois fractions, d'un mèïùe tout, indépendantes quoique 
alliées, à peu près comme le^ cinq académies dont la 
réunion forme le grand corps appelé rinstîtut. Chacune 
d'elles a sa vitalité propre , sigit dans la sphère de sa 
spécialité, sans interventiOin ., concours ni contrôle des 
deux autres; chacune, sans prendre leur avi$, compose 
conime il lui pla^ît ses publkations: IL résulte de cette 
organisation trois collections de volumes, aussi .dis-* 
tinctes les unes des autres .qijp si elles émanaient de 
soçiétést établies dans trois, ciliés différentesi Ainsi, la 
Commission archéologique, dont la spécialité embrasse 
tout ee qui se rattache à» l'histoire de l'Anjou , a dû 
examiner si, à ce titre, il lui Qpnvenait de laisser, pa- 
raître dans son Répertoire le mémoir.e de M. l'abbé 
PIetieau.,Elle y a consenti; je. n'ai pas à la défendre de 
cet acte de, condescendance. S'il plaisait à la Commis- 
sion qu'il, fut expliqué, elle = n'aurait bes(^in pour cela 
du secours depersonne, elle est parfaitement de force 
à faire elle-o^éme ses affaires» Quant à la Société d'Agri- 
culture, elle n'a eu> commieitoi^ mon aini, comme toute 
la ville, connaissance du ménfpire qu'au inament où il 
3; paru an gr^nd jpur de^ la publicité; :» 



- n — 

Ges explîbatioïis suffiraient p6Ur cpie^ dans ta loyâiité 
m jtistëmettt estimée de tout le monde; tu fusses' prêt à 
recékmaltre' cpie notre paisible ^ciété doit être laissée 
en dehoi^s du débat engs^é' entre M'. Tabbé Ptetteau' et 
toi», lutte fâiùheuse à plus d'un poitit de vue, et de la- 
quelle, pour revenir toujours à mes vieilles citations de' 
collège, fan peut' biétt dire avec chagriïi : 

■ • 

Iliacos intra muros peccatur et extra. 

Héritière de^ l'ancienne Académie (f Angers, et accëj)»- 
ftatat gaiement pour ce qu'elle vaut la pïàisante boutaiib 
d^' Voltaire sur la brave fille qui ne faisait point par/èr 
(telle y la' Société d'Agriculture n'aspire pas non pïAs, 
dans àes modestes travaux, à faire beaucoup de bruifl 
Il lui' serait mirtout pénible d'en faii*e en se trouvatat* 
mêlée malgré elle» à des discussions iri^itattteë, parfbiS> 
imprufd^mment pT^ovoquéeô», acceptées' avec vitilettbé ét^ 
soutenues atec emportertient. 

Je» pourrais m'arrêter ici , mon Cher amî ; maïs j'a •' 
jouter&i quélqiifes: mots' encore- parce qUe de' l'extrait^ 
que j'ai donilé ci» dessus dte' ta bt^ochui^e on' poiiïtàit, 
contré» ton' intention; tirer des inductions q\ie jë^ cii^ôfe 
devbii* repousser*. 

Il» ildu^ eôt»i^eVeîitt (j[tié' des lievgôtttt'es, Hiert' ihal' iHW- 
m^es, (il holils rëptignerailld'adhïfettré qU'it y en eût de mfei! 
intentîoimées), ihsiA^aîeht'de 'temps ett tfempfe quèf tiôtre- 
société d'ét\]desv tioute^ scientificfties et littéraii^eS*, au-î- 
râî»t- tendà:nce â se transformer en je ne sais^ trop qdfel^ 
petit foyer dfe passions- jiolitiques oii' autfes. Riôn au 
motide n'est pluâ faux ; puisque Tôccasibn s'en préséÈte; 
il est bon de protester éilergiquemeût , une fois* poUr 



-40-- 

toiites, cUnlf^'d^lW'impmÂtoliVlcIéHttéë' dU^ plas lé^ei^ 
fandensiète. Nbiily fa^^Sbcièté Ifûpériâlë d^A^icMtdré/ 
Sdenœs» et* ATtftîdtAjdgeiis iné èêgé^idj^t; notf, é\l€ 
n*a pas cd$Bé« dîêtreî ee ^tf*^l* Wt ' à* sôù origltte', ôè 
qufeUei entend bien rèâteir tot!i|fatil^ès ùïile' a^dciàtiôà' 
étrangèreià toiit ëspi4('dei )^ti trÀei réIknSôir d^boMtiieâ' 
stodiei»x,< 'qui ibettënt en efoiinanin léul^s'éfMrts> pôtif' 
s'instruire m^otUdUëttiMt el|^Ùtér>èAâeiAtfolè léb pllàisîi'é' 
de VinJfeUigettee^; non^tttitiii^iftiis bbâyèllé de" âé fô^^^ 
«i cltAytnif'concilJabute, tii^éùïétië; elVé^ n'oublia' i4eh< 
deoe q«i^elièidèlit êti^ir iittiei^ô^ôieïi qu'elle a l'hôiinèuV 
de porter^ et à/la «ôasidéi*a!tjcm peVs^ûnelle de sèi^ 
membresi' '•" '<' -• ■ '•. • ^ 

S'ensaitHl que' 8ur tdute' nidiiëfé ils aiefift toùis' la 
même* mandàreid6iW)ii'? noii>Àâ#i!i>réttiéilt; mSs qù'im^ 
pdrle'? Iifesxoiit tin^liiefn tbitfttimf,' l^aïAdtir dubeatt ': cela 
suffit pouK f«a«fltMii< éârè» èf^ dïié par&itë baâ^iiibnié' 
et' p'<rar écatlef def Fëndeinfié* de' leùt^é ' l'ëuiiioiië fout 'ië' 
qtttpoti^rait enàlfafelït'lk paî«/ ' ' 

Ed pvevi^M ffiSm^àÊôïk' y kVkkS^ïe ft^^i^é, du' 
feuteuil dc^eflti vae^t pat* la^ lÂiort d^ M. Tissôt;l 
M«» DùpftMott{^'diiàkit>à sé&^nôùvëauil^ëcillêgùëâ^ : iÈéX-^' 
>*e:rè' denégréttabléd diver^dces d'opinions, si^j'aivais^ 
> eu l'avantagé de coiinafirè Aicfn préd^ces^étor; iWtis' 
)^ ttOuS^ifi^Hoiisi eâlëildn^; 9^i>^tVè » miééÈ^autèdt f^émùT. » 
G^nicrti^hamiialti^ûi M si' vivethent appIaucH dû pa-; 
lais' Mazariiii deVraitétirë laJdeviâe db lotîtes les gfsindéë' 
eti petites ddadébié^/ Alitisi lia' cottlprénfilènt^totiteëil^^' 
sociétét^ EfâHràht<^ / tin* peu tlûttifkôuses, qu^Âikg:ei'È> vdit' 
phte on ibiiinâ 'fleûtiM daUld^ sé6 mnv^S/PôUr «i^^èA^ citbr 
qu'une* ^en<««v la S^^té A^dàdémiqt^, ilidil' <!Aer ami; . 






-44- 

a récemipent i^sprit .p.4rf{ii 86Si membres M. l'abbé 
PlettQaju^ à }'ipstai9f; ^ê^e où ilvenaiti de poèUer smi: 
m^mpii^a et Çiù^ toi^isrjeâ .échos de la ville, répétaient) qi>e 
tu, ea pfépi^raiis la.' r^talÂoiij II est pourtant hors de 
dQïf^qne la.))rochure ^ M. leviaaiireide Saint-rMaurioe 
aurait ^s Jla Société ^cadéniiqtie plus d'Un cootra- 
4^teur.| |jLiQ'eQ{,ai p4&.P!<>ipsiitrQuvé* chez nielle un bon: 
acç^eîL La .q)ép^(ÇtiQaç;aur^ lieju obesnouâ ; car non^ 
soyons qn'à,p^trgrprQ$bMn^ l^uniQnji^nsiielle M. Plet^ 
tjeapi dqit âtre pir^enté comiQe cotididiat, conjointiai&enl 
avec; M. Mouria; ^qui a laissé. de si brillants. souvenirs 
ici, dans ks.chajiras d'bistoine^ an Lyeée' et à l'Ecole 
d'enseignement supérieur. Ils seront les bienvenus l'Iin el 
rautr,^; i^ç^,,3ocp(été: d'étude^rnc peut jamais "Cooipter 
trçp de i9(^inbr)Qs inte^ents» linMfuîts et laborieui» 

Et toi, fpon fib^r apni, quienaeiisais^tu l'eiettiple de 
cçsdieujx ,bqq9r^le£i,çandidat3?' Quçi ^e vieas-tUi comme 
epX;,.;Boijg,i3ppQr^qf etiïioufli demïm^eri un. fraterneir 
échange de studieux travap^^ d'agcé^blesetinsliructives 
(M;>f:pmUJi^c^ians,^(|ÇleKrte9î'jc« ç^ait pour nous un beau 
jqvii: gpe peluji ou^ danp!une<de.nas: réuuioas, nousite 
vef^iîons serrer d'une main c^ de. l'auteur ànJansé*- 
nisnfi^\dfins fM^iper^ité 4'An^er$> et de l'autre «aelle: de 
r/lpteuFî de la déforme ^f la Jttffi^e en Anjou. ., .7 
. Si celte idéei pouvait te sourireraussjvjei.réalamerais 
p9^r.moâ!,.le plaisii* de poser ta candidature^! i bien .^ûi^ 
d'ayapçe da suocéç qu'elljt^ obtiendrait » J^ sei^ais Abaroié^ 
d'^|tre.,ftUi;M'ès.4e. notre société plus réellement 4oo:parh 
r^in qijie jo ne l'ai été dçva^t jles foii^ts baptisipaux; 

Gpmfriep ,la'.SçMîjié|.é d'Agricultqre me deyrait-eU^.; 
p^fi .ce,, fôlioiter dente voir/ prendre plaioe danq.<6eâ 



— 45 — 

Rùifs! Par la vanité 4^ < te») cbntdftisëaâcés, pdf t là 
persistante fraîcheur de ton îmagifiation , par la sëu^ 
ple^eide langage qui te tait, iioùjoâfs avec line verve 
édncelante d'esprit, ^ n'esamioe pas si c'est toujours 
avec une parfaite mesure), • ^ c •■ 

'il' . i '•»">, '11!- i • ' • 

Passer du grave aii doux, du plai$ant ^u sévère, 

. .1'. ! !ii ) I r, 'i'ij.;iM. .1» < • .;•'»/ . '-■ 

» 

tu animerais nos séances d'une piquante vivacité. Peut- 
être aussi leur calme habituel tempérerait-il un peu, au 
besoin, ce que tu appelles toi-même tes juvéniles ar- 
deurs. 

Quoi qu'il en soit, nous n'accepterions probablement 
pas toutes tes idées ; mais nous goûterions vivement la 
forme, tour à tour incisive ou émue, toujours saisissante, 
sous laquelle tu les produirais. Si, trop sensibles aux char- 
mes de la littérature et des arts, nous perdions parfois un 
peu de vue que l'agriculture a la première place dans 
le titre de notre société, tu reporterais de ce côté notre 
attention. Habitué à mener de front avec succès les 
études les plus diverses, tu nous rappellerais que, si le 
poète favori de M. Tissot et de Mfifr Tévêque d'Orléans 
s'écriait : Dulces ante omnia Musœ ! il enseignait aussi 
Qutd faciat lœtas segetes. Toi qui invoques si facile- 
ment saint Paul et les Pères de l'Eglise quand tu prêches 
les théologiens, tu offrirais avec la même aisance à notre 
petite assemblée de littérateurs, plus ou moins agro- 
nomes, les leçons de Virgile et celles de Matthieu de 
Dombasle. Tu nous trouverais toujours prêts à les écou- 
ter. Bien certainement, nous partagerions ta très-légi- 
time sollicitude pour les semailles ^automne. Et qui 
sait?. . . peut-être arriverais-tu même à nous faire mettre 




; el aussi 1 



Eji uffilMf b 

plus d^me matiéR, Um taosm el uni 

cher BordiDoii, de f offrir pobliqiienKBl Feifiressîon de 

mm fiefl et inallénUe attafhemcttL 



J. SoBin, 



h Siciélé iiBv^fâle ë'AcrîçillllMfe. 
cl A#te iTAiynB 



* ! 1 . t^ -MJ .1 ••- -lir ' 



I ' • ' ' I . 



GO^Mi^$SfON AACH^OLOiGtQUE. 









NOTE DU COMITÉ DE RÉDACTION. 



Une polémique s'étant engagée à propos d'une bro- 
chure sur Henri Amauld, imprimée dans le Répertoire 
(novembre 4862), le devoir du comité de rédaction 
est d'indiquer quelle part il a pris dans cette publica- 
tion. 

Le comité partant de ce principe que la liberté de 
discussion en matière historique et sous la responsabi- 
lité entière de chaque auteur j est une règle constam- 
ment reçue au sein de la Commission archéologique, a 
ouvert ses annales au travail de M. Fabbé Pletteau. 

Telle est la position libérale que le comité n'a pas 
hésité à prendre dans cette affaire. 

Il ne faut point oublier que la Commission avait 
publié, en 1855, une biographie d'Henri Amauld, bio- 
graphie dont les vues sont le plus souvent en désac- 
cord complet avec celles de M. l'abbé Pletteau. 

Ces deux travaux rapprochés l'un de l'autre et con- 
tenant des jugements si différents, prouvent, par leur 



— 48 — 

admission 9 la haute impartialité de la Commission 
archéologique. 

Elle n'y fera jamais défaut et saura se mettre au- 
dessus de certains ^reproches de quelque part qu'ils 
viennent. 

Sa devise en matière historique sera toujours : Li- 
berté de discussion. 



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CONDITIONS DE L'ABONNEMENT. 



Le Répertoire Archéologique de VAnjof^ paraît le i**' de 
chaque mois, par livraisons chacune de deux feuilles d'im- 
pression. 

Le prix de l'abonnement, pour les personnes ne faisant pas 
partie de la Commission Archéologique, est He 5 francs par an 
pour Angers et de 6 francs par la poste. 

Les abonnements sont reçus chez tous les libraires du 
département. 




co 





-»— «i^— I * 



SOCIETE IMPBRlALiB D'AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS 

ANCIENNE ACADÉMIE D'ANGERS. 




^^ ^ COMMISSIOI ARCIÉOLOGiaUE 



DU DÉPARTEMENT 



DE MAINE ET LOIRE 



RÉPERTOIRE ifiCHiOLOGIQIlE 



DE L'ANJOU 



Année i86S Février. 




ANGERS 

iMPl^IMERIE DE COSNIER ET LACHÊSE 

Chaa&sëc Saint-Pierre , 13 



1863 S 



-CQ 




lOmNI^ MûlIES Dl l'AM. 

(suite). 

20o COMMUNE D'ÉCOUFLANT. 

Dans un endroit nommé le champ de la Rivière^ sur 
la rive gauche de la Sarlhe, en regard de Tîle des 
Amours, on voit une construction romaine dont la base 
est baignée, Thiver, par les grandes eaux. On y dis- 
tingue, sur une longueur d'environ 20«», des murs 
emplecton, des restes de briques à rebords et du ciment 
romain. Il est impossible de se bien rendre compte de 
ce que pouvait être cette construction; les paysans 
disent qu'en cet endroit il y avait jadis un fort ro- 
main. Quelques ardoises bleues et plates sont mêlées 
à tous ces débris. 

24 COMMUNE DE FENEU. 

Nous ignorons s'il a jamais été trouvé de débris ro- 
mains sur cette commune, mais nous la mentionnons 
ici à cause de son nom latin Fanumy temple (Hirel, 
page 237. — Le Montglonney tome I^r, page 406, C. Ro- 
bin. — Ménage, Sablé, page 156). 

22o COMMUNE DE LÀ BOHÀLLE. 

En face de la Boballe existe, sous la Loire, un radier 
ou chaussée maçonnée, allant du nord au sud, dans 
une longueur d'environ 250™ sur ô"" de large. Ce ra- 
dier paraît devoir correspondre avec une chaussée qui 
part d'Andard, et dont M. de Matty a constaté l'exis- 
tence sur une longueur d'environ 200>». On croit que 
ces deux radiers sont d'origine romaine, et qu'ils réu- 

REP. ARC. 4 



DO 
A4 



— 50 — 

nissaieni les deux rives de la Loire pour favoriser le 
passage de la Celtique en Aquitaine (Mes notes sur 
l'ouvrage de M. de Matty, page 13). 

23^ GOUMUNE DE JUIGNÉ-SUR-LOIRE. 

Vis-à-vis de Juigné , vers l'ouest , durant les basses 
eauXy on aperçoit, traversant un bras de la Loire et le 
Louet, une sorte de barrage, plus une levée et des piles 
dites du Louet (1), qui sont les restes d'un passage 
entre ledit Juigné et St-Maurille des Ponts-de-Cé (culée 
du pont de la Rabonnière). Bodin a marqué ce passage 
sur sa carte antique. La construction de cette levée 
n'a rien de l'appareil romain; elle aura été refaite au 
moyen âge, car il n'est pas douteux pour nous que le 
principal passage aux Ponts-de-Gé, de la Celtique en 
Aquitaine, s'effectuait sous les Romains, par ce côté, 
avant le percement assez moderne de la butte d'Eri- 
gné. C'est donc sur les hauteurs de Juigné, et non 
à Erigné, que dut avoir lieu la défaite de Dumnacus. 

Antérieurement à la reconstruction de l'église de 
Juigné, on apercevait sur l'un des murs, des trace§ de 
petit appareil, sans briques. La cure de Saint-Germain 
de Juigné-sur-Loire était l'annexe de l'archiprêtré de 
Saumur dans l'archidiaconé d'outre -Loire. Anciennes 
carrières d'ardoises à Juigné. 

(1) Ces piles, aujourd'hui à sec, prouvent qu'un courant d*eau les 
avait jadis baignées ; ce courant devait passer au pied du coteau mé- 
ridional, entre Juigné et la butle d'Erigné. Des anneaux en fer, ayant 
senri à amarrer les bateaux, se voient encore incrustés dans les 
rochers. 



- Si- 

V 

24o COMMUNE DE BSÀULI£XJ« 

Des traces romaines furent découvertes dès avant 
1837, dans un champ nommé Pief-Signoré. (LAnjou 
et ses Monuments^ lome I®"^, page 85.) 

25<> COMMUNE DE FAVERAVE. 

k trois kilomèlrcs au sud du bourg et à un kilomè- 
tre au sud de Machelles, entre les moulins à eau du 
pont Bourceau et la ferme de Maizé ^ dans un champ 
nommé le Coteau-Gaudy, on trouva beaucoup de frag- 
ments de tuiles à rebords, et vers 1780 on y a décou- 
vert une grande quantité de pièces, les unes en argent, 
les autres en alliage ou en cuivre. 

26o COMMUNE DE PAYE. 

A 800in au sud de l'église, près et au sud de la mai- 
son de la Pinsonniére, on a trouvé, dans les vignes, 
de vieilles murailles et de nombreux fragments de 
toiles à rebords, beaucoup plus épaisses que d'ordi- 
naire. Ce terrain, aux xvi" et xvue siècles, s'appelait 
les Tuiles. 



— 52 — 

ARRONDISSEMENT DE BAUGÉ. 

Des traces gallo-romaines ont été constatées savoir : 
1. Sur la commune de Saint-Martin-d'Arcé; 2. de 

Yaulandry; 3. de Beaufort; A. de Corné; 5. de Mazé; 

6. de Saint-Georges-des-Bôis ; 7. de la Lande-Chasie; 

8. de Seiches; 9. de Beauvau; 10. de la Rairie; 11. de 

Marcé; 12. de Suelte; 13 de Cuon. 

1. COMMUNE DE SAINT-MARTIN-D'ARCÉ. 

Un grand nombre de briques à rebords et une clef 
en bronze de forme semblable à celle de plusieurs 
clefs provenant de Pompéie, ont été trouvées sur cette 
commune, dont le nom très-significatif d'Arcé pourrait 
bien dériver du mot arXy arcis, citadelle, lieu fortifié. 
On cessera de s'en étonner si l'on vient à songar que 
Saint-Martin-d'Arcé n^est pas fort éloigné du camp de 
Gré (département de la Sarthe). Ce camp, dit M. l'abbé 
Voisin dans son histoire des CenomanSy 1. 1^^, page 37, 
c était sur la voie d'Angers au Mans et marquait les 
» frontières des deux cités : il était comme un poste 
) avancé du camp d'Angers. > 

Dans le nom de gué d'Arcis , lieu situé en Anjou , 
près de Vivy, arrondissement de Saumur, nous retrou- 
vons encore la même étymologie : arx, arcis, citadelle, 
et cet endroit est assez voisin du camp de Chenehutte. 

Ces différents lieux fortifiés étaient, durant l'ère 
gallo-romaine, comme autant de petits postes mili- 
taires qui pouvaient assurer la circulation sur les 
routes. 



2. COMMUNE DE YAULÂNDRY. 

D'après M. Tabbé Chevallier, secrétaire de la Com- 
mission archéologique de Maine-et-Loire, l'origine 
gallo-romaine de cette commune est incontestable. A 
l'entrée du bourg, dans un champ dit la Roberdière, 
on a découvert un grand nombre de briques à rebords, 
et aussi dans deux autres champs situés à des distances 
assez lointaines. 

A 500 mètres vers l'est de la Roberdière, existe une 
motte de défense d'environ ^^ de hauteur et 20™ de 
diamètre à sa base. Son plan est elliptique. 

Plusieurs cercueils en pierre coquillière ont été dé- 
couverts au même lieu. 

Voir page 78, 2® série, 2* vol., Mémoires de la So- 
ciété d'agriculture y sciences et arts d'Angers» 

S. COMMUNE DE BËAUFORT. 

On a trouvé des antiquités romaines principalement 
dans les deux endroits de cette œmmune nommés 
Saint-Pierre-du-Lac et le Grand-Buzé. 

Le Grand-Buzé est situé dans la vallée sur une lé- 
gère éminence que les eaux débordées peuvent diffici- 
lement atteindre. La découverte de ce point gallo-ro-* 
main pourrait, en de certaines limites, indiquer le ni- 
veau de la Loire lorsque ce fleuve coulait autrefois de 
ce côté. 

Le Grand-Buzé, placé rive droite de TAutliion, à pe- 
tite distance du Pont-Rouge, dépendait de Saint-Pierre- 
du^Lac. Entre ces deux endroits la vallée se creuse, et 
il est fort à croire, que même après le détournement 



— 54 — 

de la Loire, des eaux seront demeurées stagnantes et 
auront formé comme un lac entre le Grand-Buzé ^t 
Saint-Pierre , qui en aura tiré son nom de Saint-Pierre 
du Lac. De même du lieu voisin, Port-à-Fondu; il se 
sera ainsi nommé quand la Loire aura eu cessé de 
baigner le coteau septentrional. 

Dans les parties basses de Beaufort, vers Test, à 
travers la Grande^Boire^ la métairie de la Touche-Bru- 
neau et les lieux appelés Pptits-Bois, Bois-du-Longy 
Marais- de-Chape , la Bulle j Fourcelle et la Chenaye, 
jusqu'au gué d'Arcis, près de Vivy, existent les traces 
d'une voie romaine qui passe sur les coins des deux 
arrondissements de Saumur et de Baugé. C'est, je 

> crois, écrit Bodin, cette partie de la voie romaine 

> que Ménage nomme une ancienne levée {Sablé ^ 

> page 234). i» 

Le nom de Touche-Bruneau a suggéré l'idée que 
cette route aurait bien pu être établie par les soins de 
Brunehaut. Mais il n'y a pas apparence qu'il en ait 
été ainsi, cette reine n'ayant gouverné qu'en Austrasie. 

4. COMMUNE DE CORNÉ. 

C'est dans cette commune qu'en janvier 4847, au 
lieu nommé la Gangneriede-Quiquère et à la profon- 
deur d'environ 28 centimètres Ton trouva un vase en 
terre rougeâtre et sans ornements ni vernis^ ayant une 
forme ovoïde et un col étroit. Ce vase, dont les frag- 
ments sont au musée d^antiquités , ne renfermait pas 
moins de 458 pièces d'or de module ordinaire, pesant 
au total 3 kilogrammes 250 grammes , et représentant 
une valeur métallique de 10,225 francs. Elles sont à 



— 56 — 

l'effigie de treize personnages dont ciiiq femmes, sa- 
voir : 

Nombre des médailles. 

Harciane, sœur de Trajan i 

Sabine , épouse d'Adrien . 3 

Fausline première 59 

Faustine deux . . • 55 

Lucille f, de Lucius Verus 12 

Les huit autres effigies sont, dans Tordre chro- 
nologique, celles de : 

Jules César restitué par Trajan i 

Trajan 9 

Adrien 16 

Lucius Œlius 3 

Antonin le pieux ... « 137 

Marc-Aurèle 111 

Lucius Yerus 4A 

Commode. . 7 

Total 458 

Tous ces princes et princesses , à partir de Favéne- 
ment de Trajan jusqu'à la mort de Commode, vont de 
Fan 97 de J.-C. à l'an 192. Les revers en sont géné- 
ralement beaux et variés. (Voir Notice de M. Marche- 
gay , Bulletin de la Société mivMrielle d'Angers , n^ 1 , 
18« année.) 

En 1847 le musée des antiquités a fait l'acquisition 
de huit de ces médailles, savoir : Adrien, Antonin le 
pieux, Marc-Aurèle, Faustine mère, Faustine jeune, 
Lucille, Trajan et Lucius Yerus. Ces monnaies sont à 
fleur de coin. 

Le nom de Quiquère vient-il, comme on l'a prétendu, 



— 56 — 

de qui quœre (cherche id)? Je laisse i de plus doctes 
que moi le soin d'apprécier la valeur de cette étjmo— 
logie. 

Quiquère est situé sur la voie romaine d'Angers à 
Tours ; on y trouve aux lieux Qommés Champs-de-la- 
Ville et les Hauts-Champs y beaucoup de briques ro-" 
maines, et des sarcophages composés chacun de trois 
grandes ardoises brutes. 

5. COMMUNE DE MAZÉ. 

On a découvert aux environs de Mazé des briques 
romaines (1). Ce lieu était la Condita Madacmsis du 
ix« siècle. (Voir Archives d'Anjou^ vol. 1©^, pag. 378.) 

La cité qui correspondait à l'étendue d'un diocèse 
dans les premiers temps de l'Empire romain, était di- 
visée en 14 régions ou condita^ chaque condita en trois 
vici ou cantons, chaque viens renfermait un certain 
nombre de villœ. 

Mazé fut donc un chef-lieu de condita ou d'arron- 
dissement, de même que Ghalonne fut un chef- lieu 
de vîcus ou de canton, durant l'ère gallo-romaine. 
(Consulter la lettre inédite de M. l'abbé Voisin du 
Mans.) 

6. COMMUNE DE SAINT -GEORGES-DU-BOIS. 

Au rapport de M. Cellier, propriétaire en cette com- 
mune, on y a trouvé récemment, dans un lieu désert, 
beaucoup de cercueils en pierre , autour desquels gi- 

(1) M. Mamert, conseiller de préfecture, vit, en 1853, démolir des 
murailles avec appareil de briques à rebords, non loin du château de 
Moniçeoffr&y. 



— 57 — 

saient de nombreux fragments de briques à rebords 
(Voir mes notes pour plus de détails à ce sujet.) 

7. COMMUNE DE LA LANDE-CHASLE. 

Dans le champ de la Besnardière on a découvert de 
grandes briques romaines. Leur pâte présente à la 
cassure un beau rouge vif qui les dislingue de nos 
briques modernes beaucoup plus pâles. On nous assura 
que dans l'étendue de plus d'un hectare, le soc de la 
charrue heurtait souvent de vieux murs d'une extrême 
dureté. Ces murailles, nous dit M. de Lestoile, sont for- 
mées de petites pierres bloquées dans de la chaux. 
Elles avaient sans doute appartenu à quelque villa. 

La pièce de la Besnardière est située à 200 mètres 
d'une ancienne route q.ui d'Angers se rendait en Tou- 
raine, par Andard, Mazé, Gée, Brion, La Lande-Chasle, 
Mouliheme, Breil, Rillé, route plus directe que toute 
autre, comme on peut s'en convaincre en jetant les 
yeux sur une carte. (Voir Revue d'Anjou et du Maine, 
page 124, nov. 1857.) 

8. COMMUNE DE SEICHES. 

Le i5 janvier 1854, au lieu nommé Vetière^ (loca 
vetera, lieux anciens (1)), à la profondeur de 65 centi- 
mètres on découvrit dans un vase de terre noire, plus 

({) Il paraît, d'après une lettre de juin 1859 de M. de Beauvoys^ 
qu'il faudrait écrire Vecquières au lieu de Vetières, Dans ce cas, 
notre étymologie tomberait d'elle-même. l\ résulte d'une seconde 
lettre que ce mot se trouve ainsi écrit: TEvêcquière, TEvêquerie. 
« Foulques de Matheflon, évêque d* Angers en 1349, lors de la peste 
» noire, n'anrait-il pas construit là une maison de plaisance t » Ceci 
ne détruit point la certitude d'une villa romaine en cet endroit. 



— 58 — 

de 300 médailles d'argent, pesant un kilogramme en- 
virQn. Le terrain, en cet endroit, est parsemé de restes 
de briques à rebords, qui, avec les débris de mu- 
railles emplecton paraissant à fleur de sol, prouvent 
que dut exister ici, une villa d'une très-haute anti- 
quité. 

La moins ancienne des médailles datant d'Auguste , 
établit assez que leur enfouissement s'est vraisembla- 
blement fait sous cet empereur. 

La plupart de ces monnaies sont du nombre de 
celles que l'on nomme consulaires. Elles appartiennent 
aux deux siècles et demi qui précèdent notre ère. Il y 
en a plusieurs de dentelées ou crénelées (numismata ser- 
rata). Une seule appartient à la classe de celles nom- 
mées incuseSy c'est-à-dire qu'elle a au droit une tête 
en relief et au revers la même effigie en creux. 

Les pièces, avec ce défaut provenant de la mala- 
dresse de l'ouvrier, n'en sont pas moins recherchées. 

Ces monnaies des Vetières appartiennent aux familles 
romaines suivantes : Acilia, Alia, Œmilia,^ Antonia, 
Afrania, Crepusia, Gornelia, Carisia, Gordia, Claudia, 
Coponia, Cassia, Cœcilia, Furia, Flaminia, Fonteia, 
Junia, Julia, Lucretia, Lucilia, Livineia, Marcia, Mus- 
sidia, Mamillia, Octavia, Plancia, Porcia, Poblicia, 
Plantia, Posthumia, Plettoria, Petillia, Pompeia, Renia, 
Rutilia, Rubria, Scribonia, Servilia, Satrianâ, Sicinia, 
Sulpicia, Titia, Torria, Tituria, Vibia et Volteia. (Voir, 
pour plus de développements, nos Nouvelles archéolo- 
giques, no 25.) 

Seiches sur le Loir portait encore au ix© siècle 
le nom de villa : Villam nuncupante cipiam qui 



— 69 — 

( sic) est sita in pago Andecavo y suprà Liddo fiumine • 
lisons-noQS dans une charte de Charlemagne, que 
possède en original le musée d'antiquités d'Angers. 
Le latin en est fort défectueux , mais ne diminue 
pas l'intérêt de ce précieux document, daté d'Aix- 
la-Chapelle. Il nous fait savoir qu'en Tannée 809 , 
Charlemagne donna Seiches, son église et ses mou- 
lins aux religieux de Saint-Aubin d'Angers. 

Depuis lors, Foulques-Nerra, au rapport de Roger, 
page 419, retira Seiches de leurs mains pour le don- 
ner au Ronceray. (Voir l'Anjou et ses monuments ^ 1. 1^»*.) 

9. COMMUNE DE BEAUVAU. 

D'après une notice sur Beauvav par M. J. P. Ouvrard, 
page 71 des Mémoires de la Société d'agriculture, scien- 
ces et arts d'Angers, 2® série, 5« volume, existent dans 
cette commune les traces d'une voie romaine qui, par- 
tant du bourg ^ se rend sur les bords du Loir^ au-des- 
sous de DurtaL en traversant la forêt de Chambiers. 
« L'exhaussement de la chaussée existe encore çà et 
» là et de chaque côté on voit, alignées, de grosse^ 
» pierres; cette chaussée a de 9 à 10 pieds de lar- 
ï geur. Son centre est occupé par un mélange de pe- 
» tiles pierres que les Romains nommaient rvdus, » 

M. Ouvrard signale également près de Beauvau, sur 
le coteau de Richebourg, un camp qui était protégé 
au nord par un large retranchement et au sud par la 
rivière du Pouyat. On y a trouvé, en 1807, des bri- 
ques à rebords et des pièces de Vespasien, Posthume, 
Valentinien et Constantin* 



— M — 

10. COimUlfE DE LA. RIIRIE. 

La Toie du Mans à Angers, après avoir longé le 
camp romain de Cré^ traversant le Gué^-F Arche, ve- 
nait aux carrières de la Raine, au château de Miré, 
dans la forêt de Chambiers. 

il. COMMUNE DE MARCi. 

La voie romaine du Mans à Angers passait près de 
Marcé et joignait à Suette la route actuelle. 

12. COMMUNE DE SUETTE. 

Suite de la voie romaine du Mans à Angers. 
Voir, pour cette voie, les Cenomans, t. I®^, page 50, 
de M. Tabbé Voisin. 

13. COMMUNE DE GUON. 

Sur la pièce de la Gerveselière, dépendant d'une mé- 
tairie appartenant à M. J. de Lestoile, on trouve des 
briques à crosseltes; d'un autre côté la charrue ren- 
contre de vieux murs sur une étendue de plus d'un 
hectare; il y avait là, sûrement, quelque villa ro- 
maine fort bien située d'ailleurs, près d'une source 
dite de Brené, dont l'eau fait tourner un moulin. 



- 61 — 

ARRONDISSEMENT DE CHOLET, 

Auparavant de Beaupreau. 

Des traces gallo-romaines ont été constatées, savoir : 
1. Sur Saint'Martin do Beaupreau; 2. Sur la com- 
mune d'Andrezé; 3. de la Chapelle -du-Genet; 4. de 
Geste; 5. de Jallais; 6. du May; 7. de la Blouère; 
8. de Champtoceaux ; 9. de la Ghapelle-Rousselin ; 
10. de Sainte-Christine; 41. de Neuvy; 12. de la Tour- * 
Landry; 13. de Chanteloup; 14. de Nuaillé; 15. de 
Toul-le-Monde ; 16. de Trementines ; 17. de Vezins; 
18. d'Yzemay; 19. de Saint-Laurent -de -la -Plaine; 
20. de Saint-Crespin ; 21. du Longeron; 22. de la Re- 
naudière; 23. de Roussay; 24. de Tilliers; 25. de Tor- 
fou; 26. de Chaudron; 27. de la Chaussaire; 28. du 
Fief-Sauvin; 29. de Saint- Remy- en -Mauges; 30. de 
Saint-Florent-le-Vieil ; 31, la Romagne; 32. Cholet; 
33. Bouzillé. 

1. SAINT-MARTIN DE BEAUPREAU. 

En 1826 et 1851 plusieurs centaines de pièces ro- 
maines aux effigies de Constance Chlore, de Conslan- 
tin, de Maxence, de Maximien, de Licinius et de Dio- 
clétien furent trouvées au lieu dit la métairie des 
Pierres-Blanches, La découverte de 1826 a été faite 
dans une urne antique. (Nouv. arch., n» 25, et lettre 
de M. Tristan-Martin du 28 août 1851.) 

2. COMMUNE d'aNDREZÉ. 

Au rapport de M. Tristan-Martin on y a trouvé, il y 
a trente ans, un trésor composé de plus de 600 pièces 



- 62- 

romaines d'époque précédant celle du Bas -Empire. 
(Voir Notice de M. Léon Faye, page 320, 3^ vol., 2« sé- 
rie, 1 852, Mémoires de la Société (T agriculture, sciences 
et arts d'Angers,) 

3. COMMUNE DE LA CHÀPELLE-DXJ^GENET. 

Trace de la voie romaine allant du nord-ouest au 
sud-est j de Nantes à Poitiers. (Voir Notice sur la sta- 
tion Segora par M. Tristan-Martin, Beaupreau^ Grange^ 
1854, page 4.) 

4. COMMUNE DE GESTE. 

Trace de voie romaine auprès du château de la fo- 
rêt sur Geste, allant de Test à l'ouest, vers Nantes. 
Plus au sud de la même commune, vestiges d'une 
autre voie allant du nord-ouest au sud-ouest vers le dé- 
partement de la Vendée. 

5. COMMUNE DE JALLAIS. 

Deux traces de voie romaine allant l'une du nord- 
est au sud-ouest vers Belle-Fontaine; Tautre du nordr- 
ouest au sud-est ^ vers Trémentines. 

6. COMMUNE DU MAY. 

Trace de voie romaine allant du nord-ou£st au sud- 
est vers Nuaillé. 

7. COMMUNES DE LA BLOUÈRE ET DE VILLEDIEU. 

Traces de voies romaines allant du nord au sud vers 
la Renaudière. m^ 



— 63 — 

8. COMMUNE DE GHAMPTOGEAUX. 

D'après M. Tristan-Martin, quelques murs imbriqués 
se voient en cette commune; Champtoceaux même 
au moyen-âge passait pour être un point gallo-romain. 
Voici ce qu'en a écrit Bourdigné : « Aussi dit-on que 
» l'un des questeurs romains nommé Celsus pour les 

> tributs que Ton leur devait mettre en seureté, feist 
1 es fins d'Anjou et Bretaigne-Armorique , bastir un 
^ puissant chasteau que il nomma de son nom Chas- 

> teauceaulx, lequel Ton appelle maintenant, en lan- 

> gaige corrompu, Chanloceaulx. i> (Feuillet XV recto.) 
Le Celsus dont il s'agit ici pourrait bien être sim- 
plement l'adjectif latin celsixs^ signifiant lieu élevé; 
Champtoceaux est en effet placé sur l'un des points 
les plus culminants de l'Anjou. Mais la tradition ro- 
maine n'en persiste pas moins. 

Dans Notitia dignitaUim per Gallias (page 427, Bou- 
quet, t. I«r), il est question de deux endroits portant 
le nom de Grannona et Gramiono, dont l'un est situé 
en Ârmorique (tractus Armoricanus). Plusieurs placent 
Grannona à Guérande, d'autres à Granville et sans 
bonnes raisons. Dans cette incertitude il nous sera bien 
permis de risquer une conjecture. Pour nous, Gran- 
nona n'est point synonyme de Grandis viUuy Granville^ 
mais bien de Grani annona, annuités du grain , meta* 
phoriquement tributs en nature. Or, comme suivant la 
tradition Champtoceaux fut un lieu considérable affecté 
à la sûreté du dépôt des tributs , et comme il était en 
outre situé dans le tractus Armoricanus ^ on voit de 
suite que Grannona pourrait bien y avoir été placé« 

Il est vrai que la Notice des dignités porte Gran-^ 
nona in littore Saxonico; mais on sait que par littus et 



- 64 — 

littora^ on ne doit pas entendre seulement parler des 
bords de la mer, mais encore des contrées qui Tavoi- 
sinent, bien qu'à plusieurs lieues Je distance. Nous en 
trouvons un exemple frappant dans ce texte de César, 
lib. III, alin. vu de ses Commentaires : < P. Crassus 
» adolescens cum legione VU proximus mare Oceanum 
) Andibus hiemabat. » 

Si notre conjecture est fondée, Champtoceaux aurait 
donc été le lieu où se tenait le tribun de la cohorte 
de la première nouvelle Armorique : tribunus cohortis 
primœ novœ Armoricœ. 

Le curé Robin avait (dans son Camp de César^ 
page xiv) fort bien entrevu que les troupes granno- 
niennes résidaient en Anjou, lorsqu'il dit : « L'an- 
» cienne description ou notice de l'empire d'Occident 
ï appelle Grannoviences^ les troupes qui étaient en An- 
]» jou, sous les préfets, comtes ou marquis de la fron- 

> tière Britannique ou Armorique, tractus armoricani.,. 
ï Cette marche ou frontière fut encore appelée Saxo- 

> niqtie à cause des Anglais-Saxons qui la dévastèrent, 
2> comme dit Ammien, lib. XXVI. Les officiers établis à 
:» Grannon étaient chargés de la défendre. Le comte 
jo Paul qui fut tué à Angers par notre roi Ghildéric, 
j> après la déroute d'Odoacre, selon Aimoin, y était 
» élabU par les Romains, gouverneur de cette frontière 

> Saxonique- Britannique, Limitis Britannici. Sa de- 
9 meure était à Angers : Statio Comitialis. Encore en 
» 861 , sous Charles le Chauve, Robert le Fort est pré- 

> posé sur toute la côte britannique, Littori Britannico, 
» pour la défendre des courses des Normands. > 

V. Godaro-Faultrier. 

(La suite au prochain numéro). 



NOTICE HISTORIQUE 



SUR 



LE CHATEAU ET LA COMIHUi^E M MUÎ 



La commune de Brezé, canton Ae Wontreuil-Bellay, 
a été habitée dès le temps des Romains, ainsi que le 
prouvent lés tuiles à rebord, les poteries antiques et 
les médailles qu'on a découvertes surle bord de la Divei 
au lieu dit la Rivière-Marteau. Des traces de construc- 
tions romaines se voient également non loin du châ- 
teau. 

Nous admettons volontiers, d'après Bourdigné (1), que 
du temps de Clovis (fin du v® et commencement du vi*^ 
sfècle), Thibault de Brezay ^e rendit, avec plusieurs An- 
gevins, au secours de Ponthus, roi de Gallice, et qu'il 
fut tué dans là' bataille^ 

D'après une charte de l'abbaye de Saint-Florent près 

(1) Chroniques d'Anjou et du-Haiiie, lumveile édition, tome i**'^ 
page82. 

REP. ARC. 5 



-66- 

Saumur, il y avait à Brezé un château dès Tan 1063 (1). 

Dans les titres latins ce lieu est appelé Breze, Bre- 
zay, Brescum, Breseyum, Breiseium, Breseium, Brais- 
cium, Brayscium. 

On prononce actuellement Brêzé. 

Un Geoffroy de Brezé, Goffredus de Bresay, figure 
comme témoin dans une donation faite vers l'an 1110, 
à Robert d'Ârbrissel, par Leegat et sa femme Erem- 
burge, de la pierre nécessaire pour construire Téglise 
de Fonte vrault (2). 

Vers Tan 1125, Renaud de Brezé, sa femme Mil- 
sende, leurs fils Foulques, Raoul, Guérin, et leurs 
filles Hameline et Guinne donnèrent à Tabbaye de 
Fontevrault, trois setrées de terre situées à Asnière 
sur Dive (3), et une setrée dans un autre endroit. Ce 
don fut confirmé par Assalit, gendre dudit Renaud et 
par son épouse Hadieme (4). 

Barthélémy de Brezé restitua vers l'anllôGàZacha- 
rie, abbé du Lproux, les dixmes que les moines de 
cette abbaye avaient à leur maison de Lançon et qu'il 
leur avait enlevées par force. Cette restitution fut faite 
du consentement de son épouse Handinie, de Barthé- 
lémy son fils aine, de Pierre et Richer ses frères, en 
présence de Rainaud de Brezé (5), 

Milon de Brezé, chevalier^ eidstait en 1224-1230, #t 

(i) Recherches historiques par Bodin, édition publiée par M. Go* 
det en 1845-1846^ tome l«r, page 241. 

(2) Clypeus tiascentit FonUbraldensis ordinis, tome 2, page Î4i. 

(3) Commune d'Epieds. 

(4) Clypeus, tome 2, page 300^1 . 

(5) Pièces justificatives no I. 



— eî — 

i] confirma diverses donations faites à l'abbaye du 
LoroBx (1). 

JfiAif BE Brezé, chevalier, approuva Tan 1333 le don 
de certaines dixmes fait à Tabbaye du Loroux par 
Philippe de Dampierre. Son sceau porte une bande 
accompagnée de six molettes, et la légende s. johan 
DB BR£SEv ifiLiTis (2). Ce Philippe de Dampierre avait 
épousé la sœur de Jean de Brezé^ 

Geoffroy de Brezé, chevalier, céda en 1249 aux re- 
ligieux de l'abbaye du Loroux un ûef qu'il avait à 
Saumar, et il prit à rente, en 1263, de Simon Cha-* 
maîHart, divers héritages à Grandfond et dans les pa- 
roisses de Chétigné et du Coudray. 
C'est probablement ce même Geoffroy de Brezé qui 

èVait bailli d'Anjou pour le roi de Jérusalem et de S- 

cile, comte d'Anjou, vers Tan 1279 (3). 
11 fit son testament en 1300, et l'an 1302 il partagea 

ses biens entre ses enfants (4). Dans cet acte il donne 

à Catherine de Brezé, sa petite-fille, épouse de Macé 

de l'Etang, la terre de Brezé et celle de Grandfond. 

n donné à Jean, son fils puisné, la terre de la Varenne, 

celle de Longueville (5), etc. 
En 1318, la terre de Brezé passe dans l'illustre fa* 

mille de U aillé par le mariage de Péan de Maillé I 

avec Jeanne de l'Etang qu'il avait enlevée avant de 

l'épouser. 

(1) Ghartrier du château de Brezé. Titres de Lançon. 

(2) Ghartrier du château de Brezé. Titres de Lançon. 

(3) Recherches historiques par Bodin, tome i*'^, page 192. 

(4) Pièces justificatives h9 III. 

(5) Communes de Gharcé et $«iôt»EUier^ caHUw de Thouarcé. 



— 68 — 

Ce chevalier étant sénéchal et capitaine de Périgord 
et Âuvray, et ayant avancé des fonds à plusieurs offi-* 
ciers de sa compagnie lesquels se révoltèrent et prireat 
parti contre TEtat, le roi Philippe VI, par lettres datées 
du 3 mai 1342, ordonna au trésorier des guerres de 
rembourser les avances faites par Péan de Maillé. 

11 était mort l'an 1347 et eut pour enfants Péan II, 
Eléonore, mariée à Guy de Chasseraye et Isabeau, dame 
de Saumoussay (1). 

PÉA.N DE Maillé II, seigneur de Brezé et SMieorge&- 
du-Bois, servit le roi dans ses guerres en plusieurs 
occasions depuis 1352 jusqu'en 1381. Il épousa en 
premières noces Marie de la Jaille qui le rendit père 
d'Eléonore. S'étant remarié le 21 octobre 1367 avec 
Jeanne Bouchard , il en eut Péan III, Catherine et 
Jacques, et mourut avant 1390. Sa femme lui survécut 
et vivait encore en 1418. Comme elle avait la jouis- 
sance de leurs biens, elle donna le château de Brezé à 
Péan son fils, par acte du 29 juin 14-00. 

Péan de Maillé III était seigneur de Brezé en 1400; 
il fit son testament le 10 décembre 1427 et vivait en- 
core en 1430. Il avait épousé Marie de Maillé, fille 
d^Hardouin VII, qui était veuve en 1433, dame de 
Milly-le-Meugon et Brezé, en 1440, dont il eut : Har- 
douin, Gilles et sept filles. 

Gilles de Maillé fut seigneur de Brezé et de Mille 
ou Milly-le-Meugon en 1437-1477. Conseiller, chambel- 
lan et grand maître de la vénerie de René, roi de 
Sicile, duc d'Anjou, qui le fit chevalier de son ordre 

(1) Cotomane do Samt-'Cyr-en-Souf^. 



^ 69 -- 

du Croissant le 27 juillet 1449, il suivit ce prince en 
son voyage d'Italie pour le recouvrement de ses états 
où il lui rendit de grands services. Aussi en obtint-il 
des lettres patentes qui lui permettaient de fortifier 
son château de Brezé et d'y établir une garnison. 

Le 29 juin 4440, il avait épousé Jeanne Amenard 
morte avant 1459, et en secondes noces, Marguerite 
Levesque qui ne vivait plus en 1470. 

Gilles de Maillé fit son testament le 22 janvier 1477, 
et fut père d'Hardouin, René, Jean et Catherine. 

Hardouin de Maillé épousa par contrat du 25 jan- 
vier 1480, Ambroise de Melun, fille de Charles de Melun 
grand maître de France. 11 assista, le 11 juillet 1496, 
au contrat de mariage de René du Bellay et de Mar- 
guerite de Laval, au château du Plessis-Macé (1). Har- 
douin fut seigneur de Brezé et de Milly ; il mourut en 
1508 et sa femme vers 1524, laissant 1^ Guy, 2^ Am- 
broise qui épousa Jacques de Perrière. 

GuT DE Maillé prit alliance le 3 mars 1510 avec 
Anne de Louan, et en eut onze enfants parmi lesquels 
nous citerons : 1» Arthur; 2° Simon, archevêque de 
Tours, mort en odeur de sainteté le 11 janvier 1597; 
So Philippe; iP Jacques; 5^ Jeanne, abbesse du Ron- 
ceray, morte le 6 décembre 1571 ; 6° Yvonne, abbesse 
du Ronceray après sa sœur, morte Tan 1589. 

Le 27 janvier 1 51 7, il se rendit auprès de René de Cessé, 
gouverneur d'Anjou pour la reine mère du roi duchesse 
d'Anjou, et déclara : < tenir en franc alleu son chastel de 
> Brezé avec ses douves, clos de vignes , frous, jar- 

(1) L* Anjou el ses monuments, tome 2, page 128. 



— 70 — 

» dins, préSy closteaux et appartenances joignant son 

> dit chdstel et aussi sa haulte justice, moyenne et 

> basse et tout ce qui en despend... » 

Une senlence rendue à Saumur le 3 novembre 1520, 
confirme au seigneur de Brezé c le droit qu'il a de 

> faire frapper et courir la quintaine par ses hommes 
» et sujets estant nouveaux mariés, quand le cas ad- 

> vient et que pour ycelle cource lui est deub (du), 

> par chacune personne subjecle à courir, le nombre 
» de huit boisseaux d'avoine quand il casse sa lance 
» contre l'écusson, et si elle n'est cassée, luy en est 
» deub le nombre de seize boisseaux, et ceux qui 
» font deffault de courir lui doibvent pareil nombre 

> de seize boisseaux. » 

Guy de Maillé fut aussi gouverneur d'Anjou ; il ha- 
bitait ordinairement le château de Milly (1), et par son 
testament passé le 22 janvier 1545, il fonda plusieurs 
chapelles en l'église dudit lieu. 

ÂRTHUS DE Maillé épousa le 2 juin 1547 demoiselle 
Claude de Gravy, fille d'Ambroise de Gravy, seigneur 
des Costeaux, et de Renée du Bellay. En 1548, il eut le 
commandement de l'armée envoyée en Guyenne contre 
les rebelles, et passa la même année en Ecosse pour y 
recevoir Marie Stuart qu'il conduisît en France. En 
1554, il était gentilhomme de la chambre du roi, lieu- 
tenant de cent hommes d'armes de la compagnie de 
Claude de Lorraine, duc d'Âumale, qu'il accompagna 
en Italie en 1557, et devint capitaine des gardes du 
corps du roi en 1558. C'est lui qui fit reconstruire le 

(1) Commune de Gennes. 



— 71 — 

château de Brezé qu'il habitait ordinairement et où il 
eut l'honneur de recevoir, le 2 octobre 1565, le roi 
Charles IX et Catherine de Médicis, sa mère, qui ve- 
naient de Fontevrault, couchèrent à Brezé et se rendi- 
rent le lendemain à Doué. Le seigneur de Brezé fut chargé 
par la reine Catherine de Médicis de la conduite dé 
Henri III, roi de Pologne, lors de son retour en France 
en 1 574'. Il accompagna aussi en 1 582 François , duc 
d'Alençon, lorsqu'il fut couronné duc de Brabant (1). 

Arthus de Maillé ayant fait reconstruire également 
la chapelle de Sainte-Catherine, placée dans l'enceinte 
de son château, la fit ériger en cure et par acte du 10 
septembre 1585, il dota convenablement les prêtres 
chargés d'y célébrer le service divin. 

Le 24 mai 1585 il fit son testament et mourut en 
1592. 

Claude de Maillé, fils d'Arthus, avait épousé le 15 
septembre 1567, demoiselle Robinette Hérisson, fille de 
Jacques Hérisson, seigneur de Saint-Martin-du-Latr ou 
du Lac. Dans les actes qui le concernent, on lui donne 
les titres de chevalier de l'ordre du roi, seigneur de 
Brezé, Milly et Saumoussay, etc. Cependant il mourut 
avant son père, car il fut tué, avec beaucoup d'Ange- 
vins, le 20 octobre 1587, à la bataille de Coutras où il 
portait la cornette blanche de l'armée ,(2). Son épouse 
qui lui survécut, fit le 9 novembre 1611, le partage de 
ses biens à ses enfants, Charles, Jacques, Eléonore et 
Jeanne. 

(1) L'Anjou et ses monuments, tome 2, page lil. 

(2) Histoire de France, par le père Daniel, et Recherches par 6o- 
din, tome l'r, page 316. 



- 72 - 

Charles de Maillé prenait les titres de chevalier, sei* 
gaeur de Brezé, Lançon, Meigné, la Rivière-Marteau (4), 
le Bois de Saumoussay (2), Milly et TArabroise (3). Il 
mourut en 1613, ayant épousé, le 24 novembre 1597, 
Jacqueline de Thévalle, qui vivait encore en 1643 et 
fut tutrice d'Urbain leur fils. 

Urbain de Maillé naquit à Brezé et y fut baptisé 
le 30 mars 1598, ayant pour parrain et marraine les 
plus pauvres de la paroisse. 

Dés le mois de février 1615, la terre de Brezé fut érigée 
en marquisat en sa faveur par Louis XIII. Il épousa, le 
25 novembre 1617, NicoUe duPlessis, sœur du cardinal 
de Richelieu. Le 16 octobre 1619, il accompagnait à 
Angers la reine Marie de Médicis, et le 25 septembre 
1620, il reçut le brevet de capitaine de ses gardes du 
corps. Le 27 avril 1623, il devint conseiller du roi en 
son conseil d'état et privé, fut fait chevalier des Ordres 
le 14 novembre 1625; capitaine des gardes du corps du 
roi le 20 septembre 1627; maréchal de camp le 11 
septembre 1630; ambassadeur extraordinaire en Alle- 
magne le 5 janvier 1632; maréchal de France le 29 
octobre suivant et gouverneur de Calais le lendemain. 
En 1635, Urbain de Maillé perdit son épouse, qui 
mourut au château de Saumur le 30 août, et fut in- 
humée dans réghse de Notre-Dame-des-Ardillers. Dès 
1626, il était gouverneur de Saumur et du Saumurois, 
et fut nommé gouverneur d'Anjou, le 19 septembre 

(1) Ces trois localités sont dans la commune de Brezé. 

(2) Commune de Chacé, près Saumur. 

(3) L'Ambroise est dans la commune de Saint-Sulpice, canton des 
Ponls-de- Ce 



— 78-^ 

1036, et vice -roi de Gatalpgne le 17 octobre 1641. 

Outre le marquisat de Brezé, Urbain de. Maillé pos- 
sédait encore les terres de la Bouchardière (1) ; Milly 
et Trêves; Saugré, Villeneuve-Maillard et Virollais (2) ; 
la MineroUe (3), Marson, etc. Il habitait ordinairement 
le château de Milly, où il mourut le 13 février 1650. 

Armand ou selon quelques-uns Jean-Armand de Maillé , 
fils d'Urbain, prenait les titres de duc de Fronsac et de 
Caumont, marquis de Brezé et de Graville, comte de 
Beaufort en vallée. Nommé, le 5 décembre 1642, 
grand maître, chef et surintendant de la navigation et 
commerce de France (grand amiral), il fut tué d'un 
coup de canon au siège d'Orbitello en Toscane, le 14 
juin 1646, à l'âge de 27 ans et sans avoir été marié, 

Louis DE Bourbon ayant épousé, le 7 février 1641. 
Claire-Clémence de Maillé, fille d'Urbain , devint sei- 
gneur de Brezé après la mort de ce dernier. Il possé- 
dait également Marson, Milly, Pocé, Trêves, Beaufort, 
Candé, Champtoceaux, etc. 

Ce prince, connu dans l'histoire sous le nom de grand 
Condé, n'eut guère de relations avec notre pays, et il 
avait un intendant pour gérer ses nombreuses pro- 
priétés en Anjou et en Bretagne. 

En 1653 et 1654, le château de Brezé fut occupé au 
nom du roi par une garnison, ainsi que beaucoup 
d'autres châteaux dans les campagnes, afin de résister 
aux influences de la Fronde. 

(i) Commune de Saint-Cyr-en-Bourg. 

(2) Ces trois localités sont dans la commune de Deuezé, canton 
de Doué. 

(3) Commune de Chenehutte-les-Tuffeaux. 



-.• 74 — 

Le 31 juillet 4682, le prince de Coudé et Henri-Jules 
de Bourbon, duc d'Enghien, son fils, cédèrent à roes- 
sire Thomas de Dreux, chevalier, seigneur de la Galis- 
sonnière et autres lieux, conseiller au parlement de 
Paris, le château et la terre de Brezé et ses dépen* 
dances, en échange pour celle de la Galissonnière. 

Thomas de Dreux, fils aîné de Pierre de Dreux et de 
Marie Saguié, descendait de Robert de Dreux, fils du 
roi Louis le Gros (1), et il avait épousé par contrat du 
6 août 1670, demoiselle Marie-Marguerite Bodinet. 

Le roi Louis XIV érigea la terre de Brezé en mar- 
quisat en sa faveur, et pour sa postérité née et à naître 
en légitime mariage, par lettres patentes du raoi;^ 
d'août 1685, registrées en la chambre des comptes le 
22 juillet 1686, et au parlement de Paris le 5 août de 
la même année. 

Il acheta, le 16 novembre 1695, la terre de Berrie (2) 
dont la féodalité s'étendait jusque dans la commune 
de Brezé, et prenait en 1702 les titres de marquis de 
Brezé, baron de Berrie, seigneur de Saint-Just, Saint- 
Hippolyte, Saumoussay et Somloire, etc. 

Thomas de Dreux mourut le 27 octobre 1731, à 
l'âge de 91 ans, ayant eu pour enfant Thomas et 
Joachim, qui avaient partagé noblement la succession 
de leur mère, le 12 novembre 1717. 

Thomas de Dreux II, entré en 1695 dans le première 
compagnie des mousquetaires, passa ensuite dans les 
régiments des gardes françaises, fut nommé en 1698, 

(1) Dictionnaire historique, biographique et généalogique des fa- 
milles de l'ancien Poitou, par Henri Filleau. 

(2) Commune de Nueil sur Dive, près Loudun. 



~ 75 — 

colonel du régiment de Bourgogne,' brigadier des arr 
mées du roi en 1703, niarécbid-de&-bgis en 17049 
liealenssct-générai en 1710, gouverneur de k ville de 
Loudun et pays Loudunais en 1720, et des îles Sainte* 
Marguerite et Saint-*Honorat de Lerins en 1727. Dès 
le mois de mars 1710, sur la résignation de Jules-Ar- 
mand Colbert, marquis de Blainville, il avait été nommé 
grand maître des cérémonies de France , charge , 
depuis cette époque, héréditaire dans sa famille, et 
dont il se démit en faveur de son fils atné. 

Dès 1700 il prenait le titre de marquis de Brezé, et le 
16 janvier 1755, il rendit au roi Louis XIV son aveu 
pour raison de ladite terre de Brezé (1). 

Thomas de Dreux mourut le 26 mars 1749, laissant de 
demoiseJe Catherine-Angélique Ghamaillart, JSUe de 
messire Michel, chevalier, seigneur de Montfermeil, 
conseiller d'Etat ordinaire et intendant des finances de 

* 

France, et de dame Elisabeth-Thérèse le Rebours, qu'il 
avait épousée, par contrat du 13 mai 1698, 1^ Michel; 
2** Joachim; 3» Elisabeth-Angélique qui épousa, le 6 
octobre 1723, Bertrand-César du Guesclin, seigneur 
de la Roberie, etc. dernier représentant mâle de la 
famille du coûnétable; ifi Catherine-Françoise, mariée 
le 4 août 1734 à Jean-Baptiste Poussart. 

Michel de Dreux, né le 15 juin 1700, fut nommé 
colonel du régiment de Guyenne le 15 mars 171B, puis 
appelé en 1720 à la charge de grand maître des céré- 
monies de France, sur la résignation de son père en sa 
faveur; brigadier des armées du roi le 20 mars 1734. 

(1) Pièces jastificatives no 3« 



- 76 - 

Le roi, pour le récompenser de sa belle condaite au 
siège, de Douai, par les alliés, où il Tut blessé, le nomma 
lieutenant général le 2 mai 1741, puis inspecteur géné- 
ral dé rinfanlerie, commandant de Tournay en 1745, 
gouverneur de Loudun et des îles de Sainte-Marguerite 
et Saint-Honorat de Lerins en mars 1749. En mémoire 
du talent que le marquis de Brezé déploya à la bataille 
de Fontenoy et des services qu'il avait rendus précé- 
demment, le roi lui fit don de six pièces de canon que 
la révolution de 1793 enleva du château de Brezé, où 
elles avaient été placées. 

Michel mourut le 17 février 1754, ayant épousé en 
premières noces, par contrat du l^r juin 1720, demoi- 
selle Isabelle-Glaire -Eugénie de Dreux-Nancré , fille 
aînée de Claude-Aimé, chevalier, comte de Nâncré, et 
de Marie-Thérèse de Montmorency, son épouse. 11 n*eut 
point d'enfants de ce mariage, non plus que de celui 
qu'il contracta le 15 novembre 1749, avec demoiselle 
Louise-Charlolte de la Châtre, fille de Louis-Charles, 
marquis de la Châtre, et de dame Marie-Elisabeth de 
Nicolaï, son épouse. 

JoACHiM DE Dreux, fils puisné de Thomas et de Ca- 
therine-Angélique Chamaillarlfut successivement mous- 
quetaire du roi dans la première compagnie en 1728, 
capitaine au régiment de Turenne, cavalerie, en 1730, 
colonel au régiment de Guyenne le 24 février 1738, 
brigadier des armées du roi et colonel lieutenant général 
du régiment de Royale-Marine, en 1745, maréchal des 
camps et armées du roi le 10 mai 4748, chevalier non 
profès de Tordre de Malte en 1754, lieutenant général le 
17 décembre 1759. En 1754, il avait succédé à son frère 



— n — 

dans les chaînes de grand ms^ftre des cérémomes de 
France, de gouverneur de Loudun et du pays Londu- 
nais, et des Iles de Sainte-Marguerite et Saint-Honorat 
de Lerins; et le 16 mai 1755, il avait quitté la croix 
de Malte et avait été reçu chevalier de Saint-Louis.. 

Par acte passé les 24 et 27 mai 1745, Joachim épousa 
demoiselle Louise-Jeanne-Marie de Coutarvel de Pe^é^ 
fille ainée et principale héritière de Louis-René, mar«* 
quis de Coutarvel de Pezé^ et de Louise-Charlotte Thi- 
bault de la Rpcbe-TuUon. U eut de ce mariage : 1® 
Henri-Evrard; 2o Louise-Elisabeth, mariée en 1788 à 
François- Charles comte de Coucy; 3^ Catherine-Hen- 
riette qui, en 1783, se maria avec le marquis de Ra- 
diais; 4o Charlotte-Marie qui épousa le comte de la 
Roche- Lambert; 5® Marie-Marguerite, qui en 1790, 
épousa M. de Saint-Martial, baron d'Aurillac; 6° Anne- 
Jacqueline, mariée en 1789 au comte Léon d'Ourches; 
plus un fils et deux filles morts en bas âge. 

Henri-Evrard de Dreux, né en 1766, fut revêtu à 
l'âge de seize ans de la charge de grand maître des cé- 
rémonies par le décès de son père. 11 eut le courage de 
s'éloigner de la cour pour se préparer au métier des 
armes par des études spéciales, et aux affaires publi- 
ques en suivant les cours renommés alors de TuDiiver- 
site de Strasbourg. 

En 1789, Louis XVI le chargea des dispositions à 
prendre pour la convocation des Etats généraux. Sorti 
de France, et rentré plusieurs fois aux plus affreux 
jours de la terreur, il rejoignit encore à Vérone le roi 
Louis XVUI, et reçut ce prince sur le rivage de Calais 
lors de son retour en France. Créé pair de France. le 



— 7«- 

il août 181 Ô, il présida comme maître de cérémonies 
au sacre de Charles X, et mourut en 1829. 

De son mariage avec Adélaïde-Anne-Philippine de 
Custîne, fille du célèbre et infortuné général de ce nom, 
morte le 20 juin 1861, âgée de 94 ans, sont issus : 
4« Clémentine-Henrielte-Pbilippine, mariée en 1810 
à Hector, marquis de Monteynard et de Montfrin ; 
2o Scipion; S® Emmanuel-Joachim-Marie ; 4» Pierre- 
Simon-Louis-Marie, aujourd'hui évêque de Moulins. 

SciPiON DE Dreux-Brezé Baquit aux Andelys (Eure), 
le 43 décembre 4793. Destiné à la carrière des armes, 
il entra fort jeune au collège de la Flèche, d'où il sortit 
à dix-huit ans comme officier de cavalerie. Ce fut en 
cette qualité qu'il prit part aux dernières campagnes 
de l'Empire. Après l'abdication de Napoléon, il prit dir 
service dans l'armée royale, et devint aide de camp du 
maréchal Soult. Pendant les cent-jours, M. de Dreux- 
Brezé rejoignit Louis XVIII à Gand en qualité de vo- 
lontaire. Après la restauration, il servit dans le pre- 
mier régiment de cuirassiers de la garde royale, devint 
lieutenant colonel et se retira avec ce grade en 4827, 
à cause de l'état délabré de sa santé. Deux ans après, 
la mort de son père lui transmit tout à la fois la pairie 
et la charge de grand maitre de cérémonies de France. 
Après la révolution de 4830, M. de Brezé n'hésita point 
à prêter le serment exigé, et resta à la chambre des 
pairs, où il se fit remarquer par son éloquence et sa 
loyauté en défendant les principes monarchiques. Enfin 
il mourut en son château de Brezé le 24 novembre 
4845. 

Pe son mariage avec demoiselle Aglaé-Henriette de 



- 79 — 

Moûtault, fille d'Armand-Gharles^tienri , marquis de 
Moniault, baron de Castelnau, et d'Agio é*Marie-Made- 
leine Dubosc de Radepont, Scipion de Dreax-Brezé n'eut 
qu'une fille, Bertbe-Alix, morte jeune. 

EiiMAKUEL - JoAGHiM - Marie de Dreux -Brezé, frère 
du précédent, né le S5 décembre 1797 aux Andeiys 
(Eure), entra dans les pages de l'Empereur le 3 janvier 
1812, fut admis dans les chevau-légers de la garde de 
Louis XVIII, avec le gracie de lieutenant de cavalerie 
(l^T juillet 1814), accompagna le roi jusqu'à la frontière 
aux eent-jours, et demeura pendant cette époque dans 
rinaclivité. Lieutenant au 8^ chasseurs à cheval (7 fé- 
vrier 4816), il fut nommé capitaine d'état-major, aide 
de camp du maréchal Mo'ncey, commandant le 4^ corps 
de Tarmée de Catalogne (1823). Il fut fait chevalier 
de la Légion d'honneur et des ordres de Saint-Ferdi- 
nand d'Espagne de première classe et de Charles III. 
En 4824, il fut nommé aide de camp du maréchal Su-> 
chet, et le 11 avril 1828, gentilhomme honoraire de 
la chambre. Après l'élection du roi Louis-Philippe, il 
adressa sa démission au ministère de la guerre, rentra 
dans la vie privée, et mourut le 19 mai 1848. 

M. de Brezé avait épousé, au mois de juin 1824, 
demoiselle Marie-Charlotte de Boisgelin, fille du mar- 
quis de Boisgelin^ pair de France et de demoiselle 
d'Harcourt, dont il a eu : 
lo Henri-Simon-Charles, né le 22 mars 1826; 
2o Eugène-Philippe--Joseph, né le 10 août 1827 ; 
So Georges-Robert, né le 24 mai 1829, mort le 13 
juillet 1830; 
4fi Edouard-Ëmmanuel-Marie, né le 5 octobre 1841. 



- 80 - 

M . HbmrI'Simom^Ghârlbs beDrëuxtEhezé^ propriétaire 
actuel du château de Br^ezé, a été institué légati^ire 
universel de Scipioa de Dreux-Brezé, son onde, par 
son testament olographe en date du 8 avril 1842. 

Il a épousé, le 30 septembre 1850, M^^ Marie-Made- 
leine des Bravards d'Eyssart du Prat, dont : 

Pierre-Marie-Joseph, né le 31 octobre 1853. 

Louis Raimbault. 

(La suite au prochain numéro). 



Les lecteurs n'ont point oublié le concours ouvert 
par la Société Impériale d'agriculture, sciences et arts 
d'Angers, sur cette question : Etude de la législation 
en Anjou pendant le moyen âge. Le prix en était une 
médaille de 500 francs, votée par le Conseil général de 
Maine et Loire, sur la proposition de M. le Préfet. 

Le lundi 29 décembre, une séance pleine d^intérêl a 
eu lieu à la Société d'agriculture; il s agissait de la I^e7 
mise de cette médaille à M. d'Espinay, juge au Tribunal 
civil de Saumur, qui l'avait ootenue pour son beau 
travail intitulé : Les Cartulaires Angevins^ Etude his" 
torique sur la législation féodale en Anjou. 

M. le Préfet avait bien voulu venir présider cette 
séance. 

Nous regrettons que le défaut d'espace nous empêche 
de reproduire ici le discours par lequel M. Ad. Lachèse 
a ouvert la séance, l'improvisation, nleine de bienveil- 
lance et de goût, par laquelle M. le Préfet a répondu à 
cette allocution, heureuse expression des sentiments de 
gralitude de la Société d'agriculture, et enfin le rapport 
de M. Faire, sur le travail de M. d'Espinay. 

Après la lecture de ce rapport, qui a excité le plus 
vif intérêt dans l'auditoire, M. le Préfet a rerais la mé- 
daille à M. d'Espinay, en lui adressant des félicitations 
aussi flatteuses que méritées. 





CONDITIONS DE L'ABONNEMENT, 



Le Répertoire Archéologique de l'Anjou paraît le i^' de 
chaque mois, par livmidaiis* cliaeune de deux feuilles dlttb^ 
pression. 

Le prix de l'abonnement, pouï'vK^p .tonnes ne faisant pas 
partie de la Commission Ârchéologiqut, est de 5 francs par an 
pour Angers et de 6 francs par la poste. 

Les abonnements sont reçus chez tous les libraires du 
département. 






SOGIKTB IMPÉRIALE D'AGRICULTURE, 8CIBNCB8 ET ART8 

ilNCIENNE ACAOÉni D'ANGERS. 







COMMISSIOI IRCIÉOLOGIQUE 



DO DEPARTEMENT 



DE MAINE ET LOIRE 



RÉPERTOIRE ARCfllOLOGIODE 



DE I/ANJOU 



Année të6S. — Mars. 




ANGERS 

IMPRIMERIE DE COSNIER ET LACHÉSE 
ChansAéc Saint-Pierre , 13 

4863 



"•CQ 




SUR LA POLÉMIQUE 



QUI 8*EST ÉLEVÉE A L'OCCASION DE 



HENRI ARNAULD 



CVCQUE D'MGEM, au XVIh SIÈCLE (1). 



A4, 



Messieurs , 

Uoe polémique ardente et passionnée s'est élevée en 
présence de quelques considérations rétrospectives où il a 
semblg à plusieurs que Tévèque d'Angers, Henri Arnauld, 
dont la mémoire fut si longtemps populaire et vénérée 
en Anjou » avait été jugé cette fois avec plus de rigueur 
que de justice. L'opinion publique s'est vivement émue 
et malgré tout le désir que j^éprouvais, je l'avoue, d'in- 
tervenir dans ce débat , j'hésitais fort à le raviver en 
livrant à la presse les raisons de mon profonil dissenti- 
ment avec l'un et l'autre des écrivains qui se sont signalés 

{{) Ce discours n'était nullement destiné à la publicité, et Fauteur 
ne Va livré â Timpression que d'après une délibération formelle et très- 
èzpresse de la Société. 

REP. ÀRC. 6 



-- 82 — 

dans cette arène brûlante, dans cette lutte bien inoppor- 
tune assurément et dangereuse même à tant de titres 
divers. Mais ce que la prudence ne me permettait pas de 
tenter au grand jour de la publicité, je puis le faire sans 
inconvénient et sans péril au sein d'une réunion litté- 
raire et privée qui a bien le droit, il me semble, de traiter 
dans rintimité de ses séances toutes les questions qui 
peuvent, dans quelque mesure que ce soit, se rattacher 
aux grandes ,et hautes appréciations de notre histoire lo- 
cal^. 

S'il en était autrement. Messieurs, je ne comprendrais 
plus la mission ni même la raison d'être de notre Société 
des sciences et arts. Je vous le disais la première fois que 
j'ai eu l'honneur de vous adresser la parole et je vous 
demande la permission de le répéter aujourd'hui : dans 
une réunion intime on peut se permettre des libertés que 
l'on n'oserait prendre partout ailleurs. Une causerie 
académique ne ressemble en quo^ue ce soit à un pam- 
phlet, car c'est pour nous entretenir en toute franchise 
et pour parler entre nous à cœur ouvert qu'ont été éta- 
blies ces assemblées littéraires où vous m'avez fait J'hon- 
neur de m'admettre. J'ai senti surtout, Messieurs, le prix 
de votre gracieux accueil , parce qu'il me semblait que 
l'on pouvait toujours appliquer à notre Société desscien^ 
ces et arts ce que Pélisson, l'ingénieux historien de TA- 
cadémie française, disait de cette illustre compagnie où 
<i sans bruit et sans pompe et sans autres lois que belles 
» de l^amitié , ses membres goûtaient ensemble tout ce 
» que la société des esprits et la vie raisonnable ont de 
)) plus doux çt de plus charmant. » 

Certes , je ne me dissimule pas que j'ai, i ps^^CQurix an- 



— 8â — 

jourd'hui un terrain glissant et ardu tout à la fois , mais 
j^espère cependant parvenir à surmonter tous les obstacles 
en me Maintenant toujours dans le'^ bornes d'une niodê- 
ration qui n'exclura lii là netteté ni la franchise. Je 
compte dbnc, Messieurs, sur votre bienveillance et aussi 
sur votre attention , caf il en faut beaucoup pour saisir 
à la simple léfetnre le gravé et important sujiét que je me 
propose de traiter. 

Dans la seconde moitié du xvii« sièkie le diôéèse d'An- 
gers fut gouverné par un pontife qui pendant longtemps 
avait été cité comme le modèle et l'honneur de l'épisco- 
pat. snAviTÈR et fortiteè, ces deux mdts empruntés aux 
saintes Écritures résument admirablement la ligne de 
conduite et la double règle de gouvernement qu'il s'était 
tracée et dont il avait surtout puisé l'inspiration dans un 
esprit ferme et élevé , daiïs un cœur débordant de man- 
suétude et de bonté. Il eut pour ses diocésaine plus que 
l'affection d'un père, il se sentait pour chacun d'eux, les 
plus petits comme les plus grands, ces Sollicitudes et cet 
amour (Ttme tendre mère qu'exprimait si bien Fénelon 
dans*les toîiicftanfes expansions de son âme. Port seule- 
ment dé l'ascendatit de ses vertus, guidé par le généreux 
élan de son grand cœur et armé , pour ainsi dire , du 
Christ, il ne balâiiçai point à venir dans le palais des i^ois, 
crier grâce et merci pour ses enfants bien-aiimés, en même 
temps qu'il se mettait humblement aux pieds dès plus 
pauvres d'entre son ^eupïe pour obtenir d'eux le renon- 
cement aux haines, le gardon des injures et Tamour des 
ennemis. J^ fais ici, Messieurs, une doublé allusion et à 
ses admirables paroles à la reine Anne d'Autriche, pro- 
fbikdlithèht iMtéë' contré la ville d* Angers dont elle se 



— 84 — 

dispensait à faire le siège ^ et à sa démarche touchante 
auprès d'une malheureuse et pauvre femme de la paroisse 
de la Trinité qui s'obstinait dans un ressentiment odieux 
et cruel. Je n'ai point la prétention de donner ici une 
notice biographique sur Henri Arnauld ; ce serait sans 
doute un intéressant et magnifique sujet , mais je n'ai ni 
la volonté ni le loisir de l'entreprendre. Je ne puis ce- 
pendant traiter complètement la question historique qui 
fait l'objet de ce discours, sans vous faire connaître, au 
moins très sommairement^ l'admirable vie de l'illustre et 
saint prélat dont je voudrais défendre et venger la mé- 
moire. Permettez-moi donc , Messieurs , de revenir en 
quelques mots sur ces deux traits qui montrent sous un si 
doux et si grand aspect le chrétien , le pontife et l'apô- 
tre. 

* Sans doute le fait relatif à Anne d'Autriche est connu 
de tout le monde, et partout on a pu lire le récit de la 
pieuse et touchante insistance du prélat qui , après avoir 
échoué dans toutes ses tentatives et dans ses supplica- 
tions les plus pressantes , s'approcha de la reine à l'ins- 
tant où elle se présentait à la communion. Ce fut alors , 
on le sait, que le vénérable pasteur tenant la sainte hostie 
dans ses mains , adressa à la régente irritée et jusqu'à 
ce moment implacable, des paroles auxquelles il n'y avait 
plus moyen de résister. Dans tous les recueils mo- 
dernes ces paroles ont été rapportées d'une manière 
qui ne nous paraît point exacte. On a cru les embellir 
sans doute en leur donnant la forme d'une ingénieuse 
et brillante antithèse (1), mais je me défie toujours des 

(1) On fait dire à Tévêque, dans les relations imprimées : « Recevez , 



- 8S - 

relations faites après coup et je leur préfère de tout 
point les documents contemporains. Or, je trouve dans 
un manuscrit sans nom d'auteur, mais tracé très «évi- 
demment peu d'années après la mort de Henri Arnauld, 
le texte exact et fidèle de la courte et pathétique allocution 
que le saint évêque adressa à la reine dans cette circons- 
tance solennelle : « Madame , lui dit-il d'une voix émue, 
ï) je vous conjure par les entrailles de la miséricorde du 
» Dieu que je vousprésente, de pardonner à mon peuple !» 
Ce cri de tendresse et d'amour partait du plus intime de 
l'âme, et à coup sûr i) n'avait rien de la froideur et de 
l'austérité jansénistes. Quoi qu'il en soit, le manuscrit que 
je continue à citer textuellement ajoute que « la reine, 
» émue et touchée jusqu'au fond du cœur, répondit à l'é- 
» vêque qu'au nom du Maître qu'elle allait recevoir, elle 
» ne pouvait rien refuser et qu'elle pardonnait volontiers, 
» ce qui fut suivi d'une amnistie générale. » 

Le généreux pontife qui, à l'exemple des plus saints 
évêques dont les traditions de nos églises de France aient 
gardé la mémoire, s'interposait ainsi entre les périls de 
son peuple et la vengeance des rois, savait unir à tant de 
courage la piété la plus affectueuse et la plus tendre. Il 
ne croyait pas déroger aux exigences et à la dignité de 
son rang, en descendant aux plus humbles pratiques de 
la vie chrétienne, aux plus admirables manifestations 
d'une charité sans bornes et d'une humilité que le relâ- 
chement et la mollesse de nos mœurs aura peut-être 
quelque peine à concevoir. Henri Arnauld aimait d'une 

Madame, votre Dieu qui en mourant sur la croix a pardonné à ses 
ennemis. > 



— 86 — 

affection toutç particulière les pauvre3 ajlors déjà si nom* 
breuz de la paix)isfe de la Trinité. II les visitait souvent, 
il versait dans leur sein d'aboçdantes aumônes, il les 
exboirtait^ les consolait dans leurs tribulations diverses. 
Il les connaissait presque tous, car il les avait soulagés, 
il les avait nourris, il avait été pour eux commç une se- 
cond^ providence pendant les vingt-six années qu'il ava,it 
étfê préposé au gouvernement de l'opulen^ abbaye de 
S^int-Nicola^. Or, quelques années s^rès sa promotion à 
l'épiscopat,B|Çnri Arnauld fut informé que des dissensions 
violentes tétaient manifestées au sein de cette population 
m^lbeureusede la Doutre, dans les rangs mêmes de cette 
gr^a^e fan^iille des infortunés que Le. pfélat avait toujpurs, 
rega];d^e comme sa famille de prédilection. On lai apprit 
notamment qu'une femme doQ} on lui dit le nom s'était 
slgaa^ée dans cette lutte intestine , qu'elle avait proféré 
d'borribles menaces contre une autxe femme de son voi- 
si^iage, et s'était montrée rebelle à toutes le& exhortations 
et si obstinée dans sa colère qu'elle avait dit hautement 
qu'elle ne pardonnerait jamais. A ce récit l'évoque pro- 
fondément affligé, se recueille quelques instants, puis 
seul, à pied, sans appareil et sans bruit, il se transporte 
sur-le-champ cbeas cette femme doi^tla demeure lui était 
bi|3n connue. Il e^ntre inopinément, et aussitôt celle que 
vepait ainsi surprendre une visite de cette importance se 
prosterna humblement aux pieds, du prélat en lui de*- 
mandant ce qui lui v^ait l'honneur qu'elle recevait en 
ce, moment. — Levess-vous, lui dit l'éyêque, et écoutqz- 
moi. Je sais que vous avez contre votre voisine une haine 
violente et que vous avez juré avec l'accent de la fureur 
et de la rage qu'il ne vous arriverait jamais de lui,pi|4*^ 



donner. G&aerâienl est sacrilège et impie. Il tûfasH pro«^ 
fondéinent contristé que je me suis déoiâé à véÉiir vous 
deoiander au nom de vos iaCérôts^ les plus sacrés et les 
pks chers, au nom de la religiouf^aa nom di» Dieu doat 
je suis le mihiâtre ot qui vou& parle par ma boucfae^d'oiK 
blier le passé, de <roua réconcilier avec votre' voirine- et 
de lui donner en présence de Volre^ évèc^ue le baiser de 
paix et de fraternité ehrétienne. — ^ Monseigneur . lui 
fai-il répondu d'une voisL brève et ^tremblante, ce que 
vous ote demiuftdea est impossible, non*}ama»^ jamais. ..v 
— ' Je vous le demandierai fà genoux., saille fautyiéit alors 
H^inAmauldenise' jetant à l'instant même sl\M pieds 
de eette malheureuse. -*- Monseigàenr, répliqua«t-e]le , 
je suis confuse de vous voir ainsi à mes gedoux, et ce^ 
pendant mai résolution est inéibranlalbie , niais de grâce , 
levez- vous 1 —-Eh bien ! puisqiue rifen ne peutvous-faire ' 
fléchir, je vous déclare quei je ne me lèverai point que 
vous n'ajez pardonné, car je veux espérer encore que la^ 
gFàoesde Dieu et les supplications de votfere premier pas^ 
teur et votre père» finiront par vous toïieher-et par obtenir 
raison de votre* colère et de votre détestable ressentiment. 
Kn disant cela le vénérable prélat demeurait toujours 
prosterné et immobile. Le cceur de cette feibme impla- 
cable* ne put résister plus longtemps à une si vive et si 
saisissante prière;. ses yeux se remplirent de larmes ; elle 
tombai eUe-^même^à genoux devant Févéque en s'écriant : 
Abi de grâce, lèvez^voss^i Monseigneur, levez^-veus, je 
païKionnel et enr même iffmps die appela son ennemie 
qu'elle serra dans ses bvas: ^ 

Peopmettez-moiide vous^tedire'jMessieurs^ c'eet avec 
nne profonde satisfaction ^ c'est avec un indicible bonheur 



— 88 — 

que j*ai vu cette touchante histoire mentionnée dans le 
manuscrit que je vous citais tout à Theure. Elle m'avait 
été racontée souvent dans les jours de ma première jeu- 
nesse par un saint et vénérable pasteur chargé d'années, 
de travaux apostoliques et de vertus, qui avait vécu dans 
un temps où les traditions de Henri Arnauld n'étaient 
pas encore complètement effacées dans la Doutre. 

Cette piété si humble^ si fervente et si douce n'affai- 
blissait poiat dans les mains de l'évêqne d'Angers les 
ressorts du gouvernement et ne lui fit jamais négliger les 
devoirs toujours austères et souvent pénibles de l'épls- 
copat. De la même main qui s'étendait sur l'indigent 
et qui distribuait. partout d'immenses largesses, l'ad*- 
mirable pontife obligeait les statuts de ses prédéces- 
seurs, en promulguait de nouveaux et rédigeait un code 
complet pour assurer la bonne tenue de la discipline 
ecclésiastique et pour réglementer l'administration des 
sacrements conformément aux traditions primitives de 
l'Eglise. Il faisait une guerre incessante aux abus, rap- 
pelait son clergé aux saintes lois de la résidence, déncm- 
çait les faux miracles, proscrivait les pratiques supersti- 
tieuses, enfin mettait en œuvre tout ce qu'il avait de zèle, 
d'influence et d'autorité pour ramener l'observance de 
la religion à l'auguste caractère de dignité et de gravité 
qu'elle comporte. Il défendit énergiquement les droits 
de sa juridiction épiscopale contre les prétendues immu- 
nités d'une grande et puissante abbaye et plus tard sut 
restreindre dans de justes bornes les exigences et les 
envahissements de divers ordres mendiants établis dans 
son diocèse , notamment des Dominicains,, des Carmes 
et des Récollets. Cette dernière lutte tint une place im- 



— 89 — 

portante dans la vie de Henri Arnauld et mit sa patience 
à de craelles épreuves, en même temps qu'elle fit mieux 
voir encore la bonté de son cœur et l'inaltérable fermeté 
de son caractère. Des moines turbulents s'étaient ré- 
voltés contre les sages ordonnances de l'évèque d'An- 
gers et lancèrent œutre lui d'indignes pamphlets qui fu- 
rent dénoncés à l'assemblée générale du clergé alors te- 
nante. Elle informa contre les auteurs de ces libelles 
scandaleux qui déversaient à profusion l'invective et l'ou- 
trage contre un prélat dont toute la France , écrivaient 
les évèques assemblés, dont toute la France connaît la 
modération et la sagesse. Henri Amanld se montra pro- 
fondément sensible à ces attaques passionnées et il confia 
ses amertumes à son synode diocésain dans des termes 
qui révélaient à la fois une profonde douleur et une ré- 
signation sans bornes. « Méprisez , disait-il en termi- 
^ nant son allocution , méprisez , mes frères , par une 
» générosité vraiment chrétienne , toutes les vaines at- 
» taques de nos adversaires, puisque selon l'Apôtre ils 
» ne remporteront de tous leurs efiPorts que la honte et la 
» confusion. N'imitez pas les emportements de ces en- 
» nemis de la hiérarchie, animés de superbe contre les 
» évèques et d'une passion particulière contre nous. Té- 
» moignez-leur plutôt que vous savez que comme l'Église 
» prit naissance sur le Calvaire parmi les affronts et les 
I outrages d'un Dieu mourant^ elle ne peut se conserver 
» et se maintenir qae par les prières et par les souf- 
» frances, et que ceux qui sont véritablement à elle sa- 
» vent supporter les injures avec douceur et faire du bien 
» à leurs ennemis avec charité. C'est pourquoi qu'ils 
» nous déchirent tant qu'ils voudront et qu'ils s'effor- 



— 9» — 

»'€ieBt eoDune ils font de lioos rendre odieux à notre 
» peuple; nous noue justifierons toiqours par notre con— 
» diiite et continuerons de leur témoi^er que notre hoti«* 
» neur et notire appui consistent à être uni avec Dieu , 
» ét^t très persuadé que la véritable gloire d'un évèqiie 
» est, à l'exemple de l'Apôtre , d'être attaché à la croix 
» de Jésus^-Cbrist par lequel le* monde nous doit êtiie 
» crucifié et nous devons être crudfié au monde, i» 

Ces plaintes si résignées, ce cm de douleur exprimé 
en termies si déchirants, n'inspira, parak-il^ nulremord» 
aux insuiteursy ils redoublèrent bien plutôt leurs invec- 
tiver et laneèrent de nouveaux pamphlets plus violents^ 
encore que les premiers. Ils traitèrent cette t fois Févêque 
d^ hérétique et d'excommunié, imputation qui aiu'ait été 
odieuse si elle n'avait été ridicule et insensée, puisqu'à 
cette époque Tévêque d'Angers ne s'était mêlé em quoi 
que ce fût aux querellesdu jansénisme, mais dans tous 
leSè temps les hommes. de part^ n'ont pas eubesoiu de 
l'ombre même d'un prétexte pour se créer un vocabulaire 
au service de leufs haines et de leurs passions! L'évêque 
d'Angers aurait méprisé sans* douta ces e&travagaaces 
furieuse&, s'il n'avait pas cru de son devoir de veager 
l'outrs^a fait à sa dignité épiscopale. Il condamna for- 
mellejnentiles publiciBitions nouvelles: en disant :. a Pui^ 
» qu'au préjudice de la paix de l'Eglise, et du salut des 
» âmes, ils continuent d'exciter desi troubles et qu'ils ont 
» eocore depuis quelques jours distribué un nouveau 
» libelle plein de faussetés et de suppositions, où ils trai- 
» tent d'hérétiques et d'excommuniés ceux qui,, par une 
» doctrine sincère et catholique, s'opposent à leurs er- 
» reurs, nous avons cru (de voir.... » 



— 9* — 

Après cette seatence, le prélat avait encore la bonté 
d'expliquer ses ordonnances, on dirait presque de sejus-- 
tijBer auprès de* ceux qui Tavaient si indignement ou- 
tragé. « Nous n'avons point eu , disait4l , la moindre 
D pensée d'eoKpécher les religieux mendiants de mendier 
suivant leur institution et les saints canons, mais seu- 
lement d'empêcheF fes exactions qui se font sous pré- 
texte d'indulgenoe et de confession, et notre intention 
n'a jamais été de les troubler dans leurs privilèges 
dont le saint-siége apostolique les laisse encore en 
possession, mais seufi^ment de nous opposer aux abus 
qu'ils commettent en s'attribaant des pouvoirs ou qui 
ne leur ont jamais été accordés ou qui ont été révoqués 
par les décrets des Papes et des conciles auxquels nous 
protestoQi) vouloir êtiie toute notre vie inviolablement 
» attaché. y> 

La sentence portée par le pvélat non plus que la con- 
damnation prononcée le 1®^ avril 1656 par l'assemUée 
dn clergé, ne trouvèr<$nt que des cœurs endurcis et re- 
belles. Poun éludée Kautorité desi évoques, on fit ce que 
dans tous les temps n'ont jamais manqué de faire ceux 
qui ne payent se irésignen à l'obéissance. Les moines 
prétendirent que> le Pape seul avait le droit de statuer en 
pareille matière, mais la. cour de Rome n'a guère pour 
tradition d'accueillir les recours de ce genre et de livrer 
premier réclamant la cause et.les droits de l'épiscopat. 
pape Alexandre YII, qui occupait alors la chaire de 
saint Pierre, chargea le nonce d'arranger cette affaire à 
la complète satisfaistion de l'évêque d'Angers, dont la 
haute sagesse et l'éminente piété lui étaient connues. 
Après neuf années d'un épiscopat que Ton voudrait nous 



— 99 — 

re{)réséiiter aujourd'hui comme une réalisation de la pen- 
sée longuement préméditée, de livrer le diocèse d'Angers à 
Fespril de secte et de rébellion contre l'Eglise, le souve- 
rain pontife rendait à Henri Arnauld un magnifique té- 
moignage en lui écrivant le 26 février 1659 : aZelum 
et vir tûtes tuas magnifacimus et prœcipuo paternœ vo- 
luntatis affectu complectimur. » A cette voix imposante 
du chef auguste de l'Eglise tout rentra bientôt dans 
l'ordre accoutumé, et ce qui resta seulement de ce triste 
incident ce furent l'indulgence et les bontés plus grandes 
que jamais de Tévêque d'Angers envers ceux qui l'avaient 
combattu à outrance, ce II avait, dit le manuscrit que 
» nous avons déjà plusieurs fois cité, il avait une dou- 
» ceur et une affabilité sans pareilles, et s'il avait quel- 
ï) ques défauts, c'était d'être trop bon.... Mais ce qui 
» marque qu'il avait une vertu consommée, c'est le bien 
» qu'il prenait plaisir à faire à ses ennemis et à ceux qui 
» s'étaient fait un divertissement de déchirer sa réputa- 
.» tion par des libelles diffamatoires. r> 

La main qui rendait ce témoignage à la mémoire vé- 
nérée du saint évêque d'Angers, était une main amie 
sans doute, mais on ne saurait dire qu'elle n'ait pas fidè- 
lement reproduit le sentiment public, car tout le monde 
alors s'accordait à payer à tant de vertus un tribut 
d'hommages qui ne fut pas même contesté une seule fois 
avant le jour où Henri Arnauld parut s'être engagé dans 
les premières querelles du jansénisme. C'est la triste et 
fatale époque de l'invasion, dans notre Anjou, de cette 
doctrine désastreu&e et erronée que M. l'abbé Pletteau a 
voulu taire connaître dans une brochure dont le long et 
fâcheux retentissement n'a pu le surprendre que parce 



— 98 — 

qu'il, ne s'est pas suffisamment rendu compte des diffi- 
coltés auxquelles il allait se heurter, et des contradictions 
qu'il s'exposait à soulever. Nous n'aurons que trop tôt à 
les indiquer, mais nous devons constater avant tout^ que 
le sujet n'était pas heureusement choisi, et ne pouvait 
d'ailleurs être convenablement traité dans une brochure. 
Puis, dans un siècle où l'indifférence et le rationalisme 
se disputent Tempire, quelle nécessité, quel motif, quel 
prétexte même pour venir évoquer ce vieux fantôme du 
jansénisme? Il n'a point taissé de traces dans le. dio- 
cèse d*Ângers; nous n'en voyons plus s'agiter auprès de 
nous le moindre débris. Notre clergé, admirablement or- 
thodoxe et pur, ^st soumis sans restriction aux enseigne- 
ments de l'Eglise en toutes choses. Pourquoi donc revenir 
sur un passé, déjà si loin de nous? Youdrait-on prétendre 
que de pareilles questions sont toujours bonnes à traiter, 
au moins sous le rapport historique ? Si l'objection m'était 
faite, je répondrais sans hésiter que bien.peu de lecteurs 
pouvaient se complaire à faire retour sur des souvenirs 
que je crois beaucoup moins historiques que théologi- 
ques et scholastiques, et sqr ce terrain l'attention devait 
infailliblement faire défaut. Trop de gens sont étrangers 
à ces sortes de questions et ne veulent ni les étudier, ni 
même les aborder, de peur d'assumer une trop rude tâche^ 
de s'égarer dans un dédale inextricable, et de s'exposqr 
peut-être k prendre le Pirée pour un homme y comme le 
disait spirituellement M. de Chateaubriand. Que si nonob- 
stant toutes ces considérations, M. l'abbé Pletteau voulait 
élever un pareil sujet à la graudeur de l'histoire, au moins 
lui fallait-il prendre la peine de renionter aux véritables 
sources. Il fallait étudier avec soin les documents con- 



tetnporainS) les peser^ les comparer, tout vérifier avec 
une extrême et scrupuleuse exactitude, et au lieu d'ac- 
cepter toutes faites les opiiiions d'une école historique 
quelconque, il fallait savoir dominer les faitd d^ toute la 
hauteur d'une critique intelligente et impartiale. Ce n'est 
qu'à ces conditions que la mission de Tbistorien devient 
sérieuse et digne ; autrement il ne peut que se traîner 
sur des routes battues^ s'agiter dans le vide, semer du 
vent et quelquefois moissonner des tempêtes. 

M. l'abbé Pletteau n'aurait couru nul risque de soule- 
ver de semblables orages s*il se fût borné à nous relater les 
faits et gestes de notre vieille Université d'Angers. Pour 
moi, qui rends toute justice à cette savante compagnie et 
qui honore comme je le dois le zèle Qu'elle apporta à 
maintenir la pureté dé la foi, je le décldi^ en toute sitl- 
cérité, si je me suis surpris à sourire en lisant dans la bro- 
chure sm Le Jansénùme le récit qui nous montre le dod- 
teur cartésien Audouin se prenant à la gorge avec \e pé- 
ripatéticien Babin, son collègue Je préfère mille fois ce 
pendant ces luttes excessives et désordonnées, à l'ignoble 
et odieux pugilat de nos clubs révolutionnaires. Je ne me 
sens pas non plus tenté le moins du monde de reprocher 
à M. l'abbé Pletteau d'avoir mal parlé de l'orthodoxie 
de Henri Arnauld, parce que je reconnais très volontiers 
qu'il ne devait à ses lecteurs que la vérité ou en tout cas 
ce qu'il prenait pour elie. Mais ce que^ fai peine à con- 
cevoir, c*est qu'un éerivaiil qui ne voulait pas sans 
doute sortir dés Kbf nés de la justice et de la modération, 
se soit montré si froidement positif dans ses termes et si 
rigoureusement iosifassible dans ses appréciatioils. Ce 
n'est pas moi qui voudrais pactiiser jamais avec Perreur, 



— 95 — 

je 89is k merveille que teut cathoiiqne doit aux décisions 
de I*Eglise une soumission sans réserve, et que les œu^ 
vres les plus saintes ne sooit plus que des œuvres stériles 
et vaines aux yeux de Dieu^ quand elles s'allient aux 
entratnements de Forgueil et à ses opiniâtretés détes- 
tables. La charité est la plus grande des trois vertus théo- 
logales, mais la foi est celle que TApôtce a nommée la 
première, est M. l'abbé Pletteau ne pouvait Toublier. 
J'aurais voulu cependant qu'à la vue d'une si éminente 
sainteté qui lui semblait déplorablement évanouie, et au 
moment même où il croy^t nous montrer cet or autre- 
fois si pur, transformé désormais en un vil métal; j'au- 
rais voulU) dis-je, que du fond de son âme se fût échappé 
un sourd gémissement en présence d'une si lamentable 
chute ; l'aurais voulu que même en détestant de toutç 
l'ardeur de «a foi ce qu'il appelle Ykérésiede Henri Ar-r- 
nauld, il se fût exprimé avec les égards dus à la mémoire 
d'un évêque si longtemps en possession de la vénération 
publique ; j'aurais voulu, enfin^ qu'à l'exemple de cas 
âiUQs pieuses qui, dans une cité voisine (1), ne pouvaient 
s'empêcher d'admirer l'édifiante régularité d'un autre 
évêque d'Angers que nous a,y<ms tous connu, tous 
aimé , et qui avait le malheur d'appartenir alors à un 
épiscopat séparé de la: communion de l'Ëglise^ il se fût 
écrié aussi : « Jamais nous n^/zviotis vu un si saint héré^ 
tique!... » Mais ce mot cruel d! hérétique est prononcé à 
plusieurs reprisas par M. l'abbé Pletteau sans le moindre 
correctif. Il fait même de Henri Arnauld un relaps et un 

(1) y. la Vie de Mt^ MontauU, évêque d'Angers, par M. l'abbë 
Maupokit, p. 4a.et255. 



- 96 — 

excommunié. Nous ne voulons point incidenter sur les 
termes, puisque nous allons bientôt examiner le fond ; mais 
au préalable, je veux le demander à M. l'abbé Pietteau 
lui-même , à quel titre a-t-il donc pu lui paraître juste 
et convenable de faire peser sur Pévêque d'Angers cette 
terrible qualification d! hérétique, quand il est de fait que 
Bossuet, que je citerai tout à l'heure, a dit textuellement 
.et formellement le contraire, quand un historien qui 
appartient à cet ordre même des Jésuites pour lequel 
M. l'abbé Pietteau professe un respect si profond, a dis- 
culpé positivement la mémoire de notre ancien évêque, 
quand enfin, les docteurs mêmes de l'Université qui lui 
avaient si énergiquement résisté, n'ont parié de lui qu'avec 
l'expression du respect et de la tendresse ? Est-ce que de 
pareilles autorités ne méritaient pas que l'on daignât au 
moins en faire mention, ne fût-ce que pour les combat- 
tre? Est-ce donc garder quelque mesure et quelque sem- 
blant d'impartialité que d'écarter de si importants té- 
moignages sans prendre la peine de les discuter, ni 
même de les indiquer ? Si l'on trouvait cela tout simple, 
tout naturel et du meilleur aloi, je ne crains pas de le 
dire^ il faudrait admettre qu'une puissance occulte, 
qu'une force irrésistible est venue changer le couiis des 
idées reçues et^ suivant la sublime expression de nos 
livres saints, diminuer le nombre des vérités parmi les 
hommes l... Tâchons donc, cependant ^ si la chose est 
possible, de voir comment M. Pietteau a dû se trouver 
ainsi jeté dans une voie inaccoutumée et que n'avaient 
point connue jusqu'à ce jour tous les historiens vraiment 
dignes de ce nom. 
L'Église dans le concile de Trenta , sa pins haute et 



— 97 — 

sa pins auguste manifestation des temps modernes, avait 
rappelé aux fidèles qu'il était inutile et téméraire de 
prononcer sur les questions dont Dieu n'avait pas jugé 
la connaissance nécessaire au salut des hommes, puisqu'il 
ne les avait pas révélées d'une manière expresse et 
formelle ; mais des théologiens, pressés sans doute par le 
zèle de la science et plus encore par une vaine soif de 
renommée, ne surent pas se maintenir dans les sages 
limites qui leur étaient tracées. Vers le milieu du xvi* 
siècle, Baîus, professeur à l'Université de Louvain, 
hasarda sur les matières de la grâce des assertions qui 
furent chaleureusement contredites et successivement 
'condamnées par le Saint-Siège. Le jésuite espagnol 
MoUna exposa un système intermédiaire qui fut égale- 
ment dénoncé à Rome, mais à l'égard duquel le pape 
Paul Y ajourna indéfiniment toute décision. Toutefois 
cet ajournement avait mis les théologiens en émoi^ tous 
voulaient avoir raison des questions si longuement con* 
troversées, et c'est ce vif désir qui insp'u'a à Jansénius, 
évèque dTpres, la patience d'employer vingt -deux 
années de sa vie à la composition d'un énorme livre qu'il 
intitula Augustinm^ parce qu'il avait pour but, au moins 
dans la pensée de son auteur, de rétablir la pure doctrine 
de saint Augustin sur la grâce et sur le libre arbitre. Ce 
livre fit d'abord peu de sensation en France , mais il fut 
^ bien accueilli dans la solitude de Port-Royal qui contri- 
bua beaucoup à le répandre. La Faculté de théologie de 
Paris s'en émut et procéda à l'examen de ce formidable 
m-/(>/to , qu'elle jugea dangereux et qu'elle frappa d'une 
condamnation expresse ; mais des dilficultés de forme et 
des exigences parlementaires l'empêchèrent de publier 

REP. ARC. 7 



sa seatence. Ce fut alors que l'assemblée du clergé crut 
devoir réclamer l'intervention du Souverain Pontife. Lie 
pape Innooent X fit examiner le livre de Jansénius avec 
une attention nouvelle et plus scrupuleuse qu'on ue 
l'avait fait encore, et après une étude qui dura plus de 
deux années, il prononça son jugement définitif par une 
bulle datée du 31 mai 1653, qui condamnait cinq propo^ 
sitions extraites du livre de l'évêque d'Ypres. Cette 
sentence ne souleva tout d'abord nulle difficulté, et 
l'évêque d'Angers, entre autres, déclara accepter pure- 
ment et simplement la bulle , ce qui était conforme aux 
usages du temps , car alors on ne regardait une bulle 
pontificale compoie exécutoire, qu'autant qu'elle avait été 
publiée par l'autorité civile et acceptée par l'évêque et 
les fidèles. Le livre de Jansénius avait fini par avoir déjà 
bien des partisans en France, et cependant aucune récla- 
mation ne se fit eatendre à cette époque; les solitaires de 
Port-Royal eux-mêmes furent forcés de reconnaître que 
les cinq propositions frappées de censure étaient juste- 
ment condamnées. Us protestaient donc qu'ils souscri- 
vaient aux décisions du St-Siége et qu'ils ne voulaient 
pas défendre les cinq propositions ; seulement ils niaient 
que ces propositions, qu'ils tenaient pour hérétiques et 
îinpies, se trouvassent dans le livre de Jansénius qui n'a- 
vait fait qu'exprimer la pure doctrine de saint Augustin. 
Cette distinction subtile et d'une inexcusable témérité 
en présence de la bulle toute récente d'Innocent X, 
n'allait pas toutefois jusqu'à la scission formelle, tant que 
l'Église avait paru la tolérer ou du moins ne pas s'en 
préoccuper et laisser le champ libre aux disputes. Mais 
le 16 octobre 1656, Alexandre YU^qui avait succédé au 



— «9 — 

pape Innocent X^ confirma toutes les décisions de son 
pfédécessenr , ajoutant que les cinq propositions étaient 
tirées du livre de Jansénius et avaient été condamnées 
dans le sens auquel cet auteur les avait expliquées. Cette 
bulie d'Alexandre Yll fut acceptée dans tous les diocèses 
de France, et nul ne l'accueillit avec une plus respec- 
taease déférence que Févêque d'Angers , dont nous 
avons retrouvé le mandement bien peu connu et qui, 
croyons-nous, n'a jamais été cité. Il y disait : « Nous 
)» avons reçu la bulle de notre saint père le pape Alexan- 
» dre VII, dont la teneur est ci-dessus, avec tout le respect 
y> et la révérence que nous devons à Sa Sainteté et au 
» Siège apostolique, et pour lui rendre témoignage de 
» notre parfaite obéissance, nous mandons à nos archi- 
» prêtres, doyens ruraux, curés et vicaires perpétuels, de 
» la publier à leurs prônes, et à tous chefs et supérieurs 
» de communautés séculières et régulières, en leurs 
» chapitres et assemblées, de tenir la main à son exécu- 
» tion , les exhortant et leur enjoignant de la recevoir 
D avec toute la soumission qui est due au vicaire de 
» Jésns-Christ, de l'observer et la faire observer selon sa 
y> forme et teneur, sous tes peines qui y sont portées, et 
j> de conspirer avec nous, autant qu'il leur sera possible^ 
» pour porter ceux qui leur sont soumis à vivre en paix 
» dans l'unité d'une même foi, afin deconseafver entr'eux 
» le lien de charité qui doit unir tous les membres de 
» l'Église dans leur chef invisible, qui est Jésus-Christ, 
» et dans leur chef visible, qui est le Saint-Père. » 

Malgré des acceptations si formelles en apparence, la 
question n'était qu'assoupie, et l'école de Port-Royal 
avec ses adhérents n'en professait pas moins ouvertement 



— 100 — 

la doctrine que Fou ne devait aux décisions récentes de 
l'Église qu'une soumission de respect et de silence , sans 
être obligé d'y donner aucune croyance intérieure. En 
présence de ces résistances étranges et périlleuses, l'as- 
semblée du clergé, pressée surtout par l'autorité royale 
qui attachait un prix extrême à maintenir en toutes 
choses l'unité religieuse, sollicita une nouvelle interven- 
tion du souverain pontife, et le 16 février 1665 le pape 
Alexandre VII arrêta la rédaction d'un nouveau formu- 
laire qui devait être signé , sous les peines canoniques , 
par tous les archevêques , évêques, ecclésiastiques régu- 
liers et séculiers, et même par les religieux et les 
instituteurs de la jeunesse* Ce formulaire obligeait, à 
condamner de cœur et de bouche les cinq propositions 
cojitenues dans le livre de Jansénius. Un assez grand 
nombre de prélats virent avec peine cette exigence 
nouvelle, qui leur paraissait contenir en germe un long 
avenir de troubles et de dissensions et que la cour de 
Rome, croyaient-ils^ n'aurait point imposée si elle n'eût 
été pressée par l'autorité civile, mais quatre évêques 
seulement ne voulurent signer ce formulaire que sous la 
distinction du fait et du droit : ce furent les évêques 
d'Aleth, d'Angers, de Beauvais et de Pamiers. Tous les 
historiens reconnaissent d'ailleurs que l'évêque d'Aleth 
fut le véritable chef de la résistance, et que les autres ne 
firent que le suivre, notamment celui d'Angers qui 
s'était toujours occupé beaucoup plus du gouvernement 
de son diocèse que de toutes les querelles théologiques 
du temps. Quoi qu'il en soit, pour justifier leur refus de 
signature, les quatre prélats prétendirent qu'il était 
excessif d'imposer un formulaire absolu à des hommes 



— 404 — 

qui pouvaient être de bonne foi sur la question de fait ; 
ils ajoutaient qu'à la vérité l'Église est infaillible lors- 
qu'elle prononce que telle ou telle proposition est 
hérétique, mais qu'il n'en peut être de même quand il 
s'agit d'un livre qu'elle ne signale point textuellement , 
et que dans ce cas il n'est dû à ses jugements qu'un 
sUence respectueux et non une véritable croyance. Dès 
que Louis XIY eut connu ce refus ainsi motivé, il se 
montra profondément irrité, et il demanda au Saint-Père 
de nommer douze commissaires qui seraient chargés de 
faire le procès des quatre évêques réfractaires. Le Pape 
y conset^tity mais je ne puis me dispenser de faire 
remarquer en passant que puisque l'on se préparait à 
procéder, il n'y avait évidemment rien de décidé encore 
contre les prélats que l'on ne songeait nuUercient à juger 
sans les entendre. 

La mort d'Alexandre VII fit traîner en longueur cette 

procédure^ qui d'ailleurs avait déjà subi de nombreuses 

difficultés de forme, et vivement excité les susceptibilités 

de tout l'épiscopat français ; cependant le nouveau Pape 

maintint les constitutions de son prédécesseur , mais le 

nonce Bargellinl, archevêque de Thèbes, alors accrédité 

près la cour de France , entreprit de traiter lui-même 

cette affaire, et de réconcilier avec le St-Siége des prélats 

qui inspiraient un vif intérêt à leurs collègues et qui 

tous étaient renommés pour leur piété et leurs vertus. 

Le nonce se fit donc autoriser par le souverain pontife à 

dispenser les quatre évêques de faire la rétractation 

formelle de leur premier refus, et Clément IX s'y prêt 

avec cette indulgente bonté imitée de celle du divin 

Maître, qui recommandait de ne point rompre le roseau 



à demi-^brisé ni éteindre la mèche qui fume encore. Une 
lettre collective, qui prêtait un peu à l'équivoque peut- 
être, fut seulement souscrite par les quatre évêques ; on 
leur fit prendre en même temps des engagements qui, 
paràtt-il, ne furent remplis que d'une manière irrégu— 
lière ou incomplète , puis sur ces simples promesses on 
voulut bien oublier le passé et tout parut terminé. Je 
ne veux point certes excuser des faux-fuyants qui auraient 
été bien malséants en matière si grave et, s'il y eut des 
restrictions mentales, on ne saurait trop les flétrir 
surtout chez les partisans d'une école qui avait si 
bruyamment dénoncé ce qu'elle appelait Yescobarderie 
des Jésuites; mais il est évident, pour qui veut examiner 
à fond cette affaire , que le nonce Bargellini , trop em- 
pressé à terminer une si déplorable controverse, avait pris 
avec les évêques opposants des engagements secrets qui 
peut-être outrepassaient sa mission ostensible. J'en 
aurais bien des preuves à citer, si le temps me permettait 
les longs développements, mais je suis forcé de me 
restreindre sur ce point aux documents qui me sont 
fournis par M. Tabbé Pletteau lui-même. Ainsi, dans ta 
malencontreuse ordonnance du 4 mai 1676 où l'évêque 
d*Angers revient encore sur cette éternelle distinction 
du droit et du fait que l'on croyait abandonnée à tout 
jamais , il est dit positivement : <i Pour le fait de Jan- 
r> sénius, il suffit de demeurer en un silence respectueux, 
i> tel que les autres évêques, nos confrères et nous avons 
Y> fait dans nos procès-verbaux sur lesquels cette paix 
» (celle de Clément IX) a été faite et qui ayant été 
» CONCERTÉS AVEC M. LE NoNCE oe Contiennent autre 
D chose que h volonté de S. 8. même. » Tout cela, il 



ioiporte de le remarquer, tout cela était éerit quelques 
années seulement après c^te paix de Clément IX ^ était 
rendu public par la voie de l'impressioa et affirmé soius 
les yeux mêmes du Nonce , qui remplissait encore ses 
fonctions et qui n'élevait ni réclamation ni désaveu. 
Nous voyons encore dans l'arrêt du conseil cité au n^ II 
des pièces justificatives de la brochure de M. Pletteau,. 
que l'on y admet la possibilité d'une condescendance 
que le Str-Siége aurait, eue en admettant avec beaucoup 
de prudence a quelques signatures du formulaire avec 
D quelqu'explication plus étendue «n faveur de quelques 
B particuliers seulement^ et pour les mettre k couvert de 
» leurs scrupules et des peines portées par les consti- 
» tutions apostoliques. » Il est évident pour nous que 
cette hypothèse équivaut ' à peu de chose près à l'aveu 
des concessions faites dans le temps par le représen- 
tant officiel du souverain pontife. Enfin M. l'abbé Plet- 
teau nous apprend encore que Henri Amauld, presque 
au bord de la tombe, osa écrire au pape Innocent Xi que 
Qément IX lui avait permis en 1668 la signature du 
formulaire avec la distinction du fait et du droit. Il est 
bien difficile de croire à un mensonge qui se serait pro- 
duit £Ûnsi en face de la mort; il est impossible surtout 
d'admettre que le chef de l'Eglise ait pu jamais accueillir 
les confidences d'un hérétique prétendu, sans lui infliger 
un démenti formel et sans lui signifier hautement le 
vade retrait.., et ce dernier renseignement me confirme 
plus que jamais dans Topinion que le nonce Bargellini 
avait été beaucoup plus loin qu'il ne le laissa paraître 
dans les négociations de la paix de 1668, mais tout cela 
aussi ne m'empêche pas de ^blâmer ce qui mérite de 



- 104 — 

l'être, ni de reconnaître qu'au milieu de ces querelles du 
jansénisme Henri Arnauld , entraîné par l'influence et 
l'autorité ide sa famille, a cédé à plus d'une défaillance et 
nous a prouvé une fois de plus qu'il y a des hésitations, 
des faiblesses, des lacunes dans toutes les vertus. Mais 
de là à l'hérésie, de là à la séparation finale de l'Église, 
la distance est immense. L'évêque d'Angers qui avait 
accepté avec une si pieuse déférence la bulle d'Alexan- 
dre yn, était bien malheureusement inspiré en se refusant 
plus tard à signer purement et simplementle formulaire, 
et en cherchant à couvrir ses refus par une distinction 
subtile et téméraire entre le droit qu'il tenait pour 
incontestable, et le fait sur lequel il se réservait toute 
liberté de croyance. Il y avait là , nous ne prétendons 
pas le nier, une désobéissance flagrante et un si fâcheux 
exemple qu'à aucun titre le souverain pontife ne pouvait 
le tolérer, mais il faut reconnsdtre aussi qu'il n'y avait 
point d'affirmation véritablement périlleuse pour le main- 
tien de la doctrine, puisque les prélats condamnaient sans 
restriction les cinq propositions signalées, et que sur le 
fait même de Janséniusils s'obligeaient àgarder ce qu'ils 
appelaient un silence respectueux. Ce silence prétendu res- 
pectueux l'était trop peu sans doute, et l'Église avait bien 
droit à une plus complète obéissance, mais enfin elle avait 
plus d'une fois fermé les yeux sur des réserves de ce genre 
qui, il ne faut pas l'oublier, ne furent interdites et for- 
mellement condamnées que par le pape Clément XI dans 
la bulle Vineam domini donné-e le 15 juillet 1705, plus 
de 13 ans après la mort de Henri Arnauld. Il serait aussi 
par trop rigoureux de reprocher à ce prélat d'être 
contrevenu à une sentence qui n'existait pas encore 1 



— 405 — 

J'ai lu dans le Dictionnaire de Trévoux (on voit que 
îe ne cherche pas des autorités suspectes (1), que Philas- 
tidns, évêque de Brescia en Italie, qui vivait , je crois , 
au IV* siècle et qui siégea avec saint Ambroise au concile 
d'Aquilée, appelait faiseurs cf hérétiques ceux qui mul- 
tipliaient trop le nombre des hérésies. Je ne sais ce que 
Philastrius dirait aujourd'hui , mais il m'avait semblé 
que déjà depuis quelques années les faiseurs se remet- 
taient à l'œuvre. Toutefois, avant 1858 je ne pense pas 
qu'ils aient songé jamais à choisir le nom de Henri 
Arnauld pour grossir leur liste. On avait bien pu 
jusque*là accuser Févêque d'Angers de tergiversations 
et de faiblesse ; on allait même, je le crois , jusqu'à dire 
qu'mvolontairement il s'était fait fauteur (Thérésiey dans 
ce sens que les jansénistes s'étaient autorisés de sa 
résistance, mais on n'avait pas osé aller plus loin, et ce 
fut un écrivain laïque (2) appartenant à l'Anjou, qui le 
premier trancha le mot et nous dit sans détour qu'au 
xvu* siècle le diocèse d'Angers avait été gouverné par 
un évêque hérétique. Le mot a fait une si prodigieuse 
fortune depuis 1858, qu'il est devenu pour certaines gens 
une véritable règle de foi, et c'est à ce point qu'il nous 
faut peut-être quelque courage pour oser aujourd'hui 
nous soustraire à ce courant d'opinion qui domine tout , 
qui n'est disposé à souffrir aucune espèce de résistance, 
et qui voudrait tout entraîner dans le torrent de son 
aveugle et fougueuse impétuosité. 

(i) Tout le monde sait que le Dictionnaire de Trévoux est l'œuvre 
des Jésuites. 

(±) Notice sur M. Tabbé Joubert, vicaire général, par M. Jourdain 
(Charles Sainte-Foi), 1858. 



— i«6 -^ 

Aiûn^ aviX diseiples de cette é<y)le, il n'y aurait pas 
sécurité sans doute à citer lea paroles de Bossnet, qui^ 
selon le témoignage de l'abbé Ledieu, son secrétaire in- 
time, aurait exprimé l'opinion ce qu'on ne pouvait pas 
y> dire que ceux que de son temps on appelait commu- 
y> nément jansénistes fussent des hérétiques, puisqu'ils 
» condamnaient les cinq propositions condamnées par 
» l'Eglise. x> On me répondrait très-probablement que 
l'abbé Ledieu n'est pas une autorité, qu'il y a dans ses 
Mémoires beaucoup d'assertions assez mal sonnantes, et 
que ce n'est pas dans, œ livre qu'il est convenable d'ail- 
ler rechercher les textes de Bossuet. Nous n'avons pas 
besoin de discuter le mérite de cette critique, car les 
textes authentiques et incontestables du grand évèque 
de Meaux abondent sur le sujet qui nous occupe. Ëi 
d'al>ord , comme témoignage de sa vénération pour 
Henri Arnauld, il nous sufiQra de relater un passage de 
son admirable lettre aux religieuses de Port*Royal, où il 
leur cite l'autorité de l'évéque d'Angers^ dont il avait 
connu le mandement si humblement soumis du 14 mai 
1657. a II faut, disait Bossuet, il faut que vous vous re- 
» jetiez dans un autre abyme en croyant que les décrets 
)» de deux papes, reçus, approuvés, publiés uuanime- 
» ment par tous les évêques, lesquels plusieurs d'entre 
» eux, à ce que j'ai appris, et nommément M. d'An<* 
* gers, qice je nomme par hxmmur H avec respect , ont 
» souscrits à deux genoux, ne peuvent être censés cano-^ 
» niques. » On me dira peut être que plus tard Bossuet 
ne se fût pas exprimé ainsi, et cependant, après même 
la procédure dirigée contre les évêques qui s'étaient re- 
fusés à signer le formulaire sans distinction, il écrivait 



— t«7 — 

à un illustre guerrier qui achevait dans les œuvres de la 
plus fervente piété une vie glorieusement signalée sur 
les champs de bataille de la Catalogne et de la Hollande: 
« Dans la vérité^ je ne saurais avoir la complaisance de 
9 blâmer beaucoup de gens qui, je crois, ne le méritent 
1 pas. Cependant je ne me mâle point de justifier per- 
"» sonne sur la doctrine, mais Fati fie peut soti/frir que 
)» je témoigne de la joie que les quatre évêques soient 
1» bien avec Sa Sainteté, et que des hommes qui donnent 
» de si grands exemples dans la morale et dans la dis- 
D cipline , soient purgés de soupçon d'une méchante 
» doctrine. » On voit qu'il y avait du temps de Bossuet, 
comme aujourd'hui, des hommes ardents et exclusifs 
qui auraient voulu que le saint-siége eût prodigué les 
anathèmes^ et qui ne pardonnaient pas à Tillustre évéque 
de se réjouir de la tolérance et de la mansuétude du 
souverain pontife. 

Plus tard encore Bossuet écrivait au même maréchal 
de Bellefonds, dont le religieux qui dirigeait sa cons- 
cience exigeait qu'il ne parlât jamais de jansénisme, 
sans ajouter aussitôt qu'il le condamnait en droit et en 
fait, Bossueiy disons-nous, répondait : « Ojn n'a rien k 
» vous demander quand vous ne direz jamais rien 
D contre le jugement qui décide la question de fait, et 
» que, da&s l'occasion, vous direz que vous vous en 
» rapportez sur tout cela à ce que l'Eglise ordonne à 
» ses enfants..... Du reste, vous auriez tort de blâmer 
» des évêques QUI SONT DANS LA COMMUNION DE 
» L'EGLISE, et dont la vie est non-seulement irrépro- 
» chable, mais sainte... Quand on a dit, ajoute le grand 
» évfique de Meaux^ quand on a dit qu'on ne devait 



— 108 — 

» ni ne pouvait avoir aux jugements de l'Eglise, sur 
» les points de fait^ une croyance pieuse, on a avancé 
ïi une proposition (Tune dangereuse conséquence (1) et 
» contraire à la tradition et à la pratique. Comme pour— 
» tant la chose était à un point qu'on ne pouvait pas 
y> pousser à toute rigueur la signature du formulaire 
> sans causer de grands désordres et sans faire un 
» schisme, l'Eglise a fait selon sa prudence d^accomfno^ 
» der celte a/faire et de supporter par charité et con- 
» descendance les scrupules que de saints évêques et 
» des prêtres, d'ailleurs attachés à FEglise, ont eus sur 
» le fait (2). » Yoilà ce me semble, en termes assez 
explicites, l'opinion de Bossuet sur ces prétendus hé- 
rétiques dénoncés à si grand bruit, et il en résulte clai- 
rement, je le crois, non-seulement que les quatre évo- 
ques n'étaient point condamnés par l'Eglise, mais que, 
comme je l'ai dit plus haut, il était notoire alors que le 
saint-siége avait fait de larges concessions sur les ter- 
mes de la signature du formulaire. 

Je sais parfaitement d'ailleurs que, pour une certaine 
école, le grand nom de Bossuet est loin d'offrir une 
autorité imposante, mais je ne puis croire que M. l'abbé 
Pletteau en soit encore rendu à cette extrémité. En tout 
cas, j'ai pris l'engagement de lui citer l'opinion d'un 
membre très-dévoué de la compagnie de Jésus, qui est 
bien éloigné de faire un hérétique de l'évêque Arnauld. 
« Il signa, dit Feller, il signa le formulaire après 

(1) On ne prétendra pas» je l'espère, qu'une proposition susceptible 
de dangereuse conséquence constitue nécessairement une hérésie 
formelle. 

(2) Œuvres de Bossuet, édition de Besançon, t. II, p. 647 et 648. 



— i09 — 

x> l'avoir refusé, et fit sa paix non sans quelque subter- 
j> fuge avec Clément IX. Il ne faut pas, ajoute*t«il, sur la 
» foi d'un théologien qu'il qualifie lui-même d'homme 
» judicieux et modéré^ il ne faut pas juger trop sévère- 
» ment quelques hommes célèbres qui« dans les pre- 
» miers temps du jansénisme, ont témoigné du goût 
» pour cette hérésie naissante. Elle avait alors telle- 
>^ ment réussi à prendre les dehors de la piété, de l'aus- 
» térité, du zèle et même de l'attachement à TEglise 
» catholique, que bien des personnes ont pu être dupes 
» de l'hypocrisie. Les scènes scandaleuses de Saint- 
» Médard , les , farces sacrilèges des secouristes , le 
» schisme formel de la prétendue Eglise d'Utrechl n'a- 
» vaient pas encore eu lieu. Le jugement de l'Eglise 
» s'est manifesté par des décisions plus formelles et 
» plus soutenues, par des décrets principaux solennel- 
» lement et universellement reçus, par la conviction 
)> complète et générale de tous les catholiques; tous les 
yy subterfuges du parti, toutes les subtilités des dogma- 
» tismes opiniâtres dans l'erreur ont été confondus; 
» les apparences de la piété ont fait place au mensonge 
» et au philpsophisme. L'illusion qui a pu exister d'a- 
» bord s'est dissipée, et il ne faut pas douter que bien 
» des gens qui ont paru favorables au parti, se garde- 
» raient bien de l'être aujourd'hui. » 

On voit donc que Feller est bien loin de vouloir im- 
primer au nom de Henri Ârnauld la note d'hérésie dont 
on se montre aujourd'hui si prodigue, et que le savant 
jésuite reconnaît en faveur de l'évêque d'Angers de véri- 
tables circonstances atténuantes. Le docteur Babin iui- 
même, tant cité par M. l'abbé Pletteau, et qui dans ces 



— -ilO — 

[)remières querelles du jansénisme sut montrer en effet 
tant de zèle et de courage pour le triomphe de l'ortho- 
doxie^ invoque comme titre d'excu»; pour le prélat, 
<c la modeste déférence qui lui fit. soumettre ses lumières 
» à quelques-uns de ses confrères et de ses proches 
)» qu'il croyait supérieures aux siennes, et il recom* 
» mande le respect que nous devons avoir, dit-il, pour 
» la mémoire d'un évêque qui le mérite d'ailleurs par 
)) les grandes qualités de Tesprit et du cœur. » 

Cette recommandation du docteur Babin n'a pas 
réussi, paraît-il, auprès de l'auteur de la brochure que 
je combats. Loin de garder quelque respect ou même 
une certaine réserve en présence d'une mémoire long- 
temps chère et vénérée, son rigorisme inflexible n*a 
laissé échapper nulle occasion de s'exprimer avec amer- 
tume ou dédain sur le compte d'un prélat auquel son 
épigraphe semblait cependant avoir promis Justice en 
même temps que liberté. C'est ainsi qu'il ne voit dans 
Henri Ârnauld avant son entrée dans les ordres sacrés, 
qu'un ancien avocat retiré prématurément du barreau 
où i) n'avait, nous dit-il, montré qu'un talent vulgaire. 
M. l'abbé Pletteau oublie apparemment qu'à l'âge de 
vingt-deux ans le jeune Arnauld fut emmené en Italie 
par le cardinal Bentivoglio, qui l'initia dès lors aux 
affaires diplomatiques. Or, je le demande, un procès 
tant soit peu sérieux fut-il confié jamais à un jeune 
stagiaire de vingt-deux ans? Est-il même bien avéré 
que Henri Arnauld ait jamais plaidé, et en tout cas la 
eause put-elle être assez importante pour faire déses- 
pérer de son avenir? 

Cette facilité d'aflBrmation sans avoir rien vérifié, rien 



— 411 — 

approfondi , entraîne trop souvent M. Fabbé Pletteau, 
sinon dans une voie d'injustice et de partialité^ au moins 
dans des erreurs matérielles qui n'ont pas une impor- 
tance capitale assurément, mais que l'on ne devrait pas 
trouver dans une étude véritablement historique. Où 
donc, par exemple, M, Tabbé Plelteau a-t-il pu voir que 
le titre de professeur en droit civil et canonique confé- 
rait la noblesse dans notre province d'Anjou , et que 
même les gentilshommes de haute extraction avaient un 
dédain superbe pour cette aristocratie factice ? H est bien 
vrai que dans une grande et auguste solennité, on avait 
vu l'empereur Sigismond faire placer un simple juris- 
consulte avant les hommes portant l'épée, . parce que, 
disait ce monarque, en un jour il pouvait faire mille 
chevaliers des armes, tandis qu'en mille ans il ne pour- 
rait faire un seul chevalier des lois, mais cette haute dis- 
tinction n'avait nullement tiré à conséquence, et jamais, 
ni dans l'Anjou ni même dans toute la France, on n'a 
connu la noblesse comitive des universités d'Italie, et si 
le doyen de notre faculté de droit prenait dans les actes 
publics le titre à*anttcessor et cornes, ce titre ne dépas- 
sait pas l'eûceinte de l'école. L'honorable doyen n'avait 
nulle prétention sérieuse à la qualité aristocratique de 
comtey personne ne lui reconnaissait le moindre droit à 
la porter, et à aucune époque on ne vit le cornes universi- 
taire inscrit sur le ban ou l'arrière-ban de la noblesse, ni 
sur les listes arrêtées officiellement pour l'élection des 
Etats généraux; le titi^e de. gentilhomme, enfin, ne lui 
était pas même acccordé dans les vaines et frivc^ dis- 
tinctions du monde. Je ne relève assurément cette erreur 
de M. l'abbé Pletteau, que pour ce qu'elle vaut et seule- 



— 110 — 

ment parce qu'il me semble que Ie$ inexactitudes ne 
sont jamais bonnes à rien. 

J'en aurais beaucoup d'autresà signaler (1), mais comme 
je ne puis prolonger indéfiniment ce travail , je suis forcé 
de me restreindre à ce qui concerne personnellement 
Henri Arnauld. M. Pletteau prétend que sa promotion à 
l'évêché d'Angers mit en émoi toutes les espérances du 
jansénisme, et que dès lors on put voir en lui un habile 
instrument des volontés impérieuses de Port-Royal. Je ne 
veux point incidenter ici sur une erreur de date évidente, 
ni rappeler que Henri Arnauld fut promu en 1650 à 
l'évêché d'Angers, et que la bulle d'Innocent X contre 
le livre de Jansénius date seulement de 1653 , parce que 
j'ai quelque chose de mieux encore à répondre. Je veux 
demander à M. l'abbé Pletteau, qui croit très sincèrement, 
je n'en puis douter, que l'évêque Arnauld ne fut qu'un 
instrument docile dans les mains des chefs de l'école jansé- 
niste, je veux lui demander, dis-je, comment il se fait que 
le nouvel évêqué, avec la mission qu'il aurait reçue, n'ait 
pas débuté par persécuter, inquiéter au moins la compa- 
gnie de Jésus qui avait dans le diocèse d'Angers son plus 
bel établissement, et dont l'immuable dévouement au 
saint-siége était si fort en opposition avec cette école de 

(1) M. l'abbé Pletteau, je regrette de le dire, a procédé avec un 
tel laisser-aller à la composition de sa brochure, qu'il tombe, faute 
de vérification exacte, dans des erreurs même préjudiciables à la 
thèse qu'il veut soutenir. En parlant, par exemple, des luttes de 
Henri Arnauld avec l'Université d'Angers, il lui reproche d'avoir 
provoqué une collision malséante, à son âge de près de 16 ans. Or, 
en 1676, Henri Arnauld, né en i597, avait 79 ans. Dès lors, si le 
reproche de M. l'abbé Pletteau était fondé, il l'aurait atténué par sa 
propre faute. 



— ils — 

Port-Royal, appelée justement la Genève du jansénisme f 
L'évêque d'Angers, quoiqu'issu d'une famille où la haine 
des jésuites était héréditaire, n'eut jamais pour ceux de 
La Flèche que de bons procédés et une bienveillance dont 
on ne le vit point se départir. Il les laissa complètement 
libres dans leur double ministère, «oit de la prédication, 
soit de la direction des consciences, ce qui certes saurait 
été bien imprudent de la part (Tun docile instrument des 
volontés impérieuses de Port-Royal. Vainement préten- 
drait-on que le grand crédit des jésuites à la cour n'au- 
rait pas permis de rien oser contre eux. Cette école de 
Port-Royal ne connaissait guère les complaisances de la 
courtisanerie, puis on sait trop à quelles extrémités se 
portèrent souvent, sans craindre de déplaire à la cour, 
les prélats dominés par d'injustes préventions contre les 
jésuites. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, 
en vint à leur interdire si rigoureusement la confession, 
par exemple, que jamais l'un d'entr'eux et des plus hono- 
rables, n'en put obtenir de pouvoir pour confesser 
Louis XV encore enfant, et que pour passer outre, il fut 
nécessaire d'emmener le jeune roi jusqu'à la mai;K)n 
royale de Saint-Cyr, qui se trouvait dans le diocèse de 
Chartres, et ainsi hors la juridiction du «'.ardinal de 
Noailles. 

L'évêque d'Angers ne poussa jamais à ce point l'esprit 
de parti , et malgré tontes ses luttes avec l'Université 
d'Angers, A! . l'abbé Pletteau est forcé de convenir que 
Henri Arnauld se réconcilia avec elle à la fin de sa vie, 
et qu'il ne l'inquiéta plus pendant les seize années qu'il 
vécut encore. Cette réconcilialion cependant ne peut 
inspirer à M. l'abbé Pletteau le moindre retour de 

REP. ARC. 8 



— M4 — 

bi(^i?XçjJl^x(^e. n 4^mçiire teU^^ant sobre d'éloges pour 
l'évpime, qu'obligé de faire mention de ses admirables 
statuts diocésains, il se borne à îles résumer en quelques 
mot^ et à nous dire dédaigneusement qu'il ordonna à 6on 
clergé la résidence et la fuite du cabaret. Cette analyse 
dérisoire de tant de beaux règlements restaurateurs de 
toutes les parties de la discipline ecclésiastique^ suffirait 
peut-être à donner h OXe^ure de l'impartialité de l'his- 
torien. 

II ajoute que Henri Arnauld n'allait point à la Cour 
qui l'eût m^l accueilli , mais visitait quelquefois Port- 
Royal où il affermissait dans le jansénisme sa conscience 
indécise. M. Tabbé Pl^tteau, nous osons l'affirmer, n'a 
point puisé une semblable assertion dans les documents 
contemporains; tous s'accordent au contraire à dire qu'il 
ne sortit jamais de son diocèse que pour aller à Loches 
où se tenait l'assemblée électorale de la province ecclé- 
siastique de Tours , et que bien souvent il lui fut offert 
d'être nommé député à l'assemblée génénile du clergé , 
honneur que son humilité profonde lui fit toujours re- 
fuseï*, mais qu'un phef de secte aurait sans doute avide- 
ment et persévéramment recherché. Quant à la disgrâce 
qui lui aurait fermé l'entrée de la^Gour, M. Pletteau our 
blie que le marquis Arnauld de Pomponne son. neveu, 
avajt coDseryé , même (|epuis sa retraite des affaires , les 
bonnes grâces et l'amitié (1) de Louis XIV, et qu'ainsi le 



(1) A sa mort, arrivée en 1699, Louis XIV dit à l'abbé de Pom- 
ponne, son fils : Vous pkuf-ez un père que vous retrouverez en moi, 
et moi je perds un ami que je ne retrouverai plus I Voir tous les Mé- 
moires du temps. 



— Ï15 — 

noitt d' Arnauld était loiu d'être auprès de oe xnonarque mi 
titre d'exclusôcsi. II aurait suffi d'ailleurs de consulter le 
Journal de Dangeau pour avoir le véritablô thermomàtre 
dos imprepsions d^ \^ €our au regard de l'évêque d'An- 
gers. — Le journaliste cour ti^n^ en annonçant la mort 
de Heqri Arnciuld, nous dit (1) que, «( c'était un prélat 
» d'une grande répul£^on, qui avait mené ane vie fort 
2> exemplaire. Il avait 95 ans et il y en avait plus àe 40 
D qu'U n'é4ii^t sorti de son évêehé. » On peut tenir, pour 
cjiose x;e rtaine que Dangeau n'aurait jamais parlé en ter-^ 
mes si t>ien veillants d'un hoinmie qui aarait encouru la 
disgrâce de Louis XIY^ 

OnéVeut bien «accorder à la. mémoirede. Henri Arnauld 

t 

que lesi pauvres d'Angers ^ louaient de ses aunnânes; tnm 
de bonne foi^ e^tr-ce dire assez pour tant d'immeofies lap- 
gesisea, pour de ai nombreuses infortunes prévenues ou 
soulagées? Sa table, était abondamment servie^ nous 
dit-on .encare, mais en. vivait41 mo^s avec la sobriétp 
d'un aoachorèle? Pouvait^il d'ailleurs se. dispenser .d'ac4» 
cueillir les .membres de son clergé dont il était si tendre--' 
ment vénéréi? Devait-il oublier enfin le précepte d^l'A-^ 
pâtrewE|ui recommande aux évèqiws les devoirs de l'hes-^ 
pitaUté: OperM episnopum /^sse Aospitaiem? Mais ce qui 
est le plus .(Qurieuj^ à noter et œ qui dépassée .vraime^ 
toutes les bornes , c'est que la prévention entraine 
M. Pabbé Pletteaii jusqu'à tin retour de sëfisibilité en fa- 
veur du docteur Arnauld. Je cite textuellement^ car on 
aurait peine à me croire : «Son créancier et propre frère, 
Aîitoiae Arnauld , pwvre et bami de France , m plai- 

(i) Jtfurmi idé Dun^eau, t. IV, p. 408. 



_ H6 _ 

gnait y dans son triste exil de Hollande , qu'il ne payait 
pas ses dettes les plus sacrées. Resté indifiPérent à la dé— 
tresse du chef du jansénisme, il ne lui fut que trop fidèle 
dans l'hérésie. x> Gomment , M. Pletteau aurait voulu 
que Févêque d'Angers payât les dettes de son frère? 
Mais qu'aurait-il dit alors de cette prodigalité au profit 
d'un chef de secte qui avait dissipé son patrimoine par 
des publications téméraires et une propagande hétéro- 
doxe? En vérité^ Henri Ârnauldjoue de malheur ; quand 
il s'abstient on le taxe de dureté et d'ingratitude; s'il eût 
payé on n'aurait pas manqué de le signaler comme un 
complice flagrant et un abominable sectaire. 

La malveillance est si persistante à l'égard du malheu- 
reux prél^, qne l'on n'hésite pas à le poursuivre jusqu'à 
ses derniers moments. On prétend qu'il manifesta la 
crainte des jugements de Dieu. M. l'abbé Pletteau aurait- 
il dû s'en étonner? Ne sait-il pas mieux que personne 
qu'il est terrible toujours de paraître devant le souverain 
Juge, et la sainte liturgie ne nous apprend-elle pas qu'à 
ce moment suprême le juste lui-même tremble d'effroi : 
Vix justus sit securus. Cependant on assure qu'il fut 
tranquille eu face même de la mort et que , ses terreurs 
refoulées dam sa conscience , il entra d^un coeur assuré 
dafis sa mystérieuse destinée (1) , mais on ajoute bientôt 

(1) On conserve à la bibliothèque de révéché un manuscrit en 
2 vol. in-f«, rédigé par Tabbé Lehoreau, Tun des chapelains de Téglise 
cathédrale. Ce manuscrit, qui a pour titre : Cérémonial de ^église 
d* Angers i donne sur les derniers moments de Henri Ârnauld des 
détails incontestablement authentiques et qu*on ne lira pas sans inté* 
rêt : 

L'illustre et saint prélat; Henri Arnauld, ditLehoreau, fut sacré 



^ 117 — 

que l'Eglise ne le mettra point au nombre des saints. Je 
le crois volontiers, mais alors quelle nécessité à Fauteur 
de la brochure de s'être fait ce que le peuple de Rome 
dans son langage burlesque et vulgaire appelle Vavocat 
du diable 1 Pourquoi avoir insisté sur les torts plus que 
sur les vertus, pourquoi avoir si amèrement et si cruel- 
lement poursuivi une mémoire vieillie ou à peu près 
oubliée? Ici , il faut bien le dire encore, M. l'abbé Plet- 

à Paris le 29 juiu 1650 et fit ici son entrée solennelle le 16 novembre 
de la même année;.. Le 26 janvier 1692, on fit Texposition du saint 
Sacrement pendant quarante heures. Un chanoine dit la messe basse 
parce que la grande messe du chœur était déjà dite. On sonna toutes 
les cloches de cette église à la consécration et se fit un grand con- 
cours de peuple de tous états grandement afQigé de la maladie véhé^ 
mente d'un si saint pasteur. Leurs prières ne furent pas inutiles, puis- 
quMl se trouva un peu soulagé ; ce qui donnait espérance de le pos- 
séder plusieurs années, mais Dieu qui se plaît à récompenser les 
siens, après l'avoir laissé combattre dainseette>'vallée ^e misère pen- 
dant 95 ans, à la 43® de son pontificat, le tira peu après de ce monde 
au grand regret de son troupeau. 

ON LE COMMUNIE EN VIATIQUE. 

On le communia en viatique le samedi 7 juin 1692, à Tissue des 
complies. Ce fut M. le doyen messire Claude Deniau qui fit la céré> 
monie. Arrivé qu'on fut au palais épiscopal en la chambre où il était, 
le doyen lui fit une exhortation en français, après laquelle sa Gran- 
deur deipan^a un pardon général à tout son clergé et à tous les 
ecclésiastiques présents qui étaient en grand nombre, fondant en 
larmes. J^n parle par expérience, ayant l'honneur d'y être comme 
membre de la cathédrale. Le doyen le communia, puis lui demanda 
sa bénédiction, ce qu'il fit et à tous les présents, après avoir de- 
mandé s'ils étaient en grand nombre, car il était depuis plusieurs 
années aveugle, et lui ayant dit que oui, il remercia Dieu de ses mi- 
séricordes, puis donna sa bénédiction. On s'eo retourna procession- 



— 118 — 

teau n*a été que l'organe d'une école historique qui ne 
s'attaque au jansénisme^ fort peu taendçaQt aujourd'hui, 
que pour mieux atteindre ce qu'elle appelle le gallica-- 
nisme qui lui paraît tout autant que le jansénisme au 
moins constituer une rébellion permanente et organisée 
contre l'autorité du Saint-Siège. 

nellement comme on était venu , parce que selon la coutume on 
avait porté deux hosties. On alla et revint parla chapelle des évêques. 

EXTRÊME ONCTIOV. 

Le même jour, sw les neuf! i dix heure» du soir, la doye^^ ac- 
compagné de. quelques ecelésiastiquesi qui. se trouvèrent aku'S, lui 
administra L^ËxInêmQrODctioQ avec. lae.oéréiiionies .ordinaires d^ noka 
rituel. 

SON AGONIE. 

On fit sonner son agonie le même jour, sur les huit heures du ma^ 
tin, dans les lieux ordinaires^ et pendant Primes et Tierces, MMi du 
Chapitre furent dans t:a chambre < faire les prières de Ta^onisant, à (sa 
demande et réquisition, étant jusqu'à la fin en très*bon JHgemenfj^ 
M» Pierre Syette, chanoine et chantre de ladite église^ aku». préaii*« 
dant la cérémonie. 

so^p|;çàQ, 

Nemo est laudabilias 
Quam qui ab omnibus 
Laudari potest. Ambem. 

Le lendemain dimanche, l^juin 1602, dans Foetave du Saicre; 
entre- une et deux heures après midi, M^ Arnauld décéda en son 
palais épiscopal, âgé de 95 ans et la 43* de son pontificat, en odeur 
de sainteté. 

Cwrma dignitatiê stneetus qui in viis justitiœ reperietur, La vieil- 
les^e est une couronne d^faonnenr et* de gloire quand elle se trouve 
dans les votes de la justice. 

PUnus kmoribus iUis etiam quM recusavit, 

(Proverbes de Sahmon.) 

fJournal de Tabbé Lehoreou, t. II, p. 74 et 75.) 



— 119 — 

Je n'ai ni le temps ni la volonté de traiter aujourd'hui 
cette vaste question, je veux dire seulfemenl que le gallica- 
nisme, même parlementaire, est si-distinct du jansénisme 
que cette dernière secte n'a jamais été plus rudement si- 
gnalée ni plus énergiquement fléti*ie qne par les écrivains 
gallicans. Voici notamment l'opinion émise stir ce sujet 
par un magistrat français de l'antiquie roche cité par 
l'abbé Fleury : « Le jansénisme, dit^-il, est l'Hérésie la plus 
» subtile que le diable ait tissue. Ils ont vil (les jansé- 
» nistes) que les protestants , en se séparant de l'Eglise , 
» s'étaient condamnés eux-mêmes et qu'on leiir avait re- 
» proche cette séparation- ita'ont donc pris pour maxime 
» fondamentale de leur conduite de nès'en séparer jamais 
» extérieurement et de protester toujours de leur sou- 
» mission aux décisions^ de l'Églisp, à la charge de trou- 
)) ver tons les jours de ribuvellès subtilités pour les ex- 
» pliquer, en sorte qu'ils paraissent soumis sans changer 
» de sentiments. » Je pourrais facilement multiplier les 
citations de ce gpnre, mais? je- veux me borner désormais 
à une seule qui ne sera pas suspect'». On sait que personne 
ne fut plus gallican dam» tont^ l'acception et la portée du 
mot que l'empereur Napoléon qui ordonna d'ens'^igner 
dans tous les séminaires de son vaste empire la doctrine 
exprimée par le clergé de France en 1682 et qui ne ces- 
sait, dans ses dissentiments avec le souverain pohtife, de 
dire : Je suis à cheval sur les quatre articles ! Cependant 
un prélat qui fut longtemps attaché à sa personne nous 
apprend que l'Empereur, dans ses accès d'impatience , 
disait souvent, en parlant de ceux qui avaient lemalheur 
de lui déplaire: C'est un idéologue, un constituant, un 
janséniste, a Cette dernière- épithètfe', ajoute M. l'abbé de 



— 440 — 

Pradt, est le maximum des injures. » Il est donc bien 
établi, qu'en s'acharnant à flétrir la mémoire de Tévècfue 
Arnauld on n'a point atteint du tout le gallicanisme qui, 
comme on le voit^ est bien loin de s'identifier avec le jan- 
sénisme et si telle avait été l'intention de M. l'abbé Plet— 
teau, il aurait très certainement manqué son but. 

Quant à l'amertume de ses dernières paroles jetées sur 
la tombe de Henri Arnauld, je ne veux point la relever, 
puisque l'auteur en a, dit-on, désavoué tonte interpréta- 
tion qui tendrait à lui prêter une arrière-pensée sacrilège 
et impie. Je regrette seulement qu'en même temps qu'il 
rappelait que l'évêque d'Angers avait été inhumé dans sa 
cathédrale, au pied de l'escalier de l'évéché, M. l'abbé 
Pletteau n'ait pas cru convenable de rendre un'juste hom- 
mage à la profonde humilité du prélat qui de son vivant 
avait choisi celieudesépultureafinque sa tombe servît de 
mart^hepied à ses succef'seurs. La vérité cependant est 
toujours bonne à dire quand même il s'agirait d'ua 
homme que l'Eglise aurait frappé A^ excommunication 
comme hérétique ... 

Ces mots terribles d^hérétique et d^ excommunié y 
M. l'abbé Pletteau les répète encore en finissant avec une 
persistance déplorable et une candeur vraiment ef- 
frayante^ sans nous donner bien entendu (et pour cause) 
la teneur ni même la date de la bulle d'excommunication, 
et sans paraître s'être douté le moins du monde qu'il fai- 
sait ainsi le plus sanglant outrage à tous les évêques qui, 
depuis Henri Arnauld , ont occupé successivement le 
siège d'Angers, et qui auraient maintenu et gardé sous 
les voûtes de leur cathédrale, des cendres impies' et 
notées d'apathème. On n'a pas même pris la peine de 



— 421 — 

nous dire comment les obsèques de cet hérétique et de 
cet excommunié avaient pu s'accomplir avec une pompe 
toute solennelle à laquelle présidait Fabbé commenda- 
taire de St-Aubin , propre frère de Pévêque même qui 
allait succéder à Henri Arnauld, et que relevait la pré- 
sence de tout le clergé séculier et régulier et de tous les 
magistrats de l'ordre administratif et judiciaire. Bien 
des gens se seront demandé sans doute , si tout cela 
était très-conciliable avec cette odieuse imputation 
d'hérésie, mais la passion, la prévention si l'on veut, n'y 
regardent pas de si près ; il faut absolument qu'elle se 
donne libre cours, sans se préoccuper jamais du résultat, 
et sans prévoir ni les démentis possibles ni ces expan- 
sions de colère qui peuvent surgir et, le cas échéant, 
contrister si profondément tous les cœurs honnêtes et 
religieux. 

On m'a dit que M. l'abbé Pletteau , que j'ai à peine 
l'honneur de connaître, était, malgré les torts que je lui 
reproche, un homme de sagesse et de modération, et 
qu'il n'avait cédé qu'à un entraînement passager. Je 
suis tout disposé à le croire, mais en dehors de M. l'abbé 
Pletteau, je connais un certain nombre de jeuneç ecclé- 
siastiques dont j'honore plus que personne le mérite et 
les vertus, et qui, de la meilleure foi du monde, sont 
persuadés que la liberté de la presse est une chose détes- 
table et regardent la censure comme une institution 
protectrice et salutaire. S'il en est ainsi, ils feront bien 
alors de soumettre toujours leurs écrits à la censure de leur 
évêque, dont la haute sagesse et l'expérience consommée 
les guideraient dans des voies qui leur sont mal connues, 
et leur signaleraient des écueils que, livrés à eux-mêmes. 



— 122 — 

il ne poiii*rait leur être donné d'apercevoir. Qui d'entre 
eux, en effet, s'attendait à la réponse que s'éàt attirée 
M. l'abbé Plelteau? Quel jeune théologien, s'il a prévu 
que la brochure sur le jansénisme ne resterait pas sans 
réplique, n'aurait compté du moins sur une série plus 
ou moins redoutable d'arguments scholastiques, dont 
l'habileté de l'auteur pourrait facilement se dégager*? 
On ne saurait trop le redire, ce n'est point si méthodi- 
quement que procède la passion , et l'on rie se souvenait 
plus, paraît-il, que dans le camp opposé il y avait des 
passions terribles eil réserve. Sans le vouloir, je le crois, 
M. Bfôrdillon les a merveilleusement servies dans une 
brcfchure, qui certes n'a que l'apparence d'une répons»? à 
M. l'abbé Pletteau, et qui a eu, pour réteultat final, non 
de justifier la méîhoirè de Henri Arnauld dont beaucoup 
de ses lecteurs n'avaient jamais entendu parler et n^ se 
préoccupaient nullement , mais de faire éclater dan^ les 
bas fonds de la société une joie hideuse, et d'y faire crier 
à ba^ les prêtres! à bas' les jésuites! à bas la calotte! 

m 

aVec une ilecrudescence qui nous ramenait à des jours 
déjà bieiï éloignés de noua. Cette brochure, d'un effet si 
retentissant et si malencontreux, n'a pas seulement 
traversé ce qiie nous poiivons bien à notre tour appeler 
là fnala' aHa des clubs et des tavernes, en plus haut 
lieu elle a eu aussi un succès qui a dépassé [)eut-être les 
espérances de son auteur. Elle y a provoqué, chez quel- 
ques-utis du moins, un rire amer et cynique, triste 
épanchement d'une haine contenue un instant, mais qui 
n'était que bien passagèrement assoupie. Nous ue. 
saurions croire qu ce soit pour donner plus ample satis- 
factiotf aux déplorables ressentiments qui se sont" ainsi 



— ns — 

manifestés, que M. Bordillon a fait tirer et distribuer sa 
brochure à plusieurs milliers d'exemplaires ; et cepen- 
dant, il est impossible d'admetti-e que ce soit uniquement 
pour réhabiliter la renommée d'un grand et saint 
évêque, ni même pour obtenir un témoignage de 
reconnaissance des administrateurs du Mônt-dte-Piété et 
de leur honorable président, M. Mordret, qu'il a entre- 
pris une A rudiB tache et surtout qu'il ait étendu si 
prodigieusement le céi*cle de sa publication. Il y a donc 
vraiment dans tout cela un mystère que nous ne devons 
pas chercher à pénétrer , parce que les hommes politiques 
ont souvent des mobiles qui échappent aux inv(;$tigations 
du vulgaire. Le temps seul peut donner le dernier mot 
de leurs actes, et^ le moment venu, ilfe savent toujours 
recueillir à point le fhtit de leurs œuvres, comme nous 
le dit M.. Bordillon lui-même, dans son épigraphe qu'il 
est allé chercher jusque dans le livre de l'Apocalypse : 
Opéra enim illorum sequuntur illos. 

J'ai si longuement répondu à M. l'abbé Pletteau , que 
l'on ne peut attendre de moi une longue réponse à 
M. Bordillon. Elle ne seitait pas possible d'ailleurs, avec 
un écrivain dont la verve sarcastique , originale et 
piquante, ne procède que par épigrammes, et qui a l'art 
d^effleurer tous les sujets avec une si effrayante rapidité. 
Chacun son* caractère*; il est dans le mien de traiter 
sérieusement les choses sérieuses, et si je n'y voyais un 
motif impérieux, je déclinerais toute espèce de lutte 
avec un si rude jouteur qui sait, mieux que personne, 

Passer du ^ave au doux , du plaisant au sévère, 

et qui ne trouve pas la moindre difficulté à nous faire 



— iU — 

un amalgame de M. Yeuillot et de M. de Falloux (qui, 
soit dit en passant, doivent être bien étonnés de se trouver 
sur la même ligne), de M. l'abbé Morel et de M. Ville- 
main, du cardinal Gaprara et du saint synode de Moscou,, 
du catéchisme de l'Empire et de la chronique plus ou 
moins fidèle de ce qui se passait naguère au château 
d'Eventard. 

Mes dissidences avec M. Bordillon ne peuvent d'ailleurs 
porter sur le fond , puisque j'honore comme lui cette 
grande figure de l'évêque Arnauld auquel il a rendu un 
magnifique témoignage dont il a puisé, parait-il, l'ins- 
piration dans des traditions de famille qui lui sont chères 
et qui, il nous le dit lui-même, se réfèrent aux plus 
doux, aux meilleurs souvenirs de sa vie. Pour qui peut 
comme moi saisir cette pieuse allusion , il est mille fois 
regrettable que M. Bordillon n'en ait pas toujours eu 
l'objet présent à la pensée en écrivant sa brochure ; il 
aurait pu alors réhabiliter une vénérable mémoire 
sans se jeter dans des excentricités bien mal séantes à 
côté d'un nom qui impose à tant de titres la réserve et 
le respect. Mais M. Bordillon, qui trouve très-mauvais 
que des hommes religieux se permettent de mal parler 
des évêques, a cru apparemment que son titre de libre 
penseur lui donnait toute sorte d'immunités et il en 
profite pour jeter , à propos de Henri Arnauld, les pluà 
poignantes invectives et les plus cruels outrages à la 
face des successeurs du prélat qu'il voulait glorifier. 

Il a eu certainement la main malheureuse en s'atta- 
quant tout d'abord à M. Poucet de la Rivière, l'un des 
plus pieux, des plus dignes et des plus éloquents évêques 
qui aient occupé le siège d'Angers. 



— 425 — 

Dès sa première jeunesse, étant encore grand vicaire 
de Pévêqne d'Uzès, son oncle , il avait prêché avec une 
onction touchante et une immuable douceur les protes- 
tante des Cévennes. Promu à l'évêché d'Angers, il y 
continua avec un grand succès son ministère de prédi- 
eation, et s'y livra avec un zèle incessant à toutes les 
œuvres pieuses et charitables. Quoique doux, bienveillant 
et modéré, il sut lutter énergiquement contre des nou- 
veautés coupables, et se montra constamment opposé 
aux appelants et à toutes les manœuvres et toutes les 
démonstrations qui signalèrent cette seconde phase du 
jansénisme bien autrement redoutable que les dissidences 
sur la teneur du formulaire. Avant son épiscopat il 
avait prononcé, aux grands applaudissements de ses 
auditeurs, l'oraison funèbre du cardinal de Bonzi, 
archevêque de Narbonne et métropolitain du diocèse 
d'Uzès. Le souvenir d'un si heureux et si brillant début 
le fit choisir en 1711 pour prononcer dans la basilique 
de St-Denis le discours d'usage aux obsèques du grand 
Dauphin, fils unique de Louis XIV. Je regrette que 
M. Bordillonji'ait pas pris la peine de lire cet admirable 

• 

discours. Il n'aurait pu s'empêcher alors de rendre hom- 
mage lui-même à l'énergie , au courage, au talent de 
l'orateur, qui du haut de la chaire évangélique avait 
dit : i< Les princes, par leur naissance , se trouvent au- 
» dessus des peuples , mais à tort se croiraient-ils 
» au-dessus de leurs devoirs. Nés pour imposer des 
» lois, ils ne sont pas dispensés d'en suivre; comme 
^> hommes, ils doivent obéira ce que la nature leur ins- 
» pire de sage et de raisonnable; comme créatures, il faut 
» qu'ils se soumettent à l'auteur de leur être et de leur 



— 126 — 

» grandeur. i> Plus loîii l'orateur ajoutait : « N'attettdez 
» pas de moi , Messieurs, que je prenne ici le vol de ces 
» orateurs téméraires qui portent leur curiosité jusque 
dans les décrets de la justice de Dieu, qui «canonisent , 
» sans autorité, les graiids hommes dont ils fout l'éloge j 
» qui s'imaginent qu'au bruit de leurs paroles , les 
» trésors éternels doivent s'ouvrir, et qui sembleoit 
» vouloir pénétrer jusque dans le eiel pour y placer 
D leur héros à leur gré. i» 

Ces nobles et courageuses paroles ne plurent que très- 
médiocrement à l'auditoire, mais Louis XIY avait le 
sens trop droit et l'esprit trop profondément religieux 
pour s'en offenser. Il choisit au contraire l'évêque 
d'Angers pour prêcher, eu 1715, la station de carême 
dans la chapelle de Versailles. Le succès de l'orateur 
y fut tel que, plusieurs de ses discours ayant été re* 
cueillis, un journal étranger les publia comme des 
sermons inédits de MassiUon. M. Pôncet de la Rivière 
réclama dans les termes les plus honorables et les plus 
flatteurs pour son iUu^re collègue l'évêque deClermont, 
et cette modestie touchante lui concilia tous les suffrages. 
II fut encore choisi la même année pour prêcher devant 
l'assemblée du clergé. Sous le nouveau règne, il pro- 
nonça dan^ la cathédrale de Reims, le sermon solennel 
pour le ^cre de Louis XY, puis l'oraison funèbre de la 
reine d'Espagne, Elisabeth Farnèse, où l'on remarque un 
portrait du cardiqal Aibéroni, tracé de main de maître, 
et vraiment digne de l'histoire. 

Dès qu'il avait accompli la tâche honorable qui lui 
avait été confiée, M. Poncet de la Rivière se hâtait de 
revenir dans son diocèse, où il observait exactement les 



— «27 — 

lois jde la résidence, et donnai^ de grands et édifi^nt^ 
exempjjes. Il vivait dans une douce familiarité avec ces 
chajDojines, sojit à Angers, soit à Eventard. Un jour qu'il 
avait réuni quelques convives à cette charmante maison 
de campagqe des évêques d'Angprs, on vint lui appor- 
ter ses dépêches.! J^e paquet contenait une lettre qui «jip- 
nonçait au prélat la mort du régepj; Philippe d'Opléans, 
aijieint d^apoplexie foudroyante dan^ le palais même de 
Versailles. Cette nouvelle fut donnée par Tévêque à se§ 
commensaux, qui tpi^ furent frappés comme li^i de 
cette j^ort imprévue et terpble. « Je plains bien, dit 
alors M. Poucet 4f la PivièrCj je plains bien celui qui 
fera son oraison funèbre 1 1> U ajouta ensuite que la mé- 
moire dij malheureux princje serait suffisamment sgiu- 
vegardée dans ri^jjStoire, mais qu^elle était redoutable, 
plus qu^on ne pouvait le dire, pour l'oratqur chrétien. 
Or, quelqui^s jour;^ après çptte conversation fugitive, 
Févêque d'Angers reçut une lettre offlcj^elle du duc d^ 
Bpurbpq, premiçF ministre, qui Jui faisait savoir (jue 
le roi l'avait choisi pour prononcer FélQge funèbre de 
feu M, le duc d'Oflé§ns. J\J. Poucet de 1^ Jftivière fut 
effrayé comme il devait l'être de l'énormilé de la tâche, 
mais il p'y avait p^^s moyeq de refuser. Il en prit (jonc 
bravement sçn parti et ne chercl^^ plus qu'à concilier 
avec les difficultés de sa mission ses devoirs de chrétien, 
<je prédicateur et d'évêque. II parla avec son talent ac- 
coptumé de l'aptitudej et de l'habileté gouverpementalea 
du régent, puis il ajouta : « Du pied du plus beau trône 
» du mofide il tombe.... dans l'éternité. Mais pourquoi, 
y> mon Çieu, aprèp^ en livpir fai( un prp4ige 4^ talent, 
» n'en feriez-vou3 pasi un prodige 46 çpi^riporde? Je 



— 428 — 

» crains, mais j^espère. » Ces paroles éloquentes irritè- 
rent à l'excès la tourbe inconsistante et légère des cour- 
tisans, et le duc de Bourbon lui-même, si étroit, si mé- 
diocre et en même temps si impérieux et si absolu, parut 
indigné. De ce jour l'éveque d'Angers encourut une 
sorte de disgrâce dont il fut amplement- vengé par l'es- 
time publique et Tadmiration de tous ses contemporains. 
« Quand il n'aurait écrit que ce peu de mots, a dit d'A- 
» lembert, il ne devrait pas être placé dans la classe des 
» orateurs ordinaires. » L'Académie française s'em- 
pressa bientôt d'inscrire M. Poucet de la Rivière au 
nombre de ses membres, et il y prononça son discours 
de réception le 10 janvier 1729. 

Sa mort suivit de bien près cette réception brillante, 
où il avait recueilli des applaudissements si unanimes et 
si flatteurs. Une maladie de quelques jours l'enleva aux 
respects et à l'amour de ^s diocésains le 6 septembre 
1730, à peine âgé de cinquante-huit ans. 

Je puis bien le demander maintenant à M. Bordillon 
lui-même, l'éveque Poncet de la Rivière était-il un de 
ces freluquets aux fringantes allures qui nous ont été 
si drôlatiquement signalés, et s'il fut le contemporain 
du régent et du' cardinal Dubois, pourra-t-on dire qu'il 
ait dissimulé à son siècle les rudes et austères vérités de 
la religion? Il est viai qu'il avait cultivé la poésie dans 
sa jeunesse, et l'on a recueilli de lui des vers dont on est 
forcé de dire que le cardinal de Bernis lui-même n'en 
eût point désavoué la grâce, mais que cependant la 
plume trop scrupuleuse et trop pudique de M. Bordillon 
n'a osé citer. J'en demande bien pardon à l'honorable 
écrivain, mais je ne puis douter qile sa fougue première 



— 199 — 

uDe fois épanchée, il ne 4evienpe toiit à fait de mon 
avis, et na soit disposé à reconnaître volontiers que. sa 
réserve prétendue n'est ni sijicère ni bien parfaitement 
loyale, et ressemble même quelque peu à ces escobarde- 
ries qu'il a eçsi grande et si juste horreur-, Je serai 
moins scrupuleux que lui, et je citei^ai eu entier ces 
vers qui l'ont si fort scandj^lisé. 

Bien avant l'qntrée de l'abbé Poucet de la Rivière 
dans les ordres sacrés, une jeune dame de ses parentes 
ayant entendu xxn pauvre aveugle lui demander l'au- 
mône au nom de saint Michel, dont l'Eglise célébrait la 
fête, se rappela aussitôt que cette fête était celle de son 
jeune cousin^ et ^jle en prit occasion pour lui envoyer 
un bouquet avec unq lettre dans . laquelle elle racontait 
de quelle u^nière on lui avait annoncé la fête du jour. 
Poucet lui réponi(]it aussitôt par ce cbaripant sixain, qui 
était tout>à-fait dans les usages et le goût ^d'un siècle où 
les poésies galantes étaient devenues ,une mode qqi ne 
tirait nuUeonent h conséquence : 

Un aveugle; ed passant, vous remet en mémoire 
Qu'aujourd'hui de mon sain^ on célèbre la gloire, 
Et me fait recevoir les présents les plus doux. 

Que mon bonheur serait extrême^ 

Si cet aveugle était le même, 

Qui me fait tant penser à vous ! 

Si yraimept le rigorisme puritain de M. Bordillon 
s'est alarmé de cçlte pièce de vers, y avait-il lieu cepen- 
daot dç se signer d'effroi et de n'oser indiquer qu'à 
l'aide de la prétermissipn ce sixain, qui nous parait à 
uoufi fort iuinocçnt et fort jçli? N'aurait-il pas été du 
moiQs dç la. plus, stricte éqpité d^ dire qu'iine fois cou- 

BIP. AUC. 9 



— iSO — 

sacré au sérvide des autels^ Tévèque d'Angers n'usa plus 
de soti talent poétique que pour \u composition de ces 
chants Hsligieux et de ces hymnes sacrées que l'on trouve 
dans àos vieu^t recueils langevins, qui en empruntent 
leur charme le plus puissant et leur plus vif intérêt? 
Avouon^le doné en toute sincérité, A M. Bordillon a cité 
un pareil évèque comme indigne de la mttre pastorale et 
comme profanateur de son auguste ministère, il est évi- 
dent qu'il n'a pas écilit pour les hommes sérieux, que 
ses insinuations et ses réticences Calculées s'adressaient 
ailleurs, et étaient destinées à une classe de lecteurs 
auprès desquels il espérait trouver plus facilement ce 
que nous avons déjà appelé le fruit de ses œuvres. 

De l'épiscôpat de M. Poucet de la Rivière, M. Bordillon 
saute à pieds joints par-dessus celui de M. de Yaugiraiild, 
qu'il n'a garde même d'indiquer, sans doute parce que, 
dans un lapb de près de trente années, il n'a pas trouvé 
l'ombi^e d'une défaillance à signaler, et il se jette tout 
d'un coup et sans transition sur l'évèque Jacques de 
Grasse, contre lequel il s'escrino^e à cœur joie. Tant de 
rigueur a dû nous surpre^drey et iUaut que M» Bordillon 
ait oublié qu'en 1763 ce prélat n'avait pas cru devoir 
s'unir à ses collègues dans l'affaire deï jésuites, et que 
seul, de tous les suffragants de la province ecclésiastique 
de Tours, il avait refusé de réclamer en leur faveur. Le 
mandemiênt qu'il publia à cette occasion fut même dé- 
féré â rassemblée du clergé, et M. de Grasse fut obligé 
de le retirer pour év^er qu'il ne fut pris des mesures 
contre lui. Ce souvenir 'historique aurait dû recomman- 
der quelque peu be prélat auprès de M. Bordillon^ mais 
il a sans doute trouvé M* de Grasse de trop bonne prise 



*•• 



pour ae pas lui coasaorcr quelcfues pages rétrospeo** 
tives* 

Je ne veux point lïier que, ddns le$ anoée^ qui précé*- 
dèrent la révolutioQ, certains de nos préfets avai^:it pria 
malheureusement dans les. pratiques d'une vie trop mon- 
daine, l'allure d'un cbeyalier; autant peu^^étre et plus 
qu0 celle d'u» apôtre. L'opinion puUiqoey.deveBue, on 
Ufe :Saît pourquoi^ phiii «évère cootre les prêtres^ dans ub 
sièele d'inerédujiit^ ou d'indifférence, ^ressait^notam^ 
meut à, M. dcf «Graise dfçs reproches sans doute exagérés^ 
oiais. auxquels, U faut bien l'avouer, il s'exposait pai^ 
ses habitudes fastueuf^es et son séjbur prolongé dans la 
capita4ç. Avatit.d'eutrer dans l'état isoclésiastiqtte, il 
avait servi en.qualité,âe lieutenant dans un régiment.da 
dragons, .et U< en avait conservé uneiliberté de formes et 
une assurance de langage q^ione prévenaient pas en sa 
faveur, et dont la malveillance n'avait pas manqué de 
s'emparer avec empressement, quoique cette dernière 
empreinte de la vie militaire fûl ^empéirée chez k prélat 
par une haute et ria*e distinction de manières. De tout 
cela on avait psis texte pour arrangeri mille et mille 
anecdotes, à qui les |^lu$ ;3candaleuses^.sur la vie intime 
de M. dé Grasse, qui se préoceupait. trop peu de ces 
coiMaérages, et ^ui sans doute était bien loin de penser 
que cette chrouiquie misérable» serait jamais recuaillie 
par l'ilistoire» et viendi^ait, un /siiècle après lui^ salir son 
nom et flétrir 'Sa mémoirer Cependant sans djscussion, 
sans examen, sans le moindre contrôle et sans. autre au*^ 
torité que celle d'une tradition repoussée par toutes les 
vtaîs^mhlances, pour qui s'est fait une idé^iî ^exacte de 
la timidité révérentielle de»-siBl|^es ecelésiastâqu^ai ^eu 



présence des évéques du xvrif siècle, M. Bordillon nous 
a raconté l'une de ces historiettes, qu'il a trouvée pi- 
quante, et qui, il faut l'avouer, n'a pas contribué pour 
la moindre -part au succès de sa brochure auprès 
de G€9:tains de ses lee4}Qurs. Je suis trës-persuadé que^ 
dans ce monde assez peu lettré, tout en ne comprenant 
guère comment M. Bordillon avait cru devoir renvoyer 
à un texte latin pour mieux gazer Pénormité de sa pa- 
role, je suis très-persoadé, ai*je dit, que personne n'atira 
manqué de se faire donner la tradacti<yn du vingt-hui- 
tième verset du premier chapitre de saint Luc, et je 
crois entendre d'ici Ij^s éclats de ce rire immonde et 
bruyant qui a dû payer la complaisance du traducteur , 
mais je ne veux pas m'arrèter sur cet indigne terrain, 
et puisque M. Bo^rdillon a pris tant de plaisir à raconter 
le mal, je veux, qu'on me permette de le dire, présenter 
un tableau plus consolant et plus vrai. 

Malgré ses brusqueries de caractère, 'M. de Grasse 
était obligeant et bon ; son cœur était noble et élevé. Ce 
prélat était mente assez populaire à Angers , où il entre- 
tenait des relations* bienveillantes et polies, non seule- 
ment iavec les' maisons nobles , mais avec toutes les 
familles d'honnête bourgeoiBÎe, ce qui ne laissait pas que 
de flatter beaucoup ces dernières auxquelles les mœurs 
du temps rendatient cette distinction jextrémemelit pré- 
cieuse. On a pu voir dans la -grande salle de l'évèché le 
portrait de M. de Grasse. Sa belle et noble figure ne 
respire que le calmé, la décence et la sérénité. On a ins- 
crit sur ce tableau ce^ paroles de l'Imitation c Venke ad 
me ûmnes qui laboràtis ethneratiestis^ttegoreficiam 
vos, U répandait en effst snr tous. les points de sa ville 



— 188 — 

épiscopale d'abondantes aumônes, et malgré ses absences 
beaucoup trop prolongées, il ne négligeait point, comme 
on voudrait le 4ire, ses devoirs d'évê4jue. Ilrevenaittou- 
jours pour ses tournées pastorales ou pour la collation des 
ordres sacrés, et d'ailleurs, il avait su se donner pour le 
gouvernement de son dioeèae, des coopérateurs aussi 
rempli^ de z^Ie que de vraie piété,, en même temps qu'il 
avait préposé à la direction de son séminaire, ces prêtres 
de Saint-Sulpice, dont FénelQU a écrit sur son lit de 
mort que rien n'était plus vénérable et plus apostolique. 
L'illustre et savant abbé Emery, notamment, fut long- 
temps directeur du séminaire d'AïigerB,. et eut une très 
grande part à la confiance de M. de Grasse. Tout cela, 
sans doute, ne suffirait pas à couvrir ce que la vie du 
prélat eut de dissipé et de trop mondain ; mais aux jours 
de bonbenr et' de friydes' entraâjo^ments y > succédèrent 
bient(5t des jours de deuil et de cruelles épreuves. 

L'amiral' de Grasse, frère du prélat, avait été appelé 
au commandement en chef de l'escadre française qui, 
dans la guerre d'Amérique, lutta sans trop de désavan- 
tage contre la tdute puissance maritime de l'Angleterre ; 
mais après plusieurs succès éclatants , la fortune cessa 
tout à coup d'être fidèle au comte de Grasse. Une bataille 
navale longtemps et courageusement disputée, finit par 
livrer la flotte française à la n^ereî 4^ ses vennemis, et 
l'amiral fut obligé de. se rend;re prisoniiier des Anglais, 
qui l'emmenèrent triomphalement à Londres où ils 
eurent la cruauté de le coniibler de fêtes, d'honneurs et 
d'éloges qu'on ne. cessait de prodiguer ^ sa bravoure. 
En France, au contraire , on dévouait son nom aux ou- 
trages, et des couplets d'une odieuse gaieté, insultaient 



— «184 — 

à sa défaite. Notre nation, si enthousiaste de la gloire mi- 
litaire , ne sait pas toujours honorer le courage malheu- 
reux. Ces clameurs retentissantes et passionnées .firent 
sur révêque d* Angers une impression terrible; il se ren- 
ferma dans son palais, espérant du moins trouver quelque 
repos dans la solitude et la retraite, mais il ne lui Ait 
pas mime donné d^ goûter un seul instant de répit. A 
Angers comme partout ailleurs, on chantonnait aussi 
l'amiral^ et dans les salons, tout aussi bien que dans les 
chaumières , son nom était livré aux railleries les phis 
sanglantes, et les quolibets populaires Ae connaissaient 
plus de limites. La Fontaine <a dit de l'enfance : 

Cet âge est sans pitié î 

mais c'est chez le peuple surtout, que l'enfance se pro- 
longe souvent pendant toute la durée de la vie. Les 
femmes de la halle et ks maraîchères des Ponts-de-Gé 
et de toute la banlieue, portaient alors pour ornement de 
toilette une croix d'or surmontée d'un cœur uni et ciselé 
et on appelait cette parure une croix à la Jeannette. Après 
la disgrâce du malheureux chef d'escadre, ces femmes 
simplifièrent leurs croix d'or en faisant disparaître le 
cœur qui les surmontait, et elles les appelère/nt dès lors 
des croix à ia Grasse^ allusion injuste et cruelle plus 
qu'il n'est possible de l'exprimer. L'évêque en éprouva 
un tel surcroit de honte et de douleur, qu'il n'y put te- 
nir. Il se hâta de s'éloigner de ce peuple méchant et 
frivole, qui prenait ainsi plaisir à flétrir son nom et à 
souiller la pureté immaculée de son blason. Il partit pour 
la capitale, où il se flattait que le bruit et le tourbillon du 



monde pourraient peiiMtre étourdir un feu sop pro- 
fond désespoir. 

Chemin faisant , il se tenait seul et silencieux dan^ sa 
chaise de poste, et rameoé à. la plénitude 4u sentiment 
retigienx par l'excès du malheur^ il rappelq^^t tristement 
à sa mémoire le tableau de sa vie 4éjà longue et tant 
agitée. Arrivé bientôt dans une lociB^Uté voisino, il fit 
arrêter sa voiture, et exprima le désir de s'approcher du 
tribunal de la pénitence, espérant sans doute que la 
sainte intimité de la confession ramènerait la sérénité 
dans son âme, et répandrait cfuelque baume sur les 
cruelles meurtriasures de son cœur. Il réclama le minis- 
tère d'un tout jeune vicaire, qui se défendait vivement 
d'accepter un pareil honneur^ et ne se résigna que par 
pure obéissance à entendre la confee^ion du prélat« 
Sa résistance /ain&i V£dncu6^ le jeun? prêtre se sentit 
transformé en un homme tout nouveau ; mu sans 
doute par> l'esprit de Dieu, il demanda compte à M. de 
Grasse, JAUmblement prosterné k se^ pieds, de toute son 
administration. pastorale; U le rapf^l^ aux faipte^ lois de 
la résidence qu'il avait tant de foia oublié^ et exigea, 
avant de l'absoudre, qu'il lui promit formellement qu'il 
reviendrait bientôt au mib^u de son.peuple^ dont il ne 
s'éloignerait plus à moins d'un motif impérieux. Non 
seulement ])f . de Grasse le promit^ mais il témoigna hau- 
tefBent sa reeonnaissance à œ jeune et .courageux vi- 
caire, et' fit connaître à. tous le langage digne etft^rme 
qu'il lui avait tenu au tribunal sacné, ajoutant avec une 
humilité touchante qu^ s'il ne profitait pas sur l'heure 
de ses avis^ et s'il m retournait pas immédiatement à 
Angers, c'était uniquement parce que sa santé, profon- 



- 486 — 

dément altérée, l'obligeait d'aller consulter un eîavant 
médecin de la capitale, où il lui serait plus facile aussi 
d'avoir des nouvelles de son malheureux frère, dont il 
n'entendait plus parler. II annonçait d'ailleurs son très 
prochain retour, mais Dieu qui l'avait rappelé si tendre- 
ment à lui, He permit pas ce retour tant désiré. Peu de 
jours après son arrivée à Paris, une attaque foudroyante 
l'emporta en quelques minutes, sans qu'il fût même pos- 
sible de lui apporter le moindre secours. 

La nouvelle de cette mort imprévue fut promptement 
transmise à Angers où elle produisit une douloureuse 
sensation et un sentiment général de regret. Les vicaires 
généraux du diocèse publièrent à cette occasion un man* 
dément dans lequel ils faisaient un touchant éloge du 
prélat, a Sa main libérale, disaient-ils, s'ouvrait sans 
» cesse pour secourir les malheureux.,.. Né avec les dis- 
» positions les plus heureuses, il apportait dans !e ma^ 
» niement des affaires ce coup d'oeil juste, qui saisit le 
» vrai, cette impartialité qui gagne la confiance, cet 
» amour de la paix qui fut son caractère. Ami tendre et 
>> compatissant; protecteur bienfaisant, pasteur officieux, 
» il vit couler des larmes et il l^s essuya; vous implo- 
» rates son assistance et il fut votre bienfaiteur et vôtre 
» appui.... C*est dans les principes divins d'une religion 
» sainte, qu'il puisa ces vertus; il les pratiqua sans os- 
w tentation et opéra les œuvres que la foi nous prescrit; 
» il fut inaccessible à la haine, sourd à la calomnie ; les 
» entrailles de sa charité se dilatèrent pour nourrir les 
» membres soufrants de Notre Seigneur Jésus-(]hrist, et 
» ses aumdnes nous font espérer que si sa mort a été im* 
» prévue, elle n'en est pas moins précieuse devant Dieu. » 



I 



— 137 — 

Tels sont les dbèiiments qiie ii<m8 avoiis pu recueillir 
sur un évèqueque l'on peut juger sévèrement sans doute , 
mais qu'il serait souverainement injuste de condamner 
sor la foi dé misérables commérages qui ne furent le plus 
souvent que le fruit immonde de la grosse gaieté d'un 
siècle à la fois sensualiste et sceptique. Personne ne pré- 
tendra que M. de Grasse ait été irréprochable de tout 
point, mais quels qu'aient pu être ses torts, on ne saurait 
sans injustice dire quHl ait été tout à fait indigne de for- 
mer un anneau dans cette longue lignée d'évèques qui 
l'avaient précédé sur le siège d'Angers. Et d'ailleurs , 
comment M. Bordillcm qni a exprimé en termes si tou- 
chants, si éloquents même quelquefois, son regret de ne 
pouvoir présenter à Heuri Arnauld qu'un hommage que 
ses dissidences de litn^epmseurn's.iûrsàetdi^xiieàTei' agréer 
par son vieil évéque auquelil dit huvnhlemenXqvL^il ne se 
sent p€LS digne de Im ^offrir son ^patronage pour appui , 
comment a-i-il pu croire qu'il lui serait donné de venger 
sa mémoire et de consoler son ombre en se livrant à 
d'odieuses récriminations contre qiittl<iue&-uns dé ses suc- 
cesseurs? ' • 

Mais ce n'est pas même dans^ces récriminations tantôt 
amères, tantôt plaisantes ou burlesques, que Henri Ar- 
nauld eut relevé le plus cruel outragée Nous ne craignons 
pas de le dire, ce qui eût le plus douloureusement contristé 
le pieux prélat, c'eût été bien certainement de se trouver 
confondu dans un même sentiment de vénération avec 
un évéque séparé ostensiblement de la communion de 
l'Église romaine et dont la mission ne fut jamais avouée 
par le chef suprême de l'épiscopat. 

Ici, Messieurs, j'éprouve le besoin de le déclarer haute- 



# 

~ 188 — 

iMnt, j« ne cède à auoune hostilité politique , à nul res- 
çentimeot de parti , j'honore même a plusieurs égards la 
perpionne de M. l'abbé Grégoire. Je ne sais s'il comprit et 
aima la liberté , mais il aima du moins la république de 
toute l'ardeur de ^on âme et. il faut savoir tenir compte 
de toutes les convictions indépendantes et sincères. Il eut 
le courage de rester fidèle à sa ireligion dans les plus 
mauvais.jour^et de conff^aer sa foi'presque sous la hache 
révolutionnaire. Je ne veux pas même lui reprocher un 
voie contre l-imputation duquel il n-a oesaé de protester, 
ni me faire une arme contre lui de quelques paroles 
effroyables qui n'ont été que trop souvent citées , j'aime 
mieu^ répéter avec une auguste et sainte victime que 
souvent daru les moments de trouble et d^e/J^^rvescence 
on n'est pas maître de soi. 

Mais ^ bonne foi , qu'avait de comtoun Tépiseopat 
de Henri Arnauld avec celui de Vévèque constîtutioûnel 
de Blois et qu'aurait pensé notre vieux et vénéré pontife 
qui protesta si souvent de sa fidélité ot de son dévoue-* 
me»t à l'ÉglisOy si jamais il avait pu prévoir qu'une voix 
amie viendrait un jour l'associer à un prélat notoirement 
séparé de Torthodoixte romaine et qui s'en faisait glaire. 
Assurément M* Bordillon n'avait pas besoin de nous rap- 
peler son titre de libre penseur y un pareil rapprochement 
eût servi aeul à l'établir. Il a d'ailleurs joué ici de mal- 
heur et s'est heurté à. un double écueil. Puisqu'il nous 
fait connaître franchement toutes ses sympathies pour 
Pelage, il peut tenir pour certain que l'évêque de Loir- 
et^^lher eût reipoussé ses hommages avec indignaticm. Je 
soupçonne fort M. BordiUon d'avoir lu plus souvent les 
discours de M Gr^oirea la Gonventiop que ses ouvrages 



— 189 — 

de controverse théologique, car s'il avait seulement 
parcouru son Histoire des sectes religieuses, il au* 
rait vu en quelle profonde horreur lé prélat républicain 
avait ce qu'il appelait la secte des pélagiens et des semi-- 
pélagiens et M. Bordilïon n'aurait certes jamais osé s%3X* 
poser ainsi h encourir au premier chef l'excommuni** 
cation constitutionnelle. 

n n'a pas été plus heureux en citant une parole pire* 
tendue de M. le duc de Broglie, qu'il reporte à un temps 
qu'il qualifie des plus mauvais fwre de la Restautathn. 
Cette année 1819 est précisément celle où nous aurions 
cru que la Restauration aurait dû lui paraître le mieux 
inspirée et où il avait semblé le mieux possible d'opérer 
la réconciliation du pouvoir et de la liberté. U est vrai 
que l'élection de AJ. l'abbé Grégoire amena dès lors 
une réaction en sens contraire et que son nom excita de 
vives rumeurs au seitt du parlement^ mais ces luttes ar- 
dentes et passionnées ne dépassèrent pas l'enceinte de la 
Chambre des députés où il me semble encore voir 
M. Laine ae cr^aff^ppmmQt k la tnbui|e,^&isanten dépit 
des clameurs et des interruptions bruyantes, entendre ces 
paroles sévères, impolitiques peut^tre , mais que l'his- 
toire n'a pas démenties : <c II faut que cet homme se retire 
devant la dynastie régnante, ou que la race de nos rois 
recule devant lui ! n Quant à la Chambre des pairs où 
siégeait M. le duc de Broglie, ni à cette époque ni à au- 
cune autre il n'y fut question de M. Grégoire et par con- 
séquent le noble duc n'eut point à intervenir en sa faveur; 
le député de l'Isère n'y fut point accablé par aindécen- 
tes clameurs^ et l'illustre orateur n'eut pas besoin de 
venir le couvrir de sa magnifique éloquence. Nous avions 



— 140 — 

plusieurs fois reproché à M. Pabbé Pletteau de s*être dis- 
pensé souvent Vje vérifier ses assertions, M. Bordillon ne 
l'a que trop imité (1) en venant ainsi sans raison mêler à 
ce débat, et associer à la caisse de M. l'abbé Grégoire le 
nom d'un homme d'Etat respecté de tous^ qui achève 
dans les loisirs d'une noble retraite et les pratiques de la 
vie chrétienne une carrière toute, consacrée à son pays et 
constamment dévouée à la grande et sainte cause de l'or- 
dre et de la liberté. 

. ie m'arrête ici y quoique je sois loin d'avoir épuisé tous 
mes griefs coidre la brochure de M. Bordillon, mais il est 
temps de mettre un terme à une double critique qui ne 



(1) J'aurais, s*il le fallait, bien des inexactitudes à reprocher à 
M. Bordillon, mais je veux me borner i en indiquer une seule qui me 
paraît vraiment excessive. J'avais été très-^étonné de lire à h page ^ 
de sa brochure , que pour peu qu'on eût voulu faire quelque rechar- 
che^ on aurait trouvé à la Bibliothèque impériale^ dans la collection 
manuscrite de Dom Rousseau, vol. JSvêques d'Angers y un bref d'In- 
nocent XI, de 4667. des plus honorables pour le vénérable prélat tant 
maltraité par M. l'abbé Pletteau. Gomine Innocent XI ne fut promu au 
pontificat suprême qu'en 1676, j'étais obligé de croire à une faute d'im- 
pression qui seule pouvait m'expliquer cette date évidemment fausse 
de 1667. J'ai donc prié un correspondant aussi intelligent qu'habile 
de vouloir bien faire à la Bibliothèque impériale la recherche indiquée 
par M. Bordillon lui-même, et voilà qu'à ma très-grande stupéfac- 
tion il m'a été répondu que dans le volume xïité de D. Rousseau, il 
ne se trouvait ni bref d'Innocent XI, ni même absolumetit rien, si 
ce n'est le mandement des vicaires oapitulaires d'Angers annonçant la 
mort de Rend Amauld et faisant l'éloge de ses incomparables vertus. 
Il m'a dès lors paru très-évident que M. Bordillon ne s'était point du 
tout imposé à lui-même ces élucubratioris et recherchés d'un moderne 
dom Calmet, dont il se montrait d'ailleurs si plaisamment disposée à 
faire grâce à M. l'abbé pietteau. 



— Ui — 

m'a été ÎDspirée^ j'ose le dire, que par le sentiment du 
devoir et par celui d'une conviction profonde et sincère 
que je teiiaisy Messieurs, à vous e^iprimer, parce que j'é^ 
tais sûr de la voir accueilli» sinon avec intérêt, au moins 
avec cette bienveillante indulgence à laquelle vous m'avez 
déjà plus d'une fois accoutumé. 

BOUGLER. 



P. S. Apre»» la lecture de ce travail, M. l'abbé Plet- 
teau, dans une r^onse présentée avec une mesure par- 
faite et à laquelle je me plais à rendre hommage, m'a 
annoncé une réplique qui m'opposerait des documents 
particuliers et positifs, pour établir que Tévêque Ar- 
nauld fut un hérétique. Quelle que soit cette réplique de 
M. Pletteauy je n'en regarde pas moins la polémique 
comme définitivement close pour ce qui me concerne. Si 
l*on me produit des documents jusqu'à présent inédits, 
j'aurai toujours eu raison, je le crois, dans ce que j'ai 
dit d'après les documents qui m'étaient connus et que 
j'avais recueillis dans l'histoire ecclésiastique du temps. 
Je ne sais, d'ailleurs^ si je pourrais m'accorder avec 
M. l'abbé Pletteau, sur le vrai sens du mol hérésie^ parce 
que je ne crois pas du tout qu'une distinction subtile et 
téméraire sur le texte du formulaire, ait constitué une 



— 4tt — 

hiréneàAus toute Facoeption du mot; mais d'ailleurB 
bien peu importe à mon av»^ puisque dans la iséance éa. 
28 janvier V M. l'abbé Pletteau m'a aecordé qu'il n'était 
pas possible de contester les vertus d'Amauld, et que tout 
an le maintenant pour hérétiquCy il a bien voulu recon* 
naître qu'il n'était point dénoncée U me permettra de {ui 
dire alors que ce n'est pas à un simple fidèle à suppléer 
la dénonciation de l'Eglise, ni à préjuger la question de 
savoir si Henri Arnauld n'a eu en effet à présenter au 
tribunal suprême qvHune Ame janséniste. Nous croyons, 
nous, qu'en regard de quelques hésitations et de quelques 
faiblesses, il aura eu à présenter une longue série de 
grandes et saintes œuvres. En tout cas, s'il a eu à se re- 
procher des mauquements à la foi, il me semble que, 
suivant la belle expression du comte de Maistre, il n'ap- 
partenait qu'à l'œil po!ur qui tous les cœurs saut dia- 
phanes, de reconnaitre et de noter la fibre, coupable. 



COMPTÈ-ftËNDU 



DES SÉàNCËS D£ LA COMMISSION ARCHÉOLOGIQUE. 



, I 

Présidence de M. Godard^ Faultrier. 

' . ». 

Le procès-verbal de la précédente èëbneé est lu et 
adopté. 

M. Gaston, de Gholet, édrit pour Mire coraïaitffe la 
découverte de durietfftisis 'peinture!^ dans Téglise Saint- 
Pierre de Gheftiillé ; mfeilheureusèiïient îeur état de dé'-» 
gradation semble rendre tcmte conservation impossible: 
11. Gaston annonce qu'il enverra un rapport détaillé 
sur ces peinttii^es. 

Après une courte discusdon, M. DaiâvYlle, qui doit 
procbdinement aller à Ghemilié;est prié de tisiter Té- 
gliise Sdnt^Pierré et de s'assurer par lui-même bi ie^ 
peintures de cette église doivent nécessairement dispa-J 
rajtre. 

H. Godard entretient la Comniission des réparïtiions 
qui vieniièiit d^tre foites à la chapelle Saint-Mai^tin, ft 
Saint-Maur-sur-Loire,cbapieHe éi intériessante, qui garde 
la trace vivante encore du "passage de saint Matr , TU- 
lustre disciple de saint Benoit et des chefs anglais dont 
Duguesclin devait détruire {Mfès de là les tnoupes, Tef^ 
froi du pays. M. Godard donne lecture 'd'tin rapport 
présenté par lui au Congrès de Saumur, et qui a dé- 
terminé le vote de 300 fr. par la Société française 



— 144 — 

d'archéologie, pour les réparations de cette chapelle. 
Il lit ensuite une intéressante lettre de M. l'abbé Jou- 
bert sur ces réparations; la somme de 300 fr. votée 
par le Congrès d^ Saumpr étant trè^-insuffis^nte, les 
habitants du pays lui sont généreusement venus en 
aide : le pauvre comme le riche a voulu contribuer à 
cette œuvre à -la fois pieuse et paifiotique ; cependant, 
tout n'est pas encore achevé et lès fonds manquent. 

M. Godard propose de voter une somme de 25 fr. 
pour une inscription qui serait placée dans la chapelle 
et rappellerait la part prise par la Commission 4ans 

■ 

cette restauratioiji. — Adapté. 

Il est. domi)3 leetyre de la prépaiera pai^tie d'un long 
et curieux travail de M. Raimbault^ de Saumur, sur la 
fa^n^Ue et le château de Brezé. — Renvoi au Comité de 
rédaction. 

La Commission examine avec intérêt différ^nts objets 
déposas sur..l$ bureau^ gi:avïiresic^u,rt^quivre, sceaux^ çtc. 

§ur,.lA.prQpo$iljop de M,. Godard, Je.titre.de, membre 
hQP9raii;e..est déqçrné. ai.M..rabbé Barbier de Montault 
el,,^ M., X^hhé, Chçvallifir, , 

Il est ensuite procédé au renouvellement du bui:ea,u. 
Cpnfprfîi^^ent au 4*ègleiEnei;Lt, cette, opératioii se fait au 
scrutin .secret. §oii;it élps pour Tannée 1863 : Présideat, 
M. Godard-Faultrier ; viçç-présidents, M. l'abbé .l*e- 
geard .de. la. Piryais et ]M. A. Lemarchaiid; secrétaire, 
M. I^aulLachèse; secrétaire-archiviste, M. Ernest 0^- 
v^lle ;^ trésorier, M. Rqn^e^u aîné. 

Puji^ la séance est levée.. . . 

- . lie Secrétaire de la Commiiuçn , 



BÉNÉDICTION 



DE L'ÉGLISE DE TIGNÉ 



Encore une ëglide qui doit être ajoutélB 6 
toutes celles bâties sous répiscopatdeMgr An- 
gebault et qui depuis 1842 sont au nombre de 
plus de cent. Jamais , en eiï^i , k partir de 
Fouiques-Nerra, surnommé le grand bâtiseeur, 
c'est-à-dire depuis leXP siècle, ne s'était vu 
en Anjou un pareil élan de constructiens. Si 
cet élan iémfrigne du zèle de notre digB?e évo- 
que il prouve aussi combien l'antique foi est 
vivace au cœur des populations. L'afChéo- 
logie a bien aussi sa part dans nos éloges. Les 
architectes ne dédaignent plus en effet ceiMé 
science qui leur donne des modèles ; ils Tétu^ 
dient uvec succès ; leurs plans d'ailleurs sont 
revus et corrigés par deux ^commissions spé- 
ciailes , la plus ancienne sous k direction de 
l'évéque, et 'la seconde depuis 18$â sous celle 
du préfet. €es deu^t commissions, dont la 
bonne entente ne "S'est pas un seul instant dé- 
mentie, fonotiotinent avec régularité les pre^ 
mier et troisième mercredis de chaque mois. 
Elles dressent des procès-verbaux dont voici 

REP. ARC. 10 



U6 

un extrait concernant le plan de Téglise de li- 
gné, en date du 4 mai 1859 : 

« Ce plan, dressé par M, l'architecte Dain- 
» ville , est présenté avec tous les détails qu'il 
u est permis d'exiger ; il est étudié avec beau- 
» coup de soin. La conmiission s'empresse de 
» l'adopter.» 

Le 14 mai 1860 , Monseigneur bénissait so- 
lennellement la première pierre de cette 
église (1). 

Moins de trois années après, l'édifice était 
entièrement construit ; il se compose de trois 
nefs, d'un transsept et de trois absides. Le 
plein-cintre y règne dans les portes et les fe- 
nêtres ; les voûtes sont en coupoles à la ma- 
nière byzantine. C'est la première églisQ de ce 
genre bâtie en Maine-et-Loire. Ce style roma- 
no-byzantin est préférable à tous autres dans 
nos campagnes , à cause de l'économie qui en 
résulte, et aussi à cause de l'effet sévère et 
vraiment religieux qu'il produit. Il a, en outre, 
l'extrême avantage de permettre d'employer 
les matériaux de la localité. A Tigné, le calcaire 
coquillier est d'an ton jaune qui s'harmonise 
si bien avec cette architecture , que l'on dirait 
la nouvelle église vieille déjà de huit siècles. 

M. Daijdville a su en tirer un bon parti. 
Nous signalons son œuvre comme un excel- 

(1) Voir le Répertoire archéologique , année 1860 , page 
226. 



147 

lent point de départ pour nos églises futures. 
C^et architecte a été puissamment aidé dans 
l'exécution de son travail par l'entrepreneur, 
M. Bernier, par M. Chapeau, sculpteur, et par 
M. Thierry, peintre-verrier. D'un autre côté, 
M. le curé Vivion, M. Edouard Poitou, maire, 
MM. Pierre Peton et Maugin, Tun président 
de la fabrique et l'autre trésorier, ont aplani, 
d'accord avec les membres des deux conseils, 
ces mille petites difficultés de détails inhé- 
rentes à toute entreprise de ce genre, car c'est 
une grosse affaire de mener à bonne fin une 
semblable construction. 

Yoilà pour le matériel des choses , mais la 
pierre n'est vivante qu'à la condition d'être 
spiritualisée, c'est-à-dire bénite* Or, ce grand 
jour de la bénédiction avait été fixé au il fé- 
vrier 1863. 

Tout fut prêt à point : temps magnifique, 
guirlandes, arbrisseaux, arcs de triomphe, de- 
vises, rues sablées, tambour de la commune, 
maire et adjoint en ^charpe, garde champêtre 
à son poste, hommes en tenue, les uns avec 
des fasils, coupables seulement d'avoir versé 
le sang... du gibier; les autres avec des armes 
plus innocentes encore, car elles étaient à 
pierre et merveilleusement préparées à faire 
long feu. 

Bref, tout cela, fourbi et nettoyé, donnait 
au bourg de Tigné un air joyeux qui rappe- 



J 



148 

lait les anciennes fêtes de la Vendée d'autre- 
fois. • 

Dès la veille an soir, Monseigneur était ar- 
rivé avec soi^ grand-vicaire, M. Tabbé Bompois, 
et le bruit courait que Sa Grandeur ne tarde- 
rait pas à être rejointe par un archevêque. 
Cette erreur provenait d'un malentendu ; en 
effet, quelques personnes sachant que, dans 
l'ancienne église, reposait le cœur de Mgr 
Claude Maur d'Aubignë, archevêque de Rouen, 
mort en ni9, s'étaient préoccupées de savoir 
oiji, on le transporterait; de là le quiproquo (i). 

(1) Nous devons k la complaisaDce de M. Baranger, secré- 
taire de la mairie de Tigué, la note suivante concemaDt cet 
archevêque de Rouen : 

• Pierre sépulcrale recouvrant le coeur de Monseigneur 
Claude Maur d'Âubigné, déposé dans l'ancienne église de 
Tigné. 

> Inscription : 

t 6y-Gtt le cœur d'illustrissime et révérendissime père en 
» Dieu, Monseigneur Claude Maur d'Aubigné, archevesque de 

• Rouen, pair de France. Mort à Rouen , le 22 avril 1719. 
> ( Priez Dieu poor le repos de son ime. ) • 

« Acte de sépultuce du cœur de Monseigneur Claude Maur 
d'Àubigné. Extrait des registres de Télat-civil de Tannée 1720. 
— Suit ia teneur : 

< Le vingt-troisième jour d'avril mil sept cent vingt a été. à 
» la prière de nous, curé soussigné, par M^ François le Rayer, 
» docteur de Paris, curé de Saumur, inhumé dans l'enclos du 

• grand autel de ce lieu le cœur d'illustrissime et révérendis- 

• si me père en Dieu, Messire Claude Maur d'Aubigné, arche- 



«19 

Cependant, dès le matin du il février, Mgr 
Angebault , descendu à la cure , Ella dire, une 
basse messe dans la chapelle du vieux château 
de Tignd , si convenablement restauré par les 
soins de son propriétaire, aous la direction de 
M. Dainville. 

Sur ces entrefaites , et vers neuf heures et 
demie , les cloches de la nouvelle église son-* 
nent à toute volée. Le cortéige, composé no- 
tamment de plii3 de 40 prêtres , bannière et 
croix en tête, se rend à la cure et ramène Mgr 
révêque, (jui bénit extérieurement et intérieu- 
rement réglise. On va ensuite à Tancienne, 
d'où l'on apporte^ sous le dais, le Saint-Sacre- 
ment; la messe commence , elle est célébrée 
par le vénérable abbé Chalon, enfant de la pa- 
roisse et aumônier de l'hôpital de Beaufort. 

Après l'évangile, M. le curé Yivion prononce 
un discours, où nous avons remarqué les pas- 
sages suivants : « Monseigneur (a-t-ôl^ dit) , 
» Tautorité nous accordait son concours, M. le 
» maire, par une douce et intime sympathie 
o pour nous , préparait les esprits avec modé- 
» ration et délicatesse Le conseil de fa- 

» vesque de Rouen, primat de Normandie, pair de France, dé- 
» cédé è Rouen, le., .jour d'avril mil sept cent dix-neuf, 
» en présence de Messieurs les curés et prêtres voisins de ce 
» lieu et autres. 

» Signé*: J. Régnier, prêtre, Guibert, prêtre, M. Poitou, 
« cnré de Tigné, et F. le Rayer, cnré de Sanmur. • 



ISO 

» brique nous donnait son dévouement de toute 
» manière. M. le président, avec Tintelligence 
d qui le distingue , employait l'activité de sa 
» bonne volonté à Texëcution des travaux. M. 
» le trésorier a recueilli les fonds et mesuré les 
» dépenses; le gouvernement nous est venu en 
» aide, et nous avons la promesse qu'il y vien- 
» dra encore... Les terrains nous ont été don- 
» nés par une famille respectable qui, de plus, 
» nous fait espérer remplacement du presby- 
s) tère futur; les dons de la veuve et des pau- 
» vres n'ont pas fait défaut. Un bomme de 
» l'art, dont les rapports sont aussi agréables 
» que les études sont sûres, a conçu le projet, 
» et l'entrepreneur avec les ouvriers de tout 
)) genre l'ont exécuté avec autant d'énergie 
» que d'babileté... Ici sont conservés nos plus 
» beaux titres, ici régnent la liberté, la frater- 
)) nité et l'égalité des enfants de Dieu... 

Monseigneur prenant ensuite la parole, a su, 
dans une délicate improvisation, manifester la 
joie de son cœur en venant, après avoir il y a 
trois ans béni la première pierre de cet édi- 
fice, le couronner aujourd'hui par une solen- 
nelle bénédiction ; Sa Grandeur a conjuré les 
habitants d'aller assiduement dans cette nou- 
velle église dédiée à l'apôtre saint Pierre, 
écouter les enseignements de leurs prêtres, 
enseignements qui , au milieu des fluctuations 
de toute sorte qui agitent nos temps , sont les 



m 

fondements de la vérité et les solides bases de 
leur bonheur présent et futur. Elle a remercié 
les habitants de Tigné de leur chaleureux con- 
cours ; « puis », a-t-elle ajouté avec un bel ac- 
cent, a cette nouvelle maison du Seigneur est 
» magnifique, mais n'oubliez point Tancienne; 
» qu'elle ait toujours pour vous le charme du 
» souvenir ! Vos pères y ont prié; des générations 
D entières, pendant plusieurs siècles, y sont nées 
» à la grâce par le baptême ; ses vieux murs 
» ont été témoins de leurs alliances, témoins de 
» leurs joies et aussi de leurs douleurs, car 
» beaucoup de tombeaux Tenvironnent. Vous 
» Tavouerai-je, ce n'est pas sans une profonde 
it> émotion que j'ai retiré de cette ancienne 
» église les saintes espèces...» 

Durant la messe, une quête a été faite par 
Mme Garreau et M. Petoa fils , ainsi que par 
Mlle Marguerite Poitou et le jeune M. de Fou- 
gerôUe. 

Après la cérémonie religieuse, il y eut un 
banquet de plus de soixante couverts , à la fin 
duquel M. l'abbé Grolieau lut le procès-verbal 
de la bénédiction de l'église, procès-verbal que 
tous les convives signèrent avec empresse- 
ment. 

Le lendemain 12, Monseigneur célébra une 
messe spéciale aux paroissiens dans la nou- 
velle église, et ne tarda pas à prendre congé 
de l'excellente population de Tigné. Il serait 



ti^op long de dire les henreas que SaOrandenr 
a faits par ses visites. Son cœur s'était princî* 
paiement ouvert aux vieillards et aux petits 
enfants. Un vieux soldat des anciennes guer- 
res perdait littéralement la tête du bonheur d'a- 
voir eu sa main dans celle duTénérable évéque. 
Une mère ne cessai! de répéter : // a voulu me 
bénir et mon enfant, nous qui sommes si pauvres I 
Ah/ qu'il est boni 

Je gage que cette excellente mère et ce 
vieux soldat, tous bien indigente, préféraient 
cette bénédiction aux plus abondantes au- 
mônes. 

La cbarité d'une sainte parole n'est donc pas 
un vain mot. La religion seule a le secret de 
ce genre de trésor^ 

Terminons en disant que ralk)cution de 
Monseigneur portera ses fruits. £n effet, le 
vieuic sanctuaire pe périra pas tout entier^ Taile 
du nord ornée de belles voûtes du quinxiéme 
siècle et la tour romane du clocher seront 
conservées; ce lieu deviendra une chapelle 
stationale oit .l'on transportera 4e cœur de Mgr 
d'Aubigné, archevêque de Rouen; puis les 
tombes du cimetièpe ne demeureront pas cooft> 
plétement veuves des affectueuses prières des 
vivants. 

V. GODARD-FAUI/TEUSa. 





CONDITIONS DE L'ABONNEMENT. 



Le Répertoire Archéologique de P Anjou parait le 1^ de 
chaque mois, par livraisons chacune de deux feuilles d'im- 
pression. 

Le prix de Tabonnement, pour les personnes ne faisant pas 
partie de la Commission Archéologique, est de 5 francs par an 
pour Angers et de 6 francs par la poste. 

Les abonnements sont reçus chez tous les libraires du 
département. 




" oo 





SOCIÉTÉ mPÉRIALE D'AGRICULTURE, 8CIENCB8 ET ARTS 

ANCIENNE IGADÉIOK IfANfiEBS. 




liC^ COIIISSIOI ARCHÉOLOGIQUE 



DO DEPARTEMENT 



DE HAINE ET LOIRE 



RÉPERTOIRE ARGHÉOLOGIQDE 



DE I/ANJOU 



Anné« i8CS. — AytU. 




ANGERS 

IMPRIMERIE DE GOSNIER ET LACHÈSE 
Cbansfiée Saint-Pierre , 13 

1863 





ACTES 



DE 



SAINT MAXENTIOL 



PRÊTRE ET CONFESSEUR. 



« Sicuti per suct^edentia tempora 
ad nostram usque memoriam^ Ghristo 
adjuvante, pcrvenit, pro confirmandis 
catholic» plebis volis , veritatis stu- 
dio, duximus scribendum. » 

(Acta S. Marcelii, m,) 



A4 



Quand je jette un regard en arrière sur le passé si 
brillant de l'Église d'Angers , que ses saints et ses re- 
liques, ses richesses et la pompe de son culte, tout 
autant que ses vertus et sa foi firent qualifier d'in- 
signe {l\ je suis tenté de gémir et d'être triste, comme 

(i) Insigne est un titre que le Saint-Siège accorde à certaines 
Eglises pour les honorer et les distinguer des autres Eglises. A ce 
titre sont attachés plusieurs privilèges qu*énumcre un bref de Gré- 
REP. ARC. 11 



— 154 — 

saisi d'un malaise indéfinissable. Car de tout cela que 
nous reste-t-il? Des ruines qui tombent, des chroni- 
ques capables, par leurs récits attachants, d'augmenter 
nos regrets et la mémoire d'un titre^ dont on fut autre- 
fois justement fier, mais que le Concordat n'a même 
pas daigné laisser (1), pour unir les générations pré- 
sentes aux générations éteintes, et consoler de tant de 
désastres par un souvenir et un honneur. 

Les reliques, on les comptait en si grand nombre, 
qu'au xviie siècle un pieux et savant auteur, qui a 
beaucoup écrit et trop peu fait imprimer, Joseph 
Grandet, curé de Sainte-Croix d'Angers, y trouvait la 
matière d'un gros et curieux ouvrage. C'était mer- 
veille, en effet, d'apprendre que nos châsses d^or et 
d'argent abritaient, non-seulement les enfants de l'An- 
jou, mais encore ceux qu'un séjour prolongé dans 
notre pays ou les vicissitudes des choses humaines 



goire XVI, comme l*usage de la coppa violette au chœur et, dans les 
processions, Temploi du pavillon et de la clochette. 

Je trouve écrit Inn§ni$ ecclesia Andegavensis dans des actes datés 
de 1557, i558. 1575, 1586 et 4607, aux Archives de la préfecture 
et dans le Missel de 1523. 

Le même Missel y ijoute Taugmentatif perceZe^m, que n'admettait 
pas le Missel de i504, où on lit simplement celebris. 

Enfin, un acte de 1494 (Archives de la préfecture) qualifie TÉglise 
d'Angers vénérable, venerahiîis. 

(1) Pie VII, dans la bulle Eccîesm C%nsH de Tan 1801, dit ex* 
pressément : « Nous déda^ons annuler, supprimer et éteindre â per* 
pétuité tout rétat présent des Eglises archiépiscopales et épiscopales 
ci-après désignées , avec leurs chapitres , droits , privilèges et préro- 
gatives de quelque nature qu'ils soient. » André, Cours de droit ca- 
non, t. II, p. 355. 



— 455 — 

avaient fait nôtres. Aussi le peuple enthousiasmé avait- 
il baptisé ces corps précieur du nom de patronages y 
patrocinia (1) et, par une métaphore des plus heu- 
reuses, indiqué quelles bénédictions abondantes décou- 
laient pour lui de ces sources fécondes. 

Si nous faisions Tappel de tous ces nobles noms, 
qui se présenterait pour répondre et dire : Me voilà f 
Qu'il est douloureux d'entendre répéter ce mot lu- 
gubre : victime de la révclutùmy ou de trouver la tombe 
sans écho! 

Pourtant tout est-il donc perdu? Non, heureusement. 
Mais il fallait, pour interroger ce silence et retrouver 
ces débris, la voix bien-aimée d'un prélat qui, du sol 
qu'il bém'ty a su faire sortir à la fois et des églises 
splendides et des traditions oubliées. 

Saint-Aubin a perdu saint Clair et saint Gérard; 
avec la démolition de Saint-Pierre ont disparu saint 
Gohard et saint Edmond; saint Brieuc n'est plus à 
Saint-Serge; toutes pertes immenses, irréparables. Mais, 
au moins, il nous reste encore , pour notre consolation 
et édification spirituelles^ saint Florent, saint Fran- 
caire, saint Maxenliol et le B. Robert d'Arbrissel. J'ai 
tort de dire : il nous reste^ car de ces quatre corps saints, 
dont est fier le diocèse d'Angers, deux seulement nous 
ont été transmis par les pieuses générations de TAn- 
jou. Les deux autres sont des conquêtes heureuses que 
nous a valu la nouvelle délimitation des diocèses^ et 
c'est Poitiers qui, en nous agrandissant des pays de 
Vihiers et de Fontevrault, nous a légué, à regret, j'en 

(i) G. d'Espinay, Les Formules ant/eviMS, p. 66. 



— 156 — 

suis sûr, rhéritage précieux des corps de saint Fran- 
caire et du B. Robert d'Ari)rissel. 

Je compte certainement, parmi les plus agréables et 
les plus utiles de ma vie , les quatre années que , de 
1858 à 1861,. j'ai passées en Anjou, car la bienveil- 
lante sympathie de Mit Angebault, en me ccmférant le 
titre et les fonctions d'historiographe, m'imposa le plus 
doux des devoirs, qui fut de remettre en lumi^e et 
de rendre à la vénération publique, quantité de. saintes 
reliques, souvent oubliées, méconnues, délaissées et 
privées, faute d'une reconnaissance canonique , du culte 
qui leur est légitimement dû. 

Or, un des saints dont je me suis le plus occupé 
dans cette période de si. délicieux souvenir, a été saint 
Maxentiol. Raconter les recherches que j*ai faites et les 
résultats que j'ai obtenus, c'est à la fois rendre témoi- 
gnage à la vérité, et ajouter une page nouvelle et au- 
thentique aux volumineuses chroniques du diocèse 
d'Angers. Peut-être tout cet ensemble .paraitra*t-il as- 
sez complet pour former ce qui n'existe nulle part 
ailleurs, les Actes , si le mot n'est pas trop ambitieux, 
du saint patron de Cunaud. 

En écrivant ce travail hagiographique , j'ai eu cons- 
tamment en vue ce double principe, qui en fera, j'es- 
père, toute la force et l'attrait : puiser dans le droit 
ecclésiastique les éléments de mes convictions et cor- 
roborer mes observations par les données de l'archéo- 
logie. La science de nos jours a besoin de ce double 
appui pour se faire accepter, et surtout pour imposer 
ses affirmations. 



— 157 — 



I. 



Tout d^abord je me préoccuperai du nom, dont il 
importe de connaître l'origine et les diverses transfor- 
mations. 

Mdxentiolus est un nom évidemment primitif, qui 
appartient, sans conteste, à la race gallo-romaine. 
Il a son équivalent ou plutôt son radical dans les vo- 
cables que fournit le Martyrologe galKcan. Du Saussay 
cite en effet quatre saints nommés Maxetitius et une 
vierge martyre nommée Maxentia. Des quatre saints, 
deux appartiennent à l'Aquitaine et au Poitou, contrées 
dont saint Maxentiol peut fort bieti être originaire : 
MaxeiitiuSy Pict. indm. ; Maxentius inAquitaniu conf. (i), 
Ma^centiolus dérive directement de Maxmtius, comme, 
à la même époque, Augttsîus se transformait en Au- 
gusiulus. Toute la différence consiste dans la terminai- 
son qui aflfecte la forme du diminutif. Cette fbwne n'a 
d'autre équivalent dans notre langue que l'épithète 
petit/ajouté au nom, et c'est elle aussi que Chaslelain, 
peu familier sans douté avec les traditions angevines, 
a eniployéè, au dire de Grandet, dans ses Observations 
hagiolùgUfues. 

Le plus ancien document que nous possédions date 
de l'an 844 ; il y est écrit? MaxmtioltiSy ainsi qu'en 847 
et H30. Les archives de la préfecture attestent cette 



(i) Du Saussay, Marlyrologium Gaïlicanum. Pairîs, 1637, t. II. 
n n« parle pas (!« saint Maxentiol. 



— 158 ~ 

orthographe, qu'allèrent légèrement en 1181 et 1355, 
les chartes du moyen âge. Par une de ces fantaisies 
communes à cette époque, le G, qui a un son dur, est 
substitué au T, dont la consonnance habituelle est plu- 
tôt douce. Cette règle est générale. Maxenciiolus fut 
écrit comme on écrivait alors preciosus^ fundacio,coiv- 
secraciOy etc. 

En Poitou , Maxentius a été traduit Maiœent^ Maxen- 
tiolus conserve en passant dans notre langue sa, ru- 
desse originelle. On ne songe pas, en Anjou, à adou- 
cir la première syllabe par l'addition de la voyelle i. 
On n'en est pas mieux fixé, pour cela, sur la traduc- 
tion de la terminaison qui^ dans l'espace de trois siè- 
cles, varie jusqu'à cinq fois. Nous écrivons mainte- 
nant, en se conformant littéralement au mot Is^tin, 
Maxmiiolj qui est l'équivalent rigoureux de Maxen- 
tiolus. 

Voici, suivant l'oifdre chronologique, toutes les va- 
riantes du mot français : 

Le xvii® siècle écrit d'abord Maxenseul (Arch. préf . , 
ad ann, 1608) ; Texier, eH 4648, imprime Maœenceul^ 
qui serait plus élégant, mais il manque une cédille 
au c, ce qui en fait de suite un mot estropié ; puis on 
peint dans l'église de Gunaud, Uaxmcd^ en suppri- 
mant la voyelle w. 

Au xvni« siècle, môme confusion et même embar- 
ras. Un autre peintre écrit, à la même paroisse, Mao^ir- 
ciole, et franchement c'est lui qui fait le plus preuve 
d'intelligence et de bon sens, car le root français est 
calqué lettre pour lettre sur le mot latin; j'en con- 
clurais même, a pari^ qu^au xynie siècle on écrivait 



— 159 — 

encore MaxmdolUSj comme en plein moyen âge. Un 
acte de 1723 (Arch. préf.) porte Msxmiiol, ssms e final 
et avec substitution du t, qui persévère dans le PouiUé 
de M9* de Lorry, en 1783, mais avec une inqualifiable 
propension par ie changement de Te en a, à une écri- 
ture dé patois, MaxantioU 

Tels sont les aperpup philologiques que ce nom a 
foit naître soius notre {dume^et qui nous amènent k 
louer l'orthographe actuelle que nous adoptons comme 
suffisamment exacte et naturelle. 



IL 



L'histoire ecclésiastique, tant générale que diocé- 
saine, se tait sur la yieie saint Maxentiol. Toutefois, en 
résumant des traditions éparses, nous pouvons, sans 
crainte d'errer , le qualifier disciple de saint Martin 
et prêtre. 

Saint Martin, le grand thaumaturge, des Gaules, s'é- 
tait entouré de disciples à Ligugé d'abord , au diocèse 
de Poitiers (1), puis à Marmoutîer, au diocèse de 
Tours (2). Que saint Maxentiol ait été un de ces dis- 
ciples favorisés, on le croit à Cunaud, et ce qui me 
confirmerait dans cette opinion, c'est que, lors de la 
restauration de la châsse, au xv« siècle; on ferma un 

(i) MéAioires de ta Sociélédes Antiquaires de V Ouest, année 1839, 
p. 44 'et séU. 

(2) Âll). Mnoir^ Arehileetute monaifique, t. I, p. 6* ' 






— 460 — 

des côtés avec un panneau sur lequel était peint saint 
Martin. Il aurait alors vécu au it^ siède. 

Un attrait plus grand pour la solitude le décida-t-il 
à quitter son maître pour vivre seul dans la retraite? 
Je ne le pense pas. J'aime mieux supposer que saint 
Martin, qui devait connaître par état les. obligations de 
la charge pastorale aussi bien que les besoins des po- 
pulations, l'envoya sur les bords de la Loire fixer sa 
résidence, comme, apré$ son ordination, il avait en* 
voyé saint Florent au Mont^filonne, quelques lieues 
plus loin que Cunaud. 

Saint Maxentiol ne dut même pas y vivre en solitaire, 
car, à en juger par les seuls débris romains qui jon- 
chent le sol , Cunaud et toute la contrée environnante 
étaient habités. 

Il y vint donc çn pasteur qui cherche des âmes à 
sauver et à paître de la parole^évangélique. Saint Mar- 
tin l'avait ordonné prêtre. Solitaire, il n'eût pas ou 
besoin du çacerdoce, car, pas plus alors que mainte- 
nant, l'on n'est prêtre pour sol, mais pour le Jîien 
spirituel des fidèles. Je ne m'étonne plus que la tradi- 
tion, qui peint à sa manière et dans un langage ex- 
pressif, l'ait nompié le, preniier curé de Cuitai^d, car, 
fjuoîqu'au lye siècle, les cures et paroisses ne fussent 
pas encore canoniquemçnt érigées, saint Maxentiol 
remplit effectivement auprès, des populations païennes, 
^u milieu desquelles il vivait, toqtes les fonctions çu- 
riales, ou, pour parler plus exactement, toutes celles 
qui incombent à un missionnaire, à un apôtre. Or, il 
n'est pas douteux qu'il baptisa, confessa, administra la 
sainte Eucharistie; célébra le saint sacrifiée, visita les 



— 161 — 

mourants, ensevelit le^v morts, anncmça la parole de 
Dieu, toutes fonctions du sacerdoce catholique, mais 
plus spécialement du ministère paroissial. 

Que les générations subséquentes se soient trompées 
sur le nom à lui donner, peu importe dans l'espèce, 
puisqu'il a accompli réellement le ministère évangé^ 
lique et subi' les fatigues de l'apostolat. 

Quoi qu'il en soit, sa viô, pleine de vertus et de mé- 
FÎtes, lui valût une placé au diél, et sur la terre les 
hommages que l'ÉgliÈe n'attribue qu'aux saints. 

Sa sainteté a été proclamée par les populations qu'il 
avait éclairées et maintenues dans la foi, puis acceptée 
pai^ le clergé et les fidèles db diocèse entier. Ainsi 
agiss^ût-on «dans ces temps primitifs, où la voix du 
peuple avait l'infaillibilité des oracles divins : vox po- 
pviii, vox Dei. 



IlL 



Je ne crois pas inutile de rapporter ici in extenso les 
notes que Grandet (1) a consacrées à S. Maxentiol, ne 
fût-ce que pour montrer mon impartialité dans une 
étude si obscure, car il fait de saint Maxeiltiol un solitaire 
et un disciple de saint Maur. Mais son texte est rempli 
de faits curieux et j'aurais regret, alors que des do- 
cuments de premier ordre font défaut , d'en priver le 
lecteur. 

(1) Grandet naquit à Angers en 1647; ses nombreux manuscrits 
sont conservés à la bibliothèque de la viUe. 



— 162 — 

Voici donc ce qoe contient le manascrity malben* 
reasement encore inédit, que possède la bibliothèque 
de la ville d'Angers : 

€ De saint MaxentioL 

1 Nous n'avons pas (dus de connaissance de saint 
Maxentiol, Uaxeniiolus, que de saint Doucelin (1)* Tan- 
tôt on rappelle Maxmseul^ tantôt Maxensd, quelquefois 
MaatemeaUf mais jamais petit saint Jâessentj ainsy que 
Ta prétendu M. Tabbé Chastebin, dumoine de Notre- 
Dame de Paris, dans son vocabulaire agiologique , 
comme si mnlMaxenUialus était un diminutif de Maxen- 
Uu8^ Messent. 

> Il est patron de deui églises paroissiales en An- 
jou, savoir, de Gunaut (2) et de Saugé-rHôpital, toutes 
deux dépendantes et en la présentation du prieur de 
Gunaut, dans l'église duquel reposent ses reliques, 
dans une châsse de bois de cèdre, attachée à un pilier 
du chœur, proche le grand autel, assez près de la 
voûte, il y a plus de huit cents ans, car nous lisons 
dans V Histoire de r abbaye de Toumm (3), faite par le 
P. Ghifflet^ jésuite, qu'en l'an 844, Gharles-lo-Ghauve, 



(1) Saint Doucelin ea^ ainsi pnentioaiié par Ta^hé Chastelaia dans 
son Martyrologe, au 8 juillet, p. 337 : 

. « X« siècle. En Anjou, saint Doucelin (Dulcilinus) ,. confesseur, 
patron d'Âlonne (Alumna) et de Vareins : mentionné dans une lettre 
do Jean XVIII. » 

(2) « Gunaud vient de cunà, ounarum, bepceau, parce que dans 
rëglise de Notre-Dame on y révérait dans ses couches, U sûnle 
Vierge allaitant Tenfant Dieu dans le berceau. • Grandet, Notre- 
Dame angevine, p. i67. 

(3) Tournus (Saône-el-Loire). 



— 163 — 

ûls de Charlemagne , donna à Vivien , comte d'Anjou, 
plusieurs terres et seigneuries en Anjou, et entr autres 
monasteriolûm y dit le titre, quod vocaiur Conaidus ubi 
sancifis Maxentiolus corpme requiescity et la même an- 
née 844, le même Vivien donna à Hilbodus, abbé de 
Saint-Philbert et à ses moines, monasteriolûm quod vo-- 
catur Cunaldus ubi beaim eonfe&sor Maûomtiohis corpore 
requiescit. Charles*le-Chau.ve confirma cette même an-^ 
née la donation que Vivien avait faite à Hilbode ou 
Hilbaut, abbé de Saint-Philbert, du monastère de Gu- 
naut, où le corps du bienheureux Maxentiol repose (1). 
Le P. Chifflet dit dans soji Histoire de V abbaye de Tour- 
fms, chap- XVI, pag. 75, où il examine quels furent 
les saints Vital, Maxentiolus et Trogesius, que ces trois 
saints ne se trouvent point dans le Martyrologe ro- 
main, qu'étant néanmoins qualifiés saints dans les pa- 
tentes de nos Roys depuis plus de 800 ans et longtemps 
auparavant que le Saint-Siège se fût réservé la cano- 
nisation des saints, ce seroit une témérité impie de 
vouloir contester ce titre, veu partiqulièrement qu'ils 
ont receu, des honneurs et un culte public , qui ne se 



(1) Juenin, citant ces textes, p. 34 de sa Nouvelle histoire de Tour- 
nus, dit : c Le roi Charles-le-Chauve , par une charte datée de 
Rennes ea Bretagne, le 19 d^octobre 845, avait aceitrdé le petit mo- 
nastère de Cunaud, où reposait (et où repose encore aujourd^hni) le 
corps de saint Maxentiole au çoipte Vivien , le même qui quatre ans 
après fit prisonnier Charles, fils de Pépin, roi d'Aquitaine. Ce comte, 
deux mois après, céda ce monastère à Hilbod et à sa communauté, 
par acte daté de Tours, le 27 de décembre ; ce qui fut confirmé le 
même jour par Charles-le-Chauve, dans le monastère de Saint-Martin 
de Tours, dont le comte était abbé. » 



— 164 — 

rôïid qu'à ceux que l'autorité légitime des prélats ou 
le consentement du peuple a canonisés, il ajoute : Il 
y a apparence que les longues guerres des Normands 
et des Anglais, surtout Fimpiété des hérétiques du 
siècle passé, nous ont enlevé les livres qui contenaient 
1-histoire de leur vie et de leurs miracles. 

» Quant à saint Maxentiolus , ajoute cet autheur, sa 
feste se célèbre le dix-huit décembre, â Toumus et à 
Gunaut, en Anjou. Toumus le dit seulement confes- 
seur, mais Gunaut, qui garde encore à présent son 
sacré corps dans une châsse de cjprès, le qualifie 
prestre et confesseur. Or, il y a une paroisse proche 
le prieuré de Gunaut, de laquelle il est patron, où il 
est représenté avec une mitre en teste, comme un 
évesque. Néantmoins, puisque ny Tournus ny Gunaut 
ne le qualifient évesque, il faut croire que cette 
mitre soit seulement sacerdotale, ou, pour te plus, ab- 
batiale. Son office en toutes ces églises n'a rieii que 
du commun. - 

» On l'a peint depuis dans un tableau de l'église de 
Gunaut avec un surplis et une étole au cou , el dans la 
paroisse de Gunaut sa figure sur l'autel est en relief 
avec un chasuble. Pictoribus atque poetis quœlibet au- 
dendi faculias (1). 

» On prétend que sur la fin du dernier siècle, les 
huguenots ayant pillé l'églîse de Notre-Dame de Gu- 
naut, ainsi qu'ils firent presque toutes les églises le 
long de la rivière, de Loyre, ils prirent la châsse de 
5aint Maxencel et la vouliirent ouvrir à coups de hache, 

(1) Horace, Art. poet. 



— 165 — 

qui y parâîssérit encore, mais qu'en ayant clé empê- 
chés par quelque accident inopiné ou par une pro- 
tection toute spéciale, ils la jetlétent dans la rivière de 

« 

Loire, et qu'ayant coulé sur les eaux jusques à Trêves , 
elle s'y arrêta, où on la fut quérir processionnellement 
pour la reporter en l'église de Cunaut. Lé fait mérite 
conûrmation. 

1 Quoi qu'il en soit, il est certain que les reliques 
de saint Maxencel sont à Cunaut avant l'ab 844, puisque 
le roy Charles-le-Chauve en fait mention en cette an- 
née, ce qui nous obligeroit de croire que ce saint se- 
roit un des religieux qui se seroit sanctifié dans le 
prieuré de Cunaut, ou l'un des disciples qui y auroit 
vescu et y seroit mort en odeur de sainteté (1). On 
l'invoque contre..... (2). » 

Grandet n'est pas moins explicite dans son manus- 
crit de Notre-Dame Angevine , que je citerai quoiqu'il 
ne difTère pas substantiellement du texte précédent : 

f La troisième relique (3) est le corps de saint 

(1) Tresvaux, au tome I^ p. 71, de V Histoire de V Église et du dio^ 
cêse d'Angers, i858, se range à cette opinion : • Cette ancienne ab- 
baye (de Gunaud), dit-il, dont l'église subsiste encore et est regardée 
comme une des plus belles du diocèse d'Angers, conservait autrefois 
le corps de saint Màxéutiole, confesseur^ touchant la vie duquel on 
n'a aucun détail. C'était peut-dtre un abbé ou un religieux de cette 
maison. » 

(2) Grandet. Traité historique, chronologique, critique et moral de 
la translation des reliques des saints d'Anjou, p. 93. 

(3) c II y a trois reliques considérables dans cette église : la pre- 
mière est un anneau de la sainte Vierge avec lequel on croit qu'elle 
épousa saint Joseph , quoyque bien dss églises du monde se vantent 
de posséder un si précieux trésor. Il est d'or pur et si grand qu'on 



— 166 — 

Maxentioly renfermé dans une châsse de bois de cèdre 
attachée aa haut d'un pilier de l'élise de Gunaut, 
proche le ^and autel, entre le sanctuaire et le chœur. 
Il y a plus de huit cents ans que ce corps saint est ré- 
véré dans cette église : car Vivien, dans l'acte de la 
donation qu'il fit de Cunaut aux religieux de SaintrPhil- 
bert en 844, dit : Monasteriolum scilicet quod vocatur 
Cunaldw ubi b. eonfessor Maxenciolus corpore requies- 
cit. On ne scait point quel étoit ce saint, ny en quel 
siècle il vivoit. Les peintres dans ses tableaux et les 
sculpteurs dans ses statues, le font prêtre séculier. 11 
y a plus d'apparence que c'étoit un religieux de l'ordre 
de Saint^Benoist qui s'est sanctifié dans ce monastère ; 
peut-estre que c'étoit aussi quelque disciple de saint 
Maur, dont l'abbaye n'est éloignée de deux lieues de 
Cunaut. On en fait la fête à Cunaut, le 17 décembre. 
Deux églises paroissiales, Cunaut et Saugé-l'Hôpital, le 
reconnaissent pour patron. 
» Dans les grandes sécheresses, on est souvent venu 

peut le mettre au pouce. La pierre qui y est enchâssée est une amé- 
thiste bleue très^6ne. Autour de cette bague, par le dedans, sont 
gravées les quatre lettres de la manière qui suit : A. G. L. A. Il est 
difficile de dire ce qu*elles signifient, si ce n^est qu'on veuille dire 
que quelque dame de qualité nommée Aglaé, à qui cette sainte re- 
lique appartenait, en a fait présent â Notre-Dame de Cunaut, après y 
avoir fait graver son nom. Peut-être aussi veulent-elles exprimer ces 
quatre mots dont elles sont les initiales : Angélus Gabriel Loeuims 
Ave; ou bien ce distique : Ancilhm Gabriel Lœli/tcaml Ave, La 
seconde est du lait de la sainte Vierge dans une petite phiole de 
cristal de roche enchâssée dans de l'argent, au travers de laquelle il 
parait qu-il y a une autre petite phiole renfermée qui contient ee 
lait. » Grandet, Notre-Dame angevine, p. 167. 



— 167 — 

invoquer ce saint à Cunaut. On descendoit sa châsse, 
le clergé des paroisses voisines s'assembloit, et on le 
portoit processionnellement avec beaucoup de solen- 
nité pour obtenir la pluye. 

> Les huguenots qui, en 1562, pillèrent et ravagè- 
rent toutes les églises le long de la rivière de Loire, 
entrèrent dans celle de Cunaut, pcîrent la châsse de 
saint Maxentiol, la jellêrent dans la rivière de Loire, 
après y avoir donné un coup de hache pour la rompre, 
dont on voit encore la marque. Elle descendit en flot- 
tant jusques au village de Trêves. Les religieux de 
Cunaut furent la quérir processionnellement et la rap- 
portèrent avec beaucoup de solennité dans l'église de 
Cunaut. j (Pag. 167-168.) 

Dans le Trailé déjà cité, Grandet ajoute, en se répé- 
tant : 

c Saint Maxentiol, patron des deux paroisses de Cu- 
naut et de Saugé-l'Hôpital , où on célèbre sa feste le 
i8 décembre. Son corps est dans Téglise de Notre- 
Dame de Cunaut, de laquelle Charles-le-Chauve parle 
en ces termes : Ecclesia Beatœ Mariœ de Cunaldo in 
qua corpus beati Maxmtioli requiescit. j (Ibid.) 

€ Les reliques de saint Maxentiol sont à Cunaut, 
avant l'an 8M, puisque Charles-le-Chauve dit dans une 
charte donnée cette année pour l'église de Cunaut in 
qua requiescit corpus beati Maxentioli. Le P. Chifflel en 
son Histoire de fournies en parle chap. XVI, pag. 75. > 
(Ibid.) 

Enfin, le respectable curé de Sainte-Croix, dans ses 
Notes sur les Vies des Saints ^ compte saint Maocenseul 
parmi les religieux solitaires. 



— 168 — 



IV. 



Grandet a cité, d'après Chifflet, des textes du ixe siè- 
cle que je considère comme étant de la plus haute 
importance, relativement à la possession, de temps im- 
mémorial et par une tradition non interrompue, du 
corps de saint Maxentiol. Aussi ai-je voulu en vérifier 
l'exactitude dans Chifflet même; les travaux de se- 
conde main ne m'inspirent confiance qu'à défaut des 
documents originaux. Or/, le jésuite Chifflet, dans son 
Histoire de l'abbaye royale de la ville de Tournus^ Dijon, 
1664-, pages 201 et suiv., donne textuellement les trois 
chartes, dont voici les seuls extraits qui nous intéres- 
sent : 

Charles-le-Chauve, l'an 844-, abandonne au comte 
Vivien, monasteriolum quod vocatur Conaldtis^ ubi 
sanctus Maxentiolus corpore requiescit. 

La même année, le comte Vivien donne à Hilbode, 
abbé de Saint-Philbert, in pago Andecavense, secus flu- 
vium Ligeris, monasteriolum scilicet quod vocatur Cu- 
naldus, ubi beatus conf essor Maxentiolus corpore re- 
quiescit. 

Puis Charles-le-Chauve ratifie ce don : monaslerium 
quod vocatur Cunaldus , ubi beatus conf essor Maxentio- 
lus corpore requiescit (1). 

Voulant remonter à une source plus certaine encore, 

(1) Ces trois chartes ont été publiées en 1738, par Juenin, 
p. 82, 83. 



— 169 — 

y ai parcoura aux archives de la préfecture, les liasses 
fiombreirses qui proviennent du prieuré de Cunaud, et 
j^ai eu la chance de mettre la main sûr l'acte même 
de la donation faite par Vivien, comte de Moulins, à 
l'abbaye de Saint^-Philbert, Hilbode étant abbé. Or, cet 
acte porte expressément et sans variante avec les textes 
déjà cités : in pago Andegavemi secus fluvium Ligeris 
moHOSleriûlum y sdlicet quod vocattir Cunaldus^ ubi 
bealus confesser MaooeîUiolus cor pore requîescil. 

Il y a peu de mots dans ce texte décisif, mais comme 
chacun a sa portée, énumérons-en de suite les consé- 
quences qu'il est facile de déduire. 

Le nom du patron de Cuiiaud eàl établi d^une ma- 
nière authentique : c^est Maxenliolus. 

Les populations l'ont canonisé; aussi le qualiiie-t- 
on smictus ou beatusy ce qui est tout un. 

Son titre liturgique lui est attribué sous sa forme 
rigoureuse : c'est un confesseur, confesser . 

Ses ossements reposent à Cunaud, sur le bord de la 
Loire, dans le pays d'Anjou. Peut-on mieux préciser, 
je ne dis pas sa sépulture , mais le lieu dé son repos 
et de sa gloire? 

Un moûtier, un petit monastère, qui restera toujours 
prieuré et, comme une abbaye de grand renom et de 
grands revenus, aura son prieur comméndaiaire , et 
dans ce moùtier des religieux qui prient le patron de 
la contrée et veillent à la garde du sacré dépôt. 

Le texte du ix© siècle est fécond, mais en conclure 
autre chose que ce qui précède, serait téméraire. Il y 
a là une preuve incontestable de possession immémo* 
riale, de culte public et de tradition- positive à l'en'- 

REP. ARC. 12 



— 170 — 

droit de saint Maxentiol , mais pas un mot d'où l'on 
puisse légitimement inférer que saint Maxentiol fat 
solitaire ou religieux. 



V. 



C'est en ce même moûlier de Ciunaud qu'eut lieu , 
le 29 août 1859, la récognition canonique du corps 
de saint Maxentiol. 

Conformément aux prescriptions du concile de Trente, 
l'approbation des saintes reliques est réservée aux seuls 
évêques dans leurs diocèses respectifs (1). Seulement, 
dans les cas difficiles, ils doivent s'entourer des lu- 
mières de plusieurs ecclésiastiques que recommande 
ou leur science théologique ou leur piété. 

Lorsqu'il fut question d'ouvrir la châsse de saint 
Maxentiol et de constater l'authenticité des reliques 
qu'elle contenait, une commission spéciale et ayant 
pleins pouvoirs, fut formée par les soins de Ms^ Ange- 
bault. Elle se composait de quatre membres, à savoir : 

M. Jacques Pinson, curé de Gennes et doyen du 
canton; 

M. Louis Boyer, curé de Cunaud; 

M. Louis Baugé, curé de Candé ; 

(i) « nec novas Reliquias recipiendas, nisi eodem recogoos- 

cente et approbante Episcopo : qui simnl atque iis aliquid eomper- 
tum habuerit, adhibitis in eonsilium theologis et aliis piis viris, ea 
ftetat quœ veritati et pietati conseatanea jndicaTerit. • Sacras. Céncii. 
Trident., tess. XXT. 



\ 



~ 171 — 

M. Xavier Baii)i0r de MonUult^ hiptorîograpbe du 
diocèse. 

Sur ma proposition, et pour nous cOfiformier aux 
décrets d'Urbain VIII (1), nous nous adjoignimes 
M. le docteur Bosi^rd, de Saumura qui, à la demande 
que nous lui en fîmes , voulut bien exjamîner les osse- 
ments trcavés dâits la châsse^ et donner â chacun le 
nom qui lui convenait. 

Or, ces ossements furent dénommés et qualifiés 
comme il suit. J'emprunte ce docum^t au procés- 
verbal que je rédigeai, séance tenante, dans la sacris- 
tie de l'église paroissiale de Cunaud, et au bas duquel 
M. Bossard apposa avec nom sa signature. 

Les ossements sont au nombre de cinquante^trois. 
En voici le détail c ^ 

1. Deux humérus. 

2. Deux cubitus. 

3. Deux radius. 

Ces sk ossements foïment deux blras entiers. 

4. Omoplate du côté droit. 

5. Fraction de l'omoplate du côté gauche. 

6. 7. Os des îles, droit et gauche. 
8. 9. Deux fémurs. 

Ils n'appartiennent pas au même sujet ou sont d'un 
sujet maladif et infirme. 
10. 11. Deux tibias. 
Même observation. 
12. Un péroné. 
Il serait d'an second au troisième sujet. 

(1) Anakeiuf'uris pontifieH, 4858, col. 682. 



— i72 — 

13. 14. 15. Trois vertèbres cervicales. 
16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. Sept vertèbres dorsales, 
dont une malade. 

23. ifleste dé câlcaneam. 

24. 25. 26. 27. 28. Cinq phalanges de la main; 
29. 30. 31. Trois ossements sans nom. 

32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 
45. 46. 47. 48. Dix-sept côtes. 

49. Os maxillaire supérieur du côté droit. 

50. Os maxillaire inférieur du côté droit. 

Cet os appartient à un sujet différent, qui devait 
avoir de trente à trente*cinq ans. 

51. Fragment sans nom. 

52. Boîte osseuse dii crâne, comprmant un reste des 
fragments des deux coronaux, le pariétsd gauche, l'ôs 
temporal gauche, l'os occiputal et la base du crâné. 

Sur ces cinquante-deux ossements, intacte ou frac- 
turés, il en fut réservé quatre, pour être distribués de 
la manière suivante : 

Une côte à la cathédrale; 

l ne vertèbre à l'église paroissiale de Sauge ; 

Une vertèbre à l'église paroissiale de Candé; 

Une vertèbre à l'abbaye de Solesmes, au diocèse du 
Mans. 

Enfin , je pris^ au nom de l'évêché , pour la Custode 
des Saintes Reliques, dix fragments sans nom, tant gros 
que petits. 

Quand les ossements eurent été nettoyés de la pous- 
sière et de la crasse qui les couvrait, je les déposai 
respectueusement dans une boite de bois, faite exprès 
et doublée de soie blanche brochée à fleurs, puis j'y 



.i 

1 *'; 



— 178 - 

déposai le procès-tverbal, signé et scellé * Je toutç l'opé-r 
ration, et, api*ès l'avoir liée de rubang dans tous lesi 
sens , je la scellai en plusieurs endroits au sceau épis- 
copal. Sur le couvercle de la boîte fut peinte cette ins- 
cription : Ossa S. MaxentioUy presbyleri et confessa- 
ris [\). 



VI, 



Uéglise.de Quns^ud possède-t-elle et la châsse con- 
tient-elle tout ce qui reste du corps de saint Maxen- 
liol? Non assurément, car il existe, au dire de M. le 
chanoine Tresvaux, w témoignage historique qui at- 
teste que rabbaye de. Saint-Btenoist-sur-Loire vénérait 
des reliques de ^aint Maxèntiol. 

De qui les tenait-elle? A quelle époque les avait-elle 
reçues? Je rigpaore- Toutefois, pour savoir si l'asser- 
tion du chanoine.de la. métropole de Paris avait laissé 
quelques traces dçips le présent, j'écrivis à l'évêçhé 
d'Orléans,. qui, sous la signature de M. Rabotin, vi- 
caire-général , me répondajt en ces termes, à la date 
du 28 avril 1859 : c Le cuUq de saint MaxfintfQl n'est^ 
point établi dans le diocèse d'Orléans : ses reliques^ 
si elles y ont existé, n'y existent plus, > et me com- 
muniquait une lettre non moins négative du curé même 
de Saint-Benoi^t-sur-Lpire, qui, le 27 avril 1859, écri- 
vait à l'évéché d'Orléans : f Je ne sache pas que saint 

(i) Cette bofte a été combinée île telle sorte qu'elle's'âdapte par- 
faitement â la châsse, dans laquelle, vu son état ^e vétusté, il eût été 
incomrenant de laisser les ossements. ' 



— 174 - 

Maientiôl ait jamais été connu on invoqué â Saint* 
Benoist. Je ne trouve aucune trace de son culte. » 



VIL 



Le procès-verbal 9 dressé par moi, pour ainsi dire 
sous la dictée de M. le docteur Bossard, souleva, à 
notre retour à Angers , des difficultés sérieuses que je 
mentionne pour les discuter et montrer leur inanité, 
au point de vue de la critique fcagiologiqtie. 

La châsse contient les ossem,ents de deux , peut-être 
de trois sujets différents. Ainsi le déclare la science 
ostéologique., et il n*y a pas à éluder ses conclusions. 

Au principal sujet nous attribuoiis h majeure par- 
tie X presque la totalité des ossements , car ces osse- 
ments ont la même conformation et la même couleur*. 
Et le sujet auquel, ils appartiennent, nous le nommons 
saint Maxentiol, parce que la châsse, de grande di-* 
mension, a été évidemment faite pour recevoir un corps 
entier, et que ce corps a toujours été vénéré comme 
celui du saint confesseur dont la châsse a toujours 
aussi porté le nom. 

A un second sujet seraient att^ibuables un fémur, 
lin tibia et une vertèbre qui indiquent un sujet mala- 
dif et infirme. M. Bossard et plusieurs atitres médecins 
consultés, avouent que leur état peut, par prudence, 
les faire mettre à part, mais quç si Ton juge à propos 
de les assigner comme partie du corps de saint Maxen- 
tiol, on ne le peut qu'avec cette réserve, qui ne nous 



- 175 — 

répugne nuilemeat, que le saint confesseur, fut, anato^ 
miquement parlant,, mal conformé* La supposition 
n'est pas improbable , soit qu'on réfère cette maladie , 
cette infirmité qui vicia plusieurs os , à un défaut de 
naissance, soit qu'on capporte cet état anormal wtè 
austérités de sa vie. M. DesbaroUes me prête, en con- 
firmation de cette dernière hypothèse , le grave appui 
de sa docte parole. 

c Les anachorètes, qui annihilent à l'aide des mor- 
tifications les .instincts jnatériels, appellent en eux, par 
les élans d'un pieux enthousiasme, une surabondance 
de lumière asU*ale épurée qui enivre leur mens, 
l'exalte et les jette dans des extases délicieuses^ rem- 
phes d'un ineffable bonheur; mais le corps s'étiole, 
devient faible et maladif, parce qu'il n'est pas fait 
pour supporter les joies du ciel et qu'il s'y brise, 
comme éclate un vase d'argile sous l'effervescence 
d'une trop généreuse liqueur (l)« > 

Restent le maxillaire et le pércmé d'un troisième ou, 
suivant la commission épisoopale, d'un second sujet. 

Ges^ deux ossements sont anciens, mais leur aspect 
dénoterait peut-être une date plus récente que pour 
saint Haxentiol. A quel saint les reporterons-nous? 
Dom Chamard, cherchant à élucider ce point délicat, 
m'écrivait le 27 septe^ubre 1859 : 

c Si réellement il y a deux corps dans la châsse de 
Gunaud, ce ne peut être que par addition des osse- 
ments de saint Philbert, dont le corps reposa plusieurs 



fl) A. I)Q»barpUea,:i^ mystèv^ ^ |b nmn^ révélés $$ expliqniSt. 
p. 192, 193. 



— 176 — 

années, au ix^ siècle^ à Gnnaùd, et firécisément à côté 
de saint Maxentiol. Vons savea qite è'iuit un usage 
constant à cette époque de laisser dans le Ken où un 
saint avait reçu Thospitalité, une portion insigne de 
ses reliques. C'est grâce à cette coutume que notre 
abbaye a le bonheur aujourd'hui de posséder un osse* 
ment considérable du grand saint Maur, qui est Tenu 
de la Franche-Comté. 

» Les peuples des environs de Gunaod avaient une 
singulière vénération pour saint Philbeii et venaient, 
dans l'église du monastère^ en pèlerinage devant une 
statue de l'abbé liilbodus, qu'ils croyaient être celle 
du saint abbé de Nermoutier. — r Au reste, ce que je 
vous dis sur ce mélange des ossements de saint Phili- 
bert (1) et de saint Maxentiol n'est appuyé sur aucun 
monument historique, du moins que je colnnaisse. Mais 
il n'est pas inouï dans l'histoire des saints, car, sans 
parler des ossements de saint Benoit et de sainte Sco^ 
lastique, retrouvés péle-.méle daiis la même tombe, 
saint Ménelé et saint Savinieri, do Précigné, deux saints 
angevins, ont été également confhndus dans >là même 
cbàsre, i • ' ' 



(1) « Les Normans élanl entrés en France et portant la terreur 
partout, ces religieux (de Nermoutier) furent encore obligés de se 
retirer à Cunaud, en Anjou, où ils apporlcrent le corps du saint (Pfail- 
h6rl)^er4 TanSS?. I^ là ih'le transpcrtèrént à Measayy en Poitovy 
en 862. )) Juenin« p^ 24. 

« Le chapitre (de Tournus, en 1703) a mis dans la châsse de saint 
Filibert^ la relique de saint Valérien, qu'il a voulu garder, parce 
qu'il n*y en a plus de te saini Martyr, aussi assurées qu'est celle-là, « 
Ibidy p. 358. 



- m ~ 

Ce fait ii^efii : npUemefit ksèKte et, sans sortir du 
diocèse, j'alléguerai encore quelques exemples analo-* 
gués. Ainsi, à la catbéclnaié, il y avait dans la chflsse 
de saint Séréné, outre les reliques de ce saint, celles 
de saint Sérénic et des saints Félix et Adaucte. Tout 
récemment, j^ai trouvé dans la châsse de saint Florent, 
à Saint-Fiorent4ès-Saumur, le corps de ce saint, ac- 
compagné de partie de ceux de saint Méen et de saint 
Judicaël. De même à Candé, piour jia châsse de saint 
Regnauld. A Ghemillé encore, la capse, dite du B. Ro- 
bert d'Arbrissel, renferme ses cendres, mêlées à celles 
de saint Pierre II, évêque de Poitiers. 

De tout ceci, on est en dooit de conclure, en règle 
générale, qu'avant la révolution chaque châsse prenait 
le nom du principal saint qui y était déposé, quoique 
la châsse contînt d^utres reliques. 

Je vais plus loin. J'af&rme que, pour avoir été mis 
dans la châsse de s»int Maxentiol, le péroné et le 
maxillaire, qui demeurent sans attribution propre main- 
tenant, ont été, à l'époque de leur déposition, regar- 
dés comme dés ossements de saints, sans quoi pareil 
honneur ne leur eât pas été accordé. 

Qui garantit, a-t-on dit, que ces ossements, qui 
peuvent être profanes, n'ont pas été introduits dans la 
châsse frauduleusement, de manière à infirmer l'au- 
thenticité du tout? 

A cette objection, je réponds, avec l'autorité dont 
Benoît XrV nous arme contre les opposants, par cet ir- 
résistible argument : 

L'église de Cunaud est en possession depuis des siè- 



- t78 — 

clés, du corps de salai Maxentiol; personne ne le lui 
a contesté. Donc nous affirmons. 

Pour la déposséder et attaquer la tradition cons- 
tante, il ne suffit pas d'une allégation vague, d'une 
hypothèse plus ou moins fondée» il faut un fait réel , 
authentique , confirmé par plusieurs témoins non sus-- 
pects, sous la foi du serment. Si l'on soupçonne la 
fraude, qu'on la montre, qu'on la fasse toucher au 
doigt. Nier n'est pas prouver. Douter n'est pas con- 
vaincre. 

Possession, tradition et culte sont trois conditions 
d'authenticité et d'identité qui, réunies, forment la 
certitude morale^ la seule que l'on puisse invoquer dans 
cette cause (1). 

Dans la châsse, îyoute-t-on, vous n'avez trouvé ni 
authentiques , ni étiquettes, ni suaires enveloppant ces 
ossements. 

Outre que l'usage d^s stutbentiques est de date assez 
récente, au moins d'une manière régulière et générale, 
il n'est pas dit que oeç authentiques dussent être ri- 
goureusement dans la châsse. Qui sait si ell^ n'exis* 
taient pas, ne fût-ce qu'à l'état de nptei dan^ les ar- 
chives du prieuré? Or, ces ^r^hives sçnt en partie à la 
préfecture, où je le^ai inutilement cqmpulséesi et en 
partie chez un habitant de Gunaud, de qui je n*ai pu 

, (1) Analecta juris poniificii, t. lII,.col. 675 el suiy. — Benoît XIV, 
à roccasion du crâne de sainte Anne, conservé chez les Chartreux de 
Bologne , a posé en principe que dans les questions sur l'aulhenti- 
cité des reliques , la preuve métaphysique ou physique étant impos- 
sible, la preuve morale doit suffire. 



— 179 — 

en avoir communication. Et encore, qui garantit que 
ces archives ont traversé intactes la révolution ? 

Pour ce qui est des étiquettes et des suaires, M. le 
curé de Candé, qui a une grande expérience des choses 
ecclésiastiques, ne s'en embarrasse pas. Il a consigné 
ses observations dans une note datée du 21 septembre 
1 859 , et que je ne puis mieux faire que copier : c N'ou* 
blions pas que cette châsse était asse? souvent mise 
dans l'eau, et qu'il ^ dû en résulter une humidité suf- 
fisante pour consumer papier et étoffes. S'il vous en 
souvient, il reste un morceau de linge sous la porte 
que nous avons enlevée, st 

J'ajouterai que de ces immersions réitérées il est resté 
sur les ossements un sédiment éi^ais que l'eau seule a 
pu former, puis qu'à une époque peu éloignée le curé, 
de son propre chef, a ouvert la châsse pour savoir ce 
qu'elle contenait, et que le pêle-^mêle des ossements 
que nous avons constaté lui est parfaitement imputable, 
confusion déjà préparée, peut-être^ par la déposition 
de la châsse et sa translation dans la sacristie, lors de 
la restauration de l'église. 

H fallait prendre un parti relativement à ces deux 
ossements sans nom ni attribution possibles. Nous les 
mîmes donc à part avec cette étiquette : Reliquiœ sanor^ 
torum. 

Ainsi, dans un cas analogue, avait décidé la Sacrée 
Congrégation des Reliques, dont, pour abriter et cou- 
vrir notre insuffisance, il est à propos de citer les 
propres expressions : 

€ Divionen. — Exlant apud Divionensem Anlistitem 
quamplurimse Sanctorum Reliquiaa , quœ tempore Gai- 



— 480 — 

lies perturbationis, anno praesertim 4793, e propriis 
tbecis seu capsulis pretiosîs avulsae in unnm collectse 

fuerunt itemque nonnulke alise quoque tum char- 

tulis inclusse sigilloque munitse, lum aliae denîque 
nuUo roboralae documento, de quarum oranium au- 
thenticitate, etsi ex iesiium deposiiione idem episcopus 
minime dubitandi locum esse putet, ab hac sacra ta- 
raen Gongregalione Indulgentiis Sacrisque Raliquiis 
prseposita, ut in rébus tanti momenti tuto procedi 
possit, quid de bis Reliquiis agendnm enixis precibus 
postulavit. Propositis ilaque dubiis in generalibus Emi- 
nentissiraorum Patrum C^rdinalium Gomitiis apud Qui* 
rinales sedes habitis, die S2 februarii 1847 

> 3o Quid agendum ab Episcopo circa caeteras Reli- 
quias nullo documenlo roboratas? 

» Ad tertium : Quoties constet de autbenticitate , 
audito etiam êapitulo suse Calhedralis Ecclesiae, poterit 
Episcopus, vel in propria Gatbedrali Ecclesia servare, 
vel aliis Ëccleâis suae diocesis servandas distribuere 
cum solo titulo ReUqmœ Sanctorum (1)« » 



VIII. 



Saint Maxentiol a été honoré d'un culte public, c'est- 
à-dire qu'on lui a rendu les honneurs que l'élise at- 
tribue aux saints. 

Dès le vuie siècle, plusieurs chartes authentiques le 

(\) Prinzivalli. Décréta autheniica Sacrm Congregationis Indulgen- 
tiis Sacrisque Reliquiis prœpûsitœ, Romœ^ 186^2, p. 486, 487, 



— 181 — 

>qualiiteHt indistiiK^temént bienheureux ou saint y ce qui, 
pour ces époques recuiées, est identique . quant à la 
signification. 

Un titre lîtui^iqué lui est également attribué dans 
ces mêflies chartes, qui n'établissent pas un droit 
nouveau ; mais constatent seulement un £ait ancien et 
acquis. Ce litre est celui de Confesseur ^ qu'admettent 
à la fois le prieuré de Guiiaud et l'abbaye de Toumus. 
Sa fête est fixée dans ces deux localités au 18 dé- 
cembre, son jour natal ou anniversaire de sa mort. 

Grandet et Chifflet (cbap. xvi) disent que son ofSce 
se prenait au commun^ ainsi qu'il fut toujours fait par 
la suite. Mais Juenin, plus explicite, parle d'un office 
de douze leçons, ce qui est conforme au bréviaire mo- 
nastique. Pierre -Juenin était un cbanoine de Tournus 
qui, en 1733, publia à Dijon, en un volume in-4<>, la 
Nouvelle histoire de fabbaïe royale et collégiale de saint 
Filibert et de la viUe de Toumus. Dans le chapitre vi, 
qui traite des saints qui ont été révérés particulièrement 
à ToumuSj l'historien s'exprime ainsi : 

c Saint Maxentiole. Son corps reposoit dans le mo- 
nastère de Cunaud, quand ce Monastère fut donné aux 
Moines de Saint-Pilibert ; et on l'y conserve encore 
aujourd'hui. L'on y donne la qualité de Prêtre au saint, 
dont on y fait la fêle le 18 de décembre, jour auquel 
on en faisoit aussi autrefois un office à douze leçons , 
dans l'Âbbaïe de Tournus. i> 

Ce mot aufré/oi^ indique suffisa m ment qu'au xviii^ siè- 
cle, saint Maxentiol était oublié à Tournus, et que les 
chanoines en succédant aux religieux n'avaient pas en- 
tendu continuer leurs dévotions particulières. 



— 188 — 

D'office propre je n'en connais point dans la liturgie 
angevine y tant celle ad romani formam que celle qui 
imita la liturgie parisienne. Je ne m'expliquerais pas 
cet oubli y si de nos jours la même indifférence pra- 
tique n'avait atteint le pauvre saint, à qui on a ftéfété 
des étrangers sans racines dans le passé de l'Église 
d'Angers, ni sans reliques présentes et suffisantes pour 
motiver une telle adoption. 

Je le regrette, car avant tout, dans le propre diocé- 
sain, la place devait être aux sainU locaux. 

Les Martyrologes ont négligé saint Maxentiol. Un 
seul , celui de l'abbé Ghastelain , lui donne une bien- 
veillante et sympathique hospitalité. Ses paroles font 
du bien à lire, car elles contiennent une réparation à 
l'endroit d'une des gloires de l'Anjou. Je le cite tex- 
tuellement : 

c Maxentiole, le même que Mazenceul. « (P. 1146.) 

c Mézenceul {Maxentiolu$)j honoré en Anjou : 17 dé- 
cembre. > (P. 1148.) 

a A Cunaud, en Anjou, saint Mézenceul, confesseur, 
patron de Sauge au même pays, — Cunaldi. — Maxen- 
tiolus. — Salvtacum. > (P. 639.) 

Saint Maxentiol fut, en effet, choisi pour être le 
patron de deux paroisses. Et suivant cet axiome du 
droit : Patronus semel légitime eleclus nequit in alium 
dfmmutari (1), il est encore en possession de cet hon- 
neur dans les paroisses de Gunaud et de Saugé- 
THôpital, au diocèse d'Angers. Même si l'on ajoute 



(1) s. Ritaum Gongcegatio, 6 avril 1^8 et 13 juâl. i658 m 
Fundana. * 



— 183 — 

foi à VHistùire de l'Église et dm diocèse d*Angers\ par 
ll« Tresvaux, une autre église aurait été dédiée soUs 
son vocable, à Saint «Benoit -sur «Loire, au diocèse 
d'Orléans. 

Ces dédicaces d'églises paroissiales sont anciennes, 
car il en est fait mention dés le Xii» siècle, dans deux 
textes que me fournissent les archives de la préfec- 
ture. 

Le SO juin 1130, l'évéque Ulger confirme à Cunaud 
ses possessions : Monasterium B. Mariœ de Ctwatido 

cum ecdesià S, Maxentioli ecclesiam Sancti Maxen- 

ticli de Tarentiaco (1). 

En 1181, le pape Alexandre IH fait une confirmation 
analogue en des termes identiques : Ecclesiam sancti 
Mûxendoli de Cunaldo... ecclesiam sancti MaxendoU de 
Tarenciaco. 

Quel est le lieu norùmé ici Tarentiacum f Aucun do- 
cument n'a encore pu nous le faire déterminer d'une 
manière certaine, mais tout nous porte à croire qu'il 



(i) Une bulle de Calixtc II, datée de 1120, eonfirme à Tabbaye de 
Tournus , les possessions suivantes : « In Andegavensi (episcopatu), 
cellam Cunaldi cum appendiciis, Ecclesias de Dcadi castri, sancti 
Dionysii, S. Petrî, S. Johannis» S. Leodegarii» Ecclesiam S. Laurentii, 
ViTlam Landrum, Terenciacum, Ecclesias de Varinas, sanctœ Marias 
d« Tânays cum cappella. » Juenin, p. 145, 146. La bulle d'Alexan- 
dre Ili, citée par Juenin, p. 174 et suit., est datée du 8 avril 1179, 
Le pape s'y exprime ainsi : a In Andegavensi (episcopatu), eellam 
S. Mariœ Cunaldi^ cum appendiciis, Ecclesias de Duadi-castris, S. Dio- 
nisii, S. Petri, S. Johannis, S. Leodegarii, Ecclesiam deLogne, Eccle- 
siam S. Laurentii, ViUam Landrum, Terentiacum, Ecclesias de Varin* 
nas, S. Mari» de Thanais^ cum capella. » 



— 184 — 

faut y voir le lieu désigné, depuis sans doute > sous le 
nom de Saugé-rHôpiCal. 

En 1355 et 1358, l'église pài*oissiaIe de Sainl^Maxen- 
tiol de Cunaud est ainsi désignée : < Aimericus de Laça 
presbyter curatus seu vicarius ecclesie parocbialis sancti 
Maiencioli de Gunaldo. 9 (Arch. préf.) Il s'agit ici d'un 
procès qu'eut le monastère de Gunaud avec le chapitre 
d'Angers, au sujet de la forêt de Maleloi, en dallée. 

Si Airaery du Lac est qualifié vicaire dans cette 
pièce, c'est qu'il n^avait pas la cure proprement dite, 
que s'étaient réservée les religieux Bénédictins, curés 
primitifs. 

Les mêmes archives nous fournissent encore un do- 
cument, daté de 1608. C'est une fondation de messe, 
avec absolution, chaque vendredi de l'année , par Syl- 
vestre Tallandeau , c en l'église parrochiale de saint 
» Maxenseul de Cunaud^ en la chapelle de Sainte-Jehan- 
» Baptiste, par eux restaurée et faii repeindre en l'in- 
» tention di faire leur sépulture. » 

Si Saugé-l'Hôpital dédia son église paroissiale à 
saint Maxentiol, la raison en est bien simple et le 
Fouillé de 1648 (au Musée diocésain) l'insinue claire- 
ment quand il imprime que Sauge a pour patron de ce 
bénéfice ecclésiastique le prieur de Cunault (1). 

(1) « Suinct Mâxenceul, aussi confesseur, patron des églises 

parrochialles de sàinct Maxenceul, de Cunaud, et de sainet Maxenceul 
de Saugé-rHôpilal..... Ces trois confesseurs, saint Florent, saint Dou- 
celin et saint Maxenceul, mes patrons. y> Texier, prieur d'Allonne, 
IHscmtrs taueharU la fondation de la diapelle de Noire-Dame de Gua^ 
risont à Rossé. Saumur, 1648, p. 48, 49. 



— 185 — 



IX. 



Nous n'aurions pas de documents écrits en faveur dé 
l'antiquité du culte public rendu à saint Maxentiol, que 
les monuments eux-mêmes parleraient, au point de 
faire remonter, au moins à plusieurs siècles, rauthen- 
ticité de cette vénération populaire. 

Des deux églises paroissiales de Cunaud et de Sauge, 
Tune est en ruines, Fautre vient d'être démolie récem- 
ment. Toutes les deux exigent donc par leur état actuel 
ou leur disparition, un mot de souvenir. 

L'église de Saint-Maxentiol de Cunaud est située 
vers le haut du bourg, à mi-côte, un peu au-dessus 
et au sud de l'église conventuelle de Notre-Dame. En 
plan, elle dessine une croix latine, dont le chevet, au- 
jourd'hui détruit, regarde l'orient, suivant un usap: 
symbolique et traditionnel. 

L'ensemble accuse nettement le style lourd et simple 
du xi® siècle. Cette église est bien celle dont parlent 
Ulger ^t Alexandre 111. L'appareil est de petite dimen- 
sion; les fenêtres sont étroites. 

Seule l'abside du transsept nord est intacte; une fe- 
nêtre l'éclairé, et cette fenêtre offre cette particularité 
que le cintre qui la couronne^ est formé d'une seule 
pierre où les claveaux qui n'existent pas ont été si- 
mulés par un trait large et profond. 

L'arc-doubleau, qui met en communication la nef 
avec l'abside centrale est égayé par une fresque, peinte 

REP. ARC. 13 



— 486 — 

en rouge, où le monogramme du i\om de Jésus, écrit 
en gothique carrée avec le sigle abréviatif, Qui coupant 
la lettre H horizontalement donne à la hampe l'aspect 
d'une croix, le monogramme IHS, dis-je, alterne avec 
un ornement composé d'un point central cantonné en 
croix de quatre points plus gros. 

Un rétable du x\iii<^ siècle offre une niche où devait 
se trouver la statue du saint que nomme ainsi une 
inscription mutilée : 

s. mAxENCiOLE. 

En 1723, un procès eut lieu. Le dossier en a été 
conservé aux archives de la préfecture. Il y est dit que 
le curé de Saint-Maxentiol doit se trouver à N.-D., en 
surplis pu camail, aux fêtes solennelles, pour assister 
aux premières et secondes vêpres, dire la messe pa- 
roissiale, à basse voix, à un des petits autels, après 
matines, et prendre part aux grandes messes ; en outre 
qu'il ne peut entrer dans l'église de N.-D., bs^nniére 
et croix levée, et doit marcher en procession avant les 
veligieux et siéger après eux au chœur. 

Tout cela constate nettement la sujétion de l'église 
paroissiale au prieviré, et l'état de cette église qui, au 
commencement du xviii® siècle, était encore propre au 
service ordinaire. 

Par lettres patentes de 4737, Tévêque Jean de Vau- 
gîraud créa, à la Rossignolerie , le séminaire Saint- 
Charles pour les prêtres pauvres et infirmes; en 1741, 
il l'unit au prieuré de Cuna\ud, dont il supprima les 
religieux. Ils étaient ai^ nombre de six, dont un seul 
rest^ à Cunaud pour desservir l'église et acquitter les 



— 187 — 

messes. Les pensions qu'il fallait leur payer absorbèrent 
le revenu. Dans cet acte d'union , l'évéque expose que 
sur le chœur de N.-D. t a été anciennement construit 
) une espèce de forteresse ou château » qui est actuel* 
» lement tout délabrée et occasionne la ruine de cette 
» partie de l'église, ruinée par l'hiver. > La réparation 
est estimée quatre mille livres. Le Conseil d'État» le 
11 juillet 1749» autorise la suppression du chœur et 
du sanctuaire» que l'on sépare de la nef par un mur 
de refend» c une si grande église étant non-seulement 
> inutile» mais même nuisible à cause de l'entretien et 
t des réparations immenses qui y seront nécessaires 
» et qui absorberaient presque tout le revenu du 
i> Prieuré. > 

Sur ces entrefaites» le clocher de l'église paroissiale 
croula et entraîna dans sa chute la ruine de l'abside. 
Il fallut dé suite pourvoir aux besoins du ministère 
curial. D'après l'acte d'union au séminaire» l'église 
N.-D. ne pouvait être cédée à la paroisse. Il fallut dé- 
roger à celte clause» au moins pour quelque temps. 

Aussi la messe paroissiale fut-elle autorisée au grand 
autel, afin d'éviter la dépense d'une reconstruction. 
L'office monastique né devait pas souffrir de cette con- 
cession forcée» qui du reste n'était que temporaire et 
qui trouvait sa compensation dans l'abandon des ma- 
tériaux de l'ancienne église demi-ruinée. 

f II est certain, m'écrit M. le curé de CanJé» à la 
date du 18 août 1860» que pendant la révolution» quoique 
le culte eût cessé dans la plupart des églises et que 
celle de Cunaud en particulier fût devenue comme la 
grange des habitants du bourg» il est certain que rien 



— 188 — 

n'y fut change. Je l'ai vue en 1804 ou 1805, telle 
qu'elle était avant la révolution. Il y avait trois autels, 
dans le meilleur état de conservation. Le grand autel 
était adossé au mur de refend que Ton avait construit 
pour séparer le chœur de la nef. Les deux autres qui 
étaient sous le vocable de la sainte Vierge et de saint 
Maxentiol — à ce dernier figurait une toila actuelle- 
ment à la cure — avançaient en dehors du chœur et 
servaient de base à une arcade en forme de jubé, sur 
laquelle étaient posés, de grandeur naturelle, un cru- 
cifix , la sainte Vierge et saint Jean. » 

L'église de Notre-Dame fut donc, à partir de Mfi^r de 
Vaugiraud, l'église paroissiale du bourg ; elle l'est en- 
core aujourd'hui. Cette translation a entraîné à sa suite 
une conséquence liturgique qu'il n'est pas possible d'é- 
luder, malgré la confusion faite par le Fouillé de 1783 
qui, à la page 86, dit à tort : Cure saint Maxmliol ou 
Notre-Dame de Cunaud. 

L'église paroissiale est effectivement sous le vocable 
de Notre-Dame, c'est-à-dire que la sainte Vierge est 
fêtée comme titulaire. 

Le titre eurial, toujours attaché à l'église paroissiale, 
est également de Notre-Dame. Aussi les actes ofiiciels 
de l'évêché doivent- ils inscrire sous cette formule : 
iV..., curé de N.-D. de Cunaud. 

Mais cette translation n'a point porté préjudice à 
saint Maxentiol, qui n'en demeure pas moins patron du 
lieu ou de la paroisse et doit chaque année être fêté 
comme tel, avec octave. 

J'en dirai autant de Sauge , qui vient de rebâtir son 
église. J'ignore son vocable, qui pouvait, sans difficulté 



— 189 — 

aucune, différer de Tancien. Mais, si Téglise a pour 
titulaire rimmaculée Conception , par exemple , saint 
Maxentiol reste comme patron de la paroisse, puisqu^cn 
France le patron de la paroisse et le titulaire de V église 
n'étaient pas distincts. 

Voici mes noies sur l'église détruite de Saugé-rHôpital r 
Rectangulaire en plan et orientée, elle a à Touest 
une porte romane peu sculptée (Des claveaux en ont 
été réservés pour le Musée diocésain). La galerie, qui 
précède la porte du sud , vient de la commanderie de 
Sauge et est entourée de bancs de pierre pour les dé- 
libérations de la fabrique. La charpente et le lambris 
sont datés de 1614 et signés PIERRE GVINAIS C (bar- 
pentier). Le bénitier, de forme octogonale, remonte au 
xni® siéele : il est sculpté d'un écu faseé de... et de...^ 
de six pièces y à une bande de... brochant sur le tout. 
Dans le sanctuaire, deux arcades ogivales, posées sur 
des colonnes, annoncent le xii^ siéele, époque de la cons- 
truction générale de l'église. Une cloche de 1732, un 
tronc pour les pauvres du xviii© siéele et une pierre 
sacrée en ardoise, avec inscription de 1768 et armoi- 
ries (aujourd'hui au Musée diocésain), composent le 
mobilier archéologique de l'église. 

Elle est sous le vocable de saint Maxentiol, dont elle 
célèbre la fête le 19 décembre. 



X. 



Une des conséquences inmiédiates de la reconnais- 
sance officielle de la sainteté est de faire exhumer, 



— 100 — 

lev^r de terre le corps du saint personnage à qui S6s 
vertus ont mérité Thomniage de la vénération pu- 
))lique (1). 

Ainsi fut-il fait pour saint Maxentiol à une époque 
qui nous est inconnue. S'il est permis de lui appliquer 
ce que l'histoire ecclésiastique nous apprend des autres 
corps saints, l'église elle-même fut choisie pour le Heu 
de sa nouvelle sépulture. Uni sarcophage de pierre 
réunit ses ossements desséchés et désormais séparés des 
chairs, et le sarcophage fut placé sous l'autel pi^ncipal 
où s'offraient chaque jour les saints mystères. Peut- 
être m^me le sarcophage fut^l l'autel lui-même dont 
rintérieur sç r^m{Ait du. pieux trésor. 

Au xui^ siècle, l'église prieurale de Cunaud s'acheva, 
après une série de travaux qui occupèrent plusieurs 
générations. Quand la sculpture et la peinture à fres- 
ques eurent embelli cet incomparable édifice» où l'o-^ 
give succède et se mêle au plein cintre , saint Maxen-^ 
tiol fut appelé à en devenir l'hôte principal et, sortant 
des profondeurs obscures de l'autel où il gisait, appa- 
rut aux yeux de tous dans une châsse splçndide » que, 
je Q^hésite pas à proclamer la plus belle, œuyre d'art 
que possède le diocèse en ce genre. 

Trois choses concourent à donner à ce petit monu- 
ment, d'une parfaite élégance, un attrait particulier : 
l'époque qui le sculpta, son iconographie et sa conser- 
valion. 

Le xiii^ siècle , qui façonna et orna cette châsse, l'a 

(1) ff Cette cérémonie de lever de corps de terre tenoit encore 
alors (en 1 131) la place d'une canonisation légitime. » JueBÎn, p. 1 16. 



ikii âvec tout le goût et la perfection qui le distinguent. 
Aussi mérite-t-etle non-seulement d^étre réproduite 
par la photographie, mais encore par le moulage» TeMe 
fat longtemps ma pensée et mon désir le plus vif. Fen 
laisse la réalisation à M. Godard-Faullrier, qui foudra 
certainement enrichir le musée de la ville d^Une cô* 
pie de cette châsse^ car l'art, autant que Tarchéologie , 
est intéressé i étudier un semblable et aussi gracieux 
modèle. 

La châsse se divise en deux parties : le bas, creusé 
dans un tronc d'arbre; le haut, en forme de toit, qui 
tibriie ce sépulcre, presque primitif (1). Elle est bien 
un peu disloquée, fendillée, maisr ne refuse pas encore 
service. Sa vétusté n'est pas laideur, et ses défauts, in- 
bérentâ à l'âge, ne constituent pas impuissance. Les 
peintures à fond, d'or qui la rehaussaient sont plus que 
ternies, elles ont presque disparu et il faut uii œil atten- 
tif et exercé pour les retrouver sous la crasse rongeante 
que les siècles y oiit entassée. 

Il serait convenable de la nettoyer pour hii donner 
un air de propreté dont elle a besoin, mais il serait 
dangereux de la restaurer, encore plus de vouloiir la 
compléter. Son état exige des soins, de la sollicitude, 
du respect; tout cela, mais rien de plus. La conserver 
telle quelle est plus sage, plus prudent que de la com- 
pléter, la repeindre 9 car à tout ce remaniement elle 
perdrait sa physionomie antique, son intérêt particu- 
lier, ce cachet vénérable que donnent les ans. Qui d'ail- 

(i) Longtemps les Feancs furent ensevelis dans* des Vroncs d^arbrcs 



r 



TTCnses. 



— 192 ~ 

leurs serait assez téméraire pour tenter une restauration 
qui , tout considéré , mériterait la qualification sévère , 
mais exacte, de mutilation? 

Il y a des têtes de moins, des absences regrettables, 
mais qu'y faire? l'iconographie dont elle est parée, 
n'en est pas, pour cela, moins apparente et moins sen- 
sible. 

La châsse de saint Maxentiol à la forme obloûgue 
d'une grande église (1). Comme elle aussi, ses parties 
regardent les quatre points cardinaux, et prennent, 
de cette orientation calculée, une intention symbolique, 
qui est d'autant plus naturelle qu'elle est dans l'es- 
sence même des choses. 

Trois sortes de personnages y figurent, sculptés dans 
le bois en fort relief par une main magistrale : Dieu , 
la Vierge, les Apôtres et saint Martin. 

Au nord, le Christ juge siège dans une nuée que 
soutiennent deux anges, au-dessus des apôtres, qui par- 
tagent ses travaux. Saint Jean tient en main la palme 
des élus, saint Pierre les clefs qui ouvrent ou ferment 
les portes du ciel, tandis que les anges présentent aux 
vainqueurs les parfums de l'encens et les joies de la 
couronne. Tel est en partie le thème symbolique de la 

(1) « Il n'existe aujourd'hui qu*un bien petit nombre de ces châs- 
ses en bois d'une époque ancienne destinées à contenir des corps 
■saints. Nous en connaissons une à Guuault (Maine-et-Loire), sur la- 
quelle on voit encore des traces de peintures et de sculptures repré- 
sentant les douze Apôtres, le Christ accompagné d'anges thuriféraires ; 
5J| formé est d'ailleurs d'une extrême simplicité ; une arcature ogi- 
vale sépare les Apôtres. Cette châsse date du xiil« siècle. ■ Viollet- 
le-Duc, Dietimnaire raisonné du mobilier français, p. 70. 



— 193 — 

grande verrière qui décore, à la cathédrale d'Angers, 
la rose du transsept septentrional. 

Le nord glacé fait allusion au froid de la tombe et 
aux sévères rigueurs du jugement (1). 

Le midi, chaud et éclairé, symbolise là grâce et la 
vie (S). A la rose sud de la cathédrale, c'est le ciel ; à 
Gunaud, c'est Dieu, encensé par ses anges, qui répand 
à pleines mains les flammes du pur amour, de son es- 
prit de charité (3). Des anges, par leurs chandeliers 
allumés, proclament que Dieu est la lumière du 
monde (4) et que cette lumière céleste se communique 
aux apôtres qui, eux aussi, deviennent la lumière de 
la terre : vos estis lux mundi (p). Et cette lumière luit 
dans les ténèbres, dans les œuvres des apôtres, qui 
sont leurs prédications, leur doctrine, symbolisées par 
les tablettes, les livres et les phylactères qu'ils ouvrent, 
tiennent ou déroulent. 

A l'ouest, où le soleil se couche, mais pour repa- 
raître pl\is brillant, Marie s'endort d'un court som* 
meil (6). Les apôtres l'entourent, tandis que saint Jean 

(i) « Aquilo, ^Itus redarguentis severitas. » Spidleg, Solesmense, 
t. m, p. i56. 

• (2) « Auster , ventus calidus et penetrativus , in scripturis sacris 
saepe ponitur in designatione Spiritus Sancti. > Ibid,, p. 455. 

(3) Yiollet-'Ie-Duc a publié dans son Dicticnnain dumoMier, p. 234, 
un motif analogue , d'après le rétable def Ceblentz , qui date aussi du 
xuie siècle. 

(i) « Ego sum lux mundi. » S. Joan., c. viil, j^. 12. — « Ego lux 
in mundum veni. » S. Joann., c. xii, f,i6. 

(5) Math., c. v, j^. 14. 

(6) ■ Oriens est pueritia; Occidens, aetâs decrepita. > Spieileg. 
Sokêni., t. III, p. 456. 



— 494 — 

reçoit d'un ange là palme qu'il portera aux funéralHea 
de sa mère adoptive (1). Saint Piei^re se tient an che-* 
tet du lit : où le reconnaît à ses olefs et à sa tonsure 
traditionnelles (3). 

Puis, Marie monte au ciel, couronnée comme une 
reine, dans une auréole que six anges soulèvent. 

Enfin, à Torient, au point où le soleil se lève, où la 
lumière éclate^ saint Martin, par un trait de sublime 
charité) fait son entrée dansla vie chrétienne» Aux portes 
d'Amieiis, il coupe la itiôitié de son manteau pour en 
vêtir un pauvre. 

Ce panneau est, il est vrai, rapporté en cet endroit, 
puisqu'il date au plus tôt du xv<^ siècle, et est peint sur 
fond d'or quand tout le reste de la châsse est sculpté p 
mais qui empêche d'admettre que la porte étant brisée 
comme se brisa en pai^tie le côté opposé , ce panrieau 
reproduise le sujet sculpté sur la porte d'autrefois? . 

Or, saint Martin, n'a pas été mis là au hasard. Ses 
rapports avec ^àint Maxénticd motivaient sa préseiieei 
Le maître, tiui avait initié à la vie chrétienno et sacer^ 
dotale le saint confesseur, méritait de figurer près de 
son disciple. Mort, il ne Tabandonnait pas et veillait à 
la porte de sa châsse, comme une sentinelle, ou plutôt 
un ami toujours fidèle ? 

Qui sait môme si de ces deux ossements dont la pré- 
sence inattendue nous a quelque peu embarrassés, Tun 
ne serait pas du saint évêque de Tours, père spirituel' 
de saint Maxentiol? Ainsi se vérifierait cette parole des 

(1) Légende dorée, traduction de Brunct, t. I, p. 270 etsuiv. 

(2) La cathédrale d'Anagni^ p. 38. 



— 195 — 

saints Livres : r Âmabiles et decori ia vita sua, in 
morte quoque non sunt divisî. » (Lib. II Regum^ c. i^ 
y. 23.) 

Je laisse à M. le curé de Candé, que sa mémoire 
seri toujours si bien, le soin de rapporter quelle place 
la châsse de saint Maxentiol occupait dans Féglise de 
Gunaud. 

c La châsse de saint ManLentiol, dit-il» était attachée 
à un pilier du chœur nouveau fait sous W^^ de Vaugi- 
raud, à une hauteur qui ne permettait pas de l'attein- 
dre. On y allumait des cierges et on la couvrait de 
fleurs. On l'encensait même. M. Béatrix^ nommé curé 
au Concordat, et qui n'avait jamais quitté le pays, ren- 
dit aux saintes reliques les mêmes honneurs que ses 
devanciers. On a continué d'y aller en procession des 
paroisses environnantes : celles de la Levée s'arrêtaient 
en face de l'église de Gunaud, pour obtenir, par l'in- 
tercession de saint Maxentiol, le temps favorable aux 
bien^ de la t^rre. 

> Quaiid on commença les travaux de restauration ^ les 
ouvriers, qui ignoraient les conséquences de leur ac- 
tion, se permirent, en l'absence du curé, de descendre 
la châsse et de la mettre à terre. G'est alors que le 
curé, trouvant la châsse très-anciennemenl ouverte, et 
n'y voyant ni cachet ni inscription, demanda à l-évéché 
ce qu'il devait en faire. On lui répondit de la déposer 
dans la sacristie, en attendant. Il parait même qu'il fut 
autorisé à en faire l'inspection , mais il ne le fit que 
fort superficiellement, puisqu'il nous dit que la tête 
du saint n'y était pas, tandis que nous l'avons trouvée, 
mais seulement quand nous eûmes retiré tous les osse- 



— 196 — 

ments, ce qui était impossible sans ôter les planches 
qui fermaient un des bouts. — La parfaite conservation 
des meubles de la sacristie et surtout du fameux coffre 
à chasubles (1), déposé au bas de l'église, prouve que 
les iconoclastes de 93 n'y avaient pas pénétré : ce qui 
est arrivé presque généralement dans les églises du 
Saumurois, où il n'y a point eu de guerre et qui 
presque toujours ont été pourvues d'intinis. — Je serais 
donc porté à croire que la châsse n'a pas été ouverte 
avant M. le curé actuel. > 

La châsse, telle que nous l'avons actuellement, est 
incomplète et mutilée. Sa crête , ainsi que nous l'ap- 
prend Grandet, porte les traces de la violence des cal- 
vinistes, qui lui assénèrent, mais sans la briser, un 
coup de hache, qui a fait éclater le bois à cet endroit. 

A une des extrémités, le bois a cédé également et le 
bas-relief a disparu en partie. Est-ce un coup porté 
encore par les huguenots? Est ce simplement le travail 
du bois qui, au cœur du tronc, se fend facilement? 
L'une et l'autre hypothèse sont admissibles, mais l'ins- 
pection même de la large déchirure exclut l'emploi de 
tout fer tranchant. 

A l'autre extrémité était une porte mobile, dont 
nous avons parfaitement reconnu l'existence. Au xV siè- 
cle, cette porte fut remplacée par un panneau, peint et 
doré, qui y fut cloué à demeure. Ainsi l'exigeait l'étal 
de vétusté de la châsse, déjà fendue dans toute sa hau- 



(1) Ce coffre, unique peut-être, a la forme des larges chasubles du 
moyen-âge, qui devaient y être étendues non pliées. I! me paraît da- 
ter du xvi« siècle. 



— 197 — 

leur et consolidée, tant bien que mal, par une traverse 
assemblée à queue d'aronde et des liens intérieurs ansm 
en bois. 

Or, cette châsse devient, par les honneurs qu^elle 
reçoit, une preuve palpable, évidente, du culte rendu 
aux reliques qu'elle contient. 

Une place honorable lui est assignée dans le chœur, 
jusqu'à nos jours. 

On l'encense, à la messe et aux vêpres, comme on 
encense les autels. 

On l'entoure et on la pare de cierges et de fleurs. 
Les religieux la portent en procession et la trempent 
dans la Loire pour obtenir de Dieu, par l'intercession 
de saint Maxentiol, la cessation de la sécheresse qui 
nuit aux biens de la terre (1). Et à ces processions po- 
pulaires, accourent, nombreuses et empressées, toutes 
les paroisses voisines , qui ont confiance dans le saint 
patron de Cunaud. 

La conclusion est rigoureuse : 

Tous ces honneurs avaient pour but direct, non la 
châsse, mais les reliques qu'elle confenait. Et cette dé- 
votion constante, populaire, n'élait-elle pas la manifes- 
tation la plus saisissante de la foi de toute la contrée? 
Ce n'était pas à des reliques vagues, innommées, que 
se rapportaient ces prières fen^entes, c'était au corps 
de saint Maxentiol. On ne le voyait pas, mais on croyait 
à sa présence. La dévotion eût cessé du moment où le 



(i) La S. Congrégation des Rites, par décret da 11 septembre 1769, 
a condamné cet usage. Gardellini, Décréta authentica Congregationis 
Saerorum Bituimi t. II, p. 480, n» 4350. 



n 



— 498 — 

bruit se fût répandu que la châsse était vide, vide sur- 
tout des ossements précieux du saint patron. 

Une population, qui attache un tel prix à des reliques 
qu'elle se transmet pieusement de génération en géné- 
ration, ne peut être trompée sur Tauthenticité et l'iden- 
tité de ces reliques. Aussi , quand du ix« siècle au xix^^ 
nous la voyons constante dans sa foi et sa vénération, 
nous n'avons qu'à nous incliner devant cet irrécusable 
témoignage. 



XI. 



L'iconographie, qui est une des manifestations du 
culte public, a pour but de nous faire remonter par 
l'étude des images aux causes qui ont motivé l'adop- 
tion de certains signes caractéristiques. 

Or, les attributs donnés autrefois ou conservés à 
saint Maxentiol, sont ; la mitre, la chasuble et l'étole. 

La mitre, je ne l'ai rencontrée nulle part, mais sur 
le témoignage de Grandet, qui dit l'avoir vue à Cu- 
naud, je n'en conteste pas l'existence. Or, la mitre, qui 
appartient de droit aux évéques, devient aussi par con- 
cession apostolique, la coiffure solennelle des cardinaux, 
des protonolaîres, des abbés et de certains chanoines 
privilégiés. Mais saint Maxentiol ne fut ni cardinal, ni 
prélat, pas plus que chanoine, toutes dignités de date 
plus récente. Fut-il abbé (1)? Rien n'autorise à le croire 

(1) ff Les abbés étoicnt souvenl appelés simplemest Pfé^fiM : ceUe 






et s'il porte la mitre abi)atiale^ il faut attribuer cette 
erreur aux Béqédîçt^as, Qers de faire remonter jusqu'à 
saint MAxeqtiol Torigiae de la fondation monastique 
de Gunaud, qu'aucun témoignage concluant n'affirmé 
aussi ancienne. Les Bépé^ictins n'avaient-ils pa$ fait 
de même à l'égard de saint Florent, qu'ils considér$iient 
comine le premier abbé f t fondateur du monastère, 
depuis abbaye,, érigé ap Moiit-Glpnne? 

Les Bénédictins de Cunaud pouvaient avoir <{uelque 
prétention plus ou moin^ fondée en ooiilknt saint 
Maxentipl de la mitre abbatiale , qu'une critique plus 
éclairée et plus indépendante lui çiilève. 

La chasuble çopvient parfaitement au prêtre , dont 
la mission principale est d'offrir 1^ saint sacrifice pour 
le peuple confié à sa direction spirituelle. Ainsi est re- 
présenté saint Maientiol dans utie mauvaise statue du 
xviii« siècle, à Saugé-rHôpital. Il est prêt à monter à 
Fautel, il va célébrer. 

L'étole mise par-dessus le surplis indique également 
le sacerdoce catholique, mais surtout les fonctions cu- 
riales proprement dites, le ministère paroissial. C'est 
ainsi vêtu que le prêtre administre et dispense aux 
fidèles les sacrements de baptême, de pénitence, d'eu- 
charistie, d'extrêçfie-onclio^ et de mariage, qu'il bénit, 
inhume en terre sainte^ etc. 

Voici la description de la toile qui formait le rétable 
de l'autel de Saint-Ma:(entiol avant les répartitions en- 
treprises par l'État dans l'église Noire -Dame. Getjte 

q^2^té est 8up^iie|u*Q à cfiHe à* Abbé, qui n*est qu^un titre d*offlce et 
une commia^oii» » Juenin, p. 19. 



— 200 — 

« 

toile, d'une assez bonne exécution, est maintenant dé- 
posée à la cure. Je la date du xvii® siècle, dont elle 
reproduit scrupuleusement le costume usité alors par 
les ecclésiastiques. 

Saint Maxentiol porte la barbe et une soutane longue 
qui lui descend jusqu'aux pieds ; sa chemise est rabat- 
tue sur son col et à ses manches de manière à former 
à la fois rabat et manchettes. A son surplis long pen- 
dent de grandes manches : des dentelles bordent les 
extrémités, ainsi qu'il a toujours été d'usage depuis le 
XVI® siècle; par-dessus est une étole de couleur rouge. 
Le livre sur lequel il appuie la main est posé près de 
lui sur une table ; ce livre, c'est l'Evangile qu'il est 
venu prêcher aux habitants de Cunaud ou le rituel 
avec lequel il les assista en priant. 

On lit au bas du tableau, en capitales romaines : 

ST MAXENCEL. 



Xll. 



Je ne puis passer sous silence deux faits qui se rap- 
portent au culte privé dont fut honoré saint Maxentiol. 

L'un m'est fourni par les archives de la préfecture. 
Hugues de Milly, par acte du xi© siècle, offre aux reli- 
gieux de Gunaud les dîmes qu'il perçoit à Milly et la 
part qu'il prélève sur les sépultures et les offrandes de 
l'église de Saint-Pierre et cela, par amour pour saint 
Philbeitet saint Maxentiol : c Ego Ugo de Miliaco 



_ 201 — 

ecclesiam sancti Pétri que Miliaco sicut habeo et possi- 

deo tam in decimis quam in sepulluris et offerendis 

Domino Deo et béate Marie et sancto Philiberto alque 
beato Maxenciolo simulque Domno Petro abbati Trc- 

norcii et monachis suis locoque Culnaldi dono cum 

totâr illa terra ad eamdem ecclesiam pertinente. » 

J'emprunte le second trait à l'historien Texier. « Ce 
dévot prélat et abbé (4) avoit aussi une grande dévotion 
à saint Florent, confesseur, patron de son abbaye, et à 
saint Doucelin, confesseur, qu'on dit avoir esté pour- 
veus à Tordre de preslrise, par saint Martin, arche- 
vesque de Tours, avec saint Maurille, confesseur, qui 
depuis fut évesque d'Angers, et avec saint Maxenceul, 
nommé en latin Maxenciolus, aussi confesseur, patron 
des églises paroissiales de Cunaud et de Saugé-l'Hospi- 
tal (2). > 



XIII. 



Arrivé au terme de cette étude hagiographique, il ne 
me reste plus qu'à former ce double vœu : que l'évê- 
ché, quelque temps indécis, se prononce, sur cet ex- 
posé complet, en faveur de l'authenticité du corps de 
saint Maxentiol, et le remette en honneur, en replaçant 

(1) Jean duBelljiy, abbé de Saint-Florent (1431), évêque deFréjus 
(1451), puis de Poitiers (1462), mort enTabbaye de Saint-Florent, le 
2 septembre 1479. 

(2) Texier , prieur d'Allonne, Discours fait en rhonneur de saint 
Francaire. Saumur, 1648, 2« édit., p. 73, 74. 

REF. ARC. ' 14 



— 202 — 

la châsse qui le contient dans le sanctuaire de l'église 
paroissiale de Cunaud; puis que les Bollandistes , qui 
ont bien voulu m'honorer de leur confiance et récla- 
mer le concours de mes recherches personnelles, trou- 
vent dans ces quelques pages les éléments d'une disser- 
tation comme ils savent en écrire* 

Si j'ai atteint ce double but, la vénération qui s'at- 
tache aux reliques de saint Maxentiol sera à l'avenir 
sauvegardée à la fois contre l'oubli et l'indifférence, et 
je ne pouvais ambitionner plus noble récompense de 
mes efforts persévérants, ni plus utile résultat de me» 
investigations empressées. 

X. chanoine Barbier de Montault, 

Cumniandeur de TOrdre du Saint-Sépulore. 
Poitiers, le !•» février i868. 



CHRONIQUE. 



Dans le dernier numéro du Répertoire nous disions, 
en parlant de l'église de Tigné, que « jamais à partir 
1 de Foulques-Nerra, surnommé le grand bâtisseur, 
» c'est-à-dire depuis le xi^ siècle, ne s'était vu en Anjou 
> un pareil élan de constructions. > 

Voici en effet la liste des églises bâties, reconstruites, 
ainsi que celles arrêtées en projet sous Fépiscopat de 
M^ Angebault : 

Eglises construites : 

A Angers : Saint-Joseph ; Sainte-Thérèse. Chapelles 
de la Retraite; des Auguslines; de TEspérance; de la 
Miséricorde; de Saint-Charles; de TEsvières; de la 
Forêt; du Champ des Martyrs; de M""® Bourde; de 
Nazareth ; de l'hôpital général. 

Montreuil-Belfroy ; Tiercé; Saint-Germain-des-Prés; 
Saint-Léger-des*Bois ; LaPossonière; Saint-Maurille des 
Ponts-de-Cé ; Saint-Jean-de-la-Croix ; Saint-Jean-des- 
Mauvrets; Mûrs; chapelle de l'hospice de Sainte-Gemmes; 
Saint-Saturnin ; Le Louroux ; Beaulieu ; Le Champ ; Cha- 
vagnes-les*Eaux ; Gonnord; Mâchelles; Saulgé; La Rai- 
rie; Longue; Noyant; Auverse; Cholet, Notre-Dame; 
Cerqueux-de-Maulévrier ; Saint-Christophe-du-Bois ; 
Tout-le-Monde; Trémentines; Chapelles du collège de 
Combrée, de la communauté de.Torfou; Vezin&; Beau- 
préau ; Andrezé ; La Blouère ; Geste ; Jallais ; La Jubeau- 
dière; Cossé ; Les Gardes; La Jumellière; Cbamptoceaux ; 
Saint-Laurent-des-Autcls; Botz; Bourgneuf; Chapelle- 
Saint-Florent ; Saint-Laurent-du-Mottay ; Le Marillais ; 



— 204 — 

Montjean; chapelle de la communauté de La Pomme- 
raye ; Saint-Germain-sur-Moyne ; Longeron ; Saint- 
Macaire; La Renaudière; Roussay; Torfou; Montre, 
vault; Chaudron; Chacé; Vivy; St-Georges-Châtelaison; 
Saint-Glément-des-Levées ; Coron; Tigtié; Louvaines; 
Freigné; Juvardeil; Chambellay; Grez; La Pouèze; 
Carbay; Chazé-Henri; Pensionnat de Saumur; Chapelle 
de Saint-Joseph à Segré. — Total 85. 

Eglises réparées. 

Par réparations on entend des constructions et travaux tels que bas- 
côtés, clochers, construction du chœur. 

A Angers : Notre-Dame; Saint-Serge; chapelle des 
Jésuites ; chapelle du Bon-Pasteur. 

Bouchemaine; Pruniers; Briollay; Bourg; Cheffes; 
Saint-MaurilledeChalonnes; Notre-Dame de Chalonnes; 
Sainte-Gemmes-sur-Loire; Juigné-sur-Loire ; La Cor- 
nuaille; Thouarcé; Cheviré-le-Rouge ; Mazé;. Breil; 
Méon ; Seiches ; Briollay ; Jarzé ; Nuaillé ; LaSéguinière ; 
BégroUes; Le May; Pin-en-Mauges ; La Poitevinière ; 
Chapelle-Rousselin ; Saint-Georges-des-Gardes ; Tour- 
Landry; Bouzillé; Saint-André-de-la-Marche; Nantilly; 
Coutures ; Puy-Notre-Dame; Visitation; Nyoiseau; Candé ; 
Chazé-sur-Argos ; Querré ; Andigné ; Montreuil-sur-Maine; 
Pouancé ; La Prévière, Le Tremblay ; Notre-Dame-des- 
Ardilliers. — Total 47. 

Eglises en constniction ou arrêtées m projet : 

A Angers, Saint-Laud. 

Avrillé; Mozé; Bécon; Saint-Clément-de-la-Place ; 
Beauforl; Corné; Durtal; Vernantes; Parçay; Saint- 
Léger-du-May ; Drain ; La Pommeraye ; La Breille ; 
Douces; Martigné-Briant ; Cizay; Chalain-la-Potherie. 

Eglises construites, 85. — Eglises réparées, 47. — 
Eglises en projet, 18. — Total 450. 






i 






CONDITIONS DE L'ABONNEMENT. 



Le Répertoire Archéologique de V Anjou paratt le i«' de 
chaque mois, par livraisons chacune de deux feuilles d'im- 
pression. 

Le prix de l'abonnement, pour les personnes ne faisant pas 
partie de la Commission Archéologique, est de 5 francs par an 
pour Angers et de 6 francs par la poste. 

Les abonnements sont reçus chez tous^ praires du 
département. 






SOCIÉTÉ IMPËRULE D'AGaiCOLTintE , 8CIENCB8 BT ARTS 

ANCIENNE ACADÉMIE D'ANGERS. 




COIIISSIOI ARCH£OLOGI0nE 

/ f 6 3 

7XX^ DU DÉPARTEMENT 

DE MAINE ET LOIRE 



RÉPERTOIRE ARCOiOLOGIQIlË 



DE L'ANJOU 



Année i80S. — Mal. 




ANGERS 

IMPRIMERIE DE COSNIER ET LACHËSB 

Chansfiée Saint-Pierre , 13 

1863 




mmm mm m iwoii -^^^ 

(SUITB). l ô W0 t 

Il semble, d'après cela, que le curé Robin place ' ' i 

Grannona à Angers, se fondant sur l'analogie ()ui lui 
parait exister entre Grannona et lé nom de notre am- 
phithéâtre : Grohan^ qu'il croit avoir été dédié à Apol*- 
Ion Graunus, Apolloni GrannOy qualification que Ton 
rencontre sur plusieurs inscriptions antiques en diffé- 
rents pays. 

Quoi qu'il en soit, que Grannona ait été placé à 
Ghamptoceaux ou à Angers, il paraît bien probable du 
moins que c'est en Anjou qu'il faut l'aller chercher. 

9. COMMUNS DE LA CHAI^ELLE-ROUSSELIN* 

Trace de voie romaine allant du nord-est au sud* 
ouest vers Jallais. 

10. COMllUNE DE SAINTE^GHRISTINE. 

Trace de voie romaine allant vers Saint-Laurent-de- 
la-Plaine < 

11. GOMBfUNE DE NEUVT. 

Trace de voie romaine allant vers nord dans la di- 
rection de Saint-LaurenUde-la-Plaine et au sud vers 
Jallais. 

13. COMMUNE DE LA TOUR^LANDRV. 

Trace de la voie romaine allant de V ouest à Yesty 
dans la direction de Trementines à Vibic^rs. 

REP* ARG^ 15 



— 206 — 

i^. COMMUNE DB dHANTELOUP. 

Trace de voie romaine allant du nord-ouest au sud- 
0t$ dans la direction de Yezins à la Plaine. 

14. GOMUUNJS lUBi NUAILLA* 

Trace de voie romaine allant dajas la direction du 
May â Tout-le-Monde; 

15. COMMUNE DE TOUT-LE-MONDE. 

i ■ • , 

Trace romaine allaat d;in$ la cUr^ctioa de NuaiUét ài 
Yzemay, 

16. COMMUNE DE TREMENTJNES. 

. ■ • • ' • 

Traces de voies romaines allant dans la direction, 
Tune de Tremenlines â la Tour-Landry, et Tau tre da 
Trementines à Vezins. 

17. COMMUNE DE VEZINS. 

Trace de voie romaine allant vers Chanteloup.. 

19. COJftMlTNE B'TZERNAÎ. 

Trace de voie romaine allant dans la direction du 
bourg de Tout-le-Monde. 

19. GOBI |iil^£«B/ 9l!} SàIN7-LibmBIi'F*DB-LA-PLAINE. 

Txace d6 voie romaibe allant dani^ la dtrectlQn du 
md au nord vei^ Glialo»Bé&.. 



Trace ie voie romaine allant dans la' dirët^tion de 
TiUiere. 

21. GOlilOfUNE DU LONGERON. 

Trace de voie romaine, direction indéterminée. 

22. COMMUNE DE LA REliTAUDlÈRE. 

Tracé de voie romaine allant dans la dtfcfélibtt de 
Villedîeu à' Roassay, du nord aa sttct. 

23. GOMHDNE DE ROUSSAY. 

Trace de voie romaine allant dans la direction de la 
Renaudière au Longeron. 

24. GOMMUSTE DB TILLIlSRS. 

Trace de voie romaine allant dans la direction de 
Geste à Saint-Crespin. 

25* GOMMUNB DE' TORFt^Û. 

Trace de voie romaine allant du nord au sud. 

26. COMMUNE DB CHAUDRON. 

Antiquités romaines découvertes en ce lieu, telles 
que briques à rebords, etc. 

27. COMMUNE DE LA GHAUSSAIRÉ. 

Trac^ de voie romaine allant de Vesl à Vouesi daiir 
la. direction- de la GhapeUe^da^^jenet à Nantes. 



— 208 — 

28. COMMUNE DU FIEF^SAUVIN. 

Il convient de nous arrêter assez longuement sur les 
nombreux restes gallo-romains que Ton a découverts 
sur cette commune, en un lieu nommé La Ségourie, 
que Ton croit généralement avoir été la station Se- 
gara. 

Entr'autres mémoires qui ont été publiés sur cette 
localité, nous devons signaler celui de M. Tristan- 
Martin (Beaupreau, 1854, imprimerie de Granger)et ce- 
lui encore de M.LéonFaye(Poitiers,1854,chezLetang). 
Ce dernier mémoire est la reproduction plus dévelop- 
pée d'un travail publié en 1852 dans les Mémoires de 
la Société d' agriculture ^ sciences et art^ d' Angers , page 
305, 2e série, 3« voL 

Le camp de la Segourie n'a pas de forme arrêtée. 
Il est limité par la réunion de deux cours d'eau, sa- 
voir : au sud par un ruisseau, à Y est par YEvrCy à 
Yoiiest par un ravin, au nord par une haute levée de 
main d'homme établie en manière de chevron, de telle 
façon que l'angle externe se trouve vers l'extérieur du 
camp. C'est un plateau d'environ 2 liectares de super- 
ficie, fort élevé, qui permet à la vue de s'étendre au 
loin vers stui^ est et ouest. Au nord-ouest^ en dehors du 
camp, au lieu dit le Petit-Nombaulty sont des vestiges 
de vieilles murailles parmi lesquelles on a rencontré : 

iodes meules à bras; — 2<> un terreau très-noir; 

— S^ des briques à rebords et de fines poteries rouges; 

— 4' des pierres calcaires de Chauvigny, propres au 
carrelage et à la sculpture, ce qui donne lieu de pen- 
ser qu'il y avait une communication entre Segpra et 



— 209 — 

Poitiers; — &* des peintures murales rouges pareilles 
à celles que nous avons vues à Pompeïes; — 6® des 
pièces gauloises avec Fefligie du centaure à face hu- 
maine; — 7<> des monnaies d'arçent des ramilles ro- 
maines Cassia et ServiHa; — 80 des pièces d'Auguste, 
de Vespasien, de Trajan, d'Hadrien, d'Antonin le Pieux, 
de Marc-Aurèle , de Caracalla et des deux Faustine ; 

— 9^ une fosse profonde autrefois pleine de coquilles 
d'buitres dont l'écaillé épaisse indique, d'après M. Tris- 
tan, qu'elles provenaient des côtes du Poitou ; cette dé- 
couverte prouve qu'une certaine police obligeait à dé- 
poser les immondices en de certains lieux déterminés ; 

— iQo des intailles qu'il nous faut décrire : c La pre- 

> mière, dit M. Tristan, page 7, représente un coq et 

> une paule^ la seconde une Bacchante^ la troisième un 

> Uon couché^ la quatrième, qui n'est qu'un émail, re- 

> présente deux chevaux; la. cinquième enfin d'une belle 

> exécution, porte deux amours ou génies ailés qui 

> cueillent des olives. On voit au bas un cœur percé 

> de plusieurs glaives et au-dessus ces trois lettres : 
» C. A. V; — Ho une enceinte entourée jadis de co- 
3 lonnes : quatre briques, dit M. Tristan, page 3, 

> épaisses et d'une forme triangulaire composaient 
i chaque assise de ces colonnes; » — 12o trois sta- 
tuettes, l'une en terre cuite, de huit pouces de haut, 
représentai!^ une Vénus, elle fit partie du cabinet de 
défunt M. T. Grille (1); une autre en bronze, vendue 
à des colporteurs et la dernière en pierre. Elle fut 

(I) Cette Vénns (/knadyomène sortant do bain) a été dessinée par 
M. Millet d'Angers. 



— sw - 

plaoée (teHS les mtirs d'une église en eosetnictton'; — 
lit» plusieurs traces de voie romaine allant «n diverse» 
directions. 

C'en est assez pour établir sirffisanimenl qu'il y avait 
là un camp romain et en dehors i^ne ville de la même 
époque y le tout formant une istation que l'on croit être 
celle de Seg^ora, marquée sur la table de Peutinger. 

En ieffel, «voici sisar quoi se fonde M. Tristan : « 1<> La 
» table Tbéodosienne place cette station à 18 lieues 
» gauloises de Portas Namneium, Nantes ; 2^ elle dort 
t être située sur la route de cette ville à Limonum, Poi- 
) tiers ;3o dans les analogies adoptées par les différents 
» écrivains, en est-il de phis rapprochées de Segora que 

> Segoorie? Ette est à 18 lieues gauloises du /%r- 

» tîts Namneium; «n calculant l'ancienne lieu^ gauloise 
» de 1,150 toises, nous avons 44,400 «iiètres, un peu 

> plus de 40 lieues de poste; 4^ il est bien clair que 
» de toutes tes ressemblances de noms adoptées, jus- 
» qu'è >ce jouT, on n'en a jamais trouvé de pftus frap- 
I panteB que Segoude^ enfifi elle est sur la roule de 

> Poitiers. » 

M* iuéon Paye, à la notice ^duquel nous avons «etti- 
prunté cette citartion, page 44, corrobore les 'conjectures 
de M. Tristan par de nou^velles vues. 

M. ide Catimo4|t penche au^si de ce côlé^ et depuis 
lars'de bons esprits n'émettent ptas de 'doéie à ee su^ 
jet. duiant àiious qui étions longtemp:^ nleineitré 6eep^ 
tique, nous ne le sommes plus aujourdihuii, A notre 
sens, la station Segora ne peut se rencontrer autre 
part tp'à la S^ig^^urie, oommui^e du Fief^uvin, 



— 241 — 

S9. COMMUNE DE SAINT*REMÏ*£J«*MAU6ES. 

On l'emarque une vaste enceitite entourée de fossés. 
Ces retranchements se combinaietit sans donte pour \n: 
défense, avec le camp de la Segourie. 

30. COMMUNE DE SAINT-FLORENT-LE- VIEIL. 

Nous n'avons découvert aucune trace gallo-romaine 
à Saint-Florent- le-Vieil, mais il n'est pas douteux que 
œ lieu n'ait été habité dès la fin du iiï© siècle , puis- 
qu'à cette époque nous voyons s'y fixer Florent, soldat 
du pays de Bavière. 

D'après le ttombre de points gallo-romains découverts 
dans l'arrondissement de Cholet, il est fiicile de voir 
que la tradition qui fait dériver le nom dés Mauges du 
latin mala gensy mauvaise nation^ parce que les Romains 
n'auraient pu s'y établir, il est, dis-je, facile de voir 
que cette tradition est une pure fable. Le nom de pays 
des Mauges est exprimé dans quelques chartes par pa- 
gus metallicuSy pays métalliqu£; et en effet on y trouve 
des traces d'aùciennes carrières de métaux. 






ÀRftONDISSEMÉlNT DE SAtfMUjR. ' ! 

Des tracés gallo-^romaines ont été constatées savoir . 

1. Près de Saumur; 2. sur les cômmuties de Bagneux ; 
3^^ de Distré ; 4. de Saiht-Ploreni-Saiut-Hilaire ; 5. de 
Viry ; Ô. d'Alloûiiès ; 7. de Doué; 8. de Douces; 9. de 



^ 212 — 

Forges; 10. de Gennes; H. de Cunaull-Tréves ; 12. de 
Chenehutte-les-Tufleaux ; 13. sur Id paroisse du Tou- 
reil-Bessé-Saint-Maur; 14. sur les communes de Saint- 
George-des-Sept-voies ; 15. de Sainl-Cyr- en -Bourg; 
16. de Sainl-Jusl-sur-Dive ; 17. de Vihiers; 18. de 
Souzay; 19. de Montsoreau; 20. de Brezé; 21. d'Epieds; 
22. des Rosiers. 

1. SAUMUR. 

Saumur n'est pas une ville, à proprement parler, 
d'origine gallo-romaine, cependant nous ne devons 
point passer sous silence la découverte faite vers 1824 
ou 1825, de plus de cent cinquante pièces d'or ro- 
maines, à la Butte des Moulins, [très le château, en un 
lieu nommé Champ doré. Parmi ces médailles se trou- 
vait un Marc'-Anloine fils qui d'abord acheté cinquante 
francs et revendu ensuite à M. Rollin la somme de 
mille francs, est passé de là au cabinet de M. le prince 
de Talleyrand où il manquait et où il a été payé le 
triple (Voir Nouv. arch., n» 25). 

D. Jean Huynes, dans son histoire inédite de Saint-< 
Florent, page 136 de notre manuscrit, nous apprend 
ce qui suit : 

c Dés les siècles anciens, dit-il, où est à présent 
» Saumur était un château, lequel à raison de sa peti- 
» tesse s'appelait tronc^ au milieu duquel il y avait un 
» lac rempli de quantité d'eau fangeuse, où jugeant 
» que le monastère (celui de Saint-Florent-du-rChâteau) 
) serait bien situé sinon cette incommodité, ils (les 
> fondateurs en 950) le choisirent et s'employèrent à 
y le mettre à çec. YirauvatU beaucoup (F argent es. bords ^ 



— 248 ~ 

> au brait duquel plusieurs accoururent et se travail- 

> lèrent à épuiser le lac. » 

Ces pièces étaient évidemment des sHpes ou offrandes 
faites à la nymphe du lieu. 

Autre pièce consulaire au type de la famille iEmilia 
(argent); tête laurée de femme ROM. ^. AEMILIO, 
statue équestre sur un pont ; dessous on lit LEP ; 
trouvée sur la Butte des Moulins, près de Saumur, en 
1858. M. Bourdeille, possesseur. 

Depuis lorSy des débris antiques ont été constatés au 
château de Saumur et dans les lieux voisins, par M. Joly, 
architecte (Voir Mémoires de la Société académique de 
Maine-et-Loire^ t. IX, page 45). 

MM. Joly et Boreau placent à Saumur la station 
Robrica. 

2. COMMUNE DE BÀGNEUX. 

Les Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et 
arts d'Angers, ifi vol., page 234, contiennent sur les 
ruines de Bagneux un rapport de M. de Beauregard; 
les Nouvelles archéologiques leur consacrent aussi quel- 
ques lignes, et le Musée des Antiquités d'Angers possède 
plusieurs fragments qui en proviennent. 

Les objets que l'on y a découverts sont : des mor- 
ceaux de marbre , des amas de pierres noyées dans un 
ciment rouge et très-dur, des briques à rebords, une 
meule à bras, une clef, une hache, des tuyaux de 
plomb, une soupape, des tuyaux d'argile, une statuette 
d'Hercule en bronze, appartenant à M. Bernard de la 
Frégeolière, une statue de Priape, etc. 

La statuette d'Hercule a été moulée pour le musée , 



- «a — 

qui possède aossi un frafgment de tuyân en 'plomb de 
forme cylindrique. Ce tuyau allait du stid-est au nord- 
aue^, il alimentait autrefois un bassin carré dont il 
restait en 4846 vers sud-ouest, un wmr de 3 mêlres 
â3 cenlimètres de long, et vters sud-est un autre mur de 
1 métré 66 centimètres, le tout sur une profondeur de 
1 mètre en moyenne. Ces murs étaient façonnés avec 
de pelâts tufe cubiques de 15 à 18 centimètreB d'échan- 
tillon. A la base du mur sud-'oueet ^i dans loute son 
étendue , on voyait encore une assise de grandes bri- 
ques. Ce bassin, 2a>tttrefois revêtu «de ciment & Tinté- 
rieur, en présentait encore quelques traces. 

Tous ces vestiges sont ceux d'un Balneam ot le nom 
de fiagneux, ce semble, est aBse2 Bignîficiatif. 

« Quoi qu'il en soit, lisons -nous dans les Nouvelles 
p archéologiques y rien de plus agréablement pittoresque 
» que la situation de ces ruines : un joli plateau en 
» pente vers le sud-est, des eaux de source à très-peu 
» de profondeur, la Loire tou^e voisine, la rivière du 
» Thouet plus voisine encore; enfin, une vue magni- 
» fiqiue sur de jolis coteaux. C'est bien ici l'un de -ces 
> emplaceinents qu'enviaient par-dessus toutj les Gallo- 
» Romains, fort amis des belles eau^, du beaii soleil 
* et 'des beauK sites. » 

3. COMMUNE DE DISTRÉ. 

^1 i^ésiilte de l'enquête faite en 4856, sur la propo- 
sition de la Commission archéologique de Maine-et-Loire, 
<jd'u'n tronçon de voie romaine a été découvert à Distré 
dans la direction de Vest à V ouest. De gros Mocs de 
grés, cubiques, fortwâient encore sa swmnmcnish. 



— Îi5 — 

4. COMMUNE DE SAlNT-HlLAIRE-SAINT-FLORfiNT. 

fy après la métne enqoête on a trouvé sur ce iterri- 
terre les traces d'une voie romaine allant de Vest à 
Vimest dans la 'direction de Gennes i Saint* Jaét. 

5. C01tMUN£ DE WfY. 

La même enquête nous apprend que des vestiges de 
v/}ie romaine, aujourd'hui recouverts, existent sur la 
commune de Vivy (via vêtus) (1). Cette voie allait de 
Yest à Yoiiest. On «a trouvé su^r la métairie de la Guene- 
rie des pièces romaines, l'une, entr'autres, ornée d'un 
grand M couronné par deux victoires ailées. Cette 
monnaie, que nous n'avons pas vue, est sans doute 
celle de quelqtf empereur tf Orient. La gfandë'lèltre M 
est l'indice monétaire en nsage sotts Jitslîn H, en 565^- 
578; sous Maiariice, S92-©02; sous Constance H, 641- 
668; sous Justinien M, 682-711 ; sous Léon IIl, mort 
en 744 ; sous Léon IV, 775-780; sous Constantin VI, 
780-797; sous Nicéphore 1er, 802-814 sous Michel l», 
êln en 8H et sous Michel II, 820-829. 

On a également découvert à Vivy des Iragraettt-s de* 
vases en terre rouge, l'un entr'autres, orné d*wA itis; 
puis des débris fle verre, des briques à rebords, des 
meules à bras et des cercueils en auge et en pierre co- 
quillière. 

(i) Un lieu d'Eure-et-Loir se nomme Fi'evy-le-Rayé ou le Rohé 
VETUS VÎCUS (Société archéologique d'Eure-et-Loir, 1861, p. 292). 
bans nn pouillé dn ffiocèse de Chartres, fialium vis honte, Bahré dir 
hion dh6fniti (Id.). 



— 216 — ' 

Sur la même commune existe un lieu nommé le Gué 
d'Arcis. Suivant M. de Matty, qui place en cet endroit 
la station Robrica, ce nom d'ilrm viendrait de Arcus, 
arche, pont ; et comme cet auteur voit dans Télymolo- 
gie de Robrica, l'alliance hybride du mot celtique 
BRIC A pont y et du mot latin RO^ pour Romanorum^ 
c'est-à-dire pont des Romains , il en conclut que la sta- 
tion de Robrica, de la carte de Peutinger, était placée 
au Gué d'Arcis. 

Cependant ce nom d'Arcis ^ sur lequel il fonde en 
partie son système, ne semble point provenir d'Arcus 
pœit, mais de ArciSy génitif de arx^ citadelle. 

6. COMMUNE D'ALLONNES. 

Ce nom d'Allonnes, AllarmCy se rencontre prés du 
Mans dans un lieu couvert de ruines gallo-romaines. 
L'abbé Voisin, dans ses Cenomans^ t. !««', page 60, as- 
sure que les antiques villas de ce nom ne sont pas 
rares. Le mot celtique 4^/ownn, ajoute-t-il, signifie 
temple^ bois sacré. 

Notre bourg d'AUonnes, en Anjou, doit être de même 
famille gallo-romaine. 

M Raimbault, dans l'une de ses cartes, constate 
que des pièces romaines ont été trouvées à Allonnes. 

7. COMMUNE DE DOUÉ. 

Précédemment, à l'occasion des estampilles de potiers 
gallo-romains, nous avons parlé de plusieurs vases en 
terre rouge trouvés à Doué en 1784, dans le verger des 
Récollets, à 2 mètres au fond d'un Bisomm taillé dans le 



— 217 — 

roc; nous n'y reviendrons pas, nous bornant à dire qu'en 
1832, sur la place de la Mairie, on découvrit plusieurs 
cercueils en molasse coquillière, parmi lesquels il en 
était deux qui renfermaient des pendants d'oreille en 
or (enquête de 1846). 

Doué fut une ville gallo-romaine. Son nom seul de 
Theod Wadum formé du grec Heoçy Dieu et du latin 
Vadttm, gué (gué de Dieu), le prouve suffisamment. 
C'est un de ces noms hybrides de la classe de ceux que 
Ton retrouve en Gaule; Ex. : Gratianopolis, Grenoble, 
AntipoliSy Antibes. Quant au mot grec deoç, il ne faut 
pas s'étonner de sa présence, puisqu'il est aujourd'hui 
reconnu en numismatique, que l'influence hellénique 
fut grande sur les monnaies gauloises (Voir Numisma- 
tique ancienne; Encyclopédie Roret, p. 87). 

Sans quitter l'Anjou, ne savons-nous pas qu'Apollon, 
ce Dieu particulièrement honoré en lonie, ensuite à 
Marseille, le fut aussi en Abjou T nos plus anciennes 
monnaies portent la tête d'Apollon^ un cheval libre et 
une enseigne surmontée d'un sanglier ^ avec la légende 
ANDECOM (Voir Encyclopédie Roret, page 97). 

8. COMMUNE DE DOUCES OU DOULCES. 

Douces est un bourg à 1'^^/ de Doué. On y voit un 
amphithéâtre creusé dans la roche coquillière. Suivant 
les uns cet amphithéâtre serait romain ; selon d'autres 
il appartiendrait à l'époque mérovingienne. Dans ces 
derniers temps on a voulu y voir un amphithéâtre de la 
Renaissance , mais cette opinion n'a pas prévalu . A nos 
yeux ce monument doit appartenir aux temps méro- 



-m - 

viopam^ Au xviif siède on y représeoitait. des jeux &L 
des pièces. 

( A la fin du Mi^ (lisonsHious dans les Mémoires de> 

> la Société d* agriculture y sciences et arts <f Angers ^ 
» page 129, 2^ série, 6© vol., article de M. Port) suh- 
» sistalt encore au milieu de Tarêne ua vaste tumulus 
» rond en pierre coquillière, à la surface plane légè*- 
» reraeut inclinée. Kinlérieur,, percé d'ouvertures cir- 
» culaires et faciles à clore, encadré à chaque coin 
» d'échelles portant 13 degrés, servait sans doute à la. 

> fois e;t au passaga des acteurs et aux divers jeux da 
1 la scène. Sur le toit même de cette chambre s'im- 
» plantait un mât d'où partaient des cordes qui, rat- 
» tachées aux giadins. supérieurs, supportaient un sys- 
» tèrae de tenture pour abriter les spectateurs. » 

Voilà bien une disposition conforme à celle des sou- 
bassements qpe l'on retrouve et que nous avons vus 
au-dessus de l'arène ^es amphithéâtres de Pou^zoles et 
de Capoue, mais disposition mal imitée et qui, pour 
être un souvenir de l'antiquité, n'en prouve pas moins 
à notre sens, que l'amphithéâtre de Doué, ou plutôt de 
Douces, n'est qu'un monument d'une époque barbare, 
taillé dans une carrière. Ce n'est pas l'heure de nous 
étendre davantage sur son origine. 

9. COMMUNE DE FORGES. 

Voici ce que Bodin écrit dans ses notes, page 524 
du Bas-Anjou, t. I^r, édit. de 1821 : 

« Nous venons de découvrir un autre camp romain 
è dans la commune de Forges près de Doué, au can- 
•» ton de la Garde, nom qu'il a pris sans doute de cette 



- 319 — 

» siatiaa qù ¥m trouve beau^^up de briqaea ro- 
1 raaiaes. r 

A notre to^p , nou» écrivioaa eaa 183Q » daast /' An^aié 
et si^s imnummis, L l^^^ pagie 41 : 

c U ne resta pliis de ce camp» qu6 deux levées 4 

> Toue^^ près du maulin. de la Garde^ et noiis avouons 
1 que sam les cê^seignemeAts de& auteurs, il nûu» eût 
» été impossible dfy vok i^n camp ; point de médaillesy 

> de murs^ ni de traditions, r 

10. G05IMUNE DE GENNES. 

Ce bourg, étage sur les bonds de la Loire, fut un 
li^a ccMisidérablp §ou$> les Gallo-Kooftiains , ainsi que de 
curieuses tracesr d'antiqqitéS' l'attestent encore. Noua 
meationneron& spécialement les resteSi d'un théâtre^ 
d'un aqueduc y d'un s^idatorium, et d'une voie romaine 
qjui depuis nQ(re visite, faite en 1841, a été détruite^ 

Les églises de Saint-Yeterin et de Saint-Eusèbe (cette 
dernière aujourd'hui convertie en école) conservent 
également dans quelques parties de leurs murailles 
des vestiges d'imbrications. 

Dans l'église de Saint-Eucèbe on voit une porte dont 
le linteau d'une seule pièce e&t surmonté d'un arc plein*» 
cintre et de décharge; entre le linteau et l'arc se trouve, 
le petit appareil. Deux portes semblables existent dans 
le Maine à Saint-Pavin-des-Champs, ainsi qu'à Evron,. 

Toutes ces ruines sont situées de la sorte. 

Au nord de Gennes coule la Loire de Yest à VoueMf 
et du sud au nord le ruisseau &AvorL Au sud se trouver 
la fontaine de MazeroUes. Sur la rive droite du ruis^ 
seau d' Avort et au bas du coteau , se voient les reste* 
de l'aqueduc dont une partie limite à Vo^iest le pied 



du théâtre. Cet aqueduc passe près d'une ruine da 
moyen âge nommée l'Ermitage, et se perd du sud an 
nord dans la direction du stidatorium. Plus bas que le 
sudatorium existaient autrefois des baignoires dont 
TeaUy par un canal de décharge , tombait à Fembou- 
chure du ruisseau d'Avort dans la Loire. 

Toujours sur la rive droite du ruisseau d'Avort, en 
approchant de la Loire, se voit Téglise de Saint-Vete- 
rin; plus haut, du même côté, paraît un beau dolmen, 
et au-dessus se trouvait la voie romaine tout à fait au 
sommet du coteau. 

Sur la rive gauche du même ruisseau, tout au som- 
met d'une haute colline qui domine la Loire, l'on aper- 
çoit l'église de Saint-Eusèbe. Ces points bien détermi- 
nés, passons à Têxamen particulier de chacun des ves- 
tiges que nous venons d'énumérer. 

Théâtre. Comme la plupart de ceux que l'on connaît 
en Gaule , en Italie et en Grèce , il était adossé à un 
coteau dont la courbe se prêtait naturellement à le re* 
cevoir. Les gradins de celui de Gennes étaient étages 
en éventail du bas au sommet de la colline; ils regar- 
daient à peu près le soleil couchant. Au pied des gra- 
dins se dessine encore l'hémicycle de l'orchestre. En 
avant de l'orchestre était la scène de forme sans doute 
rectangulaire. Son mur du fond devait être borné par 
l'aqueduc précité. 

Dans cette disposition les acteurs avaient le visage 
vers le levant ou plutôt vers Yest est-sud tandis que les 
spectateurs montés sur les gradins regardaient le cou- 
chant ou plutôt Vouest ouest-nord. 

V. GODÀRD-FAULTaiEA. 

{La 8uiU,am prochain numéro). 




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NOTICE HISTORIQUE 



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ti£ XH4Ti1i:|f L4 CÛMMUNË DE BRËZfi 



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Le château âa^Birëzé ^ reconstruit vers 1580 par AN 
thus de Maillé, devait être composé de quatre corps de 
bâtiments renfermait ufiè cour carrée au milieu, et 
dont les angles extérieurs devaient être flslnqués de tours^ 
mais il est resté inachevé.'^ 

Le principal corps de bâtiment est décoré d'un ordre 
corinthien en pilastres, et la porte du vestibule est or- 
née d'un oédre ionique antique avec quatre colonnes 
de marbre rouge. On voit au'-dessus de l'entablement, 
une niohe dans laquelle était une statue de marbre 
blanc repi^sentant Vénus couchée, laquelle a été enle^ 
vée; sur la frise de l'entablement on lit cette inscrip- 
tion qui se rapporte à la statue t' - 

• • • f 

Non Venus illa ego quam yani finxere poet»^ 
Sum Venus hanc referens quanl^i"^ ignis alit. 
RfiPi ARC. 16 [i^-. 



« Je ne suis pas cette Vénus que les poètes ont 
chantée, mais je suis Vénus , emblème de celle qu*un 
pieux amour nourrit de ses feux. » 

Au-dessus de la porte du pont-levis on voit un très- 
bel écusson aux armes de Dreux-Brezé : d'azur au che- 
vron d'or, accompagné de deux roses d'argent en chef 
et d'un soleil d'or en pointe, entouré de Tinscription : 
MARQUISAT DE BREZÉ, et plus bas la date 1682. 

Le fossé qui entoure le château est creusé dans le 
tuf et a dix mètres de largeur sur douze de profondeur. 
On y a pratiqué des logements pour cinq à six cents 
hommes, et ils servaient autrefois de refuges aux habi- 
lanls du pays dans les temps de troubles. 

En dehors de cette enceinte se trouve un vaste bâti- 
ment situé au nord, et au-dessus de la porte d'une re- 
mise on voit encore l'écusson de Dreux-Brezé encastré 
dans une pierre plus ancienne, et qui porte la date 

SEPTEMBRE 1550. 

L'ancienne chapelle Sainte-Catherine, qui était placée 
au N. 0. du château, a été démolie, et en 1855 on a 
construit , à deux cents mètres au sud , une jolie cha- 
pelle destinée aux sépultures de famille.. 
.. Entre le château et cette chapelle sont les jardins. 
Sur la colline qui se trouve au nord est le parc en- 
touré de murs,* et à l'entrée, qui sert aussi d'avenue 
au château, on a élevé, il y a quelques années, un bâ- 
timent orné de créneaux et qui sert de logement au 
portier. Tout cet enclos n'a pas moins de deux kilo- 
mètres de tour, et de différents points on jouit d'une 
vue magnifique, surtout vers l'ouest où l'on voit le 
Goudray-Macouard et Montreuil-Bellay. 



ÉGLISE ET COMMUNE DE BREZÉ. 

L'église de Brezé, située à un kilomètre au sud du 
château et du bourg, est en forme de rectangle ter- 
miné par une abside en demi-cercle. Le chœur voûté 
parait de construction moderne. Il est éclairé par deux 
fenêtres plein cintre, et communique par une arcade éga^ 
lement plein cintre à la nef qui est éclairée par quatre 
(enétres sur la face sud-est et trois sur celle nord-ouest> 
Les trois qui sont les plus rapprochées du chœur sont 
ogivales et peuvent être du xiv© siècle. La moitié envi- 
ron de cette nef du côté nord-ouest a été reconstruite 
en 1829, ayant été écrasée par le clocher qui s'était 
écroulé pendant qu'on reprenait en sous-œuvre les ar- 
ceaux qui le soutenaient sur le milieu de l'église. Ce 
clocher avait une flèche en pierre. Le nouveau clocher 
élevé sur le côté nord-est du chœur forme une tour 
carrée terminée par une sorte de calotte ou petite cou- 
pole en pierre surmontée d'une croix. Il a été construit 
en 1835. Le toit de l'église est très-aigu, dans le style 
du xiv^ siècle. Au bout des vieux murs de la nef, du 
côté nord-est, en dehors, on voit encore des traces de 
la litre seigneuriale. Ce sont des carrés peints en jaune 
sur lesquels il y avait des écussons aujourd'hui presque 
e^tièrement effacés. Dans régiise, à gauche du grand 
autel, on voit un très-bel autel de la Vierge construit 
depuis peu, en pierre de Tonnerre, dans le style du 
xiv« siècle. 

L'église de Brezé, sous le vocable de saint Vincent, 
dépendait autrefois de l'abbaye de Mauléon(îinjourd'hui 



Châtillon-sur-Sèvre) et elle a été desservie jusqu'à la 
révolution par un prieur-^curé. 

Cette paroisse, quoique de l'Anjou pour le temporel, 
dépendait pour le ' spirituel dû diocèse de Poitiers. En 
1720 la population était de 883 habitants, et en 1856 
elle s'élevait à 911. 

Eh 1790, Brezé était le chef-lieu d'un canton dépen- 
dant du district de Sauniur et qui comprenait les com- 
munes de Brezé, Epieds, Saint-Cyr-en-Bourg, Siaifit^^ 
Just-sur-Dive, Saint-HippolyteTet le village de Ghàmpî^ 
gny-le-Sec. La loi du 27 brumaire an X (19 novembre 
1801) en réduisant à trente-quatre le nombre» des can- 
tons du département, a supprimé celui de Brezé qui a 
été réuni au canton dé Montreuil-Bellay. 

Autrefois la plupart des habitants du bourg étaient 
logés dans dès habitations souterraines creusées dans 
la roche de tuf qui forme le sous-sol ; cependant parmi 
les maisons anciennes on rémarque celle de M. Vollând, 
située dans la rue du Puits-Aubert et qui est ornée de 
tourelles. Maintenant on ne creuse plus de caves d'ha- 
bitation, mais on construit de jolies maisons en tuffeau : 
parmi les modernes on remarque celle de M""® Thi- 
bault , placée vi«-à*-^is'du château, sur le bord de la 
grande route. * 

11 y avait autrefois plusieurs notaires à Brezé et un 
contrôleur des actes; il n'y a plus qu'un notaire au- 
jourd'hui, et on y a établi depuis plusieurs années un 
bureau de distribution des lettres. 

Les localités les plus remarquables de la commune 
de Brezé sont : Grandfond, Lançon, Meigné, la Ripaille 
et la Rivière-Marteau. 



- 225 



GRÂNDFOMD. 



Ce village, situé à deux kilomètres au sud-est de 
Brezé, est très-ancien. J'ai découvert des traces de cons- 
truction romaine aux environs. 

Un Adalard de Grandfond (Adalardus de Grandifonte) 
avec son frère Giroir (Girorms frater ejus) sont témoins 
dans une charte de Saint-Maur du 24? avril 1090 (1). 
Le même Adalard est encore témoin dans une charte 
du 25 avril 1090 (2) et dans une autre du 12 décem- 
bre 1124 (3). 

En 1263 Simon Chamaîllart, chevalier, baille à rente 
à Geoffroy de Brezé tout ce qu'il peut avoir à Granl- 
fonz (Grandfond) (4), et en 1302 ce même Geoffroy de 
Brezé donna la terre de Grandfond à Catherine de 
Brezé, èa petite-frlle, épouse de Macé de l'Etang (5). 

Il y avait dans ce village plusieurs seigneuries ou 
fiefs dont les principaux étaient le fief de Fenou ou de 
Grandfond proprement dit , le fief Fouquet et celui de 
Tîiloup. 

Jean Bessonneau était seigneur de Grandfond en 
1373. 

Hardouin de la Touche eii 1431-144'3. 

Guillaume Sanglier , chevalier seigneur de Bizay (6) 

(i) ArcilWea d'Anjou, par P. Marchegay, 4843, p. 3G6. Gartularium 
sancii Mauri. , 

(t) Archives d'Anjou, p. 405. 

(3) Archives d'Anjou, p. 412, 

(4) Pièces justificatives, n** II. 

(5) Pièces justificatives, nMIL' 

(6) Commune d'Epieds près Brezé. ; 



— 256 — 

fit foy et hommage le 3 août 1450 au seigneur de 
Brezé pour raison de son hôtel, terre et seigneurie de 
< Grantfons. » 

Pierre Prévost ayant hérité de la terre de Grandfond 
par le décès de Jeanne Eveillechien , épouse de Guil- 
laume Sanglier, fit foy et hommage au seigneur de 
Brezé le 17 mai U64; et le i juillet 1491, il rendit à 
messire Hardouin de Maillé, seigneur de Brezé, son 
aveu pour raison de son < chastel de Grantfons avec- 
^ ques ses appartenances et dépendances comme la 
» court, basse-court, maisons, masures, clouaysons, 
f caves, caries, jardrins, fuye, les douves tout à l'en- 
^ » tour dudict chaslel, etc. (1). » 

Le 3 juillet 1533, Louis Prévost vendit à Pierre 
Foullon le château , terre et seigneurie de Grandfond , 
et ce dernier rendit son aveu au seigneur de Brezé le 
20 février 1539. 

François Bourneau , lieutenant-général à Saumur pour 
le sénéchal d'Anjou, épousa le 3 mai 1550, Marthe 
Foullon, fille de Pierre, qui lui apporta en dot la terre 
et seigneurie de Grandfond. 

Une enquête faite an 1568 nous apprend que le seir 
gneur de Grandfond venait de faire construire, avec la 
permission du seigneur de Brezé, une fuie de forme 
ronde, à la place de l'ancienne qui était carrée; mais 
qu'à plusieurs reprises il avait voulu faire faire un 
pont-levis pour entrer dans» son manoir, et que le sei- 
gneur de Brezé s'y était opposé, de sorte que pour 
passer sur les douves qui entouraient ledit manoir, il 
n'y avait qu'un pont dormant. 

(1) Chartrier du château de Brezé, cartons de Giandrofld. 



— 827 — 

Suivant partage du 9 décembre 1616, la terre de 
Grandfond échut à Isabelle Boumeau, veuTe de Jean 
Cànaye, conseiller au parlement, et le lendemain, cette 
dame fit foy et hommage au seigneur de Brezé. Le 
17 décembre 1638, elle rendit son aveu de Grandfond. 

En 1658, le 7 décembre, Pierre Canaye, sieur de 
Palluau eut en partage la terre de Grandrond. Il était 
conseiller au Parlement de Paris et eut pour succes- 
seur Etienne Canaye , aussi conseiller au Parlement en 
1693, puis doyen de la grand'cbambre du Parlement 
en 1725. Le 12 mai 1721, il fit foy et hommage au 
seigneur de Brezé, et rendit son aveu le 26 novembre 
1725. 

Par lettres patentes données à Fontainebleau au mois 
de juillet 1731, le roi lui accorda la permission de 
faire construire dans l'étendue de son fief de Grand - 
fond des fourches patibulaires y des poteaux et autres 
signes de haute justice; et un procès- verbal du 25 oc- 
tobre suivant constate que leâ fondements ont été creu- 
sés et les premières pierres posées pour établir deux 
piliers à liens par dedans et par dehors en signe de la 
haute justice du seigneur de Grandfond, sur une pièce 
de vigne, non loin du village, et dans l'endroit où 
étaient précédemment les Justices ou fourches patibu- 
laires tombées en ruine. 

Etienne Canaye, fils unique du précédent et de Ma- 
rie-Jeanne Garnier de Mentreau, était en 1743-1775, 
seigneur de Grandfond , les Roches , Montreau , Malval 
et Saint-Hean , prêtre du diocèse de Paris et membre 
de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres. 
Il vendit le 7'avril 1775 à Joseph Guillon la terre et 



— M8 — 

seigneurie de Grandfond, consistant dans le château à 
pont-levis renfermé de mars en pierre de taille, haute 
et basse-cour, etc« Droit de haute, moyenne et basse 
justice, etc. Relevant à foy et ho4fnmage simple du 
marquisat de Brezé, sous^la redevance d'un cheval de 
service apprécié à quatre livres tournois. 

Le 7 juillet 1775, M^^ Joachira de Dreux, marquis dé 
Brezé, fit devant le lieutenant particulier en la séné-* 
chaussée de Saumur le retrait féodal de la terre de 
Grandfond qui depuis cette époque a continué d'appar- 
tenir aux marquis de Brezé. 

Le château a été démoli et il n'en reste que quelques 
murailles y ainsi que les douves, une fuie et une mai- 
son habitée par un fermier. / . 

D'après le recensement de 1856, le village de Grand- 
fond était peuplé de 175 habitants. 

Fief FouqueL — Il parait tirer son nom de Jean 
Fouquet, époux en 1448 de Roberde de Brezé. 

Dans un aveu du 15 janvier 1469, Antoine Fouquet 
reconnaît tenir son fief de la seigneuHe de Berne et 
avQiie qu'il est dû u|i chapeau de boutons de roses à 
chaque nouveau seigneur. .: 

Guion Fouquet rendit soii aveu en 1494. 

Nicolas Fournier fit foy et hommage en 1599. 

Olivier Fournier rendit son aveu en 1627. 

Jean Prunier en 1 654. 

En 1757, une demoiselle llessier était dame du fief 

Fouquet, et payait au seigneur de Berrie cinq sous de 

rente ou de service annuel au lieu du chapeau de roses 

mentionné dans les anciens aveux. 

; Chapelles. — r Ily avait encore à Grandfond les cha- 



— 229 — 

pelles de Bonne-Nouvelle et de Notre-Dame de rÉtoile. 
Cette dernière, située dans le haut du village, sur le 
bord ' de Tancien chemin de Saumur à Loudun, avait 
été fondée en 1454 par Maurice Âiidrain, prêtre, chan- 
tre de l'église de Senlis, et dotée de nouveau en 1462. 
Dans Torigine, les héritiers du fondateur présentaient 
le chapelain à Tévêque de Poitiers, qui accordait les 
lettres de provision; maie en 1515, ils cédèrent ce droit 
à Guy de Maillé, seigneur de Brezé, qui le transmit à 
ses descendants. 

LANÇON. 

Le château de Lançon est situé à 2 kilomètres à 
Touest de Brezé. Cette terre parait avoir été donnée à 
Tabbaye du Loroux (1) lors de sa fondation par Foul- 
ques V, comte d'Anjou, et par Aremburge du Maine, 
sa femme, en 1121. 

Ce lieu est appelé Lanceum, Lanchuniy Lanzon dans 
les chartes des xii« et xiii® siècles; Lenczon au xv« 
siècle. 

Vers Tan 1160, Barthélémy de Brezé restitua à Za- 
charie, abbé du Loroux, les dixmes que les moines per- 
cevaient à leur grange de Lançon, et qu'il leur avait 
enlevées par force (2). 

Jean de la Porte, seigneur de Vezins, donna aux moi- 
nes du Loroux, Van 121 7^ la part qu'il avait dans les 
bois de Lançon. En 1221 , le même Jean de la Porte 

(1) Commune de Yecoantes. 
(f) Pièces justificatives n* 1. 



— 230 — 

leur donna tous les héritages qu'il possédait près dudit 
lieu. 

Philippe de Dampierre (1), chevalier, leur abandonna 
aussi en 1233, les dixmes qu'il possédait sur des terres 
et des vignes situées près de Lançon, entre la rivière 
de Dive, le bois de Saint-Aubin et le chemin royal de 
Saumur à Montreuil- Bellay : viam regiam que ducH a 
Salmurio apud Mosteriolum Bcrlnii, Ce qui fut fait 
avec le consentement des six enfants du donateur, 
Guillaume, Jean, Geoffroy, Gervais, Raoul et Barthé- 
lémy (2). 

En 1236, Hugues de la Haye donna aux religieux du 
Loroux, une rente de trois setiers de froment à lame- 
sure de Montreuil-Bellay, que lui devait Thibault de la 
Salle (3). 

Adam, vicomte de Melun et seigneur de Montreuil- 
Bellay, confirme au mois de mars 1248, la possession 
de tous les biens que les religieux du Loroux avaient 
en son fief; et au mois de janvier 1265, Guillaume de 
Melun, seigneur de Montreuil, après avoir pris con- 
naissance de l'acte de son père, y donna toute son ap- 
probation. 

L'abbaje du Loroux avait à Lançon un prieuré dont 
la chapelle ayant été détruite pendant les guerres, fut 
reconstruite au milieu du xv^ siècle. La bénédiction et 
reconsécration , sous le vocable de saint Gaultier, en 
fut faite le 16 mars 1448, em présence d'Aimerio, abbé 

r 

(1) Dampierre près Saumur. 

(2) Charlrier du château de Brezé, titres de Lançon. 

(3) La Salle , château situé dans la commune do MontreuU-Bellay, 
;ippartenant aujourd'hui à M. de Caqueray. 



— 231 — 

du Loroux et de plusieurs religieux; de Pierre Bouchard, 
curé de Saint-Cyr-en-Bourg, frère Guillaume Robinet, 
prieur de Saint-Hippolyte, et Jean Benoit, curé de Sainl- 
Just-sur-Dive. 

Enfin, par acte du & juin 1561, les religieux du Lo- 
roux cédèrent, en échange, à Ârthus de Maillé, cheva- 
lier, seigneur de Brezé, la terre et seigneurie de Lan- 
çon, à la charge de la tenir en plein fief du roi à cause 
de son duché d'Anjou. 

Lançon continua d'appartenir aux seigneurs de Brezé 
jusqu'au 22 novembre 1710, que Messire Thomas de 
Dreux, marquis de Brezé , arrenta cette terre à Pierre 
Calou. René Baillergeau en était propriétaire en 1759. 
Elle appartenait en 1800-1813 à la famille Thibault 
qui la vendit à M. de Laistre. Ce dernier fit reconstruire 
vers 1822 la maison de Lançon, et elle a encore été 
augmentée vers 1847, par M. Armand-Stanislas, comte 
de Laistre, son fils, qm y est mort subitement au mois 
de janvier 1855. 

Cette habitation, située au milieu des bosquets, est 
simple mais charmante. On y voit encore la chapelle 
construile au xv® siècle, et qui sert actuellement de 
pressoir et de cellier. Elle forme un rectangle d'envi- 
ron dix mètres de longueur sûr six mètres cinquante 
centimètres de largeur; au-dessus de la porte, qui est 
surmontée d'un tympan ogival, on voit un écosson 
chargé de trois fleurs de lys qui ont été grattées. Quel- 
ques peintures murateià existent encore dans l'intérieur, 
au-dessus de la place où était l'autel; et près de la 
porte de la chapelle se trouvent les restes d'une statue 
en pierre. 



— 232 — 



MEIGMÉ-SUR-DIVE. 



Le village de Meigné est situé à environ cinq kilo- 
mètres au S. S. 0. de Brezé, non loin du canal de la 
Dive , situation qui lui fait donner quelquefois le nom 
de Meigné-sur-Dive. 

Le titre le plus ancien où nous ayons vu figurer cette 
localité est une charte d'environ Tan 1125, par laquelle 
Airaeric de Curçay {Aimericus de Curchaio)^ conduisant 
sa ûlle religieuse à Fontevrault, donna à cette abl^aye 
un morceau de terre situé «^ Meigné (u/ium frustat/n 
terre apud Maigné) (1). 

Foulques et Jean de la Rochefoucauld^ frères, étaient 
seigneurs de Meigné en 1M5. 

Christophe de la Rochefoucault, fils de Foulques et 
de Marguerite de la Roche, était chevalier et seignetir 
de Meigné vers 1460. Il épousa Michelette de Vallée , 
fille unique de Jean et d'isabeau de Brezé. 

Antoine de la Rochefoucauld était seigneur de Mei- 
gné en 1484. 

Ârthus de Maillé, seigneur de Brezé, possédait le chft- 
teau de Meigné en 1567, et le !«>- juillet 1568 il le 
vendit aux chanoines du Puy-^Notre-Dame , mais il le 
retira par acte du dernier février 1588, et le possédait 
encore en 1594. 

Nous trouvons Eléonore Lepauvre, veuve de Louis du 
Tronchay, dame de Meigné en 1685. 

Un autre Louis du Tronchay, seigneur de Meigné, 

(i) Clypeus Fontebraldensis^ tom. 2, p. 327. 



^ 233 — 

épousa y te 2 avril 1696, à Saint-Pierre de Saumur, 
Marguerile-Jacob de Tigné. 

Enfin, Louis-Joseph-Denis du Tronchay, chevalier, 
était seigneur de Meigné en 1730-1760. 11 prenait en 
outre la qualité de président-sénéchal-lieutenant-géné- 
ral de la sénéchaussée, ville et ressort de Saumur, et 
de maire perpétuel de la même ville; mais il fut dé- 
bouté de cette dernière prétention par arrêt du Conseil 
d'État du roi du 14 janvier 1749. Du Tronchay mourut 
à Saumur et fut enterré à l'église de Nântilly le 16 avril 
1760, à l'âge de 60 ans. Il avait épousé Charlotte Pou- 
lain de Grée, qui vivait encore en 1764. 

Le château de Méigné appartenait à la famille de 
Charnacé en 1797 et 1816. 

M. Perrault, qui en était propriétairii en 1850, le 
possède encore aujourd'hui. 

Le château parait avoir été reconstruit dans le der- 
nier siècle, et au-devant se trouve une vaste cour gar- 
nie d'arbres et flanquée de pavillons carrés aux quatre 
angles. 

En 1856 le village de Meigné était peuplé de 60 ha- 
bitants. 

LA RIPAILLE. 

C'est un hameau situé à un kilomètre au sud-est du 
bourg de Brezé. 11 en est ïait mention dans un titre du 
16 juin 1336. 

Etienne Rondeau rendit en 1354, au seigneur de 
Brezé, son aveu pour raison du fief de la Ripaille. 
' Arnoul Augier en était seigneur en 1481. 



— 234 — 

Louis de Bonaerier rendit son aveu le 22 juin 1573, 
à Arthus de Maillé, seigneur de Brezé, pour raison du 
fief de la Ripaille. 

Le 26 janvier 1G56, Louis Moussault en rendit aveu 
au prince de Condé, marquis de Brezé. 

Perrine Delhommeau, veuve de René-Pierre Mous- 
sault, sieur de la Cousinerie, conseiller du roi, pré- 
sident du grenier à sel de Saumur, habitait la Ripaille 
en 1693. 

D'après le recensement de 1856, il y avait 53 babi* 
tants, dont unç partie sont logés dans des appailements 
souterrains. 

La maison principale, qui appartient à M^e Couscher, 
est un assez gros bâtiment ayant sur la fagade princi- 
pale, touméQ^au nord-ouest, une belle tourelle d'es- 
calier à ouvertures en style gothique fleuri du xv® siè- 
cle. Les fenêtres de la maison ont été refaites à la 
moderne. Autour de la maison se trouvent des fossés 
qui donnent entrée à des caves et ont dû servir autre- 
fois de défense. Une fuie de forme ronde, style du 
XYi^ siècle, se voit près de la maison. On a construit 
en 1860 une charmante chapelle dans le genre du 
xye siècle, sur remplacement de l'ancienne. 

LÀ RIVIÈRE- MARTEAU. 

Le lieu appelé la Rivière^Marteau est situé non loin 
de l'église de Brezé, sur la rive droite du canal de la 
Oive. C'est dans les terrains qui en dépendent qu'on a 
découvert ep 1834, des vases romains, des médailles, 
etc. qui sont aujourd'hui au château de Brezé : ce qui 



— 235 — 

prouve Inexistence , dans ce lieu , de constructions dès 
le temps des Romains. 

Cette terre appartenait, au commencement du xy© siè- 
cle, à la famille Sarrasin. En 1422, Jousselin Sarrasin, 
chevalier, seigneur de la Rivière- Marteau, obtint de 
Charles, fils de Charles VI, roi de France, régent du 
royaume, des lettres qui lui permettaient de réparer 
l'ancienne forteresse dudit lieu, et de contraindre à y 
travailler les habitants des environs, afin qu'elle puisse 
servir de refuge dans les temps de guerre (1). 

Frère Etienne Favereau, prieur- curé de Brezé, et 
frère Guillaume Martinet, son prédécesseur, habitaient 
la Rivière-Marteau en 14â0. 

ê 

Robert Sarrazin, seigneur de la Rivière, rendit, le 
7 novembre 1445, son aveu au seigneur de Berrie, 
probablement Louis d'Amboise. 

Louis de Bouman rendit son aveu de la Rivière- 
Marteau, le 24 novembre 1501, à Philippe de Commi- 
nes, prince de Talmont et seigneur de Berrie. 

Le 15 mai 1514, Charles de Bournan, écuyer sei- 
gneur de Sous-le-Puy, vendit la Rivière -Marteau à 
Guillaume de la Grandière, écuyer, seigneur de Mont- 
geoffroy; mais eHe fut retirée par arrêt du Parlement 
le 3 juillet 1518, au profit de Guy de Bournan. 

Charles de Bournan céda, par échange, cette terre à 
Guy de Maillé, seigneur de Brezé, le 13 décembre 
1526; et le 32 mars 1527, ce dernier fit foy et hom- 
mage à François de la Tremoille, seigneur de Berrie. 

Arthus de Maillé, seigneur de Brezé et de la Rivière- 

(1) Pièces justificatives no IV. 



— 28é -- 

Marteau, fit foy et hommage le ^novembre Î55i. Eil 
1562, il vendit à réméré, la terre de la Rivière, et il 
la retira en 1571. Ârthus de Maillé fit de nouveau foy 
et hommage au seigneur de Berne le ^8 juillet 158i 
pour raison de la seigneurie de la Rivière. 

Charles de Maillé, seigneur de Brezé, fil foy et hom- 
mage-lige le 5 mai 1594. Il vendit à réméré cette sei- 
gneurie le le»" mai 1601, et la retira le 26 juin 1609. 
Il avait néanmoins rendu son aveu le 20 mars 1607 à 
Claude de la Tremoille, duc de Thouat*s et seigneur de 
Berrie, 

La Rivière-Marteau continua d'appartenir aux mar- 
quis de Brezé jusqu'au 20 octobre 1701, que ^Thomas 
de Dreux la bailla à rente à Jacques Màugard. 

Elle appartenait en 1759 à René-François Dut^rtre 
des Roches, et en 1777-1788 à François-Louis Du-^ 
tertre. 

Enfin, le 31 mai 1791, François -Louis Dutertre et 
Marie-Céleste Lehoux, son épouse, la vendirent à Henrf- 
Evrard de Dreux-Brezé, qui Ta transmise à ses descen- 
dants. 

La Rivière-Marteau n'est aujourd'hui qu'une ferme 
dont les plus vieux bâtiments ti'ont' guère que deux 
cents ans. La maison d'habitation porte la date de 
1775 au-dessuà de l'entrée, et le grand corps de bâti- 
ment au sud-ouest de la cour a' été reconstruit pai* 
Henri-Evrard de Dreux, marquis de Brezé. 



^ âS7 - 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



t. 



Acte par lequel il est rappelé que Barthélémy de Brezé resti* 
tua à Zacharie, abbé du Leroux, les diœmes qu^il omit 
enlevées par force. Sans date, mais vers Tan 1160. 

Sciant qui sunt et qui futuri sunt quod Bartholo^ 
meus de Breze décimas quas de nutriment] s omnibus 
que roonachi de Oratorio in grangia sua de Lanchun) 
habebant contra divina precepta et apostolica décréta 
diu violente que abstulerat eisdem monachis in elemo- 
sina pro sainte suo et parentum suorum in capitulo 
Oratorii dimisit et in manu domni Zacharie tune Ab- 
batis ejusdem loci misil. Teste Gaufrido Bevin, Rai- 
naudo de Crele, Rainaudo de Brese, Chpichel, Girardo, 
Johanne Tegulariis, Johanne de Brium, et mnltis aliis, 
Ea propter idem Bartholomeus centum et X Solidos de 
caritate ecclesie habuit. Quod ut ratum haberetin per- 
petuam, hoc ipsum in manu Garnerii Losdunensis ar- 
cbipresbiteri et Rollandi fratris ejus postmodum fir- 
mavit, coram Bartholomeo Petot et Johanne de Monte- 
cantorii presbiteris. Hoc idem concesserunt Handinia 
uxor ejusdem Bartholomei, Bartholomeus filius ipso- 
rum jjrimogenitus , Petrus et Ricberius fratres Bar- 
tholomei. Testes Nicolaus de Sanclo Paer, Aimericus 
Âcardi, Simeon de Mairum, Agnes de Castellone. 

(Chartrier du château de Brezé, titres de Lançon. Original en par- 
chemin avec un fragment de sceau sur double queue.) 

REP. ARC. 17 



288 — 



II. 



Bail à rente par Simon Chamaillarl à Geoffroy de Brezé de 
tout ce quHl avait à Grandfond. iSOS. 



Symon Chamaillart, che- 
valier bailla et ocireia a 
loufrey de Brese, cheva* 
lier tôt quanque ledit Sy- 
mon aveit à Grantfonz, à 
Marcon e es paroisses de 
Chatigne, de Coudrei, de 
Oumes Saint-Florenz , de 
Ditre, et a Saumur, mou- 
vant dou fei de Fenou 

por vint libr de servige de 
rente tos les ans en monee 
corant a rendre au de- 
vant dit Symon Chamail- 
lart... a Grantfonz. 



Simon Chamaillart, che- 
valier , baiHa ei oetroia & 
Geoffroy de Brezé, cheva- 
lier, tout ce ^ue ledit Si- 
mou avait à Grandfond^ à 
Marson, dans les paroisses 
de Chétigné , du Coudray- 
Macouard, des Ulmes Saint- 
Florent , de Distré et à 
Saumur, mouvant du fief 
de Fenou, pour vingt li- 
vres de service de rentç 
tous les ans en monnaie 
courante, à rendre au sus- 
dit Simon Chamaillart, à 
Grandfond. 



(Gfaartrier du château de Brezé. Original en parchemin dout le 
sceau est perdu.) 

m. 

Donation-partage faite par Geoffroy de Brezé, de tous ses 
biens, entre Catherine de Brezê, femme de'Mccéde FEtang, 
Jean de Brezé H Marguerite et Agnès sœurs de ce dernier. 
Lundi après Pâques , 1302. 

m 

Saichent touz presenz et avenir que comme Mace de 
Lestang, vallet, et Cathiçrinç, sa femme, fiUe et hère 



Monsour johan de Brese, fen jadis chevalier et fiz ja- 
dis cellui feu de noble home monsour Jouffroy^ sei- 
gnour de Brese chevalier, ladite Katherine souffesam- 
ment autorisée doudit Mace son seignour quant à ce. 
aient pieca octrie et este dassentement de lour pure et 
bonne volente..* que ledit Monsour Jouffroy, sire de 
Brese, père doudit feu Johan feust et peust faire tout 
a sa volente parties, divisions ou aumosnes de tous ses 
héritages, ses conquestes faites ou a faire queles que 
elles saient ou fusent en quelconque manière que ledit 
Monsour Jouffroy vaudreit et a lui plerait. C'est assa- 
voir a Johan de Brese dicellui Monsour Jouffroy fiz et 
de Madame Aalizon de Boure, feue jadis sa femme et 
axis autres frères et suers dicellui dit Johan nés ou a 
procréer ou a procrer desdits Jouffroy et Aalizon. Et 
aient enquores volu... lesdits Mace et Kalrine en ce 
fessant que telles parties devisions ou donneîsons feroît 
ou voudroit faire quant il voudroit, ledit Monsour 
Jouffroy a ses ditz enfaûs de lui et de ladite dame 
Aalizon, sa famé, de ses ditz héritages et conquestes et 
quelque manière que il les feroit ou voudroit faire 
tant au profcit diceux Mace et Katherine, sa famé 
comme au domage... saient fermes et estables a tou2- 
jourz mes en perdurable fermeté sanz ce que iceux 
Mace et Katrine ne lours heirs ne autres qui deux aient 
cause veinsessenl ne peussent venir encontre... Et aient 
enquores volu et este dassentement lesdiz Mace et Ka- 
trine que des choses immobles et heritaux qui lour 
vendront et escharont empres la mort... dudit Monsour 
Jouffroy ils ne puissent ensemble ne chacun par soy 
riens donner vendre ûe aliéner que celles choses et 



— U6 — 

celle succession ne retournassent aus diz heirs doudii 
Monsour Jouffroy et de ladite feue Aalizon empres la 
mort de ladite Katrine si elle moreit sanz hers de sa 
chair et procrer en mariage ou si les heirs de le mo- 
raient sanz vivans deux en mariage volanz enquores se 
is fessaient riens contraire aus çhouses davant dites 
que tout ce qui fait en seroit sait de nulle valour et de 
nulle force... Et aient este ledit Mace et Katrine de 
toutes lesdites chouses tenir jugiez et coUdempner a 
lour requeste^ si comme ceste chouses davant dites 
nous veismes contenues plus pleinement entre autres 
chouses en dous pères de lestres saines et entières dont 
lune estoit dou seau le comte d'Anjou données a San- 
mur le joedi avant lascension lan de grâce mil dous 
cens quatre-vinz et seize, et laulre dou seau le roy de 
France donnée a Louduij. le diemenche empres la feste 
de linvention Sainte-Croix en lan dessus dit... Et le da- 
vant dit Monsour Jouffroy sires de Brese establi en 
bons sens et en bonne santé... désirant et volant oster 
toutes manières de dissensions... qui empres son de- 
ces... pourraient isser et venir... entre ses heirs... 
icellui dit Monsour Jouflroy en notre cort a Sauraur 
personaument en drçit establi les devisions et les par- 
tages de ses biens. 

Premièrement a la dite Katherine, fille dudit Mon- 
sour Johan, feu et fiz aisne dudit Monsour Jouffroy 
pour toute telle partiç ou portion que elle a et puet 
aver et comme il li... doit advenir... il assigne et baille 
a la dite Katherine, femme dudit Mace... le herberge- 
ment de Brese ensemble o les mesons, les vergîers, les 
roches, les çpurtilz, les terres, les vignes et les autres 






— 24t — 

appartenances dicelluy herbergement si comme il se 
poursuit entre les murs. Item les cens et sourcens... 
deuz à Brese... Item son molin de Bafous (1)... Item 
toute sa terre de Granfons o ses appartenances... et 
toutes les choses qu'il achapta de feu Symon Ghamail- 
lart jadis chevalier... et toute la dixme de Brese de 
ble, devin et dautres chouses... et especiaument payant 
chacun an la rente que ledit sire de Brese a assigne... 
pour une chapellenye qui a fonde ou manoir de Brese 
en la manière qu'il est contenu en son testament... 

Item lessa et bailla... toute la terre et Theritage 
qu'il tenoit pour reson dune feue famé que il avoit, 
cest assavoir a la more dudit Monsour Johan de Brese 
feu et a icelle... icelluy Monsour Jouffroy veut et or- 
donne que ilz saient a touzjours mes a Johan de Brese 
son fiz et a ses autres enfanz de lui et de ladite Âalizon 
sa feue famé... en la manière qui empres est divisée... 
Cesl assavoir que ledit Monsour Jouffroy donne et as- 
signe audit Johan son fiz et fiz aisné de ladite feue 
Aalizon en avantage... le herbergement de la Varenne{^) 
veut... que celuy Johan en l'héritage a ladite feue 
Aalizon... jouyra comme aisné... cest assavoir les douz 
parz et les autres la tierce... excepte toutefois telle par- 
tie comme Agnes et Marguerite ses suers en jouiront 
selon la manière empres divisée, c'est assavoir ladite 
Agnes cinquante livres de rente et cinq cens livres en 
deniers, et ladite Marguerite trente livres de rente et 
douz cens livres en deniers, et jouyront cestes chouses 

(1) Le moulin de Baffou est dans la commune de Brezé. 

(2) Dans la commune de Gharcë, canton de Thouarcé. 



ballées a chacune si comme elle sa piustoât mariée... 

Et toutes les autres cbouses qui ensuivent après cest 
assavoir le herbergement de Longueville^i)... 

Le herbergement de Noient (9)... 

Item son herbergement de Doé et quelconque il a en 
cette ville. 

Item le herbergement de la Salé (9) et les molins et 
les rentes... dicellui leu et denviron. 

Hem les fromentages et les cens, les rentes... qne 
ledit sire a a Conldrey (4) et les molins de la Mothe (5) 
qu'il achata de Henri Gale... 

Item son herbergement de Saint-Hippolyte (6). 

Item son herbergement de la Bochardière (7). 

Item toutes les rentes qu'il a a Champaigne-le- 
Sec (8)... 

Item le herbergement et les vignes de Bai- 

gneux (9)... 

Et est assavoir que ledit Monsour Jonffroy retient i 
^on tour ses biens desus deviser touz le tems de sa 
vie... 



(1) LongueviUe, dans la commune de Saint-Ellier, canton de 
Thouarcé» 

(2) Noyant, canton de Gennes. 

(3) La Salle, château dans la commune de Hontreuil-Bellaj. 
(i) Le Coudray-Maeooard. 

(5) Les moulins dé la Motte, commune d^Artaanes, prés Saumur. 
(6j Saint-Hippolyte, commune de Saint-Just-sur-DWe. 

(7) La Bouchardière, château ruiné dans la commune de Saint-Cyr- 
en- Bourg. 

(8) Champigny-le-Sec, commune de Souzay, prés Saumur. 

(9) Bagneux, prés Saumur. 



— 24S — 

Ce fv^t ce £siit:çt saelle daM sçap de celle 4Ue cprt 
de Saumur a s^ requeste ensemble a son propre seau 
pour autre fermeté en tesmoins desdiles chouses le 
lundy empres Pasques la^ de grâce mil trois ceoz et 

djQUZ. 

(Chartrier du château de Bresé. Origiiial en parchemin scelàè 9u* 
treibis de deu]^ sceajix dont il ne reste que ^s fra^ipents, s^r Tun 
desquels parait une petite partie d'un écusso.n chargé de trpis çroi- 
seltes en Orle). 



IV. 



Lettre de Charles, fils de Fraise et régeM du royatme, par 
laquelle il est prwvé que te mgnmr delà Bivjière'J^arMu 
a droit de guet et garde au cHfeau dudil lieu* 91 ^oût 
U2g. 

Jean Papînot, lienlenaQtrgéncral de Monsieur le bailli 
des ressorts et exemptions de Toura^ne, d'Anjou e,t du 
Maine et du Poitou, commissaire du roy nostre sire en 
ceste partie, au premier sçrgenj royçil dudict baiUiage 
qui sur ce sera requis sajkut nous avons receu les lejt- 
tpes royaulx de Monseigneur le regend desquelles la 
teneur s'ensuit : Charles, fîlz du roy de France, régent 
le roy^uipjç, daulphin de Viejinoys, duc de Berry> de 
Tpuraine et cQmte de Poitou au bailli des ressorts et 
exemptions de Towraine, d'Anjou, de Poitou et du 
Maine ou a son, Ueuteiiant, salut* Pe la piirtie de nostre 
ame et féal Jousselin Sarrasin, chevaliçjr seigneur de h 
Rivière-Marteau, noms ^ été expçtôé comme il ail audict 
lieu de la Rivière-Marteau une ancienne bonne ,çt po-* 



— lU ~ 

table forieresâe assise en irés-forte place sur destroyz 
de pons et passages qui de tous temps a esté et est 
gardée en et soubz la vraye obéissance de mondict sei- 
gneur, de ses prédécesseurs de nous telement que au- 
cun inconveniant ne sen est ensuy a mondict seigneur, 
a nous ne a la cbose publique dudit pays et combien 
que les manans et habitants en ycellui pais qui ont et 
peuvent avoir leur plus prompt et seur retrait et refuge 
en icelle forteresse soyent tenus de y faire guet et 
garde et aussi de contribuer a la reparacion dicelle 
néantmoins, aucun desdits manans et habitants ont esté 
et sont contredisans et refusans de y faire guet et garde 
et aussy de contribuer a ladite reparacion pour laquelle 
chose ladicte forteresse serait en aventure destre prinse 
et occupée par les ennemis de ce royaume dont incon- 
veniant irréparable se pourroit ensuir tant a mondit 
seigneur et a nous et aussi audit exposant que aux 
manans et habitants ou dit pais se par nous nestre sur 
ce pourveu de remède de justice si, comme dit ledit 
exposant requérant humblement ycellui, pourquoy nous 
ces choses considères vous mandons et pour ce que de 
la garde des chasteaulx et forteresses de ce royaume 
la cognoissance appartient aux juges et officiers de 
mondit seigneur et que vous estes si comme len dit le 
plus prochain juge royal des lieux... que appeler ceuix 
qui seront a appeler vous contraignez ou faictes con- 
traindre a faire guet et garde a ladite fortelresse et à 
contribuer a la réparation d'icelle les mannans et ha- 
bitants qui ont ou peuvent avoir leur plus prompt re- 
trait et refuge... Mandons et commandons à tous les 
justiciers... 



— 245 — 

Donne a Poitiers le dernier jour daost lan de ^ace 
mil quatre cens vint-deux. 

Par vertu et autorité desquelles lettres royaulx des- 
sus transcriptes et du povoir a nous donne et commis 
par ycelles et à la requeste de noble homme messire 
Jousselin Sarrasin, chevalier nomme en ycelles nous 
vous mandons... que vous adjourniez toutes et cha- 
cunes les personnes qui de la partie dudit chevalier 
vous seront a certain jour et compettant par devant 
Monsieur le bailli ou son lieutenant au siège de Chinon 
pour venir veoir exequer, enterigner et accomplir le 
contenu es lettres royaulx dessus transcriptes, leurs cir- 
constances et dépendances et en outre comme de raison 
sera. Donné à Chinon soubz le seel ordonne auxeauses 
dudit bailliage le xx« jour doctobre lan mil quatre cens 
vingt et deux. 

(Ghartrier du château deBrezé. Titresrfhe^la Rivièr&rMarteau. Ori- 
ginal en parchemin, scellé sur queue de parchemin d'un sceau en cire 
roug« mais brisé.) 

Louis Raimbault. 



ERRATA. 

Page 66^ ligne 3, Brescum^ lisez Broseum. 

— 66, — 4, Braiscium, — Braiseium. 

— 66, ; — 4, Braysdum, — Brayseium. 

— ^6, — 8, Leegat, — Leegart^ 

— 66, — a, Milsende, — Mileseode. 

— 67, — 6, Molette?, — Meriettos. 

— 68, — 2, Auvray, — Quercy. 

— 68, — 8, Cbasseraye, r— Gbausseraye. 

— 69, — 15, Marguerite, — Marguise. 

— 09, — 21, Arlhur, — Arthus. 

— 71, — 18, Latr, — Latz. 

— 73, -^ 5, MineroUe, — Mimerolle. 
^— 74, — 8, Saguié, — Saguier. 

— 76, — 28, Ruy aie-Marine, — Royal-Marine. 

— 80, — 6, D*fiy8;4art, — FËyssat. 

REP. ARC. 18 



CHRONIQUE. 



IMm faMs mm M— ég* 

Par M. Levesque, négociant à Angers, huit lots de 
pièces françaises et étrangères, quelques-unes en argent, 
les autres en cuivre, toutes modernes. 

Par M. Galard, agent- voyer, et par Tentremise de 
M. Poisson, inspecteur-voyer d'Angers, deux fer$ de 
lance, un étrier, un fer à cheval, trouvés au pont de 
Porteau dans le lit de TAuthion (commune des Rosiers). 

Par M. Victorin Larevellière, ancien député, trois 
moules en piçrre (années 1780-1781), trouvés à la 
Durandière, commune de Juigné-Béné. Ce sont des 
moules pour agrafes de manteau et boucles de souliers 
de paysans. 

Par MM. Lachèse, plumet donné en 1799, à la Mal- 
maison^ comme souvenir, à M. Grégoire Lachèse, chi- 
rurgien-major de la garde des consuls, par le capitaine 
des guides Eugène Beauharnais, devenu plus tard prince 
et vice-roi d'Italie. 

Par M. Guillory aîné, président de la Société indus- 
trielle, uqe belle médaille en bronze de Philippe V, roi 
d'Espagne (auparavant duc d'Anjou). 



- 247 — 

Par le même, uae très-belle médaille (haui-*relief) de 
Ruzé Defflat, «arintendant des finances. 

Ruzé Deffial, qui fut gouverneur d'Anjou, fit cons- 
truire à Saumur, vers 1626, le grand bâtiment qui joint 
l'église de Notre-Dame-des-Ardilliers du côté de la ri- 
vière. Sa fille, première femme du duc de la Meilleraye, 
morte. à Paris, le 20 avril 4683, âgée de vingt ans, re- 
pose dans Tune des six chapelles du dôme de cette 
église. 

V. G.^F. 



Neus apprenons que Son Exe. M. le Ministre d'État, 
par renlreroise de M. de Lon^enrier, de PInstitnt, et 
sur la demande de M. Godard, vient d'accorder au Mu- 
sée des antiquités d'Angers, cinquante vases, dont vingt- 
neuf de poterie étrusque et les autres de style pbénico- 
corinthien, tous de la plus haute antiquité et provenant 
du fonds Campana. 



Au mois de novembre 1490, Jean Falet, maire et 
prévôt de la monnaie d'Angers, fonda la Chapelle Falet 
dans la rue de la Cloche, près de la Poissonnerie. Elle 
prit aussi le nom de Nolr^J)ame-de-Bon-Secours ou 
Saint-Jacqueç-de-la-Petite-Boucberie. 

Lors de la révolution cette chapelle fut à moitié dé- 
truite, et fut convertie en maison particulière. 



— 248 — 

Par suite des projets d'agrandissement de la place 
Gupif ce qui reste de cet oratoire est en voie de démoli- 
tion (avril 1863). 

Tout auprès existe encore un logis de chapelain du 
xv® siècle qui va également disparaître. 

Une découverte qui peut offrir un certain intérêt pour 
les amateurs de* numismatique a été faite dans la forêt 
domaniale de Monnoie. 

Le 14 du mois de novembre 1862, sur les bords du 
chemin vicinal de Saint-Philbert au Loroux et sur le 
territoire de la commune de Vernantes, des ouvriers, 
employés par l'administration des forêts à faire des se- 
mis de glands, ont trouvé presque à fleur de terre, deux 
pots qu'ils ont brisés et qui renfermaient seize cents 
pièces de cuivre et quatre pièces d'argent. 

Les pièces en cuivre portent généralement les effigies 
de Henri IV et de Louis XUf, 

Quelques-unes sont d'un module plus large et moins 
épais que les premières, sans effigie du roi régnant. 

Les quatre pièces en argent sont de diamètres iné- 
gaux. 





CONDITIONS DE L'ABONNEMENT. 



Le Répertoire Archéologique de VAnjmi parait le le' de 
chaque mois , par livraisons chacune de deux feuilles d'im- 
pression* 

Le prix de l'abonnement, pour les personnes ne faisant pas 
partie de la Commission Archéologique, est de 5 francs par an 
pour Angers et de 6 francs par la poste. 

Les abonnements sont reçus chez tous les libraires du 
département. 




co 





SOCIÉTÉ IMPÉRULB D'AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS 

ANCIENNE ACADÉMIE IFAN6ERS. 




I i^c^ COIIISSIOI ARCIËOLOfilQUE 

1^— /^^ 



DU DEPARTEMENT 



DE MAINE ET LOIRE 



RÉPERTOIRE ARCHÉOLOGIQUE 



DE I/ANJOU 



Année it»«S. — Juin -Juillet. 




ANGERS 

PRIMERIE DE GOSNIER ET LAGHÉSE 

Chansnéc Saint-Pierre, 13 

1863 



"Tj^L-' 



'CQ 




ARMORIAL 



DES 



ÉVÊQUES ET ADMINISTRATEURS 



DE L'INSIGNE ÉGLISE D'ANGERS. 



1. 



3iC 



L'on est accoutumé à Angers à nommer Salle syno- 
dale^ la spacieuse galerie a laquelle conduit le bel es- 
calier de Rohan, et qui joint, d'une part, aux apparte- 
ments épiscopaux, et de l'autre, à la cathédrale. En 
effet, les synodes tenus par les évêques des trois der- 
niers siècles, une ou deux fois l'an; n'eurent pas d'autre 
lieu de session. C'est donc, aux yeux du public, la salle 
proprement dite du clergé et de son évéque, du pas- 
teur et de son troupeau, du corps ecclésiastique et de 
son chef. Je ne discute pas la convenance de ce terme 
de Salle synodale^ je veux seulement constater qu'ail- 
leurs, dans d'autres diocèses, cette salle d'apparat, 
en raison de ses vastes proportions, du siège épisco- 
REP. Ane. 19 



— 250 — 

pal avec dais à queue ou dossier, qui y est en perma- 
nence (i), des prélats qui y ont passé, cette salle, dis-je, 
est populaire sous les noms de Grande salle^ Salle du 
trône, SaUe des Évêques. 

Et réellement cette salle est celle des Évéques, car le 
trône y est installé pour leur Grandeur^ le synode n'y 
réside qu'avec eux, sa vastité, comme parlait Montaigne, 
répond autant à la dignité épiscopale qu'aux besoins 
d'une réunion extraordinaire. 

Vivant, l'évêque y manifestait sa vie publique, sa vie 
officielle, de représentation. Au moyen âge, il y tenait 
sa court y exerçait sa juridiction spirituelle et tempo- 
relle, fulminait ses monitoires, recevait le chapitre aux 
jours de fête ; jusque dans ces dernières années, il en 
sortait paré pour l'office pontifical, alors que le chœur 
venait le saluer parles acclamations joyeuses du Salve 
de l'évêque Fortunat. 

Mort, le prélat y était couché «ur un lit de parade, 
qu'entouraient les pieux fidèles, jetant un dernier re- 
gard, mêlé de larmes et de prières, sur le pasteur qu'ils 
chérissaient. 

La salle n'était donc pas exclusivement faite pour le 
clergé, mais surtout destinée à l'évêque; l'un n'y ve- 
nait que rarement, accidentellement, l'autre s'y mon- 
trait constamment, toujours. Aussi, cette épithète de 
synodale accolée à la salle épiscopale par excellence, 
me choque et me parait un non-sens, une regrettable 

(1) L*étiquette, usitée à Rome et dans toute Tltalie, veut que Té- 
yêque ait toujours deux dais de drap yert dans son palais ; Tun,' placé 
dans Tantichambre, abrite les arnïoines épisbojiales, peintes ou 
bi^odées ; rsratre, dams la sftlle du trône, sert aux rée^ptimiSioflBcielles. 



— 251 — 

confasion de temeSy sacrifiant l'accessoire au fKriilcipal, 
le transitoire au durable. 

Vivants et morts,! les évéques ont occupé cette salle. 
Mais rien ou presque rien n'y indiquait Tépoque et \e^ 
durée de leur passage. Leur souvenir s'effaçait avec etix, 
et leur eiBgie n'était pas là pour remémorer leurs 
traits oubliés. 

Restaurateur en Anjou du culte du passé, M^ Ânge- 
bault a compris cette lacune dans les annales de son 
Église, et avec ce zèle, cette intelligence que l'âge 
n'arrête pas, il a de suite songé au moyen de suppléer 
à ce qui manquait jusqu'alors. 

Il se rencontre dans toute administration de ces dif* 
Acuités de ressources, d'hommes, de positions, qui en» 
travent ou empêchent l'exécution des meilleurs désirs. 
Aussi, ce n'est que de ces années dernières qu'a pu se 
réaliser enfin, encore en partie seulement, le rêve 
dont Sa Grandeur se berçait depuis longtemps. 

L'.évêque vit dans l'histoire de son diocèse par son 
nom, qui caractérise les gestes (i) de son épiscopat, 
par son portrait qui transmet sa physionomie aux gé- 
nérations futures, par ses armoiries qui sont l'emblème 
de convention au moyen duquel il s'est représenté lui- 
même. 

Or, k salle des évêques devait perpétuer, pour s'ap- 
proprier à sa véritable destination, cette triple mani- 
festation historique. 



(1) La vie de Guillaume Le Maire est ainsi intitulée : Gesta Guil- 
klmi MajorU Andegavensis Episcopi ab ipsomet relata, apud d*Âehery 
SpicUegiumf t. X, p. 247 et suiv. 



— 258 — 

Le long des iniirSy aux quatre points cardinaux, se 
cramponneront avec la pierre, la toile et le bois, les 
séries, aussi complètes que possible, des noms, des 
portraits et des écussons épiscopaux. 

Sur la jMerre sera gravée et teinte en rouge, comme 
les rubriques des anciens livres et les inscriptions de 
Rome chrétienne, la liste officielle des pasteurs légi- 
times qui, par succession et de droit, non de fait, ont 
gouverné ou administré Vinsigne église d'Angers (1) ; 
et avec les noms et prénoms, le numéro d'ordre selon 
la succession chronologique, nous énumérerons les 
titres et dignités de chacun, ajoutant les dates ex- 
trêmes de son épiscopat. Cette liste n'est pas encore 
terminée ; il y a tant de doutes à lever, de difficultés à 
éclaircir, de controverses à éliminer, de points en litige 
à fixer, qu'avant de se prononcer, il faut avoir en 
faveur de son opinion le témoignage d'une conviction 
affermie par l'étude. 

Nous sommes pauvres en portraits et à ceux de 
Charles Miron, Claude de Rueil, Henri Amauld, Michel 
le Pelletier, Michel Poncet de la Rivière, Jean de Vau- 
giraud, Jacques de Grasse, et Michel Couët du Viviers 
de Lorry, j'ai été assez heureux et bien secondé pour 
•pouvoir ajouter ceux de Guillaume cardinal d'Estoute- 
vilie, et de Jean cardinal Balue, auxquels s'ajouteront 

(1) Il est dit de Jean de Beauyau, dans son épitaphe (1479) : 
Domifius Johannei de Beauvau^ hujus insignis ecclesie quondam 
pastor egregius. — Henri Arnauld termine ainsi son Bréviaire de 
Tan 1664: « Laus Deo, Virgini matri Mariœ, necnon beatissimis 
Martyribus Mauricio, ac S. S. Maurilio et Renato insignis ccclesiae 
Andegay. Episcopis et patronis. » 



— 253 — 

promptementy je Fespère, ceux non moins désirés de 
Rainaud de Martigné, Jean Michel, Jean de Rely et 
Jean Olivier. 

Quand j'eus l'honneur d'être chargé par M«t l'évêque 
d'Angers de préparer Y Armoriai de ses prédécesseurs, 
au profit de la décoration de la salle épiscopale, je me 
trouvai en présence de difficultés multiples, que je ne 
puis dissimuler, parce que l'exposé de ce qu'il m'a 
fallu vaincre sera la meilleure justification de mon 
œuvre. 

La première question que je dus me poser, fut celle- 
ci : TArmorial des Évêques existe-t-il quelque part? 

Après des recherches réitérées et assidues, j'acquis 
la conviction qu'il était entièrement à créer, et que 
Bruneau de Tartifume, J. Balain, Lehoreau, Gaignières, 
et Pocquet de Livonnière, avaient plutôt commeqcé et 
ébauché que complété et achevé cette étude. 

Bruneau de Tartifume donne, à l'occasion des mo- 
numents qu'il décrit, surtout en parlant d'Éventard, 
résidence d'été des évêques, de mauvais dessins à la 
plume des écussons qu'il y rencontre. Les couleurs 
n'y sont point indiquées, et le caractère archéologique 
de chaque blason n'y est observé qu'à peu près. Somme 
toute, on note dans ses deux volumes une dizaine d'é- 
cussons, qui ne constituent pas un traité proprement 
dit. 

Au xviii^ siècle, se présente Jean Balain qui, dans le 
cours de ses Annales^ insère de bons dessins, exacts 
ordinairement pour la partie héraldique, mais agencés 
dans des cartouches, avec des supports, attributs et 
emblèmes, le tout bien évidemment de sa composition. 



— 25A — 

II commence assez tôt, termine tard, et nous offre en 
tout une collection d'une quinzaine d'écùssons. 

Le chapelain Lehoreau est de nos héraldistes épis- 
copaux un des plus sérieux et des plus utiles i con- 
sulter. Ses vingt-quatre écussons dessinés et coloriés 
avec soin, n'ont généralement d'autre défaut, à part 
celui de Rohan et les cinq derniers, que d'être unifor- 
mément représentés, comme s'ils appartenaient, crosse 
et écu, à des évoques du xvin* siècle. 

C'est ce travail que M. Godard a fait reproduire, 
mais avec une modification de crosse et d'écu, sans 
toutefois éviter l'uniformité, sur la litre funèbre qui 
entoure la partie supérieure du Musée de la ville (1). 

L'Armoriai de Lehoreau débute par Hubert de Ven- 
dôme et s'arrête à Michel Poncet de la Rivière. 

Pocquel de Livonnière embrasse la même période 
de temps, et justifie le texte qu'il blasonne par des 
dessins réduits en couleur : texte et dessin ne valent 
guère mieux l'un que l'autre. Quoiqu'il compte jusqu'à 
27 écussons, trois de plus que Lehoreau, son autorité 
est suspecte. Ainsi il attribue à Michel Villoiseau les 
armes connues de Mathieu de Loudun, et, mieux en- 
core, cite en preuve un vitrail de Saint-Julien du Mans. 

Enfin, le marquis de Gaignières, dans son riche Por- 
ièfeuilley soigneusement conservé ett partie à la Biblio- 
thèque impériale de Paris, donne sous le n® 164, une 
série fort bien dessinée, d'après les monuments, tom- 
beaux, vitraux, autels, sceaux, etc., d'armoiries épis- 
copales, de Raoul de Beaumont à Poncet de la Rivière. 

(1*) Godard-Faultrier, Nouvelles archéologiques ^ no 19, p. 6 et 7. 



— 255 — 

Jfaurai souvent occa&ion de le citer, parce cpft^. eofi tpa^ 
vail est à la fois le plus complet, le plus exact et le 
meilleur. 

Comparés entr'eux, ces héraldtsCes ne se trouvent pas 
d'accord, souvent sur des points assez importants. La 
confusion est encore plus grande, si j'appelle à mon 
secours les armoriaux, écrits ou imprimés, de la Biblio- 
thèque de la ville. Pour sortir de cet inextricable la- 
byrinthe, voici la marche que j'ai suivie : c'était à la 
fois la plus directe, la plus sûre et la plus rationnelle. 

J'ai rech^ché sur les murs, les livres, les gravures, 
les écussons originaux peints, sculptés ou gravés, afin 
de posséder la forme, les meubles, las attributs, sinon 
les émaux de l'écu. Il s'agissait d'une restitution inté- 
grale que l'archéologie seule pouvait donner. Je voulais 
en effet l'écusson tel que l'évoque l'avait porté. 

Quand les originaux me manquaient, je faisais appel 
aux abbayes, aux évéchés par lesquels passèrent nos 
évéques, aux iamilles dont ils furent la gloire, au pays 
qui les vit naître ou les adopta, 4ux ouvrages qui acci- 
dentellement ou à cause de )ôur nom, de leur généalogie, 
jugèrent à propos de fournir une description de leurs 
mares. 

Je dois ici des remerciements bien sincères à tous 
ceux qui , par leur correspondance empressée , m'ont 
donné tant de facilité dans la déterminatiqn exacte des 
blasons sur lesquels je le$ consultais. Leur nom figurera 
nécessairement daos la liçte des sources auxquelles j'ai 
puisé : c'était justice; qu'ils y voient ajussi l'expression 
de ma gratitude. 

L'écu, ainsi déterminé dans sa forme archéologique, 



— 256 — 

ses meubles vrais, ses émaux, sinon certains, au moins 
les plus probables, — or, j'entends ici par probabilité, 
plusieurs témoignages qui concordent, — le doute n*a 
pu se présenter parfois que pour quelques accessoires, 
la crosse et la mitre par exemple. Il était facile par 
des analogues de rétablir l'écusson dans son intégrité : 
nous avons donc copié ces modèles. 

Une difficulté nouvelle surgit pour Texécution. Deux 
systèmes avaient été présentés, et ils avaient pour eux 
la sanction du passé et l'autorité de l'exemple. L'un 
demandait une litre funèbre, l'autre, des verrières. 

Je n'adoptai aucune de ces idées, toute réflexion faite 
et conseil pris d'hommes compétents. La litre funèbre 
ne paraît que sur les murs des églises et aux dernières 
années du xv^ siècle; de plus, elle implique un droit ., 
de patronage. Son apposition sur la muraille déjà ^ 
peinte entraînait des démarches officielles, puisque la 
salle épiscopale dépend, comme monument, du minis- 
tère d'État. Il fallait à la fois être libre et ne pas 
s'emmailloter dans des précédents qui étaient justes 
et acceptables autrefois, mais qui maintenant sont faux 
et inutiles, puisqu'ils n'ont plus leur raison d'être. 

A Tours, les armoiries archiépiscopales forment la 
décoration des fenêtres. A Angers, cette même mesure 
devenait impraticable, parce que les éôussons eussent 
été trop petits, trop à portée d'être dégradés et surtout 
fixés sur une matière trop fragile. 

Nous avisâmes alors à ornementer, d'une manière 
monumentale, la partie supérieure de la salle, jusque là 
restée nue. Des panneaux de bois, hauts d'un mètre, 
de forme ovale, pour mieux s'assouplir aux contours 



— 257 — 

variés des écussons; furent donc taillés, et sur ces plan- 
ches solides, épaisses, teintes en brun, s'enlevèrent en or 
et en couleur, nommées par une rubrique au minium, 
les armoiries des Évéques de l'insigne Église d'Angers, 

En adoptant l'ovale, je ne prétends point blâmer 
l'ogive qui termine les panneaux employés au Musée 
de la ville. J'ai seulement tenu à choisir pour type 
général, celui qui, tout en restant.en parfaite harmonie 
avec l'ensemble de la décoration, pouvait le plus favo- 
rablement accueillir cette multiplicité de détails, qui, 
depuis deux siècles, envahissent et surchargent les ar- 
moiries épiscopales. 

Nouvel embarras, au sujet de la chronologie, qui géné- 
ralement peu sûre d'elle-même,!!' offre pas constamment 
des dates certaines, ni une succession parfaitement au- 
thentique. Aussi, afin de pouvoir donner sur chaque 
évêque une courte notice, j'ai comparé ensemble les 
inscriptions de leurs tombeaux, les listes du Rituel du 
diocèse, et celles du Gallia christiana, de Guy Arthaud, 
de Bodin, et du chanoine Tresvaux. De tout cela résulte 
une chronologie qui, sur certains points, est entièrement 
nouvelle, mais infiniment plus probable que les autres. 
Avec le Gallia christiana, je n'ai pas craint de remettre 
Auger de Brie sur le siège qu'il avait administré : avec 
Rome, j'ai replacé dans la liste officielle Guillaume 
d'Estouteville, systématiquement écarté par l'influence 
gallicane. Donc, deux nouveaux noms, sur la liste et 
les écussops. 

L'on a blâmé, bien à tort, ce me semble, la répéti- 
tion des écussons de Beauvau , de Balue et de Miron. 
En les mettant autant de fois qu'ils ont occupé Je siège 



- 258 — 

d^Angers^ nous n'arons été que conséquent avec notre 
principe bien arrêté de suivre strictement l'ordre chro- 
nologique. Tout comme pour les évêques dont les ar- 
moiries ne nous sont p^s connues, nous avons laissé le 
panneau vide, la génération qui noiïs succédera sera 
peulrêtre plus heureuse dans ses recherches et pourra 
terminer ce que nous n'avons mé hasarder. Nous sup- 
posons que chaque évêque, à sa prise de possession, 
a suspendu ses armes aux parois delà salle épiscopale. 
Si révêque quitte, puis reparaît, n'est-il pas naturel 
qu'une seeonde fois il attache de nouvelles armoiries, 
qui spécifient sa nouvelle intronisation ? Sans cela, il y 
a doubles lacunes dans la succession, au point de vue 
de l'art héraldique : interruption à l'occasion des ar- 
moiries inconnues, autre interruption si, par exemple, 
de Fouquet de la Yarenne on passe subitement à Claude 
de Rueil; sans tenir compte de Charles Miron, sous 
prétexte que ce dernier a déjà figuré une première fois, 
avant son neveu de la Varenne. 

Une objection peut être faite et j'avoue qu'elle ne 
manque pas de fondement. Elle me vient d'un héral- 
diste célèbre, M. de Làmbron de Lignim, de Tours, 
qui m'écrivait, il y a quelques mois : c Du xi^ siècle au 
» commencement du xiv«, les armoiries des prélats 
» sont plutôt fictives que réelles ; la plupart des sceaux 
» qui nous sont parvenus nous en ofirent la preuve 
» évidente. Le prélat est habituellement représenté te- 
1» nant sa crosse de la main gauche et bénissant de la 
» droite; ceux qui sont issus des maisons princières 
D n'en usent pas autrement. On peut dire que les ar- 
"» Tttoiries qui leur sont attribuées sont des armoiries 



— «59 — 

> rétrospectives, puisqu^on leur a donné celles qu'a- 
» raient adoptées les familles auxquelles ils semblaient 
I devoir appartenir. » 

Cet argument est plus spécieux qu'absolu et sub- 
versif du système adopté. Aussi, il ne m'a pas arrêté. 
Voici ce que je lui oppose : 

Les armoiries datent du xi"" siècle, sinon, comme 
invention, au moins comme emploi régulier, déter- 
miné par des principes arrêtés. Tout seigneur y avait 
droit et elles étaient héréditaires (1). 

Or, les èvêques furent, à en juger par leurs noms, 
pris dans le corps de la noblesse bien souvent, par 
conséquent ayant droit, comme la famille dont ils 
étaient issus, à des armoiries propres, personnelles. 

On peut discuter sur le riom, exprimer un doute sur 
une origine nobiliaire, là où peut-être n'existe qu*une 
origine plébéienne, dissimulée par un nom de lieu, qui 
est en même temps un nom de ville et de famille. 
Ainsi, Hubert de Vendôme et Mathieu de Loudun ap- 
partiennent-ils réellement aux puissantes familles de 
Vendôme et de Loudun ? Je le crois et j'agis en consé- 
quence. Mais l'opinion n'en reste pas moins libre de 
penser qu'ils ont eu simplement pour villes, natales 
Vendôme et Loudun. 

J'avance que si les noms sont authentiques, comme 
conséquence naturelle se déduit le droit d'armoiries. 

(i) V. GtiU. christ , t. V^ .p. 1036^ où sont décrites les armoiries 
de Rég^inbold, prévôt de l'abbaye de Mouri, eu Suisse, de 1027 à 
1055. — Vredius, SigiL Çomit, Flandr.^ p. 6. — Dom Vaissette, 
Histoire du Languedoc, t. X, p. 680. — Bourassé, Dictionnaire d'ar- 
chéologie sacrée, t. 1, coi. 368. — Cartulaire de Gormery, p. GXV. 



— 260 — 

Ce droit a-t-il été exercé? Nous répondrons que non, 
d'après l'inspection de leurs sceaux, matrices ou em- 
preintes, qui nous restent. Mais les armoiries pouvaient 
exister ailleurs que sur les sceaux, et de ce qu'on ne les 
trouve pas là, il ne s'en suit pas rigoureusement par- 
lant, surtout si l'on fait appel à l'archéologie, qu'elles 
n'aient été nulle. part ailleurs. Sans sortir d'Angers et de 
la cathédrale, ne savons-nous pas que les armoiries 
de Nicolas Gellant étaient figurées sur sa tombe, super 
tumbam, dit Lehoreau qui les y a relevées. Ne voyons- 
nous pas aussi tous les jours, dans nos belles ver- 
rières absidales du xiii© siècle, des armoiries que 
la crosse posée sur l'écu, en face d'un évêque donateur 
(Verrière de Saint^ulieii)^ ou placée en pal derrière 
l'écu {Verrières de Saint-Éloi^ de Saint-Pierre) ^ nous 
autorise à nommer des armoiries épiscopales ? 

Donc, l'évêque noble a joui, comme sa famille, du 
droit d'armoiries. 11 n'en a pas usé sur son sceau, c'est 
indubitable, mais il en a usé sur des objets à lui, comme 
sa tombe ou les vitraux qu'il a donnés. Cela sutBsait 
à ma thèse. J'ai donc pu, sans trop de hardiesse, 
avec Jean Balain et Lehoreau, faire remonter jusqu'au 
xie siècle les premières armoiries de nos évêques, et 
continuer cette série jusqu'à l'époque où l'écusson en- 
vahit tout ^sceaux, vêtements, vitraux, ameublement. 

J'ai parlé seulement d'évéques nobles ^ par leurs an- 
cêtres. A leur imitation, les évêques sans nom ni fa- 
mille, se créèrent-ils un blason? Dans le principe, c'est 
assez probable, car l'évêque était seigneur temporel et 
à ce titre il devenait nobky jusqu'à prendre le titre de 
baron. Dans la suite et de nos jours, c'est chose certaine : 



aussi j'appellerai ces armoiries de convention et je ne 
doute pas que celles de Jean Michel, fils d'un marchand 
de drap de Beauvais, ne soient de cette sorte, comme 
celles plus récentes, de Louis Paysant. 

D'ailleurs, il est deux idées que Ton confond trop 
souvent : la noblesse emporte de soi le droit d'armoi- 
ries, mais toute armoirie, tolérée ou concédée, n'en- 
traîne pas de soi le droit de noblesse. Le de présuppose 
ordinairement la noblesse, mais la noblesse n'est pas 
exclusivement attachée à la particule. 

J'avais besoin de développer ma manière de voir sur 
toutes ces questions, pour mjettre à couvert la respon- 
sabilité que j'ai assumée en exposant publiquement aux 
regards des savants et des archéologues, des armoiries 
ou des panneaux qui, de prime abord, provoqueraient 
des observations, justes peut-être à un certain point de 
vue, mais différentes de celui auquel j'ai envisagé 
V Armoriai desÉvêques. 

Je passe maintenant à quelques réflexions sur l'ar- 
rangement même des écussons. 

Du xi« au xiiie siècle, l'écu est triangulaire, comme 
les boucliers antiques; à partir du xiii« siècle, il s'ai- 
guise en ogive et persévère avec cette même forme, 
surannée pour l'architecture, jusqu'au xvii^ siècle, où il 
s'amortit en accolade; sur la fin du xvii® siècle, Henri 
Amauld fait pressentir l'ovale (1) qui, entouré d'un 
cartouche découpé, régnera seul jusqu'à la révolution. 
Avec l'Empire, l'ogive, mais l'ogive contrefaite, repa- 

(4) V. sur ce changement. Annales archéologiques, t. III, p. 27. 



— 268 — 

TBÎiy pour faire place, soua la Restauration, à Faccokde 
qu'ont adoptée les dèrm4»rs évêt[ues. 

L'écu demeure longtemps sans ornements; au xiii^ 
siècle il s'adosse à une crosse mise en pal dont la vo- 
lute recourbée en dedans (1) suit, pendant toute la 
durée des xiii^, xiye, xv® et partie du xvi© siècle, les 
modifications du temps, tant pour ses crochets, que 
ses fleurons et ses perles. Même,. à la Renaissance, on 
l'attache par des rubans, enfantillage qui ne se re- 
produit qu'une fois sur l'écusson de Guillaume de 
Ruzé, 

Charles Miron établit un nouveau système ; la crosse^ 
emblème de la juridiction, ne lui suffit, plus, il ajoute 
sur le coin dextre une mitre précieuse qui symbolise 
sa haute dignité. et relègue la crosse au coin senestre. 
Avec Claude de Rueil intervient le chapeau vert, me- 
sure à laquelle n'est pas étrangère la publication ré- 
cente et la propagation du Cérémonial des Évêques (2). 
On attribuait jadis à ce chapeau un symbolisme éleVé, 
celui de franchise et d'exemption de droits (3). Bref, il 

(1) On ne faisait pas attention autrefois si la crosse était tournée 
en dedans ou en dehors ^ h dextre ou â senestre. Cette distinction 
subtile, qui a pour but de différencier la crosse épiscopale de la crosse 
abbatiale, n'est pas de date bien ancienne. 

(2) Utantur (episcopi electi), cum opus erit, galero nigro laneo> 
viridi serico ornato cum cordulis ac floccis coloris viridis (oap. I). — 
Omnes autem tam saeculares quam religiosi episcopi galero utuntur à 
parte exteriori nigro, cui ab interiori sericum coloris yiridis sufful- 
ciatur, cordulis pariter et flbccis sericis viridibus ab eo penden- 
tibus, cap. III). 

(3) Ëysonbach, B^stoire duxblason^ p. 162. 



— Î68 — 

supjf»lante crosse et mitre, et prend, place dan$ les régies 
de l'art héraldique avec ses trois rangs de houppes, 
qui sont spécialement afTectés aux évoques ^1). 

Henri Âmauld, tout en s'accommodant du chapeau, 
accepte aussi la mitre et la crosse, et admet; w f^it, 
ce qui commence à se vulgariser en droit, que la 
crosse tournée en dehors appartient aux évéques. Bien 
des siècles ne s'étaient pas doutés de ce privilège, té- 
moins les crosses des écussons précédents, tantôt à 
dextre, tantôt à senestre, plus souvent du premier de 
ces côtés. Mais enfin, le xvii» siècle introduisait une 
nouvelle modification, en forçant les abbés à tourner 
leur crosse en dedans pour indiquer que leur juridic- 
tion était toute intérieure et ne s'étendait pas au delà 
de l'enceinte de leur monastère (2). 

Uturgiquement, la distinction avait, été sanctionnée 
par la Congrégation des Rites qui ajouta un aruban à 
la crosse abbatiale ; l'art héraldique en fit autant et 
l'arbitraire passa len règle. 

La pompe du grand siècle se refléta sud, les ar- 
moiries que Michel le Pelletier trouva beaucoup trop 
simples. Ses successeurs firent comme lui; l'usurpation 
était consommée et personne ne réclamait. Le silence 
des héraults d'armes autorisa la vanité des délinquants. 
Il fallut un cartouche pour porter la mitre et la 
crosse, élégamment reliées par une couronne d'or, 
rehaussée de feuilles ou de perles, suivant qu'on s'ap- 
préciait duc, marquis ou comte. Le chapeau était as$ez 

(1) Didron» Anfiolés arehèohgiqueê» t. III, p. 28. 
(t) AnnaUi arckéologiqms^ t. IIIv piJ8. 



n 



— 264 — 

large, mais ses houppes ne tombaient pas assez bâs, 
puisque Teritourage avait allongé Técu. On ajouta dé- 
finitivement un rang de plus : de marquis, au tem- 
porel, révêque devint archevêque, au spirituel. C'était 
vraiment joli et très-amusant. 

Les traditions ne se sont pas perdues et, à part l'é- 
cusson de l'Empire sommé de la toque baronale, tel est 
encore en France le blason épiscopal, plus par habi- 
tude que de parti pris. Je dis en France, car l'Italie, 
qui connaît et observe les règles, n'a pour ses évêques 
qu'une simple croix d'or posée en pal, et un chapeau 
de sinople à trois rangs de houppes timbrant Técu. 

Je n'avais point à procéder contre ces tendances, 
qui ne sont pas de mon ressort; j'ai admis le fait et 
me suis contenté de reproduire le blason tel que, de- 
puis bientôt deux siècles, les évêques ont cru devoir 
se le donner. 

Enfin, quatre évêques ont adopté une devise. Fran- 
çois de Rohan l'a choisie italienne, Jean Olivier en a 
puisé l'idée dans des livres saints, et Louis Paysant, 
ainsi que M^ Angebault, dans les meubles mêmes de 
l'écu, qu'une courte et pieuse sentence explique et 
traduit. Jadis la devise était une exception; de nos 
jours, elle commence à s'introduire, mais on peut dire 
que cet usage nouveau, compliqué aussi de branchages 
plus ou moins symboliques, n'a que peu ou point de 
racines dans le passé. 

Je termine ici cette introduction, en remerciant 
M«^ Angebault d'avoir mené à bonne fin l'œuvre si 
désirée de Y Armoriai des Évêques d'Angers ; M. Joyau, 
qui a dessiné avec la fidélité scrupuleuse d'un archéo- 



— 265 — 

lûgue, sur les modèles que je lui proposais, chacun 
des écussons; enfin, M. Poidevin qui a jiorté sur bois 
les armoiries et les a enrichies et rehaussées de vives 
couleurs. . . 



IL 



OUVRAGES CONSULTÉS «T CITÉS. 

Marquis de Gaignières* Portefeuille historique et ar- 
chéologique. Eglise d'Angers^ n*> 164, ins, du xviii® 
siècle, avec de nombreux dessins à la plume et en 
couleur, à la Bibliothèque Impériale, à Paris. 

Bruneau de Tartifume. Angers et la Trinité^ 2 vol. 
in-fol. avec de mauvais dessins au trait et à la plume, 
ms. à la Biblioth. de la ville. 

Âudouys. Armoriai angevin^ ms. à la Biblioth. de là 
ville. 

Jean Balain. Annales et Antiquités cP Anjou , i vol. 
in*i^, 1716, ms. à la Biblioth. de la ville, avec dessins 
coloriés. 

R. Lehoreau du Fresne, prêtre, maire-ëhapelain en 
l'Église d'Angers. Cérémonial de l'Église d'Angers^ 
3 vol. in-.f>, 1692-1720. Dans. le 3^ vol., liv. V, se 
trouvent les armoiries coloriée^, avec ce titre : Stentr 
mata quorumdam Episcoporum Andegavensium. 

Gohorri. Armoriai d'Anjou, 1 vol. in-f>, 1608, sur 
parchemin, avec dessins coloriés, ms. à la Biblioth^ de 
la ville. 

De la Chesnaye des Bois. Dictionnaire de la noblesse ^ 
Paris, 1773. . 

REP ARC 20 



— 286 — 

Gauvin. Essai sur l'Armoriai du diocèse du Mans^ le 
Mans, 1840, i vol. in-18. 

Tardif. Armoriai d'Anjou et environs ^ ms. du xyiii^ 
siècle appartenant à M. le chanoine Tardif, à Angers. 

Pocquet de Livonnière. Histoire abrégée des évêques 
d^ Angers, communiquée à Pierre-Michel Bancelin, curé 
de Saint-Germain-des-Prés, par M. de Livonnière Poc- 
quet, docteur y etc., professeur en droit français^ ce i6 
novembre iTSi^ ms. avec blasons coloriés à la marge. 
Je me suis servi de la copie qui appartient à M. Tabbé 
Grêlé, curé de Marcé. 

Bondonnet (Dom Jean), bénédictin de Saint-Vincent 
du Mans, et Prieur deSarcé. Les vies des évêques du ManSy 
restituées et corrigées avec plusi&irs belles remarques sur 
la chronologicy Paris, 1651, i vol. in-4o. 

Tresvaux. Histoire de F Église et du diocèse d'Angers y 
Angers, 2 voL in-S», 1858. 

Hauréau. Continuation du Gallia christiana, Ecclesia 
AndegavensiSy in-P>. 

Sammarthani fratres (Scœvola et Ludovicus). Gallia 
christiana. Lutetiœ Parisiorumy 1715. 13 vol. ift^foL 

Gourdon de Genouillac^ Grammmre héraldique^ Paris, 
in-12. 

Godard-Fauitrier« Notes swr le manuscrit de Lehoreau. 
Blasons des évêques d'Angers. Hubert de Vendôme^ Guil- 
laume de Beaumonty Radulphede Machecoulet Guillaume 
Turpin. Angers, Cosnier et Lachèse. Plaquette in-S^ 
de 4 pages, avec une planche litbographiée. 

Ciaconius. Vitœ et gesta Romanorum PontifUum 
et S, R. E. Cardinalium (d^ initia ecdesiœ. RomsB, 1777, 
4 vol. in-fo, avec planches, portraits et figures. 



- «67 - 

Bauchet FûlèSiii. Oietiùnnaire âèi pMHà du Poitou. 
2 vot. în-S*, Poitiers; I' / r 

Yrmfii.'ViXUin purptnràta qna tUin'^uiiifHùrum P&H- 
tificûm y tum ofnnium Galliœ Càrdinalium rës g&stàè 
coniin^tar.' Lutet. Paris.y 1638, 1 toi. in-P, blasons. 

m. 

Hubert de Vendôme. — Il monta sur le sié^ 
d'Angers, en lOlO, mourut le 2 mars i04!7, et fut 
inhumé dans le cloître de Tabbaye de Saint-Serge, 
dont il avait été le bienfaiteur. 

Armoiries : d'argent ; au chef de gueules , à un lion 
d'azur, armé et lampassé d'or y brochant sur le tout, qui 
est de Vbndôme-Segré (1). 

L'écu affecte la forme triangulaire. 

EusÈBE Brunon. — Installé en 1047, il mourut le %1 
août 4081. ! 

Armoiries : les héraldistes angevins ne lui en attri- 
buent point. 

GtOFFROT 1 DE Tours (2). — Doyen de l'Église mé- 
tropolitaine de Tours (1059) et chantre de la collégiale 

■ 

de Saint-Martin de la taème ville (iô80), il fut sacré 
évéque d'Angers, en ^082, et décéda l'an i09'3. 

# 

[i) Lehoreau^ n© 1. — J, Balain, p. 18 ; de Livoimiére, ii<' 1. — 
4. Gohorri. 

(2) De Tours est un surnom qu'il doit, sinon au lieu de sa liais- 
aance, au moins à la ville qu^îl habita à^ànt son épiscopat. 11 est issu 
des seigneurs de Langeais. 



^ I • 



— ?6« — 

Armoiri,e$ : elle» w spnt pas connues (t). 

Geoffroy II de Mayenne. — Issu, deq sei^i;ieurs de 
ce nom, il fu^ <}'£ibo^d trésorier 4e l'église Sajipt-Maarîce, 
puis évéque d'Axiger^ (lQd^)> qu'il qpitta, en 1101» 
pour prendre Thabit monastiqin^ d^ans \ Fabbàye^ de 
Cluny, où il mourut, le 19 février 1103. 

Armoiries (2) : de gueules, à six écussons d'or^ 3^2 et 1 y 
qui est de Mayenne. Ecu og^é. 

Rainaud II DE Martigné (3). — Sacré à Angers, le 
12 janvier 1102, il fut transféré à rarchevêché-.de 
Reims, l'an 1125^ 

Armoiries : de gueules, à trois genouillères dJarrr^es 
anciennes, d'argent, posées deux et une, qui est de Mar- 
tigné (4). Ecu ogive, 

llLGER.-^Ecolâtre de Saint-Maurice, puis archidiaci^p 
d'Outre-Loire (1113), il fut sacré évêque d'Angerç, le 2Ô 
septembre 1125; décédé en 1149, il reçut les honneurs 
de la sépulture dans sa cathédrale, près la porte du 
cloître. . . 

Armoiries : inconnues. 



. I 



<1) Gommiinicatioa de M. de Lambron dé Ugnirn, /savant héral- 
diste de Tours. , . , 

(2) Quoiqu*aucun héraldiste n'ait fait meiition de ses armoiries, 
nous croyons pouvoir lui attribuer celles des seigneurs de Mayenne. 
V. Gauvin, p. 152. 

(3) De Martigné ou des Prés (et non de Martigné-Briand), branche 
de la maison de Mayenne, ^ tira son nom d'une terre seigneuriale 
située près de Lavsl. D. Piolin, Histoire de l'Église du MaTis^ t. (II, 
p. 528. 

(4) V. la généalogie de cette maison, imprimée â la Flèche. — 
€auvin, v<» Martigné. 



— 269 — 

NohMAND DB Dot. -^ lyarôbidiaère d'Oatre^Loire, ii 
fut sacré évêque d'Angers, le 6 malrs ll50y ôt irtotTrut 
le 27 awiH153. ? ' "• 

Armoiries • inconnues. 

Mathieu de Lodun. — Né. à Loudun (Vieptie), d«s 
seigneurs de ce nom, il passa d'abbé de Saint-Florent- 
lés-Sauraur, évêque d'Angers (1155). Mort à l'abbaye 
du Loroux, il y fut inhumé, le \S mars 116^. 

Armoiries (1) : de ^tieuks, à um bande d'or (2), qui 
est de LouDUN. Ecu ogive. 

Geoffrot III LA MoûscHË. «^ Chapelain du roi d'An- 
gleterre, doyen des cathédrales d'Angers et de Séez, 
il monta sur le siège de cette première ville, en 1163, 
et mourut le 18 janvier 1177. 

Armoiries: inconnues. 

Raoul I de Beaumont. — Elu évêque d'Angers, en 
1177, il assista au xi« concile œcuménique, tenu au 
palais apostolique de Latran, à Rome (11 79), et mourut 
le 11 avril 1197. ' . 

Armoiries : (ïazur (3)^ au lion ravissant d'ôr, armé 

(1) « Nous ne connaissons pas les armoiries de ce prélat d'une ma- 
nière certaine : dans THistoire de SaMé> Ménage, p. !ii5âv parlant lie 
Goscelin de Sainte>Maure, dit qu'il prenait le titre de Pietavinus, 
vers 1040; L'âbbéle Laboureur, prétend que* Guillaume de IVessigny, 
qui prit le nom de Sainte-Maure, descendait d'tm seigneur du nom 
de Loudun, qui portait de gueules, à k' bande d*or; allié aux seigneurs 
de Montsoreau, p. 256, ^7, 323 etc. » Note de M, Lambron de 
Lignim. 

(2) Âudôuys. — Vitraux de la cathédrale dta Mati», xin® siècle. — 
Cauyin, p. 250. — D-. Bondonnet» Histoire des étfê^ès dw Maiis\ 
p. 579. ' 

(3) « Les anciens vicomtes de Beaumont environ l'an 1200, ne 



$1 kmpassé dé 0ueule^^ qui est des ancienfi vieomtes' de 
Beaumont d^AiijOu (1). Ecu ogivéi 

Guillaume I de Chemillé. — Il fut^ âneces^vement 
chanoine de la cathédrale d'Angers^ archidiacre de Ri- 
chemoaty e& Angleterre, évéque nommé d'Ayranches 
et enfin évéqoe d'Angers (il97), où il mourut le 85 
mai i202. 

Armoiries : d'argent (S)» ià ^orle de sept mûrlettes 
de gueulesy au franc quartier de même^ qui est de 
Chemillé (3). Ecu ogive. 

' Guillaume II be Beaumok? (4). -r Archidiacre de 
réglise d'Angers, il reçut la consécratioe épiscopaie, le 
23 septembre 4203, et mourut le 34 août 1240- Il fut 
inhumé dans le chœur de la cathédrale. 

Armoiries: semé de France, au lioth ravissant d^or y 
armé et htàpassé de gVtéules, qui est des vicomtes de 
Beaumont d'Anjou, depuis 4200 (5); brisé m chef d'un 
lambd à trais pendants de sable (6). Ecu ogive. 

Michel I de Villoiseau. — Créé évêque d'Angers, 
en 4240, il mourut le ,6 novem^ire 1260 et fut enseveli 
dans l'église conventuelle des Jacobins. 

r 

portoient que le lion seulement, mais depuis le mariage de Jean, 
nepueu de Saint^Lpûis aueo i'heritiere <ie Beaumont le vicomte, il9 
portèrent Técu «emé de France, o Gohorri, Atmorial d'Anjw* 

(i) De Liyonniére , n*» 3. — Âudouys, v*> de Beaumont. • — 
J. Balain, p. 297, ajoute ttn lambel à trois pendants de saUe en chef- 

(2) D'or, selon Audouys et de Lhronnièpe. 

(3) Lehoreau, n* 5. — J. Balain, p. 299. — Gohorri. 

(4) Une inscription datée de Tan 122^3 , et copiée par Gaignières à 
Tabbaye de €haloehé, le nomme GuiUaumê 4e iiainte^Sumnne, 

(5) De Livonnière, n® 4. 
Lehoreau, n<> 2. 



- 274 - 

Armoiries : incqnnues (1). 

Nicolas Gellant, -r- Ifatif d'Angers, il remplit au* 
près de Guillauiae II de Beaumont^ les fonction3 de 
chapelain^ Élu évêque en 1261» il mourut en son 
château d'Eventard, le %Q janvier 1290» et fut inhumé 
dans le chceur de la. cathédrale. 

Armoiries : Ecartelé (2) ; ow /, losange d'argent et de 
gtieules^ qui est de Tujipin; m 2, (f argent à Vorle 
de êept merlettes de gueuler (3), au fnmc quartier de 
mêmej qui est de Chemillé ; au 3, de gueules, fretté 
émargent, qui eS|t de GE^UAiirr ; aV', 4, d'or à la croix 

cmcrée de gueules^ qui est de (4), Ëcu ogive, adossé 

à une crosse d'or en pal. 

Guillaume III le MAWS.^Maire*chlapeIaxn de Saint- 
Maurice, puis pénitentier de la même église, il fut sacré 
à Angers, le 9 juin 1891, et .mourut le 5 mai 1314. 

Armoiries : d'azur^ au lion d'or, accompagné de trois 
trèfles de même y deux et un, qui est le Maire. Ecu 



(i) Son contre-sceau, dont il eiE^ste une empreinte au Musée dio- 
césain, portait un ange agenouilléy sujet de fantaisie pieuse^ plutôt 
que motif héraldique. 

(2) Lehoréau représente quatre écnssons distincts : Hœc i itemnuUa 
visuntur super tumbam D, Geslant in choro, 

(3) De Livonnière pose les merlettes deux, deux et trois , et les 
blasonne de sable, 

(i) Balain ajoute comme supports ; deux maures, au froti$ bandé 
d'argent f aux reins couverts de même, le. carquois en sautoir sur le 
dos et l'arc en main, p, 317. — Lelioreau, ii9 7. — De Livonnière, 
n^" 6. — B. Roger, p. 277, ait qu^ Nicolas Gellant portait pour 
arme loxangé, — V. le dessin du tombeau de Nicolas Gellaat, dans 
le portefeuille de Gaignières, à la Bibliothèque impériale. 



— 272 — 

ogive, adossé à une crosse d'or en pal. (Communicat. 
de M. le comte de Quatrebarbes). 

Hugues Odard. — Originaire du Loudunois (1), il 
devint successivement chanoine de Saint-Quentin en 
Vermandois, abbé de Bourgueil et chanoine de l'église 
d'Angers (1297). Nommé à ce siège en 1314, il fut 
sacré le 2 octobre 1316. Déôédé, le 8 décembre 1323, 
on l'enterra dans la cathédrale. 

Armoiries : dCor^ à la croix de gueules (2), qui est 
Odard. Ecu ogive : adossé à une crosse d'or en pal. 

Foulques de Hathefelobt. — Trésorier de Saint- 
Maurice, il fut sacré, dans l'église abbatiale de Saint- 
Aubin, le 10 mars 1324, et mourut au mois de dé- 
cembre 1355. Il avait son tombeau dans la cathédrale, 
derrière le maître-autel. 

Armoiries : de gueules^ à six éctissons (for, trois, deux 
et un (3), qui est des barons de Mathefelon. Ecu ogive, 
timbré en pal d'une crosse tournée à dextre. D'après 
un dessin copié par Bruneau de Tartifume, sur la 
tombe du prélat (1^® partie, p. 102), et dans la salle 
des Évêques 3u château d'Eventard (p. 151). 

Raoul II de Machecoul — Doyen de Saint-Maurice, 
il occupa l'évêché d'Angers, du 2 mars 1356 au 11 dé- 
cembre 1358. 

(1) Audouys, vo Odart. 

(2) Lehoreau, n? 9* — 4. balain, p. 323. — De Liyonnière, n<> 8. 

(3) Lehoreau, n® H. — J. Balain. — De Livonnière, n* 9. — Go- 
horri. — Gauvin, p. 150. — Bruneau de * Tartifume, p. 51-102. — 
Mémoires de la Société, archéologique de Touraine, t. X» p. 187. — 
Gaigniéres, diaprés sa tombe, lui attribue Vém en bannière, adossé à 
une crosse en pal tournée en dedans. 



— 873 — 

Armoiries: de gueules y à trois chevrons dP argent (1), 
qui est de Mâghecoul. Ecu ogive, adossé à une crosse 
d'or en pal. 

Guillaume IV Turpin. — Docteur èsJois, chapelain 
du pape Innocent VI, doyen de Saint-Aignan, d^Orléans, 
il monta sur le siège d'Angers, le 13 mars 1359, et 
mourut le 30 janvier 1371. 



(1) Dont le premier est péri en chef, de Livonnière, n^ 10. — 
Lehoreau, n© 2. — J. Balain, p. 334. -- Une piferre tombale de l'ab- 
baye de Notre-Dame de Villeveuve-lès-Nantes et datée de 1280. re- 
présente MON SOUR OLLIYIER DE MACHECÔL, avec un écu armorié où 
le chevron supérieur est également péri , tandis que sur sa cotte 
d'armes les trois cfaeyrohs sont entiers. Le même chevron se trouve 
péri sur un sceau apposé à ulie charte de 1276 (BuUetin de la So- 
ciété ardiéohgique de Nantes, t. I^ p. 267 et suiv.). 

Je n'ignore pas que Gabriel Dumoulin (Histoire de Normandie), 
deux vitraux du XVl® siècle. dans Téglise Saint-Pierre de Bouguenais, 
un aveu du 10 février 1580 (Archives départ, de la Loire-Inférieure); 
un portrait armorié du XYII^ sièéle, et la salle des Croisades, au 
Musée de Versailles^ blasonnent comme un Armoriai de Fratice de' 1» 
fin du xive siècle ( L. Paris, Cabinet historique, 1860, p. 37) : 

" Le sire de Machecol, d'argent à trois quevrons de gueules. » 
Toutefois, j'opposerai à ces témoignages, non seulement la tradition 
angevine, mais encore la nots suivante que me fournit le Bulletin 
cité plus haut^ p. 273 : « Dans le Recueil armoriai de la Bretagne, im- 
primé à la suite de l'Histoire de Lebaud, édité par d'Hozier, en 1633, 
ainsi que dans l'Armoriai de Guy Leborgne de 1681, on lit: mâGhe- 

COUL, BANNIÈRE, DE GUEULES A TROIS CHEVRONS D'ARGENT. La gé- 
néalogie manuscrite des Machecoul-Vieilievigne (Bibliothèque impé- 
riale, cabinet des Titres, fonds d^Hoxier)^ blasonne de la même ma- 
nière ces armoiries, en faisant observer que d'autres disent le con- 
traire. Ogée, dans l'ancienne édition ^ dit au mot Machecoul : Cette 
ville porte pour armes de gueules à trois ckewrons d'argent, » 



— Î74- 

Armoiries: losange (Targent.et de gueules (1), qui est 
de TuRPiN. Ecu ogive, adossé à une crosse d'or en paK 

MiLON DE DoRBiANS (2). — Successivemeut chanoine 
de Saint*-Quentin en Yermandoîs et de Reims, il fut 
nommé évéque d'Angers, en 1371, puis transféré sur 
le si^ de Bayeux,ran 1373, qu'il, quitta pour celui de 
Beauvais, en 1375. II mourut & Paris, le 17 août 1377, 
et fut inhumé dans la chapelle de Beauvais. 

Armoiries : (Tazur, à trois têtes de léopard d'or y lam- 
passées de gueules, deux et une (3), qui est de Dormans. 
Ecu ogîvé, adossé à une crosse d'or en pal. 

Hardoyn de Bueil. — Originaire de Touraine, et 
chancelier de Louis, roi de Sicile, il fut élu. en 1374, 
évéque d'Angers, et reput du pape Benoit XII, le titre 
d'administrateur du diocèse d'Arles. Il mourut le 18 
janvier 1439 et fut inhumé à Saint-Maurice, dans la 
chapelle des Évêques. 

Armoiries : Eeartelé , aux i et i, d'azur^ au croissant 
fnontant d'argent^ accompagné de six croix recroisetées, 
au pied fiché d'or , posées 3 et 3 y qui est de Bueil ; 
au>x 2 et 3^ de gueules à la croix nilée d'or qui est 



(1) Lehoreâv, n^ 4. •— J. Balain^ p. 335. •— De Liyonmère, n» il . 
-t* Gohorri. — Audouys dit lutmgé d'wr et de fueules. -^ Mé- 
moires de la Société archéologique de Touraine, t. X, p. 191. 

(2) Dormans ^Marne). — Avdouys, dit que la maison de Dormans 
était à la fois angevine et poitevine. 

(3) Lehoreau, n^ 6. — J. Balain, p. 335. -* De Liyonnière, n° iS. 
-»- Audouys. -^ Communication de M. le chanoine Barraud. — 
Gallia ehristiana, Epiecopi Belvacensee. — J. Pillet, Histûire de 
Gerberay, p. 125. — L'abbé Delletre, Biographie de Milan des Dor^ 
maM, — Missel ms. appaileiunt i M. Ls maréchal de Grasse. 



- m - 

d'A.vcm\('l);?urîl^'toiit dev Saiickiw^, écarUU : auie i 
et 4, d'or, au dauphin vif d'azur, Umpassé^ orçUU et 
barbelé de gueule;^, qui est de DAUPmiîÉ ; au(c 2 et S 
d'azur, à la bande d! argent y mçompagnée de deux doubles 
cotices fotencées et çontr^^ potencées d'or de treize pièces ^ 
qui est de C9Ampagn^ (2), Ecu ogive, adossé à une 
crosse en pal et à senestre. D'après le sceau de Je^an, 
sire de Bqeil (Co^leçt. Hucher^ au Mans), et les armes 
sculptées sur la cheiniftée, dite de Bueil, & révêché (3), 
Guii^LAUMB V D*EsT0UTEvUiLE(4).— Moine bénédictin, 
prieur de Saint-Martin-des-Champs, àParis, de Cunaud, 
en Anjou, de Saintç-Gatherine de Grammont, et de 
Beauraont, abbé dç Saint-Ouen de Rouen, de Saint- 
Pierrp de Juipièges, du Mont-Saint-Michel et de Monte- 
bourg, chanoine :jde Saint-Maurice d'Angers, archidiacre 
d'Outre-Loire, Guillaume d'Estouville fut canonique*- 
ipent ifi^titué évéqi^e d'Aagers,, par bulle dU{3Q ipars 

(1) Communication de M. de Lambron de Lignim. 

(2) Jouffroy 4'£9ch*^?QA^s,.4ri'^^ unmrMl, Paris, 1^4. — 
De liToipière, n^ ^3, 7^ {.ehorejifi, n<* 8. •*— MémwrM de ta Société 
arehéohgiqne 4$ Touraim^ L IV, p, 317. 

, (3) QetécussoiL taptçfois m donpe pas Técn sur le tqiU, que.re-> 
produit Lehoreau, no 8, et qu'omettent, aussi Gaignières et Btunefiu 
de Tartifume dans ses dessins du château d'Eyentard, p< i39. — 
« Je ne pense pas que ce prélat ait écartelé ses armos de familte de 
9 reçu à la croix ancrée qui «e trouve $ur quelques sceaui^ ; les frères 
9 Sainte«Martbe» dans leur Gallia ekrktiana, n'indiquent que ses armes 
1 patecoelles. Les autres armes sont celles des d'Avoir, seigneurs de 
» Chiteaufromont. Les de Bueil, qui ont éeartelé de Champagne et 
» de Dauphiné (Auvergne)/ s'«taient établis dans le Berri. j» Note de 
M. ds Ijiinbron de Lignim. 
(4) Estouteville, duché et château en Normandie. 



— sVe — 

^1439, coricarrértimerit'àVec Jéân Michël'que soutenait le 
chapitre de' là fcatTiédraltf. Il occupa là mètoe année le 
siège deTérouànhé, puis successivement ceux de Béziers, 
de Lodève et de Rouen. Il fut créé cardinal-prêtre du 
titre de Saint-Sylvestre et de Saint-Màrtin-des-Monts, à 
la troisième promotion faite par Eilj^në IV (1). 

Armoiries : Ecàrtelè : aux t el'4y burélé (T argent et 
dé gueules de dix pièces; au Itôn'de sable ^ arméy cou- 
tonné' et lampassé d'or, brochaàt sur le toùty qui est 
d'EsTouTEViLLE : aux 2 et 3, de gueule^ à deux (^fasces 
d'or, qui est d'HàRCOURT (3) . Sur le tout, de France (4) 
brisé d*une bande diminuée d'or (5). Ecu ogive, adossé 
à une crosse d'or en paL iD'après les armoiries en 
mosaïque qui existent au baptistère de Sainte-Marie- 
Majeure et les sculptures de Téglîse Saint-Augustin, à 
Rome. 

Jean I MicBel. — Né à Beauvais, vers 1387, con- 
seiller de Louis II , roi de Sicile, chanoine de Rouen, 

(1) Dôm Poinme!*ayei Histoire ^ des évêgues de Rouen. — ^La Roque, 
t. I, p. 545'el sniv. — Frïzon, -Gallia purpurata. — Ciacdnius, in 
vitâ Eugenii IV. — X. Barfiièf de WonianU, le cardinal â^Estoùle- 
vilîe, àRùVàe, Angfers,"1859; •<>. 1,'=2, 3. — Communication de M. le 
«hanMhe Langîoièf, de Rouen.' ... 

(effrois, ëélon Brûneâu de Tartifume. ' ' 

(3) A cause de sa mère, qui était de la maison d'Harcourt. V.'- la 
Roq!ie, Généalogie de la maison d'Harcourl, liS62 ' 

(4) A cause de Catherine de Boùrlïon, sort aïeule maternelle. 

(5) V. Robert* Ga2/t(i christiana, Arehiepistopi riothomagen. — 
Portrait iinnorié du cardinal dani la sacristie de Sainte-Marie-Majeure, 
à Rome. — De la Cheânaye des Bois, t. VI, p. l9l. -^ Audotrys, 
yo Estouteville. — Mémoires de la Société archéologique de ToïtriUne, 
t. IV, p. 315. > . 



— 277 — 

d'Aix et d*Apg[ers(14^8),il fut r^con^iu évêqpe légitime 
de ce siège, après le départ de Guillaume d'Estouteyille. 
n mourut le H ^eptçmbre.1447 et fvit iqhupi^ à Saint- 
Maurice, dans la chapelle des Évoques. . 

Armoiries : ^or. à trois clous de /^ Passion de sablSj 
deux et un, accoi^pagnés en cœur d'jine étoile ^ }f(u,it 
rais d'azur, qui e^t de J!icse;l, anci^i[^. . Ecu. ogivé^ 
adossé à une çrcj^sse d'or en pal .çtà ^enestre ,(1)^ 
D'après les armoiries peiates s]ar,up vitrail de, lacalhéT 
drale (transsept nord, xv® siècle) et sur vélin, aux bor- 
dures du Missel,} dit de Jean Michel (2). 

Jean II de Bea-ùvau, — Abbé de Fontaine-Daniel, 
et de Montmajour, administrateur de l'archevêché 
d'Arles, chancelier de René, roi de Sicile, et chanoine 
de la cathédrale d'Angers, il j fît son entrée le 26 sep-: 
lembre 1451. Le.. 5 juin 1467, il était déposé pan Iq 
pape Paul III. 

Armoiries : d'argent, à quatte liowceauâc cantonnés de 
gueules j couronnés, armés et lampassés d'or ; Técu brisé 



l'.ii 

•••'•' i '•• • i. 



(i) Lehoreaù, n* 10. — Bruneau de tartifume, p. i30, omet 
Fétoile. — De Livonnière, n** H, la dit percée, — Communication de 
M. le chanoine Barraud, qui m'écrit que ces armes se trouvent au 
bas de deux portraits du prélat qui existent au Musée de Beàuvais, 
et que la famille Michel, existante encore à Bsauvais, porte d'autres 
armes. — Revue de Vart chrétien, 1863, p. 109. 

(2) Son Missel manuscrit, conservé à la Bibliothèque de Tévêché, 
reproduit son écusson ou seul et ogive, ou rond, en médailloâ, sus- 
pendu au cou dW ange assis, en dalma tique, qui le soutient des 
deux mains. Le vitrail du transsept nord de la cathédrale lui donne 
deux anges pour supports. 



â 



— 5^8 — 

en tceur ctune étoile à huit raù (tazuf (1), qui est de 
Beaûvau. 

L'écusson en ogive eât ddossé à une crosse en pal 
tournée en dedans. D^âprès les lucariies des cotnbles 
du château de Villevêque (2). 

Jean 111 cardinal Baluè (3). ^ Vicaire général de 
Jean de Beauvau, cîhkùoîne d' Angers (1463) et de 
Cibartres, conseiller au paHen!)ent de Paris, administra- 
teur du collège de Navarre, grand aùrtiônier, secrétaire 

(i) Lehoreau, n<> iS. -^ 6r«neah de Tsmifnmë,* d'tfpré» lëB 
armoiries du château d'Éventàrd, pagj.lil. «^ .Oe livotuaidre, 
n° 15, ajoute : accompagnés d!um ftoiU (Taiur férié en (Mme pour 
brisure de cadet, ^ Audouys, v® Beauyau. — âcévole et Louis de 
Sainte - Marthe, j^ix^otre généalogique de ^ maison de Beauvau. 
Paris. 1626. — Mémoires de îa Sotiété ûrbhéologiqûe de Tourainé, 
t. IT, p. 3^. ^ L'hermile -SiSdlièrs. Hisi^re génédlègiqne dé h 
noblesse de Touraine^ p. 65, 75. — Histoire gétiàâogiqûi de la 
maison de Fn^i^^i io 4P.> p- i67«-**Gaigmèr6S5 d*9prè8 son tombeau, 
lui donne yécussoB ogive, avec )a crosse en pal tournée en dedans, 
et d'après son sceau (acte de 1471), l*écu en bannière et la crosse 
également en pal et tournée en dedans. 

(2) V. Bépertoire ar^^logique de P Anjou, 1861, p. 20. — Ville- 
vêque était un fief épiscopal. Le château date en partie de l^épiscopat 
de Jean de Beauvau. 

(3) C'est à tort que plusieurs écrivains modernes écrivent La 
Balue. Gommine, qui vivait de son temps, Mézeray qui s*en approche, 
Moréry et plusieurs autres qu'a suivis la Biographie universelle^ sont 
d'accord en cela avec M. dé Barante, qui ayant écrit son Histoire des 
ducs de Bourgogne d'après les pièces de l'époque prises aux Archives 
nationales, ne nomme jamais ce personnage que Maître Jean Balue 
ou le cardinal Balue, Une bulle de Pie II ((463)» citée par Gaignières, 
le nomme Joanni Balue, D^ailleurs, les représentants actuels de son 
nom écrivent encore simplement Balue, 



— 279 — 

d'État de Louis Xi, évéque d'E^rÀix (1465), cardinal-^ 
prêtre du titre de Sainte-Suzanne (1467), puis ëvéquë 
d'Angers de 1468 à 1476, malgré ^ disgrâèe auprès 
du Roi. 

Armoiries : (F argent ^ au chevron de sable (1) accom^ 
pagné de trois têtes de lion arrachées, de gueulesy Joln^ 
passées d^azUr (2), qui est de Balue. Eou ogive, timbré 
d'un chapeau de gueules. 

Jean II de BBAUvAUi — Sixte IV lui rendit TéTêché 
d'Angers, mais seulement avec. le titre d'administrateur. 
Il mourut le 23 avril 1479 et fut inhumé dans la cha* 
pelle de Jean I Michel. 

Arinoiries : les mêmes que précédemmetU^ mais sans 
la crosse qui est l'emblème de la juridiction épiscopale 
qu'il n'avait plus. 

AuGBR DE Brie. ^ Des bulles du 13 juin 1479, lui 
conférèrent le titre d'administrateur (3) qu'il permuta, 
à la demande du cardinal Balue, pour celui d'abbé' de 
Saint-Pierre de Lagny (14^0)» 

Armoiries : (Targenty à quatre (4) .fasces ^ sable^ om 



(1) D'aawr, selon l'armoriai de M. Tardif. 

(2) J. Balain, p. 384. — Communication de M^r d'Ëvrenx «t de 
M. lo chanoine Auber. -* Bauchei-Filleau, IHctionmirû de4 fimiUes 
du Poitou, p. 516-&i8, vo Balue. ^Mémoires 4e la Société des 
antiquaires de V Ouest ^ t. il. — DeLiyonnière, n^ 16. •— Lehoreao, 
n® 13. — Gaignières^ qui reproduit son sceau d'après un acte de 
1484, lui donne un écu découpé et à pans, sommé d'une cmx d'or 
et d'un chapeau à quatre rangs de houppes de gueules. 

(3) Son élection est mentionnée dans • le Registre des conelusùms 
du ChapUre, i la date du 1«r juillet U79 (Ma. de M. VahU Taidil). 

(4) Ou etflf. 



— 880 — 

lùm de gueules brochant sur le tout (i), qui est de 
Bbie. Ecu ogive, sans crosse. 

Jean III cardinal Balue. — Evêque suburbi- 
caire . d'Albano, puis de Palestrina, légat du Saint- 
Siège en France, il reprit possession de son évéché 
d'Angers en 1490, et mourut Tannée suivante à An- 
cône. Il fut inhumé à Rome , dans la basilique de 
Sainte-Praxède. 

Armoiries : les mêmes que précédemment. 

Jean IV de Rely (2). — Natif d'Arras, docteur 
en théologie de la faculté de Paris, confesseur de 
Charles VIII, doyen de la collégiale de Saint-Mai^tin de. 
Tours, grand aumônier de France, député aux États- 
généraux de 1483, il fut choisi par le chapitre pour 
occuper le siège d'Angers, le l®r décembre 1491. II 
mourut à Saumur le 27 mars 1498, et fut inhumé dans 
la chapelle des Évoques, à la cathédrale. 

Armoiries (3) : d*or , au chevron d'azur ; au chef 
d'azur^ chargé de trois étoiles à huit rais du pre- 
mier (4), qui est de Relt. 

(1) Tardif, ▼« Brie. 

(2) Rély est une commune de T Artois, canton de NorrentrFontes 
(Pas-de-GaLais). 

(3) P. Roger, Catalogue armoriai des maisons nobles, p. 357. — 
J. le Garpentier, Histoire de Cambrai et du Cambrésis, t. II» p. 937. 
— Gommunication de M. le chanoine Van-Drival et de M. de Garde- 
Tacque. 

(4) Lefaoreau, n<* 44. — J. Balain. — L'abbé Vaa*Drival, d'accord 
avec le Gallia ehtistiana^ blaso/me : d'or à trois chevrons d^axur 
(lettre du 30 avril 1859).^* De Livonnière blasonne : d'or au chevron 
d^axur, chargé de trois étoiles dor, — « La Morlière, dans son 
Becueil des illustres maisons de Picardie, explique que Jean de Rely, 



— 284 — 

Ecu ogive, adossé à une crosse en pal, tournée à 
dei^tre. D'après les armoiries peintes sur un vitrail de 
la* chapelle des Évêques et celles sculptées autrefois au 
château d'Eventard (1). 

François de Rohan (2). — Abbé commendataire des 
abbayes de Saint-Aubin d'Angers et de Saint-Médard 
de Soissons, il n'avait que dix-neuf ans, lorsqu'il fut 
nommé administrateur de l'évêché d'Angers (4499), 
par le pape Alexandre VI. En 4504, il fut élu arche- 
vêque de Lyon. Le 5 juin 1504, il recevait, dans la 
chapelle de Sainte-Croix-du-Verger, la consécration 
épiscopale. Il retint cependant l'évêché d'Angers, jus- 
qu'en 4532, époque à laquelle il permuta pour l'ab- 
baye de Saint-Médard de Soissons. Il mourut à Lyon, 
où il fut inhumé en 4536. 

Armoiries : Ecartelé : aux i et 4, contre-écartelé de 
gueuleSy au rais d' escar boucle pommelé d'or, qui est de 
Navarre, et de France, au bâton componé d* argent et de 
gueules, qui. est d'EvREUx; aur 2 et 3, de gueules, à neuf 
macles d'or, trois, trois et trois, qui est de Rohan 
GuÉMÉNÉ ; sur le tout d'argent, à la guivre d'azur issant 
de gueules, couronnée c^or, qui est de Milan : Vécu brisé 



évêque^ étant issu d*une branche puinée de ea- maison, dut briser 
ses armoiries, qu'il blasonne ainsi : d'or au chevron (Tazur, au chef 
ffazur, chargé de trois étoiles d'or, » (Lettre de M'»'* la vicomtesse 
de RoGourt, du H février f861). — V. Répertoire arehéeiogique de 
r Anjou, 1861, p. 98. — Son tombeau, reproduit par Gaignière», 
portait Técu ogive et la crosse tournée en dedans. 

(1) Brunean deTartifume; p. \Â/È, 

(2) Rohan, duché-pairie en Bretagne, diocèse de Vannes. La Ches- 
nafye, t. XU, p. 24. 

BIP. ARC. 21 



— ^i — 

d^un lambel (ïar^t de troU pièces (1), L'écu en ban- 
nière (2) est timbré en pal d'une croix archiépiscopale. 
D'après un^ miniature sur vélin contemporaine du 
prélat (Biblioth. de la ville), et les armoiries autrefois 
sculptées dans la salle des Évêques au.chllteau d'Even- 
tard, et à la chapelle (}u Saint-Esprit. 

Jean V Qi^ivij^. -^ Natif de Paris, bénédictin, puis 
abbé de Saint^lftédard de Soissons (1510), de Saint- 
Crépin de la mêrpe ville (1547), il devint évoque d'An- 
gers, en 1532» rnourut au çjiâteau d'Eventard, le 1^ 
avril 1540 et fut inhumé, dans la chapelle des Évêques., 
à Saint^Maurice. 

Armoiries ; (f azur, à six besam d^or^ posés trois, defox 
et un; au chef di argent^ au lion issant de sable, armé 
et lampassé de gueules (3), qui est Olivier. L'écu 

{\ ) Communication de rarchevêché de Lyon. ^— Lehoreau, n^ 15. — 
Bruneau de Tartifume, p. 143-284, supprime lelambeL — J. Balain^ 
p. 408. — De Livonnière , n<* 18. — Gaignières reproduit l*écu en 
bannière, diaprés un autel -de la nef de la cathédrale, avec cette de- 
vise : SPSTE L'HORE. 

(2) a Et peut le seigneur comte, vicomte ou baron , porter 

bannière^ qui est h dire ^e le comte, vicomte ou baron peut, en 
guerre ou armoirie (tournois) porter ses armes en quarré; ce que ne 
peut faire le seigneur chastelam, lequel seulement peut les porter en 
forme d'écuason » Coutume du Poitm^t <»f*^ i*^ La Gume de Sainte- 
Palaye. Mémêife sur Vmciênne ehevaUrie, Paris, 1826, t. I. Quel- 
ques familles ont conservé» comme un pienx souvenir de la grandeur 
de leurs ancêtres, Tusage de porter leur écu en bannière. Mémotres 
de la Société des AMiquaires dû r Ouest, année 1857, p. 193-194. 

(3) Lehoreau n» 16.— J. Balai», p. 4l2.-^Braneau ê{e Tartifume, 
3« partie, 137, 144, d'après une sculpture du château d'Ëventard. — 
De Livonnière, n^ 19. — * Selon Gaignières, Jean Olivier avait une 
devise^ qui était également répétée sur son tombeau : spbsveà devs 



— 28» — 

ogive est timbré dMne crosse en pal et' à senestre. 
D'après un dessin de Bruneati de Tartifanie. 

Gabriel Bouvery. — Né à Angers, abbé comment- 
' dataire de Saint^Cyprien de Poitiers et de Saint-Nicoïas- 
lès-Angers, il fut promu à Fé^êché de cette ville, le 
14 avril 1540. H assista au concile de Trente, pendant 
les années 1561^ 1562, 1563, el 1564> et monrat à 
Angers, le 10 février 1572. 

Armoiries : Ecartelé : aux 4 et 4, d'argent, h troiis 
bernées de sable, qui est Rouvert; am 2 et 3, 
d'azur à trois poyets ou ôolonnes d^argmt rmgées en 
pal (1), qui est Poyet (2). L'ècu ogive est adossé à une 
crosse d'or en pal et tournée en dehcîïs. D'après une 
sculpture de la salle des Évéques, au chàftèau d'Even*- 
tard (3), copiée par Bruneau de Tartiftmie, «t une em- 
preinte de son sceau sur un acte de 1541» au^ archives 
de la Préfecture (4). 

GfriLtAUME ¥1 DE Rtzé* — Originaire de Paris, doc- 
teur en théologie de la maison de Navarre, confesseur 
des Rois Charles IX et Henri III, il ftit sacré , à Par^s, 

k IWENTVTE UBA, et figurait au bas de son écusson^ découpé à pans- 
et sommé iet la oroase en pal et à senestre* 

(1) A cause de Guillemetle Po^et^ sa mère. V. R^fentoire arehéù^, 
hgique de l'Anjou, 1860, p. 279-^0. 

(2) Lehoreau, n° 17.— ;J.Goliarri,v» Bouvery. — J. Balam,p. 429. 
— Bruneau de Tartifume, p. 145. — De Livonnière, n° 20, dit les 
colonnes d'or. ^ Armoriai des Maires d'Angers, 1845^ ^1-^4^^ 
p. il. — Son sceau, reproduit par Gaignières, iporie Vécu <^vé et 
la crosse en pal, toninée en ^dans. 

(3) Ces «rmoiries. étaient f^endiies au oou de cerfs couchés. 

(4) La crosse y est tournée en dedans. 



— 284 — 

le 24 août 1572, et y mourut le 28 septembre 1587. Il 
fut inhumé dans Téglise Saint-Paul, lieu de sépulture 
de sa famille < 

Armoiries : de gueules, au chevron fascé en ondes 
d'argent et dCazur, accompagné de trois lionceaux d^or» 
posés deux et un, les deux du chef affrontés (I), qui est 
de Rdzé. Egu ogive, adossé et lié à une crosse d'or en 
pal. D'après une empreinte de son sceau aux archives 
de la Préfectui*e. 

Charles I Miron. — Il monta sur le siège d'Angers, 
âgé de dix-huit ans, en 4587, et permuta cet évêché 
avec Guillaume Fouquet delaVarenne, en 1646, contre 
les abbayes de Saint-Jean en Bourgogne et de Saint- 
Léomer, à Blois. 

Armoiries: Ecartdé: aux 1 et 4, de gueules^ au 
miroir à V antique d'argent, cerclé et pommelé d'or, qui 
est de MiRON : aua^ 2 et 3, d! argent, à trois fasces vivrées 
de gueules, à la bande semée de France brâchant sur le 

(1) Lehoreau, n<» 18. -^ Âudouys, v« Ruzé. — firuneau de Tarli- 
fume, p. 146, d'après une sculpture de la chapelle du château d'Even- 
tard. «^ J. Balain, p. 447. — De Livonnièrè, n° 21. — Mémoires 
de la Société archéologique de TourainCt t. X, p. 109, 197. — Plaque 
de cheminée, au Musée de Thôtel de Gluny, à Paris. — Son sceau, 
reproduit par Gaignières, et identique à Tempreinte conservée à la 
Préfecture, porte Técu ogive et la crosse ei! pal, tournée en dehors. — 
Dans iine vignette, placée en tête du Breviarium secundum percek- 
hriseeclesiœ Andegavensis usum (Andegavi, 1574), son écusson est 
ogive et sommé d*une crosse posée en pal, et tournée en dehors : il 
se Llasonne ainsi : écartelé : aux i et 4^ de gueules , au rais d'escof" 
boucle f pommelé et fleurdelisé tfor, qui est de l*insigne église 
d*ângers ; aux 2 et H, de ruzé. 



— 285 ~ 

tout (i), qui est de Gentian d'Erigné (S). L'écu timbré 
à dextre d'une mitre précieuse, et à gauche d'une 
crosse d'or. D'après la cloche du château d'Eventard, 
une empreinte de son sceau sur un acte de 1607, aux 
Arch. de la Préfecture, et la gravure placée au fron- 
tispice de son Missel. 

Guillaume VU Fouquet de la Varenne. — Con- 
seiller au parlement de Paris et maîti*e des requêtes, 
puis abbé commendataire de Sainl-Benoît-sur-Loire, 
de Saint-Nicolas-lès-Ângers, d'Ainay à Lyon et de Saint- 
Loup à Troyes^ il permuta ces abbayes contre l'évêché 
d'Angers avec Charles Miron, en 1616. Il mourut à 
Angers, le 10 janvier 1621, et fut enterré à l'entrée du 
chœur de la cathédrale. 

Armoiries • (Pazur , à une levrette passante d'argent^ 
accolée de France (3), qui est de Fouquet. L'écu ogive 



(i) Cette bande fleurdelisée fut concédée par Philippe-le-Bel à 
Jacques Gentian, qui avait vaillamment combattu â la bataille de 
Mons-en-Puelle(1304). 

(2) Communication de Tarchevêché de Lyon. — Cauvin, p. 156. — 
Gohorri, v* Miron.^— J. Balain, p. 477. — Bruneau de Tartifume, 
p. 152. — De Livonnière, n° 22. — Lehoreau^ n® 19. — Gaignières 
reproduit son sceau, avec la mitre précieuse à Tangle dextre et la 
crosse d'or à Tangle senestrc ; deux palmes montent le long de Técu 
et se croisent au dessous. — En tête du Breviarium AndegavùMc 
(Parisiis, 1624), est apposé son écusson, sommé de la mitre et de la 
crosse tournée en dedans. — J*ai rencontré plusieurs fois des em- 
preintes de son petit sceau, sur lequel Técusson est seulement de 
Miron, sans écartelé. — Un acte, daté de 1&99, que possède M. le 
chanoine Joubert, montre sur une empreinte de sceau son blason^ 
sommé d'une crosse tournée en dedans. 

(3) Âudouys rapporte que ce collier est une concession d'Henri IV 



— 986 — 

est adossé à tine crosse d'or, en pal et en dehora. 
D'après une sculpture du château d'Eventard, repro- 
duite par Bruneau de Tartifume. 

Charles 1 Miron. — Il revint sur le siège d'Angers, 
en 1624, et le quitta en 1626, pour occuper celui de 
Lyon, où il mourut, le 6 août 1628. 

Armoiries : comme préeédemment. 

Claude db Rueil (1). — Né à Paris, il fut investi 
des dignités de chanoine de Chartres, syndic du clergé, 
aumônier des rois Henri IV et Louis XIII, grand archi- 
diacre de Tours, prieur du Val Saint-Eloi et évêque 
de Bayonne. Il fiit transféré à l'évêché d'Angers, en 
1628, y mourut le 20 janvier 1649, et fut inhumé dans 
la chapelle des Évoques, où l'on voit encore sa statue 
de marbre blanc, sculptée par Buyster. 

Armoiries.: cT^r, à trois aigles (mvoléployé et abaissé 
de gueules, au franc quartier âazur chargé (Tun lion 
passant d'or, qui est de Rueil (2). L'écu timbré d'un 
chapeau de sinople à trois rangs de houppes. D'après 
la gravure placée au frontispice du MissaU Andega^ 
vense^ édité par lui en 1644, et l'empreinte de son 
sceau sur un acte de 1643, aux archives de la Pré- 
fecture. 

à Guillaume Fonquet, gouverneur du château et de la yille d'Angers. 
— J. Balain, p. 463. — Lehoreau, no 20. — Bruneau de Tarti- 
fume, p. 153, qui donne à la levrette un collier de guetUes, — De 
Livonnière, n** ^3, dit le champ de gueuleSy ainsi qu'Audouys. 

(1) Rueil, près Paris t 

(2) J. Balain, p. 481. — Bruneau de Tartifume, p. 154. — De 
Livonnière, n° 24. — Lehoreau, n^ 21. — Dans Gaignières, Técu 
est rond et timbré d'un chapeau à trois rangs de houppes. 



— 487 — 

Henri ArnauI/Jd. — Né à Paris, e& 1597, il fui «u- 
mônier du Roi, eut en commende Tabbaye de Saint- 
Nicolas-lès*Ang6rs et devint doyen de la cathédrale de 
Toul. Il fut sacré évêque d'ÂAgers, le 29 juin 1650, 
et, mort le 8 juin 1692, reçut la sépulture dans la 
chapelle des Évéques. 

Armoiries : d'azur, au chevron d'vr, accompagné de 
deux palmes de même^ m bande et en barre, et m pointe 
d^tm mont aussi d'or (1), qui est Arnauld. L'écu 
sommé d'une mitre précieuse à dextre et d'une crosse 
d'or à senestre, et timbré d'un chapeau de sinople à 
trois rangs de houppes (2). D'après une gravure sur 
bois, imprimée en tète de son Manuel. 

Michel II le Pelletier. -^ Il devint abbé de Jouy, 
à l'âge de dix-huit ans, professeur de philosophie au 
collège de Reims, supérieur du séminaire des Trente^ 
Trois, à Paris; il fut nommé à l'évêché d'Angers, le 15 
août 1692. Il venait d'être promu à l'évécbé d'Orléans, 
lorsqu'il mourut à Paris, le 9 août 1706. 

Armoiries : d'azur y à la croix pattée d'arger^y chargée 
en coeur d'un chevron de gueules, côtoyée de deux mo- 



(i) J. Bâlain, p. 5i8. — De LiTonnière, n» 25. — Lehoreau, rx"" 22. 

(2) Sur les plats du Bulhire qui lui a appartenu et que possède 
maintenant M. le curé de Gandé, l'éousson est sommé de la mitre et 
de la crosse, et accompagné de deux branches montantes, Tune de 
palmier, Tautre d'oliyier. — Un de ses sceaux, avec légende autour, 
reproduit par Gaignières, lui donne un chapeau à quatre rangs de 
houppes. — Son petit sceau, dont les empreintes sont assez fré- 
quentes, porte également les quatre rangs de houppe» (1676), «nsi 
que H9rœdiumœ Breviarii Andegatfen. (Paris. 1665), qui terminent 
son écusBou en accolade* 



— 288 — 

lettes d'éperon de sable (1) et accompagnée en pointe ^une 
rose de gueules (2), qui est le Pelletier. Écu de forme 
ovale, appuyé sur un cartouche, sommé d'une cou- 
ronne de comte entre une mitre précieuise à dextre et 
une crosse d'or à senestre, et timbré d'un chapeau à 
quatre rangs de houppes de sinople. D'après le Érr«- 
duale AndegavensCy édité par lui en 1702 (Musée 
diocésain). 

Michel III Poncet de la Rivière. — Né en 1672, 
Michel Poncet passa du vicariat général d'Uzès à l'é- 
vêché d'Angers. Il se fit sacrer à Paris, le l«r août 1706, 
prêcha à la cour, fut reçu membre de l'Académie 
française (10 janvier 1729) et mourut au château 
d'Eventard, le 2 août 1730. 

Armoiries : d'azur, à la gerbe liée^ chargée de deux 
tourterelles affrontées^ ponçant les grains de froment, et 
surmontée d'une étoile à cinq rais, le tout d'or, qui est 
Poncet (8). L'écu de forme ovaie, s'appuie sur uncar- 



(1) Et non de deux étoiles ^ comme l'indique Audouys dans son 
Armoriai ms. de TAnjou. 

(2) Gauvin, p. 136, — J. Balain, p, 530. — Lehoreau, n» 23. — 
Son petit sceau, d'après une empreinte datée de 1694 (Archives de 
1^ Hôtel de ville de Beau fort), ne portait que trois rangs de houppes. 
— Dans le portefeuille Gaignières, à la Bibliothèque impériale, 
figure une planche gravée, dans laquelle Tccu en accolade, sans 
crosse ni mitre, est sonuné d'une couronne de comte et d'un cha- 
peau à trois rangs de houppes. 

(3) Oraison funèbre de Messire Michel Poncet de la Rivière, 
Angers, 1730, p. 28. — Lehoreau, n^ 24 — J. Balain, p. 567, 
ajoute deux cygnes d* argent pour supports. — Gauvin, p. 185. — 
De Uvonnière, n° 27. — Une gravure, insérée dans Gaignières, lui 



- 389 — 

touche, timbré d'une couronne, de comte, adextréé 
d'une mitre précieuse, senestrée d'une crosse tournée 
en dehors et sommé d'un chapeau à quatre rangs de 
houppes de sinople. D'après les armoiries du prélat 
(V. ses mandements, 1708^ 1744, 4718, 1721), son 
Missel, son Bréviaire et son Ântiphonaire (1719), au 
Musée ecclésiologique du diocèse.) 

Jean VI de Vaugiradlt (1). — Nélel octobre 1673, 
à Angers, paroisse de la Trinité (2) , il devint succes- 
sivement prieur de Noems, curé de Saint-Martin de 
Beaupreau (1705), chanoine de Saint-Maurice, grand 
archidiacre d'Angers,- vicaire- général de Poncet de la 
Rivière, évêque nommé de Montauban, puis évêque 
d'Angers. Il fut sacré à Paris, le 28 janvier 1731 et 
mourut, le 21 juin 1758; on l'inhuma dans la cathé- 
drale. 

Armoiries : d'argent^ à Paigle à deux têtes éployée de 
sable^ becquée et membrée^de gueules, qui est de Yaugi^ 
RAULT(3).L'écu, de forme ovale, s'appuie sur un large 

donne une écu en accolade, sans crosse ni mitre, une couronne de 
comte et un chapeau à trois rangs de houppes. 

(1) Vaugirault est une terre seigneuriale, avec château, sise sur la 
paroisse du Mesnil>en- Vallée (Maine-et-Loire), à environ un kilo- 
mètre du bourg. 

(2) Communication de M. Raimbault, qui a lu sur les registres de 
baptême de la paroisse de Notre-Dame-d*Allençon, que f Jean- 
» Baptiste de Vaugirault, fils de Gabriel de Vaugirault et de Jeanne- 
» Marie de la Bouere, né à Angers, dans la paroisse de la Trinité, 
» premier octobre mil six cent soixante-treize,, a été ondoyé le deux, 
» et baptisé le vingt-deux novembre même année , dans Téglise de 
» Notre-Dame-d*Allençon. » 

(3) Armoriai ms. de M. Fabbé Tardif. — Gauvin, p. 237. 



— 290 — 

cartouche : il est sommé d'une couronne de marquis^ 
adexlrée d'une mitre précieuse, senestrée d'une crosse 
tournée en dehors et timbré d'un chapeau à quatre rangs 
de houppes de sinople. D'après les mandements (17^1, 
1734, 4748, 1750), le Miseel, le Bréviaire. (1737) et le 
Rituel (1735) du prélat (Musée ecclésiologique du dio- 
cèse) ; sculpture de la cuisine de révêché. 

Jacques de Grasse (1). — Né au château de Limer- 
mont (Oise), le. 24 septembre 17^0 (2), il fut d'abord 
vicaire-général du diocèse de Beauvais, abbé commen- 
dataire et premier évêque de Vencc (1757), puis évê- 
que d'Angers (1758), et abbé commendataire de Saint- 
Aubin. Il mourut à Paris, le 24 juillet 1782, et fut 
inhumé dans le chœur de Saint-Sulpice. 

Armoiries : écartelé : au 1 , contre écartdé, £or à 
trois pals de gueules^ qui est de Foix, et d'or à deux 

« 

vaches passantes de gueules , acconiées, accolées et da- 
rinées d'azur, qui est de Béarn ; au 2^, de gueules, aux 
chaînes d'or, posées en croiXy sautoir et orle^ qui est de 
Navarre; au 3^, contre-écarteU en sautoir, d'or à quatre 
pals de gueules et d'argent à VaigWde sable couronnée 
d'or, becquée et membrée de gueules, qui est de Sicile; 
au 4e, de France^ à ta cotice componée d'argent et de 
gueuleSy qui est d'EvREUX : sur le tout, d'or au Uon de 



(i) Grasse, en Provence. 

(2) U naquit cUnsle diocèse de Beauyais, par suite du mariage de 
%0U père Etienne^ avec Louise-Ëtiennette d*Hallencourt de Bromesnil, 
qui lui apporta en dot la terre de Limermont {Communication de 
M. le chanoine Barraud). — Il existe encore plusieurs membres de 
la famille d<e Grasse, dans le Beauvaisis. 



— 291 — 

sable,- courannéj, armé, lampassé et vilené de gueules^ 
qui est de Grassb (1)* L'écu^ de fônne ovale, appuyé 
sur un cartouche, est timbré d'une couronne ducale 
adextrée d'une mitre précieuse et sénestrée d'une crosse 
d'or tournée en dehors, et sommé d'un chapeau à quatre 
rangs de houppes de sinople. 

D'après plusieurs empreintes du sceau du prélat et 
les armoiries placées en tâte de ses mandements (1761, 
4765, 1770, 1778, 1776, 1781), ou de son Diumale 
Andegavense (Musée ecclésiologique du diocèse). 

Mi€HEL IV François Couet du Viviers de Lorry (2). 
— Né à Metz (Moselle), en 1730, il fut successivement 
vicaire-général de Rouen, évêque de Vence (1764-), 
de Tarbes (1769) et d'Angers (1782), époque à laquelle 
il obtint en commënde l'abbaye de Saint-Serge de la 
même ville. Démissionnaire en 1802, il accepta l'évéché 
de la Rochelle et mourut à Paris^ le 14 mars .1803, 
âgé de 73 ans. 

Armoiries : de gueules, à trais fers de flèche renversés 
d'argent, deux et un, qui est du Viviers (3). L'écu en 
accolade est appuyé sur un cartouche, timbré d'une 
couronne de marquis (4), adextrée d'une mitre pré- 

(1) Du Buisson, Armoriai des principales familles du royaume, 
particulièrement de celles de Paris et de flsle de France, t. I, p. 173. 
— Communications de M. Barraud, chanoine de Téglise de Beauvais, 
de M. César de Grasse et de M. le Maréchal de Grasse. 

(^) Le Viviers et Lorry, sont deux villages du département de la 
Moselle. 

(3) Biographie du Parlement de Metz. — Communication de 
M. Lepage, archiviste du département de la Meurtbe. 

(4) L'extrait du Rituel de 1785, porte une couronne ducale. 



— S592 — 

cieuse et senestrée d'une crosse d'or, tournée en 
dehors, et sommé d'un chapeau à quatre rangs de 
houppes de sinople. 

D'après les armoiries gravées du prélat, ses mande- 
ments (1782, 1784, 1786, 1787, 1789), ses sceaux et 
ses livres liturgiques (Musée ecclésiologique du diocèse). 
Sur une authentique du 7 janvier 1790 (1), conservée 
à la cure de Sainte-Radégonde de Poitiers, devançant 
en cela le décret de TAssemblée nationale qui ne date 
que du mois de juin, M«r de Lorry avait déjà substitué 
ses initiales à ses armoiries de famille sur son écussou 
épiscopal, qui dès lors se blasonne : d'azur aux initiales 
M F D L d'argent entrelacées : l'écu timbré d'une 
croix entre la mitre précieuse à dextre et la crosse à 
senestre, et sommé du chapeau de sinople à quatre 
rangs de houppes. 

Charles II baron de Montault (2) des Isles , 
chevalier de l'ordre impérial de la Légion d'honneur. 
— Né, le 30 avril 1755, il fut d'abord vicaire de Saint- 
Pierre-du^Marché, à Loudun, puis évêque de Poitiers, 
1791. Il passa à l'évêché d'Angers, en 1802, mourut 
le 29 juillet 1839 et fut inhumé dans la nef de la ca- 
thédrale. 

Armoiries : d'azur ^ à deux mortiers d'argent, allumés 
de gueuleSy posés en pal, qui est des barons de Mon- 



(1 ) Le 19 jajivier \ 790, eut lieu l*abolition à toujours de la no- 
blesse héréditaire, qui fut cependant rétablie, le 2 mai 1814, par la 
déclaration royale de Saint-Ouen. 

(2) Montaull, une des grandes baronnies du Bigorre. V. Moréri, 
Dictionnaire historique, v» Feizenzaç, ^esensaguet, Montesquiou» 



— 293 — 

tault(I); au franc-qnàrtier de gueules à la croix alésée 
(for, à senestre^ qui est une concession de Napoléon !«* 
aux Évêques barons (2). L'écu timbré d'une toque ba- 
ronale de velours noir retroussée de contrevair, porte 
aigrette en argent, trois plumes, deux lambrequins en 
argent, en signe de.baronnie (3); d'une mitre précieuse 
à dextre et d'une crosse tournée en dehors à senestre, 
sommé d'un chapeau de sinople, à quatre rangs de 
houppes; accompagné en pointe d'une croix de cheva- 
lier de la Légion d'honneur, d'argent couronnée de 
sinople et attachée de gueules (4). 

Louis-RoBERT Paysant. — Originaire du diocèse de 
Bayeux (4787), vicaire de Saint-Pierre de Caen (1814), 
chapelain; puis directeur de Thèpital Saint-Louis de la 
même ville, vicaire-général de Bayeux, chanoine titu- 



(1) Promotion de chevaliers des ordres^ en 1662. V. Ph. de 
Montault. — Jouffroy à^EschdiW Aimes ^ Armoriai universel, v<* Montault. 

(2) Gourdon de Genouillac, Gramfnaire héraldiquey p. 97. 

(3) JWd.,p. 94. 

(4) Tant que les armoiries nobiliaires Itvent prohibées ba Francïe, 
voici celles dont se servit le vénérable prélat ; « 4'^zur, aux initiales 
G M entrelacées d'or ; Técu en ogive adossé à une croix en pal, 
adextré d*une mitre, senestre d'une crosse, timbré d*un chapeau de 
sinople à quatre rangs de houppes, et accompagné en pointe de deux 
branches croisées d'olivier an naturel. » — Sous la Restauration et 
jusqu'à sa mort, il supprima la croix de la Légion d'honneur, le 
firanc-quartier et la toque baronnale. Ges nouvelles armoiries se bla- 
sonnent : d'azur, à deux mortiers d'argent, posés en pal ; Vécu en 
accolade appuyé sur un cartouche, sommé de la couronne ducale 
entre une mitre précieuse à dextre et une crosse d'or à senestre, 
timbré d'un chapeau à quatre rangs de houppes de sinople et accom- 
pagné en pointe de deux branches croisées d'olivier au naturel* 



— 294 — 

laire de la cathédrale (1832), il fut sacré évèqae d'An- 
gers, le 25 février 1840. 11 mounit à Bocé, le 6 sep- 
tembre 1841 , et fut inhumé dans le caiveau des ÉTéques, 
à la cathédrale. 

Armoiries : (Pazur, à une crois et utu ancre d'argent 
m sautoir. Devise : SPE NITIMVR. L'écu terminé en 
accolade , est timbré d'une couronne ducale entre une 
mitre précieuse à dextre et une cros$e d'or à senestre^ 
et sommé d'un chapeau de sinople à quatre rangs de 
houppes. 

Guillaume VIII Laurent-Louis Angëbault, comte 
romain, assistant au trône pontifical, chevalier de 
l'Ordre impérial de la Légion d'honneur. -— Né à 
Rennes, le 17 juin 1790, il était chanoine et vicaire- 
général du diocèse da Nantes, lorsqu'il fut élevé au 
siège d'Angers. Il reçut la consécration épiscopale dans 
sa cathédrale, le 10 août 1842 (1). 

Armoiries : d'azur à une croix d'argent, et une ancre 
liée de même en sautoir , qui est de la communauté de 
Saint-Gildas (2). Devise : IN TE CONFIDO. L'écu, ap- 
puyé sur un cartouche, et terminé en accolade, 6st 
sommé d'une couronne ducale entre une mitre pré- 
cieuse à dextre et une crosse d'or en dehors à senestre, 
timbré d'un chapeau à quatre rangs de houppes de 
sinople, et accompagné en pointe d'une croix de che- 



(1) À cette occasion a été frappée une double médaille d'argi&nt et 
de bronze, dont il existe deux exemplaires au Musée diocésain. 

(2) Au diocèse de Nantes. — ^fr Ajigebault fut longtemps supé- 
rieur et directeur de cette communauté, qui s'établit sous ses ausr* 
pices. 



— 295 — 

valîer de la Légion d'hoûneur, couronnée de sinople 
et attachée de gueules et de deux branches croisées 
d'olivier au naturel. 



X. chanoine Barbier de Montault, 



CominaDCleur de l*Ordre du Satnt-Sëpulcre. 



: 1 > 



LA MAISON DU ROI 



A SAUMUR. 



Le dernier inventaire ou classement des anciennes 
archives de la Mairie a révélé l'existence , à Saumur, 
dans la rue du Paradis, d*une maison connue, jusqu'à 
la fin du dernier siècle, sous la dénomination ou le 
vocable de Maison du Roi. Elle est ainsi désignée , à 
diverses époques, dans les rôles des impositions, avant 
1789. Cette découverte a rendu plus certain ce qui 
n'était, auparavant, qu'une conjecture, appuyée, il est 
vrai, sur des bases sérieuses. 

Le corps de bâtiment, ainsi qualifié Logis ou Maison 
du Roi, existe encore en entier, ou du moins en sa 
partie principale; car, il va sans dire, les constructions 
accessoires, les cours, jardins, murs d'enclos, etc., ont 
disparu. 

Ce vaste hôtel devait se composer jadis des trois 
anciennes maisons ou hôtels de MM. Guérin, Lieutaud, 
et de Brie, seigneur de Fourneux. Aujourd'hui, malgré 



— 297 — 

cette division, suite nécessaire d'une aliénation par par- 
ties, opérée peut-être en l'année 4693, les finances de 
l'État étant épuisées, il n'offre encore aux regards 
qu'un même tout, un seul corps, même régulier, sur 
deux ailes latérales unies à celle du milieu que coupe 
à sa moitié, en dehors, suivant la mode du temps, un 
svelte et haut pavillon, en tour à cinq pans de face, 
contenant le grand escalier. Tout cet édifice semble, en 
effet, avoir été fait ou suivi , d'après une même con- 
ception, sur un seul plan. L'architecture, bien que de 
styles variés et successifs, ou de diverses époques, ne 
laisse pas d'être appareillée, autant que possible. L'ac- 
cord des parties, celles, si l'on veut, rattachées après 
coup à cet hôtel considérable, est sensible, si le point 
d'observation est déterminé, dans la rue, du pied de 
celui à l'opposite de MM. Lambert. Toutefois, cet as- 
semblage de bâtiments, devenu la propriété de plu- 
sieurs, chacun d'eux en tenant encore actuellement 
une part, n'était, il y a moins de deux siècles, qu'une 
partie avons-nous dit, ce qui est bien à croire , quoique 
la plus importante et la plus noble, de cet ancien do- 
maine royal. 

C'est dans cette enceinte que maintes fois, pendant 
les troubles de l'État et les guerres civiles , des rois 
et des princesses vinrent prendre quelque repos. 

C'est dans ce modeste manoir, fixé au centre de 
notre ville, que se plurent à séjourner les rois Henri IV, 
notamment en 1589 et en 1595 pendant plusieurs jours, 
sa sœur, Catherine de Navarre, demeurant alors à Sau- 
mur: Louis XIII, en 1614, récemment déclaré majeur, 
et en 1628, victorieux et de retour de la Rochelle. La 
BIP. ARC. ii 



- »8 — 

reine Marie de Médicis en 1614, la même en 4621, et 
après elle Anne d'Autriche en 1638; la même en 1652 
avec 8oa fils L^uis XIY, et Mazarin , leur dévoué mi- 
nistre* 

A cette dernière époque, lors des guerres des Princes 
ou de la Fronde^ Anne d'Autriche el son jeune roi sé- 
journèrent là pendant cinq semaines. La cour les y 
suivit; car à Sftomur» la majeure partie des habitants 
et les magistrats restaient fidèles à la cause royale. 
Avec de tels hôtes» l'auguste et mince palais de la rue 
du Paradis , fut le centre un moment de la politique 
et des plus hautes. affaires du temps. On y vit affluer 
de tous les côtés les princes et les seigneurs, les gens 
de distinction ou de marque de toute espèce. Le vieux 
garderdes-^sceaui^ Châteauneuf, disgracié ou supplanté, 
y vint préhdre congé du roi et de la reine. Le vicomte 
de Turenne , quelque temps infidèle , et le ministre le 
Tellier, erilés, y furent reçus avec bienveillance et ren- 
trèrent dans les bonneS grâces de Leurs Majestés et de 
leur ministre. C'est dans l'une des salles royales de ce 
petit palais que Mfi^ Henri Amauld, chassé indigne- 
ment d'Angers, avec le Présidial et autres suspects d'at- 
tachement à leurs devoirs, ensemble proscrits et réfu- 
giés à Saumur, où Us trouvèrent d'abondants secours» 
vint crier merci pour la ville rebelle. On sait, qu'il fqt 
assez heureux pour obtenir^ le lendemain, par ses der- 
nières paroles en communiant la. reine, le pardon que 
ses entrailles émues avaient sollicité si vivement la veille, 
sans succès. 

Si les édifices ont comme les hommes leur joi)r. d'é- 
clat et de prospérité^ selon l'expressic^i dC'M* Bodin, 



- 9ÔÔ — 

quel airtrè, dans cettie Tîlle, est côtiîpàiràbîë â Iceluî-cî, 
et peut offrir àùx regards curieux tin côté j^lus'blrîllaht? 
A quel huïre, nlêrte dans toute là pWviùèé', ée'ratta- 
cheroUt des souvenirs plus iritérfessaiits et plus • hono- 
rables, si ces récits sont exacts? . u * 

Combien donc il serait regrettable que ce triônuitient 
historique, assez ignoré jusqti'ici', ^is aii cœur de la 
ville, seul vestige peut-être et dernier ^tëttioin â'un 
passé si glorieux pour elle, tombât dans tm oublr corn- 
plet et fût délaissé totalement par indîff6re!l(^e?Il vient 
d'échoir par achat, par parties encore, à' de nouveaux 
possesseurs; il court risque par conséquent à toute 
heure d'être dénaturé et détruit peut-être, au moins 
en Tune ou Tautre de ses parties principales ou inté- 
grantes. Ne conviendrait-il pas qu'avant tout, et sans 
délai , pour conserver ce monument d'un passé dont 
bon noriibre de villes nous envieraient là gloire , une 
main habile s'exerçât, 'pendant qu'il en est temps' en- 
core, à en faire, sinon un dessin fini, au moins une 
esquisse exacte, qui serait toujours bien placée dans 
les cartons de la Mairie et satisferait , au besoiii , l'ar- 
chéologue, tout autant, au moins, que les dessins d'autres 
maisons pailiculiéres de la ville, dignes elles-mêmes de 
tels soins , et en si grand nombre qu'on les rencontre 
presqu'à chaque pas, au rapport des savants tnelmfbres 
du Congrès de 1862. 

Oè petit ' Louvre , car qtf étaient les Louvres , dans 
Paris même, avant les reines 'florentines, Catherine left 
Marie de Médicis? oflre deux entrées : l'une au nord, et 
la principale, rue du Paradis; Vautre, moindre, mais 
qui ne laisse pas d'avoir son importance, au sud, rue 



— 800 — 

Pavée, n présente par conséquent deux façades ; la se- 
conde est sur le plan à peu près de la première, à sa- 
voir, sur une aile avec deux en retour, et pavillon éga- 
lement au centre , sauf qqelques inégalités légèrement 
apparentes. 

Que le crayon, essaie, sans retard , s'il se peut, de 
rendre par des traits précis l'élévation de ces deux 
façades, œuvre soignée, ni d'une même époque, ni 
du même style. La seconde se caractérise surtout par 
le rapprochement et la multiplicité de ses fenêtres 
grandes et petites, la plupart plein-ceintre , ornées 
toutes à plaisir, de figurines en saillie, formant clef^ 
et d'un large chambranle avec fortes moulures. La 
porte du bâtiment prise ras terre au milieu du pavil- 
lon, belle de simplicité, n'a pour décor qu'une mou- 
lure rentrante, légèrement renflée vers le milieu, en- 
taillée au nu du mur sur les angles de dehors, sur 
environ 30 centimètres de largeur et 15 de profon- 
deur. 

Nous ajouterons que ces constructions, restaurations 
et additions des xv®, xvi« et xvii© siècles , sont entées, 
indubitablement, quelques restes antiques en font foi, 
sur d'autres antérieures à elles de beaucoup. 

On comprend aisément qu'il serait besoin ici d'un 
archéologue plus expert que nous pour donner conve- 
nablement ces détails architectoniques et faire apprér 
cier complètement la valeur de ce petit palais, si inté- 
ressant sous tous les rapports. J. B. 

(Extrait de VÉcko Saumurois), 



CHRONIQUE. 



■Ibliogriiplile* 

Essai sur les monnaies des ^NamnèteSy par M. F. Paren* 

teau. — Nantes, A. Guéraud 1863. 

M. Renault, employé de la poste d'Angers, a eu l'o- 
bligeance de nous communiquer cette curieuse brochure 
renfermant vingt-quatre pages très-substantielles et 
trois planches de monnaies celtiques. 

Nous l'avons lue avec un vif intérêt et bien que nous 
ne soyons pas toujours du niéme avis que l'auteur, 
nous n'en rendons pas moins justice à ses solides tra- 
vaux. Qu'il nous soit permis de les analyser, ce sera la 
meilleure preuve du grand cas que nous eh taisons. 

Dans l'œuvre de M. Parenteau, point de phrases inu- 
tiles, il va droit au but, ce n'est pas son moindre 
mérite. 

Il dit vrai , en écrivant que la numismatique de la 
Bretagne armoricaine est la plus riche de la Gaule ; 
que voisines de l'Océan, les peuplades réuàies par le 
lien de la Confédération armoricaine, n'avaient pour 
limites géographiques que la Seine et la Gironde. 

Mais il entend ne s'occuper que des Namnètes 
(Nantais) et de leurs proches voisins. L'Anjou y trou- 
vera donc quelque peu son compte. 



— 302 — 

s 

Il consacre quelques lignes à ces objets connus sous 
le nom de Rouelles de plomb. On appelle ainsi de petits 
anneaux striés sur leurs bords ou losanges qoi se 
trouvent généralement parmi des débris de haute an- 
tiquité. La plupart des numismates y croient recon- 
naître les essais rudimentaires du monnayage gaulois. 

M. Parenteau proteste contre cette attribution. Pour 
lui ces rouelles sont dos. pesom de fuseaux : c De nos 
x> jours, dit-il, on en fabrique d'identiques à Ploërmel, 
» et à Josselin (liorbîhan). Elles se ¥endent à naisoa de 
» deux pour un sou aux femmes de la campagne, qui 
» s'en servent comme dans l'antiquité pour donner du 
> poids à leurs fuseaux. » 

Quant aux rouelles de bronze, sortes de petites roues 
évidées ayant une croix inscrite dans un cercle y formée 
par quatre rations j il les rejette égalem^t comme mon- 
naies et les accepte comme des amulettes gauloises. 

Ge qu'il dit de ces pesons traditionnels me parait con- 
cluant, \e&.amtdettes ne me satisfont pas autant. 

De même que tous les archéologues^ il admet l'invar- 
sion du type grec dans le monnayage ceHique. C'ëst^ 
dit-il^ surtout après, le pillage du temple de Delphes 
(278 avant J -G.) que les statères d'or de Philippeide 
Macédoine se répandirent dans nos cootrées et furent 
imites d'abord servilement et ensuite d'une façon 
grossière. U en fut de« même de l'imitation que les Gau- 
lois firent sur or, des drachmes d'argent d'Alexandre^ 
le-Grand. de Macédoine. . 

Plus tafrd les demers romains desiamilles consuJaires 
servirent d^ type àlaMmonnàieide-nos) ayeuK^ tout;ce)a 
est désormais incontestable. P;assons. 



— 383 — 

Dans la planche l^^ no 4, on voit sur une médaille 
une branche de houe, à l'occasion de laqmeUe iFattleur 
nous apprend que cet a^rbrisseau était cbee nos pares 
rembléme de l'hospitaliié. Laissons le parler : c De 
]» nos jours on s'en sort encore pour indiquer les aurr 
» berges dans la campagne ; eC les m^itatjioiis aux noces 
1» dans le Bocage du Poftou*, se font avec une branche 
» couverte de livrées au» cQulemrs é(^)alantes. Quand 
» c'est, une braiiche dd laurier, le ino«Dbre des feuilles 
i> se compte : atftant de feuiUet;, autant de personnes 
» invitées; libi?e au maître «du logis, «de choisir parmi 
]> les siens, ce qqi e$t,$uÂyant nous d'ufte délicatesse 
» extrême. Mais avec une branobe >de houx : venez-y 
» tous. Je ne vois aticnn inconvénient à faire remonter 
» cette coutume à l'époque celtique ; puisse l'extrême 
» civilisation qui s'avance, ne pas nous rendre, plus 
9 impolis et moins hospitaliers que. nos ayenx. > 

Sur une médaille planche 1 n<><5/M. Parenteau 'feit 
remarquer un cavalier nu, sans selle ni bride, maia 
dont le pied gauche est armé d'un éperonà une seule 
pointe aigiie. 

11 cite à ce sujet divers éperons qu'il a trouvés lui- 
méme dans les tombes gaulaisas de Poozauges ; puis il 
£^oute que César dit positivement que le chef Atrebate 
Cominus poussait son coursier d& l'éperon lorsqu'il 
traversa de sa lan^ la cuisse de Quadratus (Comm., 
liv. VIII, page 190). 

Passant à la médaille pi. I, n» 7, trouvée à Segora, 
M. Parenteau nous parle du cheval à tête d'homme 
(androoéphale) , qu'il rapproche ing^eusement des 
^hiox de l'Egypte et des taureaux de Ninive, tous à 



— 304 - 

tête bnmaine, preuve de Tinfiltration des idées asia- 
tiques dans la Gaule. 

La médaille pK I, v9 10, également découverte à Se- 
gora, présente deux croix à branches égales. « Dans la 
» croix, j'ai toujours cru, dit-il, à un emblème du 
» mouvement; c'est la roue solaire réduite à sa plus 

> simple expression, Taxe ^t quatre rayons. On peut y 
» voir l'alternance des saisons. > 

A l'occasion de la roue solaire , il cite et publie le 
disque d'argent de la découverte de N. D. d'Allençon 
prés'Brissac (Haine et Loire), passé de la collection 
Grille d'Angers, au musée du Louvre, « ce disque re- 
» présente Apollon-Moneta, avec une roue à ses pieds. 

> On la retrouve au revers des oboles émises par la 
» colonie grecque de Marseille, enfin elle sert de contre- 
» marque aux monnaies romaines trouvées à Rennes, 

> dans la Vilaine. > 

Un slatère, pi. I, n® H, a cela d'intcres$ant qu'il fut 
trouvé dans la commune de Derval (Loire-Inférieure), 
au pied d'un menhir, assois profondément en terre. 
Cette pièce représente au droit la tète d'Apollon avec 
cordons perlés et le sus gaUicus placé sur la tète. 

Sur sa planche II, M. Parenteau reproduit un type 
attribué jusqu'à lui aux Angevins, mais qu'il croit de- 
voir restituer aux Namnétes. A son sens , les cent vingt 
statères d'or découverts en janvier 1860, dans un champ 
de choux de la paroisse de Candé (Maine et Loire), se 
rattachent à la numismatique nantaise. Ce type est 
celui-ci : 

D. Tête radiée d'Apollon, profil à droite, cordons 
perlés ornés de quatre petites têtes, sous le menton 
mors de bride articulé. 



^ 305 — 

B|. Gbeval.galopant à droite; aurdesaas Tauriga, la 
main droite élevée, sous le cheval génie debout les 
bras- étendus. 

Les preuves apportées par JM. Parenteau oe me pa- 
raissent pas assez concluantes pour déposséder l'Anjou 
de ce type primitif; attendons. 

Il publie, planche III, n® 2, un statére d'or également 
trouvé à Candé qu'il qualifie de c pièce de la dernière 
9 époque contemporaine des statères bien connus au 
» nom et à la tête de Yercingétorix, et circulant au mo- 
» ment de la conquête. » 

Voici la description qu'il en fait : 

< D. Tête à cbeVeux courts, cordons perlés rattachant 
les quatre têtes bien indiquées, 

D % Cheval en course à droite, dessous. le génie aux 
bras étendus. > 

J'avoue que la tête de Yercingétorix me parait ici 
très problématique. 

Si M. Parenteau nous enlève le type du mors et du 
génie debout, il nous en donne un que nous ne connais- 
sions pas, planche H, n» 9. Il le décrit ainsi : « Tête 
9 du Dieu soleil tournée à droite, ornements en S à la 
» circonférence. fi|. Cheval androcéphale monté par un 
» cavalier barbare galopant à droite : au-dessous un 
9 hippocampe (poisson dit cheval marin). > Je ne refuse 
point la compensation, mais cet hippocampe, il me 
semble , conviendrait mieux à une peuplade celtique 
des bords de la mer. 

M. Parenteau termine son intéressante brochure, en 
citant un passage de Ptolémée d'Alexandrie, qui nomme 
les Andicavi Çlvé'uixovcLi et qui les place à l'orient des 



— 806 — 

Samnitm ou pltHôt ces derniers ati âud-one^t des Ande- 
gati. 

Catalogue des manuscrits de la bibliothèque d^ Angers. 

M. Leinarchand, bibliothécaire-adjoint, vient de pu- 
blier sous les auspices du Conseil municipal le catalogue 
des manuscrits de la bibliothèque d'Angers; nous en- 
tretiendrons nos lecteurs de cette très-remarquable 
publication. 

Des anciennes constructions militaires. 

Nous annonçons un curieux mémoire, para récem- 
ment à Saumtrr à Timprinierie de Paul Godet. Cette 
brochure de 47 pages, traite des anciennes constructions 
militaire^ connues sous le nom de forts vitrifiés. M. F^ 
Prévost, capitaine du génie, en est l'auteur; prochai- 
nement nous donnerons l'amaiyse de cette publication 
pleine d'intérêt par ses vues nouvelles sur un sujet peu 
connu et jusqu'à cette heure mal étudié. 

IVimiisiiuitiqae^ 

Monnaie celtique (Commune du Pin-en^Mauges). 

M. Trtstan'-Martin s'est récemment procuré un quart 
de statëre en or; du poids de deux grammes » décou- 
vert sur là commune du Pin>-ett*Mauges. Cette pièce 
celtique eet fruste au droit, mais ^m revers se trouve 
parfaitement accusé. Il représente un personnage de- 
bout se dirigeant à gauche et tenant dans sa main 
droite un lituus ou bâton augurai, dans la gauche une 
masse ou marteau (forme d'ancre); devant lui dane le 
champ, paraît la I^ttre sX. La tête semble nue, sauf le 



-mi — 

coté de Yocdtpui d'où sort une' tongue méèhe de ohe- 
veux flottant horizontalement, msns un peu relevée en 
S à son ettréttiité : peut-être est-oe aussi un ornement 
en pl«mes ou en étoffe. Un grenetis orne la oirconfé* 
renée de cette monnaie. Ce n'est pas la première mé- 
daille de ce type ique l'on a découverte dans l'ârcon- 
dissement dé Cholet, nous éerit Ml Tristan. 

M. F. Paorenteau dans son eâsai sur la monnaie des 
Namnètesi (])Cantes^ Ga<éraud, 1863) n'hésite pas à clas- 
ser ce type parmi les pièces armoricaines. Il en a re- 
(MToduit deux exemplaires sur sa planche II n^ 6 et 7 
qui ne diffèrent entr'eux que par la lettre i du n9 6 
qui se change en 1 (sigma) dans le n<> 7. Le n® 6 pro- 
vient d'Ancenis, le n* 7 de Cholet. 

M. Parenteau nous apprend encore qu'une pièce du 
même genre a été trouvée à Candé. Qu'il me permette 
de lui signaler celle de M. Tristan, lequel a bien voulu 
nous en adresiser un dessin fait par notre collègue, 
M. Gaston de Cholet. 

Cinq exemplaires de ce type ont été les seuls décou- 
verts depuis dix années, assure M, Parenteau ; celui de 
M. Tristan fera le sixième. C'est en signaler la rareté. 

M. Parenteau se livre à une intéressante dissertation 
historique sur l'origine historique de ce type. « Me 
D sera-t-il permis, écrit-il, de l'attribuer aux Saranites 
» des bords de la Loire , â cette colonie italiote fixée 
» dans nos contrées, mentionnée par Strabon (1) et 
^ par Ptolémée; aux Samnites qui possédaient les 

(i) Strabon^ lih. iv, o. iv. 



— 808 — 

1 îles de rOcéan , touchaient d'un côté aux Vénètes et 
» de Fautre aux Andegavil 

» Les Samnites italiotes (1), alliés aux Gaulois, firent 
» souvent trembler les Romains. Soumis par ceux-ci 
» vers l'an 37S avant J.-G. , leur émigration partielle 
» en Gaule, peut dater de leur soumission. > 

Puis il ajoute : c Le dieu qui est représenté sur la 
» médaille doit être Hercule ou Vulcain, peut-être le 

> DEO VOLKANO de nos inscriptions de Nantes d'ori- 
9 gine étrusque ; on sait qu'il est toujours armé de son 

> marteau. Le^t^ma est l'initiale des Samnites comme 
9 le MA sur les oboles de Marseille C'est un fait 

> anormal qu'un essai d'épigraphie dans nos contrées 
» plus de deux siècles avant la conquête romaine de 
» l'Armorique, et chose digne d'être remarquée. » 

Tout cela est fort bien dit assurément, et sans vouloir 
détruire les conjectures de M. Parenteau, une seule 
chose me fait encore hésiter à les accueillir , en effet 
sur la monnaie de M. Tristan-Martin et même sur celle 
publiée par l'auteur, planche II n® 6, j'aperçois un X 
parfaitement accusé et non pas un sigma. Or cette lettre 
X ne peut être l'initiale des Samnites. Ensuite est-il 
bien vrai que Segora (Fief-Sauvin) et Ancenis aient été 
des villes l'une ou l'autre capitale des Samnites en nos 
contrées? Je ne vais pas assurément jusqu'à le nier, 
mais je ne vois point jusqu'ici de bonnes raisons pour 
prouver l'affirmative. 

Adhuc sub judice lis est. 

V. G.-F. 

(I) Les Samnites habitaient le Samnium, les Abruzzes. 



COMPTÉ-RENDU 



DES SÉANCES DE LÀ COMMISSION ARCHÉOLOGIQUE. 



Manee do 4 Février i86S. 

Pré&idence de M. Godard- Faultrier, 

Des travaux d'un réel intérêt, et qui n'ont pas trouvé 
place dans le Répertoire, ayant été lus dans cette séance, 
nous croyons devoir donner à cet extrait du procès- 
verbal, des proportions un peu plus considérables qu'à 
l'ordinaire. 

Le premier de ces travaux, est un rapport de M. Go- 
dard sur la découverte de cercueils en plomb à Saint- 
Jean-des-Mauvrets. A propos de Saint-Jean-des-Mau- 
vrets, M. le docteur Hunault parle des craintes qui ont 
été manifestées sur l'insuffisance des fonds dont on 
avait à disposer pour les travaux de l'église. M. le Pré- 
sident affirme que la situation de cette entreprise a été 
exposée au Ministre, et que l'on agira suivant la réponse 
que l'on recevra. 

Quant aux cinq cercueils, objet du rapport de 
M. Godard, leur découverte avait d'abord donné lieu à 
diverses complications que l'on avait dû soumettre à la 
haute appréciation de M. le Préfet. 

M. le Président donne à la commission la description 



— 310 — 

de l'église, de la crypte qui recouvrait ces tombeaux, 
et des cercueils eux-mêmes dont il fait circuler un 
dessin de M. Duvêtre, Sauf celui désigné au n9 \ qui 
a l'aspect ordinaire, ils affectent dans leur forme, au- 
dessus des épaulées , une. partie sphéiique pour la tête, 
et d'après un assez grand nombre de rapprochements 
très-curieux, recueillis avec beaucoup de soin par 
M. Godard, ils appartiendraient à la famille de François 
de ChâteaubrianU doyen de la .oatbédr^ d'Angers au 
XVI6 siècle. Un fragment de blason placé dans l'église 
de Saint-Jean-des-Mauvrets , lui donne même lieu de 
penser que cette famille est la même que la famille 
du grand homme qui a tant illustré par son fgénie le 
nom de Ghâteaubriant. 

M. Godard donne dans son râfpport de nombreux 
détails sur les objets contenus dans ces tombes, sur 
l'époque de chacune d'elles, sur leur orientation, sur 
la discussion dont leur emplacement fut de nouveau 
l'objet, et dont la solution est subordonnée au consen- 
tement définitif de M. du Rou^ay de les recevoir dans 
sa chapelle de N. D. de Lorette, enfin sur l'archéo- 
logie du caveau qui les renfermait. 

iOn passe au rapport de MM. Simon et Godard sur 
les peintures murales découvertes dernièrement dans 
l'église de Saint-Pieixe de Ghemillé, représentées dans 
un dessin de M. Gaston de Gholet exposé sur le bureau; 
Cette découverte dont M. Simon, architecte, avait donné 
de suite avis à Mi Godard» fut l'objet d'une correspond 
dance entre euxi Ose partie de ces peiatqres occupe la 
seconde travée du choeur*; M. Simont, apr^s <<rfoiri'fait 
tomber une couche épaisse de badigeon ^ aperçut ces 



— sa — 

peintures dont le sujet est tiré de rApcwalypsjç, eft elles 
remontent suivant sa première appréciation au xip siècle. 
C'est Fagneau, les quatre animaux et les vingt-quatre 
vieillards couronnés, barbus et revêtus de riches orne- 
ments, avec des versets tirés de T apocalypse; ailleurs 
se trouveraient les quatre fleuves du paradis terrestre. 
L'intention du peintre, comme le dit M^ Simon , aurait 
été d'indiquer que l'Éden perdu par le péché , aurait 
été racheté par l'Agneau immolé sur la croix. Ces. pein- 
tures , la plupart exécutées à la chau;x, ont été: bien 
ternies et par le temps et par le badigeon. M. Simon 
signale encore quelques allégories à l'entrée du choeur. 

M. Dainville ayant bien voulu se transporter sur les 
lieux, jugea d'accord avec M. le curé de Saint-^Pierre 
de Chemillé et MM. Simon et Gaston, que ces peintures 
avaient un grand intérêt et qu'on devrait prendre les 
mesures nécessaires pour leur conservation. 

M. Leroarcband est prié de donner lecture d'un 
rapport syr une brochure de M. Jéban (de Saint-Cla- 
vien) ayant pour titre : Carnac : fouilles et nouvelles dé f 
couvertes dans la butte Saint-Michel y brochure dont 
Tauteur lui a fait hommage. La brochure ne renferme 
pas de description. L'auteur ne parle que du tumulus. 
On y a découvert un dolmen renfermait des haches et 
objets divers. Deux opinions étaient en présep,çe sur 
l'origine du mot Carnac. Suivant M, clçMVillemar<ïtté, 
il signifierait monument de pierre; d'autres le font 
venir de caro carnis ; M» Jehan (de Saint-Clavien) ne 
partage ni l'une ni l'autre de ces interprétations. Dans 
la langue celtique on ne trouve pas cette expression, 
mais dans la langue galloise , on la rencontre dans le 



— 312 — 

sens de hauteur , éminence, élévation en Phonneur du 
soleiL M. Lemarchand se prononce pour Tétymologie 
gallique. M. Godard appuie cette opinion en observant 
que les peulvans sont des espèces d'obélisques, et que 
les obélisques sont des monuments élevés en l'honneur 
du soleiL 

M. le docteur Hunault, également à l'appui de cette 
opinion, cite une remarque très-frappante que M. Pari- 
set, enfant lui-même de la Bretagne, lui faisait un jour 
à propos du mot Carnac. M. Pariset a constaté dans son 
voyage en Egypte que les lieux qui portent ce nom 
sont précisément ceux où furent ouvertes les carrières 
d'où furent tirés les obélisques. M. Hunault propose 
de communiquer sur ce curieux rapprochement les 
notes qu'il possède, ce que la Commission accepte avec 
reconnaissance. 

L'ordre du jour appelle enfin une notice sur le châ- 
teau et la commune de Brezé, par M. Louis Raimbault, 
notice qui a été reproduite dans le Répertoire archéo- 
logique. 

M. le Président appelle l'attention de la réunion gùr 
des estampages communiqués par M. Chapeau, sculp- 
teur, et représentant des sculptures de meubles des 
xve et xvie siècles, d'une grande finesse et d'une grande 
élégance. 

Puis la séance est levée. 

Le Secrétaire de la Commission , 
Paul Lachèse. 




c>a_-. 



CQJSDITIONS DE L'ABONNEMENT. 



II. 



Le Répertoire Archéologique de l'Anjou parait le l*"' de 
chaque mois, par livraisons chacune de deux feuilles d'im- 
pression. 

Le prix de l'abonnement, pour les personnes ne faisant pas 
partie de la Commission Archéologique, est de 5 francs par an 
pour Angers et de 6 francs par la poste. 

Les abonnements sont reçus chez tous les libraires du 
département. 








. t.S 




SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'AGRICDLTDRE , SCIENCES ET ARTS 

ANCIENNE ACADÉHIE D'ANGERS. 




COIIISSIOI iRGIËOLOGIQUE 



DU DEPARTEMENT 



y A4 3 

DE MAINE ET LOIRE 



RÉPERTOIRE iROHlOLOGlQIIE 



DE I/ANJOU 



Année t86S. — AoAt- Septembre. 




ANGERS 

IMPRIMERIE DE GOSNIER ET LACHÉSE 
Chaussée Saint-Pierre , 13 

1863 



•v>^« 




£TUDE HiGIOGRAPHKIliE 



SUR 



ROBERT D'ARBRISSEL 



FONDATEUR DE L»ORDRE DE FONTEVRAUD * 



« De manifestis nobis judicare permittitur; 
de manifestis ergo jadicemus. » 

(S. Adgobtin. Lib. II, cap. x, De Serm. Dom, in monte,) 



Je n'écris point la vie de Robert d'Arbrissel , déjà 
tant de fois traitée et trop connue pour être l'objet 
d'une nouvelle étude. 

Je ne veux pas davantage rédiger ses Actes; ce serait 
un travail trop long, peut-être même au-dessus de mes 
forces , et d'ailleurs déjà fait en partie par les BoUan- 
distes. 

J'ai seulement Tintention de grouper ici quelques 
notes hagiographiques^ qui me sont personnelles et de 
dire, parce que j'en ai été chargé, tout ce que j'ai vu 
et recueilli au sujet de ce saint personnage. 

REP. ARC. 



u>\\ 



— 314 — 

En effet, c'est seulement sur les instances des dames 
Fontevristes de Chemillé , et avec 'l'autorisation des 
Révérendissimes Évêques d'Angers et de Poitiers, qui 
daignèrent m'honorer d'un mandat spécial, que j'ai 
entrepris de poursuivre auprès du Saint-Siège la cause 
depuis longtemps pendante du pieux fondateur de l'ab- 
baye de Fontevraud. 

Il s'agissait, pour préparer une solution et amener 
un décret de béatification équipollente, de prouver que, 
de temps immémorial, Robert d'Arbrissel avait été 
l'objet d'un culte public, tel que celui dont on honore 
les saints, solennellement canonisés par l'Eglise. 

Malheureusement, toutes mes recherches ont abouti 
à ce résultat inattendu, que la cause se pose d'elle- 
même dans une situation si exceptionnelle que, pour 
en éluder les conséquences, il serait nécessaire d'in- 
voquer la faveur du Souverain Pontife. Car, si l'on fait 
valoir les arguments fournis par le culte, l'adversaire 
pourra toujours opposer des arguments plus forts de 
non-culte, et le non-culte lui-même devient une preuve 
insuffisante et inutile, alors qu'il existe des faits cer- 
tains de culte. 

Arrivé à cette impasse sans issue, j'ai reculé, refu- 
sant désormais tout concours à une cause qui me sem- 
blait mal engagée et pleine 4e5 plus inextricables diffi- 
cultés. L'ardeur que j'avais mise au début se sentait 
tout d'un coup paralysée, non par des obstacles impré- 
vus, mais par des impossibilités qui naissaient du sujet 
lui-même. 

La question en est actuellement où je l'ai laissée et 
je doute que personne y veuille mettre la main. 



— 3t5 — 

J'ai dit que je cherchais à prouver l'existence du 
culte public, liturgique, solennel, et cela, puisqu'il 
s'agissait d'un fait historique, à l'aide des documents 
ou des monuments dont nous sommes encore en pos- 
session. 

Ce sont ces textes, imprimés et manuscrits, ces 
œuvres de l'art ou de l'archéologie que je vais essayer 
de mettre en relief, non plus pour en tirer une con- 
clusion pratique , que j'aurais été aussi heureux que 
fier d'avoir provoquée , mais pour enrichir la science 
hagiographique et les archives du diocèse d'observa- 
tions nouvelles et de faits curieux, qu'il importe de 
consigner. 

Or, pour mettre de l'ordre dans cette étude, je pas- 
serai successivement en reyue tout ce qui constitue à 
proprement parler le dossier d'un bienheureux, écar- 
tant toutefois du procès la sainteté de la vie et les mi- 
racles qui, dans la récognition d'un culte déjà ancien, 
sont des choses admises en principe et sur lesquelles 
ne porte pas d'ordinaire la discussion. 

Je déterminerai d'abord de la manière la plus posi- 
tive et par des témoignages contemporains, le nom du 
personnage qui iious occupe. Puis j'énumérerai les re- 
liques qu'il a laissées , décrirai les monuments qui les 

< 

ont contenues ou les contiennent encore, indiquerai 
son iconographie et les diverses formes de son culte pu- 
blic ou privé. Enfin f je terminerai par l'examen des 
tentatives, faites à plusieurs reprises, auprès du Saint- 
Siège, pour une reconnaissance légale et canonique du 
, titre de bienheureux^ après avoir toutefois condensé le 



— 316 — 

passé dans un article bibliographique, que je me suis 
efiforcé de rendre aussi complet que possible. 

On sera peut-être étonné qu'au début de cette étude 
je me sois abstenu de donner à Robert d'Arbrissel le 
titre de bienheureux, que lui a décerné la tradition de 
l'Église de France. Mais j'avais à observer une règle 
canonique qu'aucune coutume, même immémoriale, 
ne pouvait m'autoriser à enfreindre et ce n'est que 
dans le cours du récit, sans préjudice toutefois des 
droits réservés au Saint-Siège, que j'emploierai une 
qualification pour ainsi dire historique plutôt que ri- 
goureusement exacte (1). 

I. 

A l'exemple des BoUandistes, mais puisant à des 
sources meilleures, je consacrerai un paragraphe spé- 
cial au nom du bienheureux. 

Ce nom a singulièrement varié , suivant les temps , 
les lieux et les personnes. Beaucoup d'auteurs l'ont 
inexactement reproduit; plusieurs Font même estropié, 
au point de le rendre méconnaissable. Ce n'est donc 
pas à ces auteurs mal informés que je. m'adresserai, 
mais aux contemporains, tels que nous les connaissons 
par les manuscrits, car eux surtout doivent être incon- 

(1) c( Non videtur negandum quin eorum vita religiose traiLs&cta 
GTulgetur^ et in narrationis etiam decursu aliquando veri Beati vel 
Sancti appeUentur, at quod inscribatur opus et in prima pagina im- 
primatur Vita Beati vel Sancti talis, non videtur permittendum^ 
sine liceniia Sedis Apostolicse. » Benedictus XIV. De Servorum Dei 
beatificatione et beatofum canonitatione. Bononise^ 1735, iib. 11^ cap. 

LXXIV. 



— 317 — 

testablement en position de renseigner sur la forme 
primitive. 

Robert, Robertus^ tel est le nom, nomen^ que reçut 
au baptême le petit Breton qui naquit en 1040. 

A ce nom, pour le distinguer de tous ceux qui en 
portaient un identique, fut ajouté un surnom, cognomen, 
qui n'était ni une qualiiication de sa famille , ni une 
appellation terrienne et féodale, mais simplement un 
surnom d'origine et de lieu de naissance. 

En effet tous les historiens sont d'accord sur ce 
point que Robert vint au monde dans le village d'Ar- 
brissel, ou d'Arbre sec, comme on dit maintenant, à 
quelques lieues de Rennes et prés de la petite ville de 
la Guerche. 

Les textes que je vais citer à l'appui du nomm et du 
cognomeny sont extraits du cartulaire de Fontevraud, 
que possède la bibliothèque impériale (1) à Paris, et 
des chartes conservées aux Archives de l'empire. Or, 
dans ces documents des xi® et xii© siècles , Robert est 
écrit en latin, de trois manières différentes : en abrégé 
sous la forme rude ou adoucie, et enfin avec ou sans 
cognomen- 

C'était assez l'usage, au moyen âge, de n'indiquer 
le nom de baptême que par une initiale (2). Aussi 
trouvons-nous simplement la lettre R pour signifier 
Roberius, dans les textes suivants : « Deo et donmo R. 
et monacabus in xpisti nomine sibi subpositis. }> — 



(i) Fonds latin^ n<* 5480. Ce cartulaire, qui date de 1699, a été 
fait par les soins du marquis de Gaignières. 
(2) Re\ue des sociétés sairantes, 1801^ pag. 498. 



- 318 — 

t 

< Donavi domno R. » — « Dorano R. et sanctim. Fon- 
tisebraudi. » — « Donamus Deo et B. M. in perpe- 
tuum et domno R. » — c< In manu domni R. :» 

RobertuSy quand il est écrit en entier, est bien la 
forme adoucie du nom , mais l'orthographe ancienne, 
basée sur une tradition originelle, l'étymologie et une 
prononciation dure, nous est révélée par une charte 
de 1114, où l'écrivain répète jusqu'à quatre fois Rot- 
bertus, Rotberto^ Rotberhim, et par un acte de donation 
qui se réfère à Tévêque Pierre II (1072) : « Vir quidam 
magne religionis et bone opinionis nomine Rotbertus 
de Arbruissello. » 

Le nom seul sans le cognomm est assez rare , tandis 
que les exemples des deux réunis abondent. 

Arbrissely si nous consultons la tradition, qui fait 
encore loi de nos jours, serait le vrai cognomm, sans 
aucune altération. « M. Roberto de Arbrissello(1126) » 
— « Deo et domno R. de Arbrissello. » — « Présente 
domno R. de Arbrissello. » — c Domno R. de Arbris- 
sello. » 

Tout en maintenant cette forme, on la modifie par 
le changement de la seconde S en C : c Per manum 
domni Rotberti de Arbriscello. » 

L'i est mouillé et par conséquent précédé de Vti en 
plusieurs endroits : « Domno R. de Arbruissello ma- 
gne religionis et honestatis viro clarissimo. » — « Dom- 
no R. de Arbruissello et ipsius supradictis monacha- 
bus. » — « Domno R. de Arbruissello et ecclesie Fon- 
tisevraudi sanctimonialibus. » — « Domno R. de Ar- 
bruissello, homini scilicet religiosissimo, cujus admi- 
rabilis doctrina verbo sancte predicationis et thonitruo 



- 319 — 

sancte exhorlacionis per tolam ecclesiam et sua fulget 
eloquentia. » 

I et R sont supprimés ou R change de place : « Dom- 
no R. de Arbussello. » — « In manu magistri Roberli 
de Arbursello. > 

Substituez maintenant YE à 17, et vous aurez, avec 
une ou deux S : « In manu domni Roberti de Arbres- 
sello. » — « Domni Roberti de Arbresello. » — « Ego 
igitur Robertus de Arbressello. > — « Domno Roberto 
de Arbressello. » — « Per manura Domni R. de Ar- 
bressello. » — « Domno R. de Arbressello. » — « Dom- 
no R. de Arbresello. » — « R. de Arbressello magne 
religionis virum. » 

Je n'ai plus qu'à signaler quelques singularités pa- 
léographiques , du genre de celles-ci : « Dilectissimo 
fratre nostro R. de Erbressello, viro religioso. » — 
« In manu Domni Roberli de Arbreslo. » — « In manu 
Domni Roberti de Herbrissello. » — « Domno R. de 
Arbr. î> — « In manu Domni R. de Arb.' » 

J'arrive enfin à la traduction française qui, au 
xiie siècle, nous donne : « Rotbertus de Arbreisel, cla- 
rissimus vir ac Deo amantissimus. » — « Domnus Rot- 
bertus de Arbreissel. cum quibusdam de discipulis suis 
ac de ancillis Dei. » 

Trois titres qualifient, à la même époque, Robert 
d'Arbrissel; ce sont ceux de vénéralfle^ venerabilis, qui 
convient à la sainteté de sa vie, de maître ^ magister^ 
puisqu'il fut entouré de disciples, et de dom, qui est 
propre à tout l'ordre monastique, domnus. 

En tète du dossier formé pour la Sacrée Congréga- 
tion des Rites, j'ai inscrit selon la version qui m'a paru 



— 320 — 

la plus accréditée el la plus exacte : c Ande^ven. et 
Piclaven. (1) Gonfirmationis cullûs ab immemorabili 
tempore praestiti venerabili servo Dei Roberto de Âr- 
brissellOy ordinis Fontebraldensis institutori. > 

II. 

Robert d'Arbrissel mourut saintement au Prieuré 
d'Orsan, dans le diocèse de Bourges, le 25 février 
1117. Son corps fut rapporté à Fonlevraud, où il fut 
inhumé au milieu d'un concours extraordinaire de 
peuple. 

J'emprunte au cartulaire de Fontevraud deux docu- 
ments inédits qui concernent à la fois sa sépulture et 
ses œuvres, chartes précieuses destinées à transmettre 
à la postérité les regrets de l'illustre abbaye et chef 
d'ordre. 

« Antiquorum patrum sancsivit aucloritas ut quicquid 
ecclesiis tribueretur litterarum memoriae traderetur 
ne oblivionis caligine deleretur. Nolum sit omnibus 
tam futuris quam praesentibus quod eadem die quo 
magistri Roberti de Arbresello corpus Dei gratia de 
longinquo allatum in loco fontisebraudi quem, Dec 
auxiliante, fundavit, humatum fuerat, non rninima 
multitudo religiosarum personarum ad tanti viri fune- 
ris obsequium illic congregata fuerat, quarum una 
fuit Leodegarius Bitur. Ecclesiae archiep., altéra Radul- 
fus Turonorum archiep. cum Reginaudo Andegav. epo 
multisque aliis tam abbatibus quam sacerdotibus, quo- 

{{) Fontevraud était, avant la révolution, du diocèse de Poitiers. 
Le concordat do iSOl Ta fait passer dans celui d'Angers. 



— 821 — 

rum non erat numerus. Hic fuit Fulco junior, Fulconi 
comitis Ândegavorum filius, cum innumeris populis. 
Ipso die peciit Gaufridus de Blazone (1), utpote valde 
desiderans anime sue saluteni, ut Petronilla abbatissa 
F. E. a supradicto Fulcone comité impetraret quatinus 
omnia que antea Ecclesie Fonlis E, ipse Gaufridus pro 
salute anime sue dederat, scilicet domos suas, census, 
vineas, nec non et filias suas et omnia quecumque in 
hoc seculo habere videbalur, ipse cornes ilerum in pleno 
capitulo, audientibus cunctis, concederet, quam peti- 
cionera supradictus cornes libenter exaudiens et volun- 
tati abbatisse et supradicti Gaufridi desiderio ilico in 
capitulo satisfecit. Huic concessioni interfuerunt : Ber- 
laiîts de Monsterolo (2) et Gauberius de Monteserello (3) 
et Robertus de Blado et Gislebertus de Losduno (4) 
multique alii barones cum multitudine populorum. 
An. ab inc. dni. 1117, regn^ Lod^ fr. rege et Guil- 
lelmo Aquit, duce (5). » 

« Eodera dieinBiturica patria apud Ursanura precla- 
ra dormitio domni Roberti venerabilis presbiteri K™i(6) 
Patris nostri. Qui vir christianissimus sancte Catholice 
Ecclesie Lucifer splendidus et in sancta predicatione 
alter quodam modo Paulus, Redonensis provincie fuit 
oriundus fonleque celestis doctrine funditus repletus 
et in omni religione probabiliter fundatus. A primo 

(i) Rkison (Maine-et-Loire). 

(2) Montre uil-Bellay {Ihid). 

(3) Montsoreau [Ihid), 

(4) Loudun (Vienne). 

(3) Bibl. imp.^ t. 1[^ pag. 145. 
(6) Karissimi. 



— S22 — 

lapide, Deo auctore, Fontis Ebraudi Basilicam et ejus- 
dem Basilice complures cellas fundavit, edificavit, mul- 
tiplicavit et in eisdem locis, Deo inspirante, viros ac 
mulieres ad serviendum Deo omnipotenti fideliter co- 
adunavit, .quos etiam dùm adhuc in carne viveret sanc- 
torum Patrum exemplis, regulis omnique sacra doc- 
trinâ ad plénum informavit hic fortis athleta verbi Do- 
mini fidelissimus dispensator, dùm more suo ad exteras 
nationes predicalionis sancte gracia procederet, apud 
predictum locum, quem, ipso Deo favente, edificaverat, 
qui Ursanus dicitur et a civitate que Bituricas vocatur 
fere duo de viginli miliariis, hoc est 12 leugis, disjun- 
gitur, vocante Deo, scnex et plenus dierum , viam uni- 
verse carnis ingressus, illo gaudente, terra plorante, 
glorioso fine quiescens, corpus terre, spiritumque polo 
tradidit, anno ab incarnat. Domini 1117. Sed quoniam 
testante scriptura in multis omnes offendimus et si 
dixeriraus quia peccata non habemus nos ipsos sedu- 
ciraus, etc. (1) » 

111. 

Pétronille de Cheraillé, première abbesse de Fonte- 
vraud (2), éleva sur la tombe de Robert d'Arbrissel, 
placée devant le raaître*autel de Téglise abbatiale, un 
monument en pierre, supporté par quatre colonnes 
trapues. Sur la dalle tumulaire dormait couchée l'effi- 
gie du saint fondateur, paré des insignes de sa double 

(1) Bibl. imp., t. II, pag. 109. 

(2) Le Martyrologe, cité par Gaignières, pag. 255, s'exprime 
ainsi : « Mater nostra (Petronilla) a Domno nostro magistro Ro- 
berto 1^ constituta abbatissa. )> 



— 328 — 

dignité de prêtre et d'abbé, la chasuble, les gants, 
Tanneau et le bâton pastoral. 

Le premier historien de la vie du bienheureux a dé- 
crit sommairement cette tombe romane, mais dans des 
termes tellement vagues, qu'on ne saurait pas, sans le 
témoignage de Pavillon , qui affirme que Robert était 
représenté en relief (1), si l'effigie avait été sculptée dans 
un bloc, ou simplement gravée sur la pierre. 

« Cujus mausoleum anle aram majorem quatuor 
columnis innixum erat: superiori saxo insculpta ejus 
effigies : habitus ei sacerdotalis, pedum pastorale, ma- 
nus chirothecis tectae, insertus digito annulus (2). » 

En 4624 , l'abbesse Louise de Bourbon de Lavedan, 
faisant reconstruire le grand autel par l'architecte de 
la Barre, ftit obligée de déplacer le tombeau du bien- 
heureux, qu'elle renouvela et posa avec ses ossements, 
dans une arcade, à la droite de l'autel. 

J'ai rencontré à la bibliothèque impériale, quelques 
notes inédites qui donnent des détails sur ce change- 
ment. Les voici : 

« Elle fit chercher l'un des plus excellents archi- 
tectes. Le R. P. Richer, abbé de Saint-Vincent du Mans, 
visiteur de Fontevrauld, luy enseigna M. de la Barre. 
Elle passa le marché avec luy 

» Plus pour la cloison des 2 costez de l'autel et 
l'arcade de la sépulture de Nostre B. Père — 4350 liv. 

» En faisant les fondemens de l'autel, les ossements 
de Nostre B. Père furent trouvez. Mad^ les fit mettre 



(1) Pavillon, p. 286. 

(2) Bollaûd.,pag. 598. 



— su — 

dans un coffret de plomb soas Tarcade, à la partie 
dextre du grand autel et de l'autre costé les ossemens 
de Pierre, évesque de Poitiers , grand ami et contem- 
porain de Noslre B. Père... 

» Lad. Dame a fait faire à Paris TefSgie de marbre 
blanc de Noslre B. Père , pour le prix de 800 liv. et 
fut rendue icy le 10 juin 4624 (i). » 

Ce tombeau réédifié était en marbre noir, avec une 
effigie de marbre blanc, représentant Robert d'Arbris- 
sel, couché, vêtu d'une chasuble, la tète appuyée sur 
un coussin, les mains croisées sur la poitrine et les 
pieds nus. 

L'aspect, assez peu gracieux , de cette effigie nous a 
été conservé par un cuivre gravé qu'a acquis le musée 
de la ville d'Angers, et qui a été tiré pour la dernière 
fois, en 4861, pour le Répertoire archéologique de V An- 
jou, n^ de juillet (2). 

Il est fort possible que cette statue ait été vendue en 
même temps que tous les marbres de l'abbaye, et il 
serait peut-être difficile d'en suivre la trace. 

Cependant une partie du tombeau, m'écrit M. Gays 
des Touches, existe encore chez M. du Temple, au châ- 
teau de Saint-Médard (3), ou les marbres ont été sciés 
et employés à faire des cheminées. Les inscriptions 
pourraient se lire, si elles n'étaient pas tournées contre 
les murs, mais elles n'offrent point tellement d'intérêt 
que nous ayons jugé utile d'en demander copie au pro- 
priétaire. 

(i) Cart. de Fontei?raud, t. Il, pag. 388. 

(2) Les anciennes épreuves sont rares. 

(3) Commune de Gbouzé (Indre-et-Loire). 



— 325 — 

Ces inscriptions, gravées sur le soubassement du 
mausolée y sont de deux sortes; les unes allégoriques 
empruntent leurs sentences à TÉcriture Sainte, les 
autres racontent en abrégé la vie de Robert d'Arbris- 
sel et les privilèges de son ordre. 

Je les reproduis toutes d'après le marquis de Gai- 
gnières, qui les a insérées dans son recueil d'Épi- 
taphes (1). 

« Memoria venerabilis Robertj in omni loco quasi 
mel indulcabitur ipse, est, directus divinitus in pœni- 
tentia gentis et in diebus peccatorum corroboravit pie- 
tatem. » Eccli. 40 (2). 

Au côté droit : « Et vocaberis sedificator cepium 
avertens semitas iniquitatum , et sustollam te super 
altitudines terrae. » Esai. 58 (3). 

Au côté gauche : « Et eris quasi hortus irriguus et 
sicut fons aquarum cuius non déficient aquse et sedifi- 
cabuntur in se déserta saeculorum. » Ysai. 58 (4). 

(1) Bibl. imp., t. XIV, pag. 336 et 339. 

(2] Le texte du Livre de T Ecclésiastique n'a pas été ici rigou- 
reusement cité. Je crois donc devoir le restituer d'après la Vul- 
gâte : 

a 2. In omni ore quasi mel indulcabitur ejus memoria. . 

» 3. Ipse est directus divinitus in pœnitentiam gentis... 

» 4 ... et in diebus peccatorum corroboravit pietatem. » 

Lib, Ecelesiastici^ cap. xlix. 

(3) Isaïe a dit : 

« 12 ... et vocaberis sediûcator sepium, evertens semitas in 
quietem... 
» 14. ... et sustollam te super altitudines terrae. » Proph. Isaiœ, 

cap. LYIII. 

(4) Le texte porte : a Et erit quasi... Et œdificabuntur in te... » 
Proph, Isaïœ^ cap. lviii, f. H, 12. 



— 336 — 

Plus bas : c Exultabunt ossa bamiliata. t 

Psal. 50 (!)• 

Sur la face principale : c Adsta viator et perlege 
qood dia salis lacuit bumana vox tibi lapis iste ac toti 
posteritati inclamat. Venerabilis quondam Robertus de 
Arbriscello vir admodam pins, et zelo animaram 
aestaans, divina qua plarimum potcrat eloquentiae, ad 
Dei obsequium ac sœculi contemptum, multos ntriasque 
sexas mortaleSy qui eom ad déserta loca sequebantur, 
induxit ; eaqoe occasione ordinem Fontis Ebraldi pri- 
mus instituit, variaque domicilia devoto praesertim 
foemineo sexui, extruenda curavit, quorum omnium 
caput esse voluit bocce monasteriim in quo abbatis- 
sam non solum virginibus aut mulieribus Deo dicatis, 
sed eiiam religiosis vins prœposuit qui boc vitae se* 
quuntur institutum à sancta sede apostolica îaro a sui 
exordio ad haec usque tempora approbatum variisque 
privilegiis regiisque muneribus auctum obiit anno M. 
C. XVII. ejus ossibus ac sacris tegendis cineribus Lu- 
dovica de Borbonio buiusce cœnobii atque adeo totius 
ordinis antistia hoc mausoleum novo pegmate adorna- 
tam totius ordinis nomine tanquam parenti optimo P. 
C. (2) anno M. DC. XXIII. » 

IV. 

Le 24 novembre 1847, M. le curé de Saint-Maurille 
de Chalonne, délégué par Mër Tévêque d'Angers, ou- 
vrait en présence de plusieurs ecclésiastiques ou pro- 

(1) Pialm. L, j^ 10. 

(2) Ponendum curaVit. 



— 327 — 

priétaires de Chemillé, et d'un médecin de la même 
ville, la capse de plomb (1) que les religieuses Fonte- 
vristes venaient de recevoir, en vertu d'une autorisa- 
tion ministérielle, de l'administration de la maison 
centrale de correction établie à Fontevraud. Or, d'après 
la tradition et l'inscription du couvercle, la capse devait 
contenir les restes du B. Robert d'Arbrissel, fondateur 
de l'abbaye de Fontevraud. 

Voici cette inscription, gravée, sur sept lignes, en ma- 
juscules romaines par une main peu exercée : 

t 

t En . GESTE . CAPSE . SONT , LES . OS ET CENDRES DV DIGNE CORPS t 
DV . VE""*^ . PERE ROBERT DABRISSELLE InSTITVTEVR ET FONDATEVR 
DE LORDRE DE FONTEVRAYLT . SCELON QV'ON LES TROVVA EN 
SON TOMBEAV QVAND IL FVT LEVÉ ET ÉRIGÉ EN CE LIEV POVR 
FAIRE LE GRAND AVTEL PAR LE COMMENDEMENT ET BON SOING DE 
DIGNE ABBESSE ET CHEF DV DICT ORDRE MADAME LOYSE DE 
BOVRBON LE 5 DOCTOBRE 4622 

Le procès-verbal (2), rédigé à cette occasion, raconte 
en ces termes l'ouverture de la capse : « Nous avons 
ensuite fait ouvrir la capse et nous avons trouvé dans 
son intérieur une étoffe de soie damassée enveloppant 
une certaine quantité de poussièyeeî d'os, parmi les- 

(i) Cette «apse, de forme ovoïde, mestire en hauteur 0"H, en 
longueur 0'"39, en largeur 0"28 et de pourtour 1^06. Elle a été 
dessinée dans le Répertoire archéologique de V Anjou ^ 1860, n^ de 
juillet. 

(2) Ce procès-verbal^ conservé chez les Dames Fontevristes existe 
en double aux archives du diocèse < 



— 328 — 

quels nous avons reconnu deux vertèbres presqu'en- 
tiéres et plusieurs fragments de côtes. Nous avons re- 
marqué aussi plusieurs petites pierres et divers mor- 
ceaux de tuf qui ont sans doute été recueillis avec les 
restes du B. Robert d'Arbrissel, quand on les retira de 
son tombeau pour les renfermer dans cette capse. Mais 
ce qui nous a le plus frappé, c'est une parcelle d'or 
intimement unie et faisant corps avec un tissu gros- 
sier que nous avons reconnu être de laine brune, ce 
qui nous fait supposer que c'était une portion des vêle- 
ments du B. Robert d'Arbrissel , d'autant plus que les 
Annales de Fontevraud disent qu'il fut enterré avec les 
vêtements de laine brune qu'il avait coutume de por- 
ter (1). » 

V. 

L'Église nomme Saintes Reliques et propose comme 
telles à la vénération des fidèles, non-seulement tout 
ce qui reste sur la terre de la dépouille mortelle d'un 
serviteur de Dieu , saint ou bienheureux , mais encore 
les objets qui furent à son usage ou que simplement 
son corps à touchés. 

Or les reliques du B. Robert que nous possédons 
actuellement proviennent de ses ossements, de ses vê- 
tements, de son suaire, de son tombeau et de son cœur. 
Il faut y ajouter son bâton abbatial en entier. • 

Lorsque le 12 avril 1860, au nom de Mff^ l'évêque 

(1) Deux morceaux de soie brune furent extraits de la capse et 
déposés entre les mains des Fontevristes^ qui les vénèrent à tort 
comme des reliques de Robert d'Ârbrissel. 



- 329 - 

d'Angers, j'ouvris la capse du bienheureux (1), j'y 
trouvai : 

1° Une assez grande quantité de cheveux bien con- 
servés, les uns blonds ou d'un roux ardent, les autres 
tirant sur le noir, plusieurs tachés et agglutinés par la 
chaux. Une forte mèche de cheveux roux adhérait en- 
core à un fragment de crâne. 

2o Des cendres mêlées que je réunis en trois pa- 
quets. 

3o Des morceaux d'ossements, en grand nombre, tant 
gros que petits, mais friables, sans forme distincte et 
rouléSy comme un objet souvent ballotté et transporté. 
Leur conformation ostéologique et leur couleur uni- 
forme, noire, me les ont fait attribuer à un seul et 
même corps. Quelques-uns portent encore des traces 
de chaux et semblent calcinés. 

¥ Une quantité non moins considérable d'ossements 
petits, blancs, couverts d'un sédiment épais que le 
séjour prolongé dans un endroit humide ou des infil- 
trations y ont déposé, comme autant de paillettes qui 
brillent à la lumière. J'attribue ces fragments à un 
second personnage. 

Ici se présente une difiSculté fort grave que j'expo- 
serai franchement, discuterai, puis essaierai de ré- 
soudre. 

L'inspection de la capse m'a amené à la constatation 
de deux corps différents. Le B. Robert n'y repose donc 

(1) V. le procès-verbal dans le Répertoire archéologique de V An- 
jou, 1860^ pag. 207-209. 

REP. ARC. 24 



— 330 — 

pas seul y malgré Taffirmation de rinscription du cou- 
vercle qui n'en mentionne pas d'autre. 

Quel est donc ce personnage qui partage les honneurs 
d'une tombe commune, et lui aussi a-t-il droit à nos 
hommages? 

VL 

L'objection nous est offerte dans toute sa force par 
le P. Nicquet, qui écrivait, en 164S, c'est-à-dire dix- 
neuf ans après l'exhumation , que les cendres du Rêvé- 
rendissime Pierre^ évêque de Poitiers {i) furent jointes 
aux cendres du B. Robert dans un petit coffret de plomb. 
Je laisse parler l'auteur, pour ne pas affaiblir son 
autorité. 

€ Le tombeau du B. Robert fut refait en 1623, 
elabouré d'un exquis et très-agréable artifice, enrichy 
en divers endroits, sur des pierres de marbre noir, de 
beaucoup de traicts de l'Ecriture sainte , gravés en 
lettres d'or. On y voit la statue du B. Père en marbre 
blanc, avec les habits sacerdotaux et le baston pastoral, 
gisant sur une tombe de marbre noir, sous la cam- 
brure de l'arcade. Quand on ouvrit l'ancien tombeau 
on trouva des os entiers, lesquels on recueillit avec 
quantité de cendres, dans un petit coffret de plomb, 
on y joignit aussi les cendres que l'on trouva dans le 
sepulchre du Révérend issi me Pierre, évesque de Poi-. 
tiers, lequel pour l'amour qu'il portoit à notre sainct 
de Fontevraud, avoit voulu estre enterré auprès de 

(i) S. Pierre II fut éYêque de Poitiers de 1087 à 1115. Du Temps. 
Le clergé de France, t. II, pag. 414. 



- 331 — 

luy, le tout enfermé ensemble dans ce coffret, fut mis 
dans le tombeau (1). » 

11 est vrai, on peut opposer à ce texte formel, le 
témoignage de Cosnier, qui, un an avant le P. Nicquet, 
faisait ainsi le récit de l'exhumation du 6. Robert. 

« Corpus igitur B. Roberti (ut loquitur Baldricus) 
in condigno sepultum est mausoleo.et jacuit usque ad 
annum M. DC. XXII. quo Reverendissima Domina D. 
Ludovica de Borbonio Lavedam Àbbatissa, statuens 
magnificum altare ac splendidum extruere et beatis* 
simi Parentissepulcrum exornare, jussit veterem tumu- 
lum recludi. Inventa sunt autem quœdam ossa, pars 
bucli pastoralis quœ tacta abiit in cineres, annulus 
ot quaedam vetusta Fulchonis Andegaven. moneta, pars 
stolse exserica, quœsimiliter dilapsa est in cinerem mul- 
iique insuper puiveres. Orania hœc decenter ac reli- 
giose collecta sunt in lancem argenteam, deindè trans- 
lata in aliud proximum sepulchrum, quod fuerat Wil- 
lelmi Pictauorum Episcopi cujus cineres pariter coUecti 
in tumulum B. Roberti depositse sunt (2). j» 

Du rapprochement de ces deux textes de Nicquet et de 
Cosnier, pour ainsi dire contemporains du fait en ques- 
tion, que conclure? D'une part, accord sur les objets 
trouvés dans la tombe du Bienheureux, seulement 
Cosnier plus explicite ajoute à son énumération un 
anneau, une monnaie de Foulques d'Anjou et un frag- 
ment d'étole. 
Cosnier et Nicquet parlent d'une capse qui renferma 



(1) Histoire de V ordre de FontevrauH, p. 427. 

(2) Fonds Ebraldi exordium, pag. 12R. 



— 332 — 

les ossements trouvés. L'un la dit en plomb, l'autre en 
. argent : l'évidence donne raison au Jésuite. Mais ce dé- 
tail est peu important, parce qu'une erreur sur la 
matière, sur l'accessoire par conséquent, est facilement 
admissible. 

.Nicquet mentionne le tombeau de Pierre de Poitiers 
comme voisin de celui de Robert. Cosnier au contraire 
nomme cet évêque Guillaume (4). Il y a certainement 
présomption en faveur du premier. Cosnier favorise le 
sentiment de la réunion des deux corps lorsqu'il avance 
que ce fut le tombeau du bienheureux qui fut chargé 
de recueillir ce qui restait des deux amis. 

Cosnier ne donne donc pas un démenti au P. Nic- 
quet, puisqu'au fond la divergence consiste en deux 
points, l'un où Cosnier se trompe en nommant Guil- 
laume l'évêque Pierre, l'autre où il ne précise pas si 
c'est dans la même capse que les deux corps furent 
réunis. En écrivant le même tombeaUy il ne contredit 
pas suffisamment pour affaiblir , pour infirmer le té- 
moignage si précis du P. Nicquet. D'ailleurs, admettons 
deux capses dans le même tombeau, pourquoi une 
seule capse nous est-elle présentée aujourd'hui? Si l'on 
a sauvé l'une, pourquoi pas l'autre, puj^sque toutes les 
deux renfermaient des reliques que la dévotion popu- 
laire aimait à vénérer? D'où vient que l'administration 
des prisons, si soigneuse à restituer à l'Eglise ce qui 
appartenait à l'Eglise, n'a trouvé et rendu qu'une 
seule capse? 

(1) Guillaume Gilbert de Ragioles^ évêque de Poitiers de 11 H 
à ii23 et inhumé à Fonterrault comme son prédécesseur saint 
Pierre II. Du Temps^ Le clergé de France, t. 11^ pag. 4i4^ 415. 



— 333 — 

Je sais bien qu'on peut encore m'objecter une noie 
manuscrite que j'ai citée plus haut et qui a d'autant 
plus de force qu'elle provient de Fontevraud même. 
Mais à ce texte, d^une authenticité contestable en droit, 
puisqu'il ne porte ni date, ni signature, j'opposerai 
un texte non moins formel» parce que les Bollandistes 
l'ont reçu directement de Tabbesse Louise de Bourbon, 
à la prière de qui furent insérés dans les Acla sancto-^ 
runiy les Actes de Robert d'Arbrissel. 

Si quelque doute pouvait subsister encore sur le mé- 
lange des ossements, je crois qu'il serait dissipé aussi- 
tôt par cette déclaration péremptoire : a Ob hujus arae 
fabricam debuit B. Roberti pauUo longius tumba sub- 
moveri, sub novo itidem posita, perquam affabre ela- 
borato, mausoleo : cujus ad angulos variée e sacra Scrip- 
tura sententiae, nigro in marmore litteris aureis exorna- 
tae : eifigies ejus alboè marmore, cultu sacerdolali, in 
tumba itidem marmorea recubans. Priore tumulo aperto 
ossa complura intégra reperta sunt : quaB in arculaiti 
plombeam , cum non exiguâ- copia pulveris , in quem 
cetera erant raembra resoluta, itemque pulverihus in 
sepulchro Pétri Pictavensis Episcopi repertis, condita 
sunt. D Bollcmd,y p 598. 



VII. 



Je poursuis l'examen minutieux des reliques du bien- 
heureux. 

Vêtements. Le procès-verbal que je rédigeai lors de 
l'ouverture de la capse, mentionne expressément : 

i^Des fragments d'une étoffe brune, d'un travail 



^ 334 — 

grossier et qui peut avoir été le vêtement ordinaire du 
bienheureux, celui avec lequel il fut enseveli* 

2® Des cordules de soie. 

S^ Des lambeaux d'un tissu de soie, que la dissolu- 
tion du corps a teint en brun-marron. Etait-ce une 
chasuble, un vêtement d'église, ou le suaire primitif? 

4p Un galon qui me parut destiné à border ce tissu 
de soie. 

Si le mélange des cendres et ossements des deux 
amis est un fait certain , la confusion des vêtements 
n'est pas moins probable et il serait difficile, impos- 
sible même, d'assigner d'une manière indubitable à 
chacun celui qui lui appartint. Toutefois, l'attribution 
du n^ 1 est fondée sur l'histoire aussi bien que sur les 
arguments les plus plausibles de convenance. 

Suaire, En 1622, l'abbesse Louise de Bourbon enve- 
loppa les ossements et les cendres dans un suaire de 
damas de soie jaune, dont je n'ai plus retrouvé que 
des lambeaux. 

Néanmoins, pour permettre aux archéologues d'étu- 
dier à fond cette question, avant de faire sceller la 
oapse par un plombier et d'y apposer le sceau épisco- 
pal, j'eus soin d'extraire quelques échantillons de cha- 
cune des étoffes qu'elle contenait, suaire et vêtements, 
et de les déposer sous verre au Musée ecclésîologique 
du diocèse. 

Tombeau, Quand le corps fut levé de terre, on ra- 
massa, non-seulement ce qui l'avait composé, mais 
encore et par respect, le bois dans lequel il avait été 
renfermé et les pierres auxquelles il avait touché im- 
médiatement. Aussi le procès-verbal du 12 avril con- 



— .335 — 

tienl-il cet article, sous le n^ 10 : « Scories noirâtres, 
mêlées de chaux. — Terre noirâtre, calcinée. — Eclats 
de bois. — Morceaux de tuf ou de craie, réduits à l'é- 
tat de globules. » Toutes parcelles dont je n'ai pas cru 
inutile de faire profiter en partie le Musée diocésain. 



VIII. 



Le cœur du B. Robert fut primitivement déposé dans 
l'église d'Orsan (1). Ce fait est établi d'une manière 
incontestable par le P. Nicquet et par Cosnier, dont 
voici des extraits, car je me tais volontiers, quand je 
puis laisser la parole aux auteurs qui ont toute auto- 
rité pour être crus. 

« Cor tanti viri obtinuit conventus de Ursano, et ibi 
honorifica inclusum est pyramide, et continua pietate 
excultum; ita ut ara quae proxima esset, appellata fue- 
rit usque in hodiernum dîem Ara Sancti Cordis, mul- 
taque patrata fuerînt miracula, etiamnum nostris die- 
bus, quorum testimonia quaedam habemus, caetera vero 
neglîgentia saeculorum involvit silentio (2). j8> 

€ Il (l'archevêque de Bourges) refini à Orsan, avant 
que de partir, le cœur de ce sien amy, et serviteur de 
Dieu; cette précieuse relique fut mise en une petite 

(1) Suivant M. Félix Audi y, « la ccutume d'inhumer le cœur 
isolément pour honorer d'un culte particulier les saints et les hé- 
ros, ne remonte pas au-delà du xii® siècle, et ce fut le B. Robert 
d'ArbrJssel qui en fut le premier objet. » Revue d'Anjou, i858, 
n* de fétrier, pag. 312. 

(2) Cosnier, pag. 427. — Les Bollandistes ont consacré tout un 
paragraphe aux miracles opérés par Robert d'Arbrissel pendant sa 
yie et après sa mort. 



- 336 — 

pyramide de pierre de la hauteur de trois pieds envi- 
ron^ que l'on voit encore à présent proche du grand 
autel, contre la muraille de l'église, du costé de l'évan- 
gile... Or cette pyramide n'est pas en son entier, un 
grand esclat en a esté osté dès l'an mil cinq cens soi- 
xante et dix, pendant les désordres des guerres de la 
Religion. Le soldat de Tarmée du duc des Deux-Ponts, 
qui entreprit de la rompre, après y avoir donné quel- 
ques coups, devint aveugle, quelques-uns ajoutent, que 
son bras demeura immobile Le soldat aveugle com- 
mence à ouvrir les yeux pour reconnoistre le péché 

qui l'avait aveuglé voue et accomplit au mesme 

lieu une neufvaine , désireux d'essuyer l'outrage qu'il 
avoit fait au sainct. 11 eut, au recouvrement de sa 
veuë, au bout des neuf jours, un effet d'une faveur 
du ciel (1). » 

« De tout temps les processions se font à la Pente- 
côte à l'autel du Saint-Cœur, en l'église d'Orsan et ce 
cœur du serviteur de Dieu, n'a jamais eu autre nom 
que de saint Cœur (2). » 

A ma demande, M?^ l'évêque. d'Angers voulut bien 
s'enquérir du sort de cette précieuse relique. Sa Gran- 
deur reçut en réponse la lettre suivante que daigna lui 
adresser S. E. le cardinal du Pont, archevêque de 
Bourges. 

« Bourges, le 26 février <859. 

» Monseigneur, 

> Par votre lettre du 7 janvier dernier, vous m'avez 
fait rhonneur de me demander des renseignements 



{{) P. Nicquet, pag. 139-130. 
(2) Idem, pag. 201. 



— 887 — 

ayant pour objet de savoir ce qu'était devenu le cœur du 
B. Robert d'Arbrissel, qui se conservait autrefois à Or- 
san, et tout ce qui pouvait se rattacher à cette précieuse 
relique. Je me suis empressé, Moîiseigneur, de faire 
faire des recherches à ce sujet. Mais malheureusement 
ces recherches ont été sans résultat. Il est même fort 
douteux, que le cœur du bienheureux fût encore à 
Orsan au moment de la révolution. Un digne ecclésias- 
tique qui a beaucoup connu une ancienne religieuse 
de ee couvent , m'a dit qu'elle lui avait souvent parlé 
des reliques conservées dans la maison, sans avoir 
jamais: nommé une si précieuse relique, ce qu'elle eût 
fait, selon toute apparence, si Orsan avait toujours 
possédé ce trésor. Je regrette vivement de ne pouvoir 
vous transmettre une réponse plus satisfaisante. 

» Agréez, je vous prie, l'hommage du respect et du 
dévouement avec lesquels je suis, 
Monseignèfur, 

Votre très-humble et très-dévoué serviteur, 

f CÉLESTIN, GARD. DU PONT 

archevêque de Bourges (1). » 

Si le cœur n'est plus à Orsan, n'y était même pas à 
l'époque de la révolution , tout n'est pas perdu néan- 
moins, car la cassette restituée aux Fontevristes de 
ChemiUé et qui porte une inscription nommant la re- 
lique , contient une partie du vrai cœur du bienheu- 
reux. 

Cette cassette, reproduite en dessin par le Répertoire 

(i) L'driginal de cette lettre est conservé aux archives du dio- 
cèse. 



— 338 — 

archéologique de 1^ Anjou, 1860, n<> de juillet, est en 
cuivre ai^entc, travaillé au repoussé. La forme ne 
manque pas d'élégance et rappelle parfaitement le style 
du xvii« siècle. La boite oblongne, supportée par quatre 
pieds en boule, est surmontée d'un toit aigu que cou- 
ronne une croix et qu'accompagnent à sa base quatre 
vases tournés. Sur chacune des quatre pentes de ce 
toit est figuré un cœur enflammé qu'abrite une acco- 
lade armortie en fleur de lis. 

La face principale de la boite porte, au milieu de 
rinceaux fleurdelisés et sur une tablette allongée , ces 
simples mots gravés et séparés par des étoiles : 

* COR * B * ROBERTI 

Le revers est égayé par des rinceaux et des fleurs de lis. 
Le couvercle adhère par des charnières à la boîte, 
qui est divisée ou plutôt close par une plaque de mé- 
tal, dans laquelle deux trous circulaires ont été pra- 
tiqués pour recevoir deux fioles de cristal (1), dont le 
contenu poussiéreux est dénommé par une étiquette en 
parchemin ou on lit en lettres noires, précédées d'ini- 
tiales rouges : 

Cor . B . 

RoBERTI . 

D'autres étiquettes, également en parchemin, authen- 
tiquent cette relique, dont elles fixent la translation à 
Fontevraud, au premier octobre 1646. 

(i) L'une de ces fioles est en verk'e mince, tourné en trois en- 
droits; le goulot a été cassé. — Les religieuses m'ont affirmé que 
dans l'autre fiole était un morceau d'iln des clous de la Passion 
de N. S. 



— 339 — 

Tel est le texte de ces étiquettes, qui désignent trois 
sortes de reliques : du cœur du bienheureux, des boîtes 
qui renfermaient ce cœur et du doigt de rarchevêque 
Léger. 

« De la boëte de bois qui renferraoit lad, boëte d'y- 
voire et ledit cœur, — De la boëte d'yvoire qui renfer-- 
moit immédiatement le cœur du B. H. (1) ROBERT, et 
qui se réduisit en morceaux. > 

€ Du cœur du B. H. ROBERT. — De la boëte d'y- 
voire où estoit ce cœur. — De la boëte de bois qui 
renfermoit l'un et l'autre. — Du doigt de Léger, 
arch. de Bourges, » 

« Le cœur du B. H. Robert fut translaté d'une par- 
tie de l'église d'Orsan, en un autre lieu, par le P. Jean 
Lardier, 1«r visiteur de la province d'Auvergne, et en 
a réservé la portion qui est en cette boëte qui est un 
peu meslée de la poudre de la boëte de bois qui y 
tomba. Ledit P. Jean Lardier a faicl enchâsser ce cœur 
dans ce grand vase en mémoire d'une griefve maladie 
ou il fut dix jours en extrémité et pour son subject 
mad. Jeanne Baptiste de Bourbon et la compagnie de 
Font-Evraud le voua au B. H. Robert et receut guari- 
son. La translation dud, cœur fut faicte le i«r oct, 
.646. B 

« Dans l'acte est escript et signé dans la page 185, 
du livre de la visite d'Auvergne marqué sut le dos F. 
F. F. en la 1 . fenestre des Chartres de Font-Evr. » 

(1) Bien Heureux. 



- 340 — 



IX. 



Les religieuses Fontevrisles de Cheraillé possèdent 
un bâton abbatial qu'elles vénèrent comme relique du 
bienheureux Robert (1). 

Ce bâton, haut d'un mètre 45 centimètres, est en bois 
de chêne arrondi et diminué vers sa pointe, qu'arme 
une garniture en cuivre taillée à pans et divisée par 
deux boules d'inégale grosseur. 

La partie supérieure, beaucoup plus ornementée, se 
compose de trois morceaux de cristal de roche (2), 
retenus par des viroles de cuivre ciselé et enfilées dans 
une tige également en cuivre, serrée au sommet par 
un boulon qu'orne une pierre violette. Or ces trois 
morceaux se superposent ainsi : une boule formant 
nœud, un cristal oblong prolongeant le manche, et une 
traverse en olive fixée par des palmettes de cuivre et 
dessinant le Tau où potence. 

Tel était à celte époque le bâton abbatial, qui par 
sa forme différait de la crosse épiscopale contournée 
en volute. 

Je n'ai point à insister sur un détail archéologique, 
fort connu et déjà savamment élucidé par les Annales 
Archéologiques de M. Didron (3), les Mélanges d'archéo- 

(1) y. un dessin de oe bâton dans h Répertoire ardUoloffique de 
V Anjou, 1860, n« de juillet. 

(2) c( Hic baculus ex osse et ligne efficitur, cristallina Tel deau- 
rata spherula conjunguntur, suprême capite insignitur, in extremo 
ferre acuitur. » 

Honorius Augustodunen. Gemtna animœ, lib. I, c .p. 209. 

(3) T. X, pag. 177-179. 



— 344 — 

logie du P. Martin (1), et le Bulletin du Comité de la 
langue, de V histoire et des arts de la France (2). Je 
tiens seulement à en préciser l'attribution. 

Le style est conforme de tout point à Tépoque du 
bienheureux et accuse la fin du xi^ ou le commence- 
ment du xiie siècle. 

Mais là n'est pas la difficulté. Je veux seulement 
savoir et par conséquent rechercher quand Robert 
d'Arbrissel se servit de ce bâton, biéii certainement 
bâton abbatial. 

Ce ne dut pas et ce ne put pas être à Fontevraud , 
puisqu'il n'en fut jamais abbé,^ la juridiction spirituelle 
ayant été dévolue entièrement et sans réserve, par le 
fondateur lui-même, à la seule abbesse. 

Je ne m'arrête point à discuter si ce bâton fut celui 
de Pétronille de Chemillé , parce que j'admets la tra- 
dition qui n'est sous aucun rapport invraisemblable. 

Mais je crois qu'il faut remonter dans l'histoire plus 
haut que la fondation de Fontevraud, et ne pas craindre 
d'affirmer que ce bâton servit à Robert d'Arbrissel 
pendant son abbatiat à la Roë. 

Or Robert fut le premier abbé de la Roë, abbaye 
fondée au diocèse d'Angers, en 1093, et confirmée en 
1096. Une charte de l'abbaye le nomme : « Dorainus 
Robertus de Abrissel^ primus Pater congregatiouis de 
Rota, » Cosnier^ page 21. 

Une autre charte, d'une date postérieure, n'est pas 
moins explicite : 

(4) T. ni. 

(2) Année 1857, pag. 518 et suiv. 



— â42 — 

« Nullus hominum derogare audeal operi mîse- 

rîcordi», quod fecit olim Dominus Robertus de Arbrî- 
sel primus Frater et Pater vestrae congregationis (1). » 



X. 



J'aborde maintenant la question liturgique et je vais 
essayer de produire quelques témoignages en faveur du 
culte public. 

Trois documents me sont fournis par les manuscrits 
provenant de Tabbaye de Fontevraud et qui sont ac- 
tuellement entre les mains des Fontevristes de Che- 
mille. 

Le premier est un Conlumier rédigé sous l'abbatial 
de M^ûe de Roohechouart (2) et remis en ordre par 
Mme d'Antin, en 4775. La fête du bienheureux y est 
ainsi réglée, avec un cérémonial particulier. 

< VIGILE DE S^ MATHIAS. 

» Le jour de cette vigile, on dit la messe comme il 
est dit aux vigiles d'apôtres. Si elle se rencontre en 
carême^ on n'en fait rien. 

» Ce jour là, on commence la neuvaine du bienheu- 
reux S. Robert : on dit une messe , à sjx heures du 
matin. 

> Après l'eau bénite de vêpres, on commence le sa- 

(1) Gosnier^ pag. 79. 

(2) II y eut deux abbesses de ce nom : Tune de 1670 à 1704^ 
l'autre de 1704 à 1742. Le Couiumier de M"** de Pardaillan d'An- 
tin^ élue abbesse en 176S^ ne précise pas à laquelle des deux^ la 
lanteou la nièce, le premier coutumier doit être reporté. 



.- 343 — 

lut par le Te Deum et l'hymne Cingebant pariter, et, 
s'il y a tnandatUYifi (1), il se fait avant le salut. Toutes 
les cloches doivent sonner. 

s» Si c'est en carême, il commence à quatre heures 
et, s'il y a vigiles, c'est à quatre heures trois quarts^ 
et quand il y a mandatumy à cinq heures un quart, 
ensuite on fait le mandalum et de là on va à la colla- 
lion qui^doit sonner à l'ordinaire. 

» Le jour de la fêle du bienheureux Robert (2), on 
fait l'exposition du S*. Sacrement, à six heures du ma- 
lin : on sonne la grosse cloche à cinq heures et demie. 

> Après la bénédiction, on commence la messe et 
l'exposition; si c'est dans le carême, on dit prime, 
sitôt que la communion est donnée, en cas qu'il y ait 
vêpres le matin. Il est fête ce jour là et le père sacris- 
tain ne souffre point qu'on travaille dans l'abbaye, 
non plus que lé jour de S. Benoît et de la Visitation. 

r II y a migravii à prime ; il faut aclocher (3) aux 
versets pour faire sonner les grosses cloches. C'est 
l'armoire qui doit le chanter. La Communauté est de- 
bout pendant qu'il se chante. Etant fini on fait une 
petite pose. La supérieure frappe, puis on s'assied 
pendant la Calende et on fait cesser la grosse cloche. 

» En carême , on dit prime , tierce , la grand'messe 
de S. Mathias et sexte ; il n'y a point de procession du 
saint. La messe de prime se dit pendant les offices. 

> On sonne le premier coup à neuf heures et un 

(1) Le mandatum se faisait le premier samedi de chaque mois. 

(2) 24 ou 25 février, suivant que rannée est ou n'est pas bis- 
sextile. 

(3) Son d'appel. 



— 344 — 

quart, on dit none, ensuite on fait la procession dans 
les cloîtres, on y chante Thyrane et le répons de la 
Ste Trinité, à la fin duquel la chantre prend le répons 
Da mihij il se trouve à la fin du processionnal, à l'ac- 
tion de grâces. 

* On y porte le bâton miraculeux de notre bien- 
heureux Père, tout le petit couvent (1) doit s'y trouver; 
au retour, madame chante l'oraison et elle prend la 
grand'messe qui est de la Ste Trinité. 

» On sonne vêpres à l'évangile. 

}> Si c'est en carême , on sonne le sermon à trois 
heures, ensuite le salut, on y chante ce que madame 
a ordonné ; après le Motistrate^ la chantre entonne 
Diidt Dominus tnatri suœ : après la bénédiction , on 
chante le Te Deum, le prêtre dit à la fin le verset Be- 
nedicamus patrem et l'oraison de la Ste Trinité. 

» Hors le carême, on commence à sept heures prime, 
tierce, la grand'messe, sexte : on ne fait point la pro- 
cession du saint. 

> A neuf heures et demie, on sonne la procession; 
le reste se fait comme ci-dessus. 

j> Tous les jours de l'octave, on dit une messe à six 
heures et on a permission d'y communier. 

» Le jour que nos pères chantent la messe du S. Es- 
prit (2), si c'est en carême, l'office se dit de suite ; la 
messe de prime se dit pendant les offices, on sonne 
vêpres à dix heures et demie. 

» Hors le carême, on prend un jour de jeûne, afin 

(1) S. Lazare^ qui serrait aux religieuses infirmes ou faibles.. 

(2) Le lundi, s'il n'y a pas de saint. 



— 345 — 

d'avoir assez d'espace pour chanter l'office qui ne se 
dérange point. 

]> Si S. Robert arrive un dimanche de carême, il est 
remis avec la fête de S. Mathias au lundi > avec les in- 
dulgences. » 

Le second document est l'hymne de S. Robert, que 
mentionne le Coutumier. Je la transcris sur un ma- 
nuscrit du xviiie siècle, contenant les prières de la 
Neuvaine et d'autres prières à l'usage des religieuses (1). 

HYMNE DE SAINT ROBERT. 

I. 

Cingebant pariter 
Purpuream crucem 
Jésus Virgo parens 
Chorus et assecla 
Ambos cum moriens 
Spectat et alterum 
Commendat pius alteri 

II. 

Matri discipulum 
Filius obsequens 
Proie substituit. 

(1) Outre ces deux manuscrits, j'ai yu à Chemillé un recueil de 
Messes in-4% rouge et noir, que j'attribue au xviii* siècle. Chaque 
messe est désignée par un nom spécial. Parmi les messes dites de 
saint Martin, de saint François^Xavier, du saint Sacrement, de la 
sainte Trinité, etc., il en est une nommée Mitu de iaint Roberi, 
BIP. ARC. 25 



— 346 — 

Mox studio pari 
Matrem discipulo 
Vindidat et novo 
Firmat fœdera vinculo. 

m. 

Hoc, Roberte pater, 

Fœdus in ipsum 

Dum quos eximiis 

Legibus erudis 

Hanc utramque jubés, 

Reddere moribus 

Nec non obsequius vicem 

IV. 

Nunc ô posce tuis 
Posce sequacibus, 
Duplex ut tuus bis 
Spiritiis haereat, 
Nunquam dissocient 
Odia quos amor 
Tantus copulat invicem 

V. 

Fac hostis superént 
Tela nequissimi. 
In vitae variis 
Sordibus adjuva. 
SacrdB fac pretio 
Mortis ad ultimum 
Cœli praemia comparent. 



— 347 — - ^ 

VI. 

Francomm super bœc 
Lilia protège, 
De vota quse alias 
Gentis heu malam 
Sortem commiserans 
Finibus Ânglicis 
Fac exors redeat fides 

VII. . 

Jésus, sit tibi laus 

In cruce virginuin 

Amborum médius, 

Qui médius Patris 

Yerbum cuncta creans 

Atque paracliti 

Regnans ssBcla per omnia. Amen. 

^ Ora pro nobis, sancle Roberle. 

^ Ut digni efficiamur promissionibus Chrisli. 

» 

OREMUS. 

Beati Roberli confessons tui quesumus, Domine, 
salutaribus institutis eruditi fac nos eodem interve- 
niente in eam filii tui Domini nostri Jesu Christi partem 
venire cujus nos œmulatores esse prestitisti. Per eum- 
dem Dominum. 

Le troisième document est une consultation de la 
Sorbonne, relative à Tindulgence plénière (1) que 

(1) Les religieuses de Ghemiilé possèdent dans leur bibliothèque 
plusieurs brefs ou directoires; le plus ancien date de 4783 et le 



garaient les religieuses, le jour où elles fêtaient saint 
Mathias. Je dis saint Mathias, et non pas saint Robert^ 
parce que c'est un principe de droit que Ton n'accorde 
pas d'indulgences à l'occasion de saints non inscrits 
dans le martyrologe romain ou non canonisés (1). 

« Il a été décidé en Sorbonne par Messieurs du con- 
seil de conscience, en 4782, sur le vu du bref d'in- 
dulgence plénière accordé, à tout l'Ordre de Fonte- 
vrault, le jour de saint Mathias, qui arrive , suivant le 
calendrier romain, le 24 février, que si cette fête est 
transférée au jour suivant non empêché, soit parce 
qu'elle arrive les dimanches de la Sexagésime , Quin- 
quagésime, Quadragésime , ou jour des Cendres, les 
dites indulgences, suivant les termes exprimés dans le 
dit bref, ne sont pas attachées au jour où tombe , sui- 
vant le calendrier, la fête de saint Mathias, mais au 
jour où on fête et fait l'office dudit saint en l'honneur 
duquel elles ont été demandées et obtenues; et que 
c'est aussi en ce jour qu'on doit exposer le Saint-Sacre- 
ment, si on est dans l'usage. » 



dernier de 1790. Or c'est seulement dans ceux de 1787 et de 1790^ 
qui ont pour titre : a Bref ou Directoire pour réciter l'office divin 
selon le Bréviaire Romain h l'usage des religieuses de l'ordre de 
Fonteyraud ; » Saumur, De Gouy^ que je lis cette note : a Indul- 
gence plénière en tout l'ordre, » le jour de la fête de saint Ma- 
thias. 

(I) « Eminentissimi Patres eidem S. €. praepositi censuerunt : 
Indulgentias non esse concedendas in posterum^ nisi sanctis des- 
criptis in Martyrologio et Ganonisatis. » Gardellini, Décréta auther^ 
tiea Cangregalioniê Sacrortun Rituum^ in una Urbis, ad ann. 1674, 
t. l, p. 467^ n« 2704. 



— 349 — 



XI. 



Le Couiximier vient de parler du Migravit ou nécro- 
loge de l'abbaye de Fontevraud, qui se lisait à prime. 
J'ai voulu le consulter à la Bibliothèque impériale, 
pour pouvoir le citer. 

II est remarquable que le nom de Robert d'Arbrissel 
n'y soit pas précédé de la qualification de bienheureux 
ou de saint. Or ce nécrologe date du xiv® siècle, selon 
la suscription qui est en tête : 

« L'an de grâce 1395 fist Janne Gautère relig. du 
Moustier de Fontebrauld, escripre ceste kalende ad 
loueur de Dieu et de la Vierge Marie à l'usage dudit 
moustier et couvent, et pour faire chacun an son anni- 
versaire et cousta ladite kalende le pris de seze frans 
et demy (1 ) . » 

Telle est la note du Migravit qui concerne Robert 
d'Arbrissel : 

« Février 

» Le 23 Nostre très R^ P. M^ Robert de Arbrincelles 
fondateur de l'Ordre de Fontevr. vigiles les Répons 
comme le jour des Morts et 2 jours en suiv* vigiles à 
3 leçons (2). » 

Gaignières a fait copier deux autres Migravit. Le 
premier, qui est celui de S. Lazare, quoique très-long, 
n'a même pas une mention pour Robert d'Arbrissel. 

Le second, qui appartenait à l'abbaye de Fontaines, 
parle du père, de la mère, de 1^ nièce du fondateur, 

(1) Gaignières, t. II, p. i09 et suit. 

(2) Page 142 verso-. 



— 350 — 

de la première abbesse instituée par lui, mais se tait 
complètement sur Robert lui-même. 

€ Februarius. — 3^ nonas. Orvendis Mater Domini 
nostri Roberti patris nostri. ]» c Januarius. — x\i. Kal. 
febr. Fulcodius paler Domini Roberti patris nostri. n 
€ Aprilis. — 8 Kal. maii. Domina PetronîUa incorapa- 
rabilis et inrecuperabilis mater nostra à Domino magis- 
tro nostro Roberto Ecclesie Fontisebraudi prima consti- 
tuta abbatissa. ]» 

< Martius. — Rien de Robert. ^^^. nonas Ennargaad 
monaca nepta Domini Roberti patris nostri. > 



XII. 



Les calendriers des livres liturgiques de Fontevraud 
sont devenus de véritables obituaires , depuis qu'ils se 
sont enrichis, au jour de leur décès, de la nomencla- 
ture des principaux personnages, fondateurs ou bien- 
faiteurs de Tabbaye. 

En 1513 et 15% (1), la mort de Robert est ainsi 
enregistrée : < vi Kal, mart. Matthie Apostoli. Duplex. 
Obitus Reverendi patris magistri Roberti de Abrynscello 
nostri ordinis institutoris. )> 

En 1537, 1544, 1545 et 1595 (2), cette simple roen- 

{{) oc Breviarium Deo dicatarum virginum ordinis Fontisebraldi. » 
Thielman Kerver, Parisiis, 1518 (Bibl. Sainte-Geneviève, BB , 88i). 
— 2*^ édition en 1526, gothique, rouge et noire, en deux parties 
(Ibid.y BB, 1440). 

(2) ce Psalterium cum cpmmuni secundum usum reformationis 
ordinis Foûtiebr&ldi. » Parisiis, Thielman Kerver, 4527, petit in-S® 
(Bibl. Sainte-Geneviève, BB, 1445). — « Hore beatissime Virginis 



- 851 — 

tion a disparu pour ne reparaître qu'en 1606, sous 
cette forme analogue, au jour de saint Mathias : c Obitus 
Reverendi Patris magistri Roberti de Arbrynseello , 
nostri ordinis institutoris. » 

En 1581, même silence dans le beau manuscrit, 
couvert d'émaux, que possède Téglise de Saint-Rémy 
à Reims (1). 

Le P, Sirmond, qui a rapporté la Chronique de Saint- 
Aubin j ne nous apprend rien de plus quant au culte 
public, dans cette phrase purement historique : 

€ Anno MCXVI. Obiit Robertus de Arbrissellis , V. 
Kal. Martii. Iste fuit fundator monasterii Fontis 
Ebraldi. > 

Maris secundum usum ordinis Fontisebraldensîs. » Thielman 
Kerver, Parisiis, 1544, pet. in-8** (Bibl. Sainte-Geneviève, BB, 
1446). — « Dévote orationes partim sélecte et emendate^ partim 
recens composite pro sancti monialibus et femjnis devotis. » Thiel- 
man Kerver, Parisiis, 1544, petit in-8® (Bibl. Sainte-Geneviève). 
— c( Psalterium ordinatum per ferias secundum usum ordinis 
Fontisebraldi. » Thielman Kerver, Parisiis, 1545, petit in -8® (Bibl. 
Sainte-Geneviève). — « Divinum ofûcium ad usum sacri ordinis 
Fontebraldensis , accurate recognitum et emendatum. p Parisiis, 
H. de Marnef, 1595 (BibL Sainte-Geneviève, BB, 1446). 

(1) «c Textus primus Ëvangeliorum de tempore quse in missis a 
prima dominica advontus ad feriam quintam cœnae Domini usque 
in ecclesia monasterii sancti Pétri Remensis, ordinis Fontisebraldi 
decantari soient, additis evangeliis quorumdam festorum que eodem 
tempore celebrantur et nonnulUs que in communi sanctorum an- 
notantur, cum indice. Expensis lUrnse Principis et Domin» Do- 
miniB Uenatœ ex Lotharingia prsedicti monasterii abbatissse absolu- 
tus. Anno Domini M.D.LXXXI. » In-folio de 233 pages de vélin. 



- 352 — 



XIII. 



Du Saussay a donné une place à Robert d'Arbrissel 
parmi les corollaires de son Martyrologium Gallicanum, 
ainsi que l'abbé Chastelain dans son Martyrologe uni' 
versely mais ce dernier semble le considérer simplement 
comme un pieux personnage, puisqu'il n'ose même 
pas le décorer du titre de bienheureux^ que lui accorde 
du Saussay. 

Voici ce qu'il en dit, au tome I, page 97 (Paris, 
1709): 

« 4H6. A Orsan en Berry, le décès du vénérable 
Robert d'Arbrisselles, prêtre, fondateur de l'abbaye 
de la Roë, près de Craon en Anjou, sous la règle de 
saint Augustin, et instituteur de Tordre de Fontevrauld^ 
sous celle de saint Benoist. — Ursani... R. de Arbus- 
ticellis. Mort le jour de saint Mathias en bissexte. Rota. 
Credo, onis. — 0. Fontebraldensis, > 



XIV. 



« Es anciennes litanies de l'Ordre, après l'invocation 
de saint Benoist, on adjoustoit Sancte Roberie magister 
bonej ora pro nobiSy et cesle mesme prière estoit autre- 
fois commune en la bouche du peuple, es quartiers de 
Berry et de Poictou , dépositaires de ses sacrées re- 
liques (1). » 

c Mais l'on rendit bien dans la suite d'autres hon- 

(i) p. Nicquet, p. 200. 



— 353 — 

neurs à nostre saint (Robert d'Arbrissel) , car comme 
l'estime de sa sainteté s'accrut toujours de plus en 
plus, Ton mit son nom dans les litanies de Tordre 
après celuy de saint Benoist, et dans les calendriers 
du Missel et du Bréviaire, afin qu'on en fist mémoire 
tous les ans au jour de son decez (1). » 

Nicquet, qu'on vient d'entendre, écrivait en 1642. 
Or, malgré ses affirmations, je puis avec plus de cer- 
titude, contester son autorité, car, dans aucun livre 
liturgique des xvi® et xvii« siècles, jusqu'à la fin du 
siècle dernier, je n'ai vu saint Robert figurer ni après 
saint Benoit , ni ailleurs , dans les litanies de l'Ordre, 
et si son nom est inscrit dans les calendriers du Missel 
et du Bréviaire, ce n'était pas afin qu'on en fist mémoire 
comme d'un saint qu'on glorifie et qu'on intercède, 
mais plutôt comme d'un personnage qui peut encore 
avoir besoin dé prières et pour l'âme duquel on offre 
le saint sacrifice. 



XV. 



Dès le xiv« siècle, le non-culte est incontestable, ainsi 
qu'on peut s'en convaincre par le Migravit de 1395 
qui ordonnait de réciter, pour l'anniversaire de Robert 
d'Arbrissel, les vigiles des morts pendant trois jours 
consécutifs, la veille, le jour et le lendemain du décès. 

Le Missel, publié par les soins de l'abbesse Eléonore 
de Bourbon, en 1606, est plus explicite encore, car il 
contient une rubrique qui prescrit que, tous les mardis 



(1) Nicquet, p. 289. 



- 354 - 

de Tannée, une messe de Requiem soit célébrée, le 
matin 9 à l'issue de Matines, pour le Révérendissime ins- 
tituteur de F&ntevraud. Je cite textuellement la ru- 
brique : 

< Singulis diebus super bebdomadam, si non sit 
missa propria alicujus festivitatis, aut sicut dictum est 

supra missa matutinalis celebretur pro defunctis 

REQUIEM ut sequitur (1). 

» Feria tertia, pro Reverendissimo institutore noslro. 
Oratio. Beati Âpostoli. Episto, Ecce mysterium vobis 
dico. Evangelium* Ego sum panis vivus. i 

Voici cette oraison, qui est celle que Ton dit pour 
un prêtre défunt, pro sacerdote : 

€ Beati Apostoli tui Pétri, quœsumus. Domine, in- 
tercessione nos protège et animam famuli tui sacerdotis 
sanctorum tuorum junge consorliis. » 

La rubrique de Tépitre s'exprime ainsi : 

< Feria iij. Pro reverendissimo pâtre institutore nos- 
tro seu sacerdotibus epistola sequens dicitur ad Corin- 
thios, 1. 15(2). > 

(i) Le lundi, la messe se disait pour les défunts en général^ le 
mardi pour Robert d'Arbrissel, le mercredi pour les défunts de 
l'ordre, le jeudi pour les parents des religieuses, le vendredi pour 
les bienfaiteurs, le samedi pour les rois et reines fondateurs de 
l'abbaye. 

(2) « Missale ad usum ordinis Fontisebraldensis accaratius quam 
hacteuus (repositis quœ ex an tiqua observantiâ desiderabantur), 
satagenti reverendissima et illustrissima D. Ëleonora de Borbonio, 
totius ordinis antistita, ac christianissimi Régis Henrici IIU amita, 
editum. » Paris^ Joan, Le Bouc, 1606, in-f^. 



j — 355 



I 



XVI. 

Plusieurs attributs caractérisent, en iconographie, 
le bienheureux Robert. Ce sont : 

L'Esprit-Saint, qui, sous la forme d'une colombe, 
l'inspire dans ses prédications; le surplis, couvert du 
camail, qu'il porte comme missionnaire apostolique ; la I 

chasuble, dont il est revêtu, parce qu^il fut prêtre; 
l'anneau, la mître et le bâton, qui symbolisent la di- 
gnité abbatiale. 

Nous avons du bienheureux quelques représentations 
peintes ou gravées, qu'il importe de ne pas négliger 
dans ce travail spécial. 

La première gravure date de 1667 et accompagne 
l'ouvrage de Pavillon. Elle est signée : Vallet sculp, La 
lettre porte : « Le vénérable serviteur de Dieu Robert 
d'Arbrissel, instituteur de l'ordre de Fontevrauld. » 

Robert est agenouillé devant un crucifix, planté sur 
un rocher, d'où sort une fontaine , et qui lui dit : 
« Inspice et fac secundum exemplar quod tibi in monte 
raonslratum est (1). » Le Christ s'adresse également à 
Marie qu'il confie à saint Jean : « Ecce filius tuus (2), » 
et à l'apôtre qu'il donne pour fils à la Vierge : « Ecce 
mater tua (3). » 

Aucun des trois personnages n'est nimbé ; le Christ 
seul a la tête rayonnante. Robert se distingue par ses 
cheveux rasés et coupés en couronne, le costume tno- 

(1) Exod., c. XXV, f, 40. 

(2) s. Joann.» c. xix> j^. 26. 

(3) S. Joann., c. xix, j^. 27, 



- 356 — 

nastique, le chapelet (1) au côté et les mains étendues. 
Au commencement des dissertations du P. de la 
Mainferme, figure la même gravure, mais réduite et 
différenciée, seulement en ce que l'artiste y a ajouté un 
scapulaire court, des rayons autour de la tête, une 
mitre et une crosse couchées à terre. On lit à la lettre : 

m 

« B. Robert d'Arbrissel, instituteur de Tordre de Font- 
Evrauld. > 

Cette gravure date de 1683, et la suivante de 1648, 
époque à laquelle elle fut chargée dHUustrer le livre du 
Fr. Sébastien Ganot. 

Robert prêche, dans la forêt de Craon, devant une 
foule considérable d'hommes et de femmes qui l'écoutent 
attentivement. Il est vêtu du surplis bordé de dentelles 
et du camail auquel pend un scapulaire fort court. 
Une colombe qui voltige à ses côtés, lui souffle à Toreille 
les choses qu'il doit dire. 

La légende, empruntée à Baldric, explique la pré- 
sence de cette colombe, qui symbolise son éloquence 
persuasive et entraînante , ainsi que l'Esprit de Dieu 
dont il est rempli. « Intellexit Vrbanus PP. II quod 
Spiritus Sanctus os ejus aperuerit. Baldr. in vita B. Ro- 
bertj. » La gravure est signée : t L Seguenot. fecit. > 
et intitulée : « S. Robertus de Arbrissello fvndator 
ordinis fonlis-ebraldi concionator apostolicus. > 

Les deux tableaux sur toile qui ornent l'intérieur du 
monastère des Fontevristes de Chemillé, ne remontent 
pas au-delà du xvii^ siècle et proviennent de l'ancienne 
abbaye. 

(i) Voir dur l'antiquité du chapelet, qui n'est point ici un ana- 
chronisme, Anakcia juris poniificii, t. IV, col. 4381 et suiT. 



— 857 — 

Le premier, d'un style remarquable, représente uiie 
crucifixion (1). La: Madeleine baise les pieds du Sauveur, 
qui parle à sa mère et lui recommande saint Jean : 
mvlier filtvs tws. Marie présente à son Fils Tabbesse 
Pétronille — ce doit être le portrait de Tabbesse qui a 
fait exécuter le tableau — agenouillée, les mains jointes, 
Tanneau à Uannulaire de la droite et la crosse tournée 
en dedans et appuyée sur son épaule. Vis«à-vis, saint 
Jean, à qui Jésus dit : Ecce mater tva^ sert de protecteur 
au bienheureux Robert, agenouillé, barbu, âgé d'envi-» 
ron quarante ans, vêtu de noir et priant les mains 
jointes. A ses pieds est un bourdon de prieur, que sur- 
monte une statuette de saint Jean abritée par un dais. 

Aucun des personnages figurés sur ce tableau n'est 
nimbé. 

Je serais porté à croire que le deuxième tableau fut 
peint pour accompagner, en 1646, le cœur du Bien- 
heureux qui, sans doute, plus d'une fois et sur un autel 
particulier, fut exposé à la vénération publique. 

Au ciel. Dieu le père, nimbé d'un nimbe triangu- 
laire et entouré d'anges qui l'adorent, regarde avec 
amour le cœur de son Fils bien-aimé, au-dessus du- 
quel plane la colombe divine. De ce cœur percé et 
saignant, jaillissent des flammes que domine la croix; 
il est ceint d'une couronne d'épines et placé sur un 
autel dont le parement rouge est brodé d'un cœur. 
Sur l'autel y garni d'une nappe pendante, sont rangés 

(i) Le petit sceau de l'abbaye, dont on se sert encore à Chemillé, 
représente J.-G. sur la croix, entre la sainte Vierge et saint Jean, 
auxquels il parle. Robert avait puisé dans ce sujet l'idée de la 
soumission de Thomme à la femme, pour la vie monastique. 



— a58- 

une croix, deux anges adorateurs, un tabernacle de 
bois doré et sur le gradin six chandeliers d'inégale hau- 
teur. A la droite de l'autel et à genoux, mains jointes, 
prie, suivie de ses religieuses, Marie Magdeleine 6a- 
brielle de Rochechouart , qui fut abbesse de 1660 à 
1704 (1). Près d'elle repose sa crosse abbatiale et son 
écusson, qui se blasonne : Fascé, ondéy endenté d' ar- 
gent et de gueules de six pièces (2), abaissé sous le chef 
de l'ordre , qui est de gueules , à deux clefs en sautoir , 
l'une (For y l'autre d'argent et une Vierge^ également d'or, 
sur le tout (3). Couronne de marquis. 

Au côté gauche, et suivi de ses religieux, Robert 
agenouillé offre à Dieu son cœur enflammé de l'amour 
céleste. Il est nimbé, habillé en robe noire, surplis à 
dentelles, camail à capuchon terminé en pointe sur les 
épaules et en manière de scapulaire par devant. A terre 
et à ses pieds est un bourdon ou bâton prierai , sur- 
monté d'une statuette de saint Jean (4*). 

(J) Du Tems, Le Clergé de France^U \l, p. 489. 

(2) Recueil des travaux de la Société de sphragistique, t. IV, page 
327. 

(3) Les mêmes armes sont gradées en téxe de VAntiphonarium 
imprimé «n 1711, ayec cette «double Variante que la Vierge d'or 
est remplacée .par un clou delà Passion de sable, et que la cau*oane 
ducale est enfilée dans une crosse posée en, pal et toùrAée à se- 
nestre. 

(4) L'ordre entier et Tabbaye de FouteTraud étaient gouvernés 
par l'abbesse. Le prieur de Fontevraud n'avait juridiction que sur 
les religieux. L'abbesse portait en conséquence la crosse et le prieur 
se contentait du bourdon» 



— 859 — 

XVII. 

Oettinger, dans sa Bibliographie biographique univer- 
selle (Bruxelles, 4854), consacre un article, en treize 
numéros aux ouvrages qui parlent de Robert d'Ar- 
brissel. 

Je tâcherai d'être plus complet, car pour quiconque 
étudie sérieusement, il importe d'être parfaitement 
renseigné sur tous les ouvrages à consulter (1). 

4« Pelletier (Laurent). « Légende de Robert d'Ar- 
brisselles, avec le catalogue des abbesses de Fonte- 
vrault. 1 Angers, 4586, in-4o. (Bibl. d'Oettinger.J 

•2o « Baston de déffence, et jnirover des professevrs 
de la vie régvlière de l'abbaye et ordre de Fontevrault » 
(par le F. Yues Magistri de Laual). Angers, 1586, pet, 
in-4, vél. Cet opuscule faisait partie de la bibliothèque 
de Mcrr Guillon, évéque du Maroc. 

3o < Fontis Ebraldi exordium complectens opuscula 
duo cum nolationibus de vita B. Roberti de Arbresello, 
Fon4^braldensis ordinis institutoris et quaestionibus 
aUqiiot de poiestate et studio abbatissaB, studio etoperâ 
Michaêlis Cosnielr, sacerdotis Pictavensis, in eodem loco 
parochi. i Flexiœ, G. Griveau, 4644, petit in-i^ de 
317 pages. (Bibl. de Vévêchéd! Angers,) 

4*> € Histoire de l'Ordre de Fontevraud. » Paris, 

(i) J'omets à dessein dans ce catalogue les notices insérées soit 
dans les Dictionnaires , conime Bayle, Bouillet, Feller^ etc., soit 
dans les Vies des Saints, telles que Baillet, Godescard^ etc*, soit 
enfin dans les Histoires eedisiastiques ou monastiques de Baronius^ 
Longueyal, Mabillon, Hélyot, Yepez, etc. 



— 360 — 

Michel Soly, 1642, in-8o de 547 pages, avec une table. 
Signé à la dédicace : € Honorât Nicquet, de la Compa- 
gnie de Jésus. » (Bibl. des Fontevr. de ChetniUé.) 

5® Autre édition de Nicquet, Paris, 1646. {Bibl. 
d' Oettinger .) 

6o Traduction en français de l'ouvrage de Cosnier, 
par Jean Chevalier. La Flèche, 1647, in-S© {Bibl. 
d^Oeitinger.) 

7° « La vie du Bien-heureux Robert d'Arbrissel, 
fondateur de Tordre de Fontevrauld. » La Flèche, 
6. Griveau, 1648, petit in-S^, signé à la dédicace à la 
Reine régente : « F. Sebastien Ganot, de Tordre de Fon- 
tevrauld, » avec une planche gravée. Cet ouvrage con- 
tient en 384 pages : !<> la vie du B. Robert par Baldric, 
évêque de Dol, lat. et fr. (1); 2o les dernières années 
et la mort du Bienheureux , par Fr. André , de Tordre 
de Fontevraud, latin et français; S^ c Les Maximes de 
la vie spirituelle tirées de la vie, de Tesprit et de la 
conduite du B. Robert. » 19 pages. (Bibl. des Foniev. 
de Chemillé,) 

8o < La gloire ou les éminentes vertus du bienheu* 
reux Robert d'Arbrissel, fondateur de Tordre de Fon- 
tevrault. » La Flèche, G. Griveau, 1648, petit in-8o de 
176 pages. Ouvrage anonyme de Fr. S. Ganot. (Rare.) 
(Bibl. des Fontevr. de Chemillé.) 

9» Raynaudi, S. J. — < Trias fortium David : Rob. 
de Arbrissello; S. Bemardus; Caesar de Bus. t Lugduni, 
1657, in-4o. 

(4) Il existe dans la bibliothèque des FonteTristes de Chemillé 
un exemplaire de cette même ^ie, aux armes et au chiffre de l'ab- 
besse Jeanne de Bourbon sur les plats de la couverture. 



j 



— 361 — 

iO^ Bollandistes. Acta sanctorum, Februar. t. III, 
1658, p. 593-616 (1). On y trouve reproduites les vies 
de Robert par Baldric, d'après les deux éditions de La 
Flèche (1640 et 1647), et par Fr. André, le tout 
augmenté d'une introduction et de notes. 

Il» « La vie du bien-heureux Robert d'Arbrissel, 
patriarche des solitaires de la France, et instituteur de 
Tordre de Font-Evraud, divisée en deux parties et jus- 
tifiée par titres rares, tirez de divers monastères de 
France, d'Espagne et d'Angleterre. » Paris, François 
Coustelier. Saumur, François Ernou, 1666, in-4o de 
634 pages. Signé à la fin de l'épître dédicatoire € B. Pa- 
villon. » (BibL de la ville de Poitiers.) 

12o Giry (François). € Beati Roberti Arbrissellensis, 
ordinis Fontebraldensis conditoris, vita, transitus, epi- 
tome vitœ, elogia etmiracula. » Rotbomagi, L. Maurry, 
1668, in-8o de 224 pages. (BibL de r Arsenal, à Paris.) 
13° « Disserlationes in epistolam contra B. Rober- 
tumde Arbrissello ordinis Font-Ebraldensis fundatorem 
et doctorem theoiogum Parisiensem, scélérate confictam 
à Roscelino hœretico sub nomine Goflfridi Vindocinensis 
abbatis, tomo autem decimo quinto magnae Patrum 
Bibliothecae inconsulte relatam. » Salmurii, F. Ernou, 
1682, in-8o de 168 pages. Ouvrage du P. de la Main- 
ferme. (BibL des Fontevr. de ChemilU.) 

14<> c Brevis confutatio epistolae a Roscelino haeretico 
in B. Robertum de Arbrissello , nequiter confectse sub 



(i) Voir aussî, t. I, p. 390; t. X, p. 227, 233, 241; t. XVII, 
p. 252; t. XX, p. 44; t. XLIV, p. 628; t. L, p. 564; t. VII d'oc- 
tobre. 

RKP. ARC. 26 



~ 362 — 

nomine Goffridi Vindocineosis abbatis. Salmuri, Ernou, 
1682, m-8<> de 23 pages, avec une planche gravée. 
(Bibl. de l'Arsenal, à Paris.) 

15^ De laMainferme (R. P.) : « Clypeus nascentis Fonte- 
braldensis ordinis contra priscos et novos ejus calum- 
nia tores, » Paris, 1684, 3 vol. in-8<>. {BibLde la ville de 
Poitiers.) 

16o Troisième édition de Nicquet, Angers, 1686. 
(Bibl. d^Oetlinger.) 

17o Nouvelle édition du P. de la Mainferme, 1692. 
(Bibl. d'Oettinger.) 

18<> € Dissertation apologétique pour le bienheureux 
Robert d'Arbrisselles , fondateur de Tordre de Font- 
Evraud, sur ce qu'en a dit Monsieur Bayle dans son 
Dictionnaire historique et critique. » Anvers, H. Des- 
bordes, 1701, in-12 de 316 pages, suivi des « Eclair- 
cissements, notes, critiques ou additions. > 1702, in-12 
de 94 pages. Cet ouvrage est du P. de Soris. (Bibl. des 
Fontevr, de Chemillé.) 

19. € Le Bienheureux Robert d'Arbrissel, » apùd 
Dom Lobineau : Les vies dessairUs de Bretagne. Rennes, 
1724, p. 213-218, au 25 février. 

20. Rôusset : « Panégyrique du bienheureux Robert 
d'Arbrissel. » Paris, 1767, in-S». (BibL d'Oettinger.) 

21. « Robert d'Arbrissel, ou l'institut de Tordre de 
Fontevraud, poëme en douze chants. » Paris, 1779, 
aux armes de Tabbesse Pardaillan d'Antin, in-S^ de 
412 pages. {Bibl. des Fontevr. de ChemiUé.) 

22. « Essai historique sur Robert d'Arbrissel, fon- 
dateur de Tordre de Fontevraut, par M. de Feydel. 9 
London, 1788, in-8o de 45 pages. {Bibl. impériale à 
Paris.) 



- 363 - 

23. Talbot (Eugène) : « Etudes historiques sur la ré- 
vocation de redit de Nantes et sur Robert d'Arbrissel, 
fondateur de Tordre de Fontevrault. » Angers, 1846, 
in-8o. 

24. Note de M. de Petigny sur une statue de Robert 
d'Arbrissel, avec une planche, apvd Rulletin du comité 
historique, 1855-1856, p. 243-247. 

25. « Attribution à Robert d'Arbrissel (ou Arbris- 
selles) d'une statue en pierre conservée dans l'église 
de Méobec (Indre), par M. de la Villegille. » 8 pages, 
apud « Le compte-rendu des travaux de la Société du 
Berry, à Paris. » Paris, 1860, in-8o. 

26. Godard-Faultrier : « Commune de Fontevrault. 
L'abbaye et Robert d'Arbrissel, » apud « Répertoire 
archéologique de l'Anjou. » 1861, p. 193-223. 

XVIIL 

Robert d'Arbrissel, selon l'usage reçu, fut proclamé 
bienheureux par la voix publique , et déjà il était en 
possession de ce titre depuis trente-six ans, lorsqu'eut 
lieu en France la canonisation de S. Gauthier de Pon- 
toise , qui fut faite par l'archevêque de Rouen , et que 
l'on cite comme le dernier exemple de ces sortes de 
canonisations locales (1153) (1). 

En effet, Alexandre III (1159-1181), par le chapitre 
AvdivimuSy de Reliq. et venerat. sanctorum , réserva à 
l'avenir au Saint-Siège le droit de prononcer sur le 
titre qu'il convient de décerner aux serviteurs de Dieu 
qui opèrent des miracles. 

(i) André^ Coure de droit cation^ t. 11^ p. 34-32. 



— 364 — 

Le 13 mars 1625 et le 5 juiUet 1634, Urbain VIII 
promulgua de nouveaux décrets, qui n'eurent pas d'ef- 
fet rétroactif et exceptèrent les saints ou bienheureux 
honorés comme tels depuis un temps immémorial. 

Robert d'Ârbrissel , qui fut classé dans cette catégo- 
rie^ avait donc, pour une récognition authentique, be- 
soin de fournir les preuves à l'appui de la tradition. 

Aussi, voyons-nous, dès 1645, l'abbesse Jeanne-Bap- 
tiste de Bourbon, unie au chapitre de Candes (1), sup- 
plier le Saint-Père de daigner accorder à son ordre la 
faveur de célébrer la messe et de dire l'office propre 
du saint fondateur. (2). 

La reine d'Angleterre intervient également dans 
cette affaire et fait présenter une supplique, dont les 

(4) « Excellentiss. et Reverendissima domina Joanna Baptista à 
Borbonio^ abbatissa majoris monasterii et caput totius ordinis Fontis 
Ëbraldi. Urget ordo universus^ cum Condatensi B. Martini aliisque 
adjacentibus canonicorum capitulis ut eumdem Robertum sancti no- 
mine conslanter hactenus insignitum^ utpote yitœ sanctitate et ma- 

gnis in sanctam ecciesiam meritis celebrem Apostolicse sedis 

nutu atque auctoritate colère ut sanctum yaleat. )> BoUand.y p. 596. 

(2) bolland,j p. 596. — « Sacrorum Rituum Gongregatio decla- 
ravit cultum immemorabiiem non sufficere pro concessione officii et 
missœ^ sed requiri probationem immemorabiiis in specie, hoc est, 
quod à tempore immemorabili tùm missa, tum officium fuerint 
celebrata et recitata. r» Bened. XIV, lib. IV, c. 3. 

« Sed et semper intactà permanente juris dispositione, si débit» 
concurrant circumstantiee, poterit Sacra Rituum Gongregatio, non 
obslantibus antea insertis decretis, bénigne indulgere, accedente 
Summi Pontîûcis confirmatione ut, probato cultu immemorabili, 
fiant recilatio officii et celebratio missse in honorem beati, quamyis 
à tempore immemorabili nec fuerit officium recitatum, nec missa 
celebrata in ejus honorem. » (Ibid,, lib. IV, pars 2, c. 3.) 



— 365 ~ 

BoUandistes ont extrait cette phrase qui résume la 
demande : 

€ Quare cum omni huniilitate supplex peto ut per 
Sanctitatem Vestram liceat in ordine Fontis Ebraldi offi- 
ciutn dicere et celebrare missam de V. P. Roberto 
ejusdem ordinis fundatore (1). > 

Le roi de France lui-même écrit au Pape Innocent X 
et recommande le succès de la négociation à son am- 
bassadeur près le S. Siège (2). 

Tout marchait si bien que la solution désirée pa- 
raissait fort prochaine, et qu'en 1648 Fr. Sébastien 
Ganot, de l'ordre de Fontevraud, n'hésitait pas, dans 
sa dédicace à la Reine régente de son livre sur Robert 
d'Arbrissel, à la féliciter de sa protection puissante et à 
lai annoncer comme une des gloires de son règne, la 
cérémonie de la béatification. 

Je cite les paroles suivantes pour montrer que X assis- 
tance de Marie de Médicis ne fit pas plus défaut que 
celle de Louis XIII et de Henriette de France. 

« Surtout le grand zèle qu'elle fait paroistre à pro- 
curer la gloire de nostre sainct fondateur nous fait 
espérer, Madame, la protection et l'assistance royale 
de Votre Majesté pour Fadvancement des honneurs 
deubs à un saint de vostre obéissance. 11 espère ce 
grand patriarche qu'après tant d'autres grâces dont 
tout son ordre est obligé à la maison de France, il luy 
sera aussi redevable du temps de son apothéose, que 

(1) Bolîand., p. 596. 

(2) (( Rex quoquie Christianissimus de eâdem causa ad Inno- 
centium Pontif. Max. scripsit negotiumque urgeri ab oratore suo 
mandavit. » BoUand,, p. 596. 



— 366 — 

les fastes de Yostre Histoire seront chai^ de la céré- 
monie de sa Feste et que sa béatification sera mise au 
nombre des autres félicités de Tostre Régne, nous obli- 
geant par ce moyen à redoubler nos vœux et nos 
prières à ce Bienheureux pour la prospérité de Yostre 
Majesté. > 

Malgré tant de zèle et de protections, l'affaire resta 
en suspens. Jeanne de Bourbon voulant en accélérer 
l'issue, écrivit une seconde supplique au pape Clé- 
ment IX, en 1668, et fit imprimer cette supplique avec 
des preuves à l'appui. 

Or ces preuves ou instruments produits pour l'intro- 
duction de la cause et qui forment le volume déjà si- 
gnalé sous le numéro li, à l'article Bibliographiey sont 
la vie de Robert par Baldric , sa mort par Fr. André, 
un abrégé de sa vie et un recueil de témoignages en 
faveur de sa sainteté. 

On invoque surtout une citation du Martyrologe gal- 
lican de du Saussay, qui aU 25 février, ne parle pas 
du B. Robert, mais le rejette au 30 août, où il est ins- 
crit sous cette formule : c Beatus Robertus de Ârbris- 
sellis, sacerdos. » Puis on apporte en témoignage le 
Martyrologe de Fontevraud , que j'ai reproduit précé- 
demment et enfin, page iSO, l'insertion du nom de 
Robert dans les Litanies de l'ordre : c Ecclesiasticus 
ordinis Fontisebraldi ritus in solemnibus Litaniis : 
Sancte Roberte, magister bone, ora pro nobis. » 

Les Bollandistes ne nous ont transmis que des frag- 
ments de la première supplique de Jeanne de Bourbon. 
L'opuscule de 1668 nous donne la seconde en entier. 
Elle est trop longue pour que je songe à l'insérer ici, 



— 367 — 

mais au moins en ibrai-je l'analyse que suivront des 
extraits des principaux passages. 

L'abbesse de Fontevraud, après avoir indiqué les 
scrupules qui l'agitent au sujet d'un culte que Rome 
n'a jamais reconnu ni approuvé formellement, demande 
pour Robert d'Arbrissel les honneurs de la canonisation 
et insinue habilement que si le saint fondateur de son 
ordre est élevé sur les autels , ce sera le premier à 
qui Clément IX décernera une telle faveur : c Nullus 
adhuc cœlitum per te vindicatus est, nullus in nume- 
ruoi sanctorum adscriptus. » Puis, en confirmation de 
sa demande, elle procède par voie de culte, et énumère 
les miracles opérés par l'intercession de Robert, le titre 
de Bienheureux que d'éminents personnages lui ont 
décerné, la vénération qui s'attache à son corps pieu- 
sement conservé à Fontevraud, l'insertion de son nom 
dans les litanies de suite après le patriarche de l'ordre 
monastique, la qualification de Fontaine de S, Robert, 
donnée à la source qui jaillit miraculeusement à sa 
prière, l'hommage incessant rendu à son saint cœur. 
Elle termine en invoquant pour ces faits une posses- 
sion de 550 ans, et déclare que si le culte du bienheu- 
reux a été jusqu'alors resserré dans d'étroites limites, 
la vie cachée du cloître et l'éloignement au milieu des 
forêts peuvent âeuls être la cause du ,peu d'extension 
de ce culte local. 
Voici maintenant le texte même de la supplique : 
I Restât tertia illa pars tuae potestatis (de canoniser) 
ad quam nos primi supplices accedimus, dignamque 
tibi, ubi illam primum exprom^s, causam; dignum, 
undè illam auspiceris, virum offerimus. 



— ses — 

» Hic vir, hic est ordinis nostri conditor, venerabilis 
Robertus Arbressellensis, cnjas sanctitatem nniversa 
Gallia, dum ipse vivereti oculis conspexit, post rnorlem 
religiosissime colait : qaem popalorum consensus, 
pontificam^ laudes, summorum viroruni elogia, operum 
mirabilium multitudo jampridem sanclorum numéro 
YOtis communibus et suffragiis conspirantibus ascrip- 
Bit 

» Corpus ad dexfrum altaris cornu in mausoleo mar- 
moreo depositum exinde quotidiana religione colitur, 
mirandis corascat et spiritum sanctitatis in Domum 
Fontebraldensem universumque ordinem copiosissime 
diffundit. Jam tum Beatus semper audiit; neque eum 
aliter scriptores illius temporis ac deinde sancti appel- 
larunt. In litanias Fontebraldenses, proxime secundum 
divum Benedictum, Roberti nomen insertum est, bac 
precationis formula: Sancte Roberte, magister bone^ ora 
fro nobis. Fons ab eo e terra per miraculum precibus 
eductus, Fans SancM Roberti appellatus est, nec unquam 
in populo, nisi premisso cognomine Reati^ Roberti no- 
men auditur. Cor ejus apud Ursanum conditum cor 
sanctum passim appellatur, et publica religione cultu- 
que divis adhiberi solito celebratur. 

» Et sane vix uUus est setate illa in sanctorum nu- 
merum populi christiani voce conscriptus, qui pluri- 
bus cerlioribusque sanctimonise notis effulserit^ qui 
rerum prseclare gestarum multitudine et gloria Roberto, 
non dicam superior sed vix par esse possit. Ât alii dùm 
celebrantur in populo eorumque cultus publica clien- 
tium suorum devotione promovetur; nos quae in 
sylvis desertisque locis degimus, qusB claustris arctis- 



- 369 ~ 

simis includimury quae pudore virginali ab ornai prope 
hominum consortio sejunctœ latemus^ pietatem nos- 
tram conditorisque nostri gloriam publicam facere non 
valuimus neque in eo splendore retinere, ad quem sua 
illum virtus insignis evexerat, dùm actorum ejus recens 
erat memoria. Ita factum est ut Roberti sanctitas nos- 
tro silentio modestiaque ac teroporum vetust'ate penè 
sit obruta ; nosque unà cum parente optimo de jure 
Dostro et antiquâ gloriae possessione dejectœ ingemis- 
camus, fidem hominum superumque implorare cogaihur. 
» Àd tuum ergo tribunal confugimus, Pater Sauctis- 
sime, tuam justitiam, pietatem tuam imploramus, ut 
nos nostrique ordinis auctorem in jus splendoremque 
pristinum postliminio restituas. 

> Si priscis illis temporibus ageremus, quibus solius 
populi vox una consentiens satis erat, ut alicujus sancli 
nomen fastis christianis insereretur, in nostra pietate 
nostroque jure tacite staremus, nec esset quod Aposto- 
lorum limina vel tuse Sanctitatis aures pulsaremus. Si 
quis nos de Roberti gloriâ de jure nostro appellaret, 
possessionem quingentorum et quinquaginta annorum 
prsescriptione firmatam opponeremus. Eodem jure, eo- 
dem suffragio Robertum Beatum esse tueremur quo 
Yvonem Garnotensem, quo Brunonem Carthusianorum 
parentem, quo reliquos ejusdem temporis, quos sola 
populi vox et religio tam sublimi nomine decoravit. 

> Ât quoniam ex tuae Sanctitatis ore pendamus, et 
in Summorum Pontificum arbitrio nostra omnis vita, ac 
religio vertitur, scrupulus quidem animum nostrum, 
quamvis diuturnissimi temporis possessione immuni- 
tum, conturbattamenacsoUicitatdonec ad populi vocem, 



— 370 — 

ad cornmunem Ecclesiae consensum, ad veterum scripto- 
rum de sanctitate Roberti testimonia tuœ Sanctitatis suf- 
fragium accesserit. » 

Enfin Benoit XIV, dans son Traité de la Canonisation 
des Saints, livre II, chapitre xxxvi, rapporte que le 
6 octobre 1669, les lettres da roi n'avaient pas encore 
été présentées à la Sacrée Congrégation des Rites, pour 
la cause de Robert d'Ârbrissel, et au chapitre xii du 
même livre il parle de cette cause comme abandonnée, 
parce qu'on n'avait pas rempli les formalités, et qu'on 
avait cessé de la presser. Le pontife témoigne ouverte- 
ment son estime pour ce saint personnage, et déclare 
n'être nullement arrêté par les calomnies dont il a été 
l'objet. Il reconnaît les vertus et les miracles attestés par 
les Bollandistes et, sans mettre en doute l'anthenticité 
de la lettre de Geoffroy de Vendôme, en infirme la va- 
leur historique en disant que Geoffroy fut trompé en 
cette circonstance. Le promoteur de la foi, Pierre de 
Rossi, en avait fait à tort un argument contre la cause, 
qui manquait seulement pour pouvoir être introduite de 
quelques pièces indispensables. Malheureusement Be- 
noît XIV n'explique pas ce qu'il entend par m defectu 
aliortim recuisit orum y car il n'est pas probable que 
ces mots signifient seulement l'absence des lettres 
royales. Peut-être reconnaît-il comme nous que le 
culte n'était pas suffisamment prouvé (1). 

(i) « Nec prius Sedes Apostolica mo^eri solet, quam reges^ 
principes et aliae personse authenticaî et houestse instanter suppli- 
caTerint Summo Pontifici. Ideoque Sacra Gon^regatio in causa Pic- 
ta-vien. Servi Dei Roberti de Ambrosello^ in qua petebatur signa- 
tura commissionts, respondit die 5 octobris 1669 quod expecta- 



— 371 — 

Vers 1852, la eause, si lon^emps assoupie du bien- 
heureux Robert, reprit faveur et il fut question sérieu- 
seroent de reûouér avec Rome les négociations pour la 
mener à bonne fin. 

En conséquence, un dossier fut commencé et j'y 
trouve trois sortes de documents qu'il importe d'ana- 
lyser ici. 

Sept archevêques ou évoques donnèrent leur adhésion 
au projet par des lettres qui peuvent se classer ainsi 
selon leurs dates respectives. 

M«r de Morlhon, évêque du Puy (1), 25 novembre 
1852. 

Mgr Saint-Marc, évêque de Rennes, 7 décembre 1852. 

Mgr Pie, évêque de Poitiers, 19 déoembre 1852. 

Mgr Angebault, évêque d'Angers, 29 décembre 1852 
et 5 janvier 1853. 

S. Em. le cardinal Du Pont, archevêque de Bourges, 
3 janvier 1853. 

Mgr Morlotj archevêque de Tours, 19 août 1853. 

Mgr de la Croix d'Azolette, archevêque d'Auch, 28 
octobre 1853. 

Seul, Mgr Bouvier, évêquei du Mans, à la date du 22 

rentur littene regiae. » {Benedict, XIV, lib. 11^ cap. xxxvi, u? 7.) 
« Perlectisque a me nonnulUs scripturis pro introductione causas 

canonisationis hujus Beati Roberti, Tel nuUum^ Tel modicum 

Tidi constitui fundamentum à Petro Francisco de Hubeis^ promo- 

tore^ in citata epistola. sed in defectu aliorum requisitorum. d 

{Ibid., cap. XLi, n° i%) 
(1) Il existe actuellement trois maisons de FonteTristes en France : 

elles sont à Ghemillé^ diocèse d'Angers; à Brioude^ diocèse du 

Puy; à Boulaur, archidiocèse d'Aueh. 



- 372 — 

juin 1853, fit dilBculté d'adhérer comme rayaient déjà 
fait ses collègues et motiva faiblement son refus* 

Le 16 octobre de la même année, les religieuses 
Fontevristes adressaient au Saint-Siège une supplique 
respectueuse pour la reprise de la cause. 

Enfin, le 9 janvier 1855, la communauté de Chemillé 
choisissait Ms^ Estrade , camérier d'honneur de Sa 
Sainteté Pie IX, pour postulateur. 

C'est devant ce prélat et par ses soins qu'ont été 
faits dans l'archidiocèse d'Âuch et dans le diocèse 
d'Angers, les Acteê» d'information sur le cuUe public 
ecclésiastique rendu au bienheureux Robert. 

Voici l'analyse sommaire de ces deux pièces qu'il 
serait aussi long qu'inutile de reproduire. 

Je commence par le monastère de Chemillé. 

Les religieuses déclarent continuer, dans le culte 
rendu à leur fondateur, les traditions de l'abbaye de 
Fontevraud, qui leur sont connues par plusieurs an- 
ciennes mères avec lesquelles elles ont vécu. 

Chaque année, à partir du 23 février, veille de l'an- 
niversaire de la mort du bienheureux, elles font une 
neuvaine en son honneur, qui consiste dans le chant 
de l'hymne Cingebant, de l'oraison Beati Roberti con- 
fessorisj du TeDeumei de l'invocation trois fo\f répétée : 
Sancte Roberte, Pater noster^ magister bone^ orapro nobis. 

Le 24, il y a exposition du Saint-Sacrement, toute la 
journée , chant de la messe solennelle de la Sainte- 
Trinité et bénédiction le soir. 

Les reliques sont exposées dans le chœur, tout le 
temps de la neuvaine, sur un autel couvert de cierges 
que l'on allume seulement pendant les offices. 



— 373 — 

Dans les processions que la communauté est en usage 
de faire, lors des calamités publiques, on porte le 
bâton du bienheureux. 

Les fidèles déposent souvent des linges sur la capse 
pour la guérison des malades et demandent aux reli- 
gieuses des neuvaines de prières. Plusieurs grâces ont 
été ainsi obtenues. 

Tous les jours après matines^ le chœur récite conjoin- 
tement avec ro£Qciante, l'invocation susdite : Sancte 
Roberte. On la répète une autre fois dans le cours de 
la journée. 

 Fontevraud, des cierges et des lampes étaient cons- 
tamment allumés devant les reliques du bienheureux, 
dont la capse était conservée dans le tombeau de Tautel, 
appelé communément autel de saint Robert, 

Le 24 février était jour chômé par la maison. 
Mme Tabbesse officiait (1); le soir, il y avait procession, 
où l'on portait le bâton miraculeux. On faisait le pané- 
gyrique du bienheureux. Au salut du Saint-Sacrement, 
qui terminait la fête, on chantait l'hymne Cingebant, le 
Te Deum et la triple invocation Sancte Roberte, au son 
de toutes les cloches; Madame Tabbesse récitait l'orai- 
son Reati Roberti. 

La fête du bienheureux portait indulgence plénière 
et exposition du Saint-Sacrement. 

La déclaration précédente est du 10 janvier 1855. 
Celle des religieuses de Boulaur du 12 février de la 
même année, renferme ces seules additions, le reste 
étant identique : dans les litanies des saints, après Tin- 

(t) L'abbesse n'assistait au ohœur qu'aux fétei ùnnu^les. 



— 874 — 

vocation de saint Benoit, vient celle du bienheureax, 
sous cette forme : BeiUe Boberte, paier nostery ora pro 
nobis. 

Les reliques sont portées, aux processions de saint 
Marc et des Rogations, dans l'intérieur du monastère, 
où Ton a fait aussi, au moins une fois, le panégyrique 
du bienheureux. 

L'usage de chanter le Te Deum^ le 34 février et les 
jours suivants, a été pratiqué de tout temps. 

Ces enquêtes terminées, une lettre latine rédigée, 
dit-on, par un prélat de haute science et résumant 
tous les témoignages favorables au succès de la cause, 
fui annexée aux autres pièces du dossier et adressée à 
Rome pour obtenir du Saint-Siège une béatification 
équipollente. 

Malheureusement, la supplique laissait à désirer sur 
plus d'un point essentiel. Elle débutait ainsi : Nos 
Episcopi GaUiarum et ne portait à la fin aucune signa- 
ture. On alléguait l'antiquité du culte et l'on n'exhibait 
à l'appui aucun monument. Puis un lapsus calamif 
fort regrettable, avait mis le mot siècles partout où il 
aurait fallu le mot années. 

Le consulteur, chargé de l'examen préalable de l'af- 
faire, fut sévère à cet endroit et franchement il y avait 
lieu. Aussi son rapport n'est-il qu'une fine et spirituelle 
satire, qui montre clairement l'inexpérience de ceux 
qui assumaient la responsabilité de la démarche et des 
négociations. Toutefois, après avoir donné cours à sa 
verve, il voulut bien tracer quelques règles pour la 
poursuite régulière de l'affaire, et réclamer, à l'appui 
de la demande, dçs tableaux avec nimbe, des manus- 



— 375 .— 

crits mentionnant les fêtes et les reliques, en un mot 
des faits qui établissent péremptoirement que le culte 
allégué a actuellement trois cent trente ans d'existence. 

Je ne citerai, en les traduisant, que quelques passages 
de ce rapport écrit en italien. 

c( .... 11 faut démontrer en jugement et par des mo- 
numents que le culte public rendu au bienhenreux 
Robert a trois cent trente ans; ce qui est nécessaire... 
Il parait impossible que, traitant- d'un culte très-ancien, 
il n'y ait pas des titres ou des manuscrits antérieurs à 
1534 qui en parlent... On peut dire la même chose 
des anciens livres du monastère, où Ton parle des fêtes 
et des authentiques des reliques. En somme, nous vou- 
lons des monuments... Je vois que Ton se préoccupe 
beaucoup plus des vertus et des miracles que du culte 
du bienheureux. Aussi je rappellerai que le culte est 
un fait et les faits se prouvent à l'aide des monu- 
ments (1). » 

L'affaire en resta là. Rome avait accueilli avec froi- 
deur les démarches ; la susceptibilité des ayant cause 
en fut froissée. Bref, on ne songeait plus à rien, quand, 
à mon arrivée dans le diocèse, Men^ l'évêque d'Angers, 
de concert avec M^ l'évêque de Poitiers et les Fonte- 
vristes de Chemillé, me pria de poursuivre le procès 
d'enquête. J'accédai volontiers à leurs vœux et de 1859 
à 1861, je donnai tous mes soins les plus empressés à 
cette affaire. C'est seulement après des recherches mul- 
tiples et réitérées que j'ai pu poser les conclusions 
dont tout ce travail forme les prémisses. 

(1) L'original de cette pièce est déposé aax archives du monastère 
de Chemillé. 



— 376 -- 
XX. 

J'ai établi une série de £siits assez considérable. Il est 
de mon devoir maintenant d'en discuter la valeur et 
d'en déduire la conséquence pratique. 

Il y a, en matière de béatification et de canonisation, 
deux manières de procéder : par voie de culUy ou par 
voie de nonrCuUe. 

Evidemment, j'aurais été mal inspiré en proposant 
la voie de non-culte, car j'aurais eu contre ma thèse, 
impossible d'ailleurs à soutenir, la suppb'que de Jeanne 
de Bourbon et l'enquête de 1855, qui s'appuient exclu- 
sivement sur le culte rendu publiquement. 

Procéder au contraire par voie de culte, c'est rentrer 
forcément dans les limites du cas excepté par les décrets 
d'Urbain YIII pour obtenir de Sa Sainteté une béaUfi- 
cation équipollente (1 ). 

Or, dans l'espèce, deux choses sont à prouver : le 
culte et la possession immémoriale du culte. 

Benoit XIV (2) a déterminé ce qu'il faut entendre 
par culte^ c'est-à-dire les honneurs rendus aux saints 
et indiqué quels monuments attestent ce culte (3). 

Ces monuments sont : 

Les histoires écrites avant 1534; les représentations 

(i) tt Declarans quod per supradicta praejudicare in aliquo non 
Tult neque intendit iis qui aut per communem Ecclesise consensum 
vel immemorabiiem temporis cursum, aut per Patrum, TÎrorumqoe 
sanctorum scripta, vel longissimi temporis scientia, ae tolerantîa 
Sedis Àpostolicse Tel Ordinarii coluntur. » 

(2) De canonisât,, cap. xiv, lib. II. 

(3) a Deficientibus testibus, locus est probationi per authentica 
documenta, i» Const, d'Urb(Un VIIL 



— 377 — 

iconographiques avec nimbe ou rayonnement à la tète; 
les images placées sur des autels ; Jes autels érigés et 
les chapelles ou églises dédiées sous le vocable du bien- 
heureux ; l'insertion du nom dans les litanies ou le 
Martyrologe ; la commémoraison aux olQSces divins; 
l'office propre ou du commun ; le titre de saint ou de 
bienheureux publiquement décerné; les donations faites 
en son honneur (1); les grâces obtenues par son inter- 
cession ; le corps levé de terre et exposé, ainsi que les 
autres reliques, à la vénération des fidèles (2). 

Benoît XIV ajoute, comme conditions expresses de ce 
culte ecclésiastique, qu'il doit être public et non privée 
continu et au moins toléré par l'Ordinaire. 

Urbain VIII avait déjà prescrit la possession immé- 
moriale et spécifié que cette possession devait être au 
moins centenaire (3). Or le décret d^Urbain VIII date 
de 1634; il devient donc indispensable de démontrer 
l'existence du culte avant Tannée 1534 pour le bien- 
heureux Robert d'Àrbrissel. 

(1) « Histori» conscriptse h. \iri8 fide dignis, qui eas composuerint 

centum annis ante constitulionem Urbanam Elationes sepuU 

chri auctoritate episcopali... legata missaru n in honorem Dei serTÎ... 
an tiqua breTiarta^ ubi officium iptius aut proprium autde communi 
ia ejusdem v«nerationem contineatur.... ele^ato sepulchro, statuœ 
atque imagines oum radiis et splendoribus necnon Totivœ tabellœ^ 
dummodo^ accedente judicio peritorum pateat confecta ea fuisse 
centum annis ante constitutionem Urbanam. p Bened. XW, t. II, 
p. 193-194. 

(2) Analutajurii jMmtifieiij 40* liTraison, col. i30. 

(3) « Insuper longissimum tempus illiusque imdnemorabilem ca- 
svLjn, de quo in praedicto décrète, inteUigi declaraTimus esse tem* 
pus centum annorum metam excedens. » 

REP. ARC* 27 



— 378 — 

Là est TembaraS) je dirai plus, rimpossibilité presque 
absolue, puisque toutes les pièces déjà produites sont 
postérieures à cette date, même les imprimés. 

J'en reprends Ténumération, pour mieux faire saisir 
la difficulté de prouver canoniquement le calte ecclé- 
siastique. 

Le nimbe ou rayonnement de la tête, est un signe 
certain de sainteté. Je le trouve bien sur des gravures 
et des tableaux, autour de la tête de Robert d'Ârbris- 
sel, mais les uns et les autres ne remontent pas au-delà 
<j[u xvii« siècle et par conséquent sont trop jeunes pour 
figurer dans le débat. 

Bien plus, lors même que ces tableaux auraient été 
dressés en forme de rétables sur des autels, ils heurtent 
cette règle tracée par Benoît XIV, qui n'admet pas en 
jugement la position humble de suppliant affectée au 
serviteur de Dieu. 

« Imago servi Dei.... exhibens cultum Christo Do- 
mino aut Beatissimae Virgini non poterit haberi pro re 
^ ad publicum cultum tendente (1). > 

Aucune église, chapelle ou oratoire n'a jamais été 
dédié sous le vocable du bienheureux, même dans les 
abbayes qui le vénéraient davantage. Tout au plus y 
voyons-nous deux autels (2), l'un dit de saint Robert à 
Fontevraud, l'autre du sacré Cœur, àOrsan. Mais pas 
la moindre date qui nous éclaire sur ce fait important 



(1) Page 110, t. H. 

(2) Les FonteTristes de GhemiUé ont élevé dans lear chœur un 
su tel à Robert d'Ârbrissel, et ont placé dessus les reliques de leur 
fondateur. 



— 379 — 

et qui permette d'arriver jusqu'aux premières apnées 
du xvp siècle. 

Ou a souvent parlé des litanies. Je ne nie pas le fait 
puisqu'il m'est attesté par la supplique de J. de Bour- 
bon, et parThéophile Raynaud, qui reporte jusqu'à Piell 
(1458-1464'), par conséquent jusqu'au milieu du xv« 
siècle, l'usage de placer le nom de saint Robert après 
celui de saint Benoit, c Delegati a Pio II Romano Pon- 
tifice, ad inspiciendum componendumque Fontebral- 
dense caenobium, Roberti fundatoris nomen, inter sanctos 
confessores,litaniisinseri praescripsisse referuntur(l). > 

Certes voilà une origine clairement assignée, et je me 
plais à constater que la tradition a persévéré jusqu'à 
nos jours, car on en trouve par ci par là de« traits 
épars. Mais j'ai le droit à mon tour de demander la 
preuve matérielle de ces affirmations de différents au- 
teurs, et j'ai le regret de dire que j'ai feuilleté en vain 
tous les livres liturgiques de Fontevraud, même ceux 
de J. de Bourbon, pour y noter le Sancte Roberte^ que 
plusieurs y ont vu (2). Je ne suspecte pas leur sin- 
cérité, mais ne pourrait-on pas distinguer entre le culte 
public^ qui n'aurait pas admis cet usage, et le culte 
privéy qui aurait adopté avec empressement la prescrijh 
lion des délégués de Pie II ? 

{\) Theoph. Raynaudus, t. IX^ p. i89. 

(2) <( Chant des offices propres de Tordre de Font-Evrauld, avec 
addition pour plus grande commodité de plusieurs suffrages à dé» 
Totion^ du mandatum et des obsèques des trespassez. Le tout im-o 
primé par le commandement de très-illustre et religieuse prin- 
cesse Madame Jeanne-Baptiste de Bourbon, fille L. de France, 
abbesse chef et générale dudit ordre.» Paris, 1647. — « Antipho- 
narium ad tisum septimanariae chori. « 1711. 



— 380 — 

Inutile d'insister sur les calendriers liturgiques, car 
si j'y vois le nom de Robert d'Arbrissel, à côté ou pas 
loin j'y constate ceux des abbesses Pétronille de Che- 
millé, Marie de Bretagne, Renée de Bourbon, Louise 
de Bourbon^ etc. 

Invoquera-t-on le Martyrologe? Non, assurément, car 
ce n'est pas seulement Robert d'Arbrissel qui y est 
inscrit, mais encore son père, sa mère et sa nièce, 
dont rien n'atteste la sainteté ni le culte. 

Une seule cbose me fait impression, c'est que, le 
25 février, le Martyrologe débute, à Prime, très-solen- 
nellement et au son des cloches, par l'éloge de Robert 
d'Arbrissel, qui n'y porte, il est vrai, ni le titre de 
saint, ni celui de bienheureux. Malheureusement pour 
la cause, le coutumier qui mentionne cette cérémonie, 
date au plus tôt du xviie siècle, époque du Martyrologe 
de du Saussay, qui, plus avancé, plus hardi, ose mettre 
le Beatus qui manque à Fontevraud. 

D'office propre ou même de commun, je n'en connais 
pas et je ne m'en préoccupe guère, car Benoît XIV a 
déclaré que ce n'était pas rigoureusement nécessaire 
pour le succès d'une cause (1) et qu'il suffisait que 
l'anniversaire ait été solennellement célébré, de anni- 
versaria solemnitate in die obitus. 

Une solennité anniversaire est mentionnée dans le 
coutumier^ mais ce coutumier n'a été écrit que vers le 
xvii® siècle, et nous ne connaissons Fhymne de saint 
Robert, avec verset et oraison propres, que par un ma- 

(i) (( Plures approbati fuerunt ca»us ezcepti, etiamsi nequaqnam 
constiterit de celebratione missœ et feâti, deque officii recitatione 
per annos centum ante constitutionem Urbauam. » Page 199. 



— 381 — 

nuscrit du xviiic; bien faibles témoignages pour une 
cause qui réclame au moins le xyi© siècle. 

Je ne pense pas que Benoît XIV entende par solennité 
anniversaire un office mortuaire, mais bien plutôt la 
messe de la sainte Trinité qui était, comme le Te Deum^ 
un chant d'action de grâces pour les bienfaits accordés 
par Dieu à son serviteur. Cette messe se dit encore 
dans les maisons de Tordre. Quand a-t-on commencé 
à célébrer ainsi l'anniversaire du 25 février? Je Tignore, 
toujours est-il que sur la fin du xiv© siècle, cet anni- 
versaire se faisait, non point par une messe, mais par 
roffice des morts, et qu'en 1606 encore le missel n'in- 
dique aucune messe autre que celle de saint Mathias, 
au 25 février, et ordonne que tous les mardis non 
empêchés, une messe de requiem soit célébrée, après 
matines, pro Reverendissimo insiitulore nostro. 

C'est qu'en effet bienheureux ou saint est un titre si 
vaguement donné par la tradition, qu'on s'en sert bien 
sans difficulté dans la vie habituelle, mais qu'on ne 
l'emploie dans aucun acte officiel, n'ayant pour ces 
circonstances que l'appellation banale deRévéreiidissime^ 
de Père^ de Vénérable on de Maître, toutes qualifications 
sans portée aucune dans la question présente. 

Dom Chamard (1) m'a opposé que Charlemagne était 
honoré comme saint à Aix-la-Chapelle, Arras, Reims, 
Rouen, Paris, etc., tandis qu'à Metz on faisait un ser- 
vice solennel le jour de sa mort pour le repos de son 
âme. A cela, je répondrai que le cas n'est pas le même, 
car Frédéric Barberousse fit canoniser Charlemagne 

(4) Lettre du 47juiUet 1860. 



— 388 — 

par Tanti-pape Pascal III et^ comme les papes légitimes 
n'ont point réclamé contre cette canonisation, plusieurs 
ont prié leur silence pour une approbation (1). Metz 
pouvait fort bien se ranger du côté de la minorité qui 
n'accueillait pas avec faveur le fait accompli. 

J'ai énuméré toutes les reliques et pas une ne me 
paraît en possession du culte immémorial prescrit. Le 
corps n'est même pas levé de terre au xvi© siècle. Or 
cetle élévation est, dans l'histoire ecclésiastique, un des 
indices les plus incontestables d'une sainteté reconnue 
et d'un culte avéré. Il faut pour en venir à cette exhu- 
mation, non pas la volonté bien arrêtée d'honorer 
davantage Robert d'Arbrissel, mais la fantaisie d'une 
riche abbesse qui désire renouveler le grand autel, et 
c'est en creusant les fondements que la pioche heurte 
la tombe du pieux fondateur. 

On recueille respectueusement, il est vrai, les osse- 
ments et les cendres de Robert d'Arbrissel, mais c'est 
pour les enfouir de nouveau dans le tombeau d'un 
autel , après les avoir enfermés dans une capse en 
plomb, indigne de la princesse qui la commande et de 
l'illustre personnage à qui elle est destinée. 

On a de l'or, de l'argent, des pierreries dans cette 
abbaye splendide, où s'étalent toutes les grandeurs et 
les magnificences de la cour, et pour le saint que de 
temps immémorial l'on dit vénérer d'un culte public, il 
n'y a rien que la plus vile matière, le plomb pour ses 
ossements, le cuivre pour la poussière de son cœur ! 

{\) Gousseau. Mémoire sur ^ancienne liturgie du dioeèie de Poi- 
tiers, page 110. 



- 883- 

J'ai honte pour rabbe&r^e de cette îfiâulte permanente, 
je rougis pour Tordre lui-même de cette indifTérence 
signalée qui contraste d'une manière révoltante avec la 
pompe et Fênthousiasme de la supplique adressée à 
Clément IK. 

Quelle amère dérision! D'une part on sollicitait la 
faveur du pontife, de l'autre on négligeait l'objet même 
de cette faveur. 

Humble dans sa vie, Robert le fut aussi après sa 
mort. Sa trop modeste capse n'a point empêché les 
fidèles de venir lui demander des grâces spéciales^ 
aussi les Bollandisles ont-ils constaté des miracles opé- 
rés par son intercession, et les derniers en date sont 
enregistrés aux millésimes de 1634 et 1635. 

Mais ces miracles prouvent, tout au plus, un culte 
privé et personnel ; pour la thèse du culte public, qui 
doit être antérieur à l'année 1534, c'est à la fois une 
preuve incomplète, insuilisante et superflue. 

D'où je conclus rigoureusement, de tout ce qui pré- 
cède, que la cause de Robert d'Ârbrissel manque des 
éléments constitutifs pour la réussite désirée, et je ré- 
sume ainsi la discussion. 

La lettre des décrets pontificaux ne peut même pas 
être élargie par Vesprit de ces mêmes décrets. 

On constate des lambeaux de culte, mais non un 
culte régulier et surtout antérieur à l'inflexible date 
de 1534. 

Enfin, les preuves manquent pour les époques re- 
culées et viennent trop tard dans les siècles les plus 
rapprochés du nôtre, où une certaine tradition essaie 
de se rattacher au passé. 



— 884 — 

Mi^ Estrade, dans son enquête trop sommaire et trop 
restreinte de 1855, n'avait qu'entrevu le côté favorable 
de la cause. Il m'a été pénible d'envisager le côté dé- 
favorable. Mais je n'avais pas le choix. J'ai suivi ma 
conscience et écouté les instructions que Rome me 
donnait. 



XXI. 



II est fâcheux que la déduction que j'ai dû faire de 
toutes les pièces du débat ne réponde ni à mon at- 
tente ni à mes vœux les plus sincères. Mais enfin j'aurai 
au moins servi en quelque chose une si belle cause, 
en consignant mes observations personnelles. C'est un 
pas de plus dans la question, si ce n'est pas une solution 
définitive. Pour moi, il m'est désormais impossible 
d'aller plus loin. Si l'évêché d'Angers désire pousser 
outre et tenter à Rome une nouvelle épreuve, je n'ai 
point à m'en occuper. Je lui devais seulement, à titre 
d'historiographe du diocèse, le résultat de mes investi- 
gations, comme aussi les motifs de ma conviction. Je 
serai heureux si d'autres plus persévérants et mieux 
renseignés complètent et mènent à terme une question 
pendante depuis des siècles. Quod potui feci, faciant 
meliara potenles. 

X. Bârbusr de Montault, 

Chanoine de la basilique d*Anagnl. 



1 





CONDITIONS DE L'ABONNEMENT. 



Le Répertoire Archéologique de V Anjou paratt le i^ ûe 
chaque mois, par livraisons chacune de deux feuilles dlm- 
pression. 

Le prix de l'abonnement, pour les personnes ne faisant pas 
partie de la Commission Archéologique, est de 5 francs par an 
pour Angers et de 6 francs par la poste. 

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département. 




co 





SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS 

MaENNE ACADÉUE D'ANGERS. 




<;OlilSS10l ARCIËOIOGIQUE 

/ ' ^ DO DÉPARTEMENT 

BE MAINE ET LOIRE 



RÉPERTOIRE iBGHÊOLOGIQIIË 



DE L'ANJOU 



Jfriinée i I^OS. ■» Octobre-Nov^mlire. 



I B — 




ANGERS 

IMPinMERÏE DE COSNIER «T LACHÈSE 

C'hausjïée Saint-Pierre, 13 

1863 




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3 



i5«,™^, /-, S^y,7/,^,,i 



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wmm mm de i'anjod 

(suite et fin). 

Le sol conserve encore passablement la forme des 
trois parties du théâtre. On y voit aussi plusieurs ves- 
tiges de construction, savoir : lo au sommet le plus 
central de l'endroit où étaient les gradins supérieurs, 
une masse empledon sans briques; 2<> au bas de Tun 
des points où étaient établis les gradins inférieurs vers 
nord-est y trois noyaux emplecton sous briques ; S^ dans 
la partie la plus voisine de Thémicycle de Torcliestre, 
deux restes du gradin inférieur; l'un de ces vestiges 
vers nord-est se compose de pierres cimentées, l'autre 
de mêmes pierres cimentées couvertes d'une assise de 
grandes briques; chacune de ces briques porte au-des- 
sous une entaille longitudinale qui permettait aux ou- 
vriers de les manier plus aisément lors de l'emploi 
qu'ils en firent en ce lieu. Ces briques sont semblables 
à celles que l'on a découvertes dans les ruines de 
l'amphithéâtre d'Angers; A^ au sud de l'orchestre une 
masse emplecton. 

Ce théâtre que Bodin n'a pas signalé, est situé dans 
un bois taillis, appartenant à M. D'Achon. C'est à tort 
que l'imprimeur de V Anjou et ses m^num^nts a cru 
devoir au tome premier, substituer le mot amphithéâtre 
à celui de théâtre; déjà nous avons rectifié cette erreur 
dans les Nouvelles archéologiques, n^ 41 . 

Lors de la session du congrès à Saumur en 1862, 
Gennes fut visité par M. de Caumont et par la Société 
française qui séance tenante vota des fonds pour faire 

REP. ARC. 28 



3)CL 
A4 

Ûdi.Mt 






_ 38ë^^ - 

des fouilles à ce théâtre. Voir le volume, XXIX© session, 
pages 128-129 et 264. 

Aqueduc. — L'aqueduc de Gennes dont Teau coulait 
du sud au nord, se voit à la base du coteau situé rive 
droite du ruisseau d'Avort. En quelques endroits il est 
caché sous terre. Sa coupe présente une forme carrée. 
Le Méandre a de profondeur 33 centimètres, sur au- 
tant de largeur; le radier de cet aqueduc est composé 
de moellons en tuf, noyés dans le ciment, statumen. 
Les parois externes sont en tuf et à petit appareil ré- 
gulier. Les internes se trouvent revêtues d'une couche 
épaisse de ciment rose. Le dessus de Faqueduc est 
couvert de pierres de grès et d'ardoises brutes. 

Sudatorium. — Le sudatorium ou éluve est d'une 
forme très-originale. Par ce qui en reste, ^ voit qu'il 
était bâti sur un plan circulaire autour duquel étaient 
de petites niches carrées et rayonnantes les unes par 
rapport aux autres. Entre les niches sont des exedres 
qui devaient donner à ce monument beaucoup d'élé- 
gance. Le diamètre présumé de ce petit édifice était 
d'environ 3 mètres , 52 centimètres. Chaque exedre a 
de largeur 66 centimètres; et quant aux niches car- 
rées, elles n'ont pas plus de 66 centimètres de large 
sur 49 à 50 c. de profondeur. 

Ces niches servaient aux baigneurs à se tenir assis 
pendant que la vapeur les enveloppait. Elles devaient 
être au nombre de huit; en 1841, il en existait encore 
trois avec autant d'exedres. Une voûte semblable à 
celles que l'on voit dans les étuves d'Orient où ces 
bains sont encore en usage, fermait sans doute le som- 
met de ce sudatorium. On remarque dans ce qui reste 
le petit appareil en pierres de tuf, alterné d'assises de 



— 387 — 

briques. Des traces noires accusent en quelques parties 
les effets du feu. 

L'aqueduc précité amenait l'eau qui servait à former 
la vapeur. Des tuyaux en plomb trouvés plus loin, ver- 
saient l'eau dans des baignoires qui ont disparu , mais 
dont le souvenir n'est point encore altéré. Il y avait à 
Gennes tout un système de bains chauds, tièdes, froids 
et de vapeur. 

Voie romaine. — Vers 1841, on en distinguait encore 
très-bien la summa crusta; cette voie allait dans la 
direction de Gennes à Ghenehutle, c'est-à-dire de l'ouest 
à l'est. Elle se composait de longues et larges pierres 
de grès polymorphes qui s'emboitaient les unes dans 
les autres , comme à la Via Sacra de Rome, près l'arc 
de Titus. 

Rapprochement assez curieux, le département de la 
Sarthe possède sur les frontières de l'Anjou un hameau 
nommé Gennes et qui renferme aussi des débris gallo- 
romains. Le mot de Gennes d'après Ducange , peut si- 
gnifier monticule] et en effet, les deux endroits de ce 
nom dans le Maine et l'Anjou sont fort élevés. (Voir 
Bulletin de M. de Gaumont, 1858, page 110.) 

11. COMMUNE DE CUNAULT-TRÊVES . 

Sur cette commune, en un lieu nommé Saint-Mâcé, 
extrêmement pittoresque, existent les ruines d'une 
chapelle et d'un prieuré bâtis au xii© siècle, par les 
soins de Fulcrade, seigneur de Trêves, au retour d'un 
pèlerinage en Terre-Sainte. Les murs de clôture de la 
cour sont de diverses époques et sur l'un on dislingue 



— 388 — 

le petit appareil avec assises de briques. Si cette mu- 
raille n'est pas gallo-romaine, elle en est du moins une 
imitation fort ancienne. 

13. COMMUNE DE GHENEHUTTE-LES-TUFFEAUX . 

Cette commune qui tire son nom des vastes carrières 
de tuf que Ton y exploite depuis plusieurs siècles, par 
galeries creusées horizontalement au pied du coteau, 
renferme un camp romain connu sous le nom de Che- 
nehutte. En face de ce camp, sous la Loire, existe un 
radier de pont qui partant de Chenehutte gagnait, au 
rapport des mariniers, l'Authion au point nommé Gué 
d'Arcis. Ce pont romain aura sans doute donné à la 
station Robrica son nom, car d'après M. de Matty on 
.trouve dans Robrica, Talliance hybride de Romanorum 
Brica^ pont des Romains ^ le mot celtique Brica signi- 
fiant pont. Cette station est placée par M. de Matty au 
gué d'Arcis, et par La Sauvagère, Robin et Bodin, au 
camp de Chenehutte. Ces deux opinions nous paraissent 
beaucoup plus vraisemblables que celles qui mettent 
cette station à Longue, à Beaufort et à Saint-Just-sur- 
Dive. 

Passons à la description du camp de Chenehutte ; il 
est situé sur la cime d'un coteau dont la base est bai- 
gnée par la Loire (rive gauche). Il domine le fleuve 
d'une hauteur d'au moins 35 mètres vers nord. Au 
sud-est, un ravin profond contourne la colline. Dans 
ce ravin coule un ruisseau qui décharge ses eaux dans 
la Loire. A l'ouest ce camp est défendu par une levée 
artificielle et polygonale. La hauteur de cette levée 



— 389 — 

varie entre 4 et 7 mètres ; sa plus grande largeur de 
base peut mesurer de 28 à 30 mètres et sa longueur 
est d'environ 250 mètres. Ce camp, à part les angles 
de sa levée, affecte une forme ovale dont la circonfé- 
rence a plus de 950 mètres. Sa largeur est de 240 et 
sa longueur de 370. Bodin en a donné le plan. C'était 
là un camp de la classe des stativa; il pouvait renfer- 
mer une demi-légion, c'est-à-dire près de trois mille 
hommes ; les habitants du lieu le nomment Châtelier. 

On y trouve des briques à rebords, des fragments de 
poteries vernissées, rouges, avec reliefs, puis des mon- 
naies du haut empire allant d'Auguste aux Antonins. 
Sur un des versants de celte station du côté sud^ nous 
vîmes en 4854, une agglomération de détritus d'osse- 
ments d'animaux qui provenaient sans doute du macel- 
lunif lieu où l'on abattait et distribuait les viandes. 

Nous aperçûmes aussi dans le même camp une ci- 
terne carrée enduite de ciment rose , qui venait d'être 
découverte. 

Au mois d'octobre 1856, on trouva un autre bassin 
celui-ci octogone^ ayant 1 m. 95 c. de diamètre. Il était 
encombré de tuiles tégulaires, d'une couche de charbon 
qui paraissait provenir de charpentes incendiées et enfin 
d'une seconde couche, celle-ci de blé carbonisé. 

« A une profondeur de m. 65 c. se rencontrait un 
j plafond en maçonnerie, au milieu duquel on voyait 

> un trou circulaire de m, 08 de diamètre qui for- 

> mait Vouverture d!un tuyau vertical. Cette ouverture 

> était fermée par une bonde en tuffeau... Au-dessous 
» du plafond se trouvait une masse de terre et de sable 
» grossier que nous enlevâmes pour parvenir au fond 



— 390 — 

» du bassin. Nous reconnûmes que le tuyau vertical 
» était en communication avec un second tuyau sortant 
è du bassin; ce second tuyau suivait une direction 
) oblique tendant à remonter & la surface du sol... il 
) se terminait à environ m. 30 au-dessous du sol 
)) au même niveau que le sommet du bassin. Il mesure 
» une longueur de 4 m. 60; son calibre est de m. 
) 10 de diamètre; il est creusé dans une maçonnerie 
) de tuffeau. Il n'a pas d'ouverture à son extrémité 
) supérieure, il est fermé par la maçonnerie. Un troi- 

> sième tuyau (terre cuite), ayant son ouverture à m. 
) 75 au-dessous de la partie supérieure du bassin, 

> mais au-dessus de son plafond intermédiaire, se pro- 

> longe en-dehors, dans une longueur de 4 m. 40; il 
» est également fermé à son extrémité, et se termine 
» comme le culot d'un creuset. Le bassin est construit 
» en emplecton et revêtu intérieurement d*un enduit 
» en mortier rouge. » 

(Voir Note de M. de Beauregard, Mém. de la Soc. 
d'agr., sciences et arts d'Anger^, 2© série, S^vol., 1857, 
page 52). 

Ce bassin n'aurait-il point été une cuve de pressoir 
au-dessus de laquelle aurait existé un grenier qui par 
suite d'incendie, aura laissé tomber son grain au fond 
de ce bassin ? 

Mais ceci n'explique pas l'usage du plafond intermé- 
diaire, ni du tuyau vertical, et encore moins des tuyaux 
inférieur et supérieur clos à leur extrémité. Il y a en 
tout cela comme un appareil distillatoire que nous ne 
comprenons pas, mais qui mérite d'attirer l'attention 
des savants. 



— 391 — 

Tout près de ce camp, à Fouest, en un endroit 
nommé les Sables, se trouvait, dit-on, la ville à' Or- 
vanne ou à'Orval; le fait est qu'on y rencontre beau- 
coup de cercueils monolithes, en pierre coquillière de 
Doué; ils ont tous Torient chrétien, et se rapportent 
sans doute à Fexistence d'une vieille église en ruine 
située sur le coteau, près d'un cimetière. Dans cette 
église se fait remarquer le petit appareil. Ces divers 
cercueils en pierre coquillière de Doué, nous autorisent 
à croire que dans cette ville, en existait une fabrique 
et que le commerce s'en étendait au loin. On préférait 
sans doute , cette pierre spongieuse plus propre que 
toute autre, à la conservation des ossements. 

Mais revenons à notre camp de Chenehutte. Au sud- 
est, Bodin a découvert une voie romaine sur 500 mètres 
de longueur qui se dirigeait vers Doué. Sa largeur était 
de 4 à 5 mètres, elle formait comme un chemin cou- 
vert pratiqué le long et au-dessous du camp sur le 
versant oriental du coteau. Cette voie est encore appa- 
rente en quelques endroits et soutenue çà et là par un 
mur rustique de 2 mètres de hauteur. La coupe de 
cette voie présentait de haut en bas : 4^ Des pavés non 
taillés ; 2» Une couche de tessons de briques ; S» De 
vieilles ferrailles; 4° Des ossements d'animaux; 5© Des 
mâchefers. 

En 1862, le Congrès visita ce lieu si plein d'intérêt. 

13. PAROISSE DU TOUREIL, BESSÉ, SAINT-MAUB. 

Ces trois lieux ne forment plus qu'une paroisse sur 
laquelle on remarque au Toureil , une ancienne tour 



— 892 -- 

dont le plan est un parallélogramme d'environ 17 mè- 
tres de long sur 14 de large. Les murs ont encore de 
hauteur 4 à 5 mètres. Une seule ouverture en plein 
cintre donne accès à Tintérieur. 

Les murs avant qu'ils aient été dépouillés de leurs 
parements, avaient environ 2 m. 1/2 d'épaisseur. Ces 
parements étaient en tuf blanc et encadraient un massif 
emplecton. Cet édifice porte le nom de tour de Galles. 
Ce nom vient-il de Turris GaUorum"! Quoi qu'il en soit 
sa construction est très-ancienne, mais je ne la crois 
pas romaine. Cette tour me semble être de la famille 
des tours carrées du X® siècle. (Voir page 281^ volume 
du congrès de Saumur) Au rapport de l'enquête de 
1856, il existait jadiis au Toureil quelques traces de voie 
romaine, allant de l'ouest à Test. 

Parmi les ruines de l'antique abbaye de Saint-Maur, 
lieu qui avant le vp siècle, se nommait Glannafoliumy 
il ne reste rien de cette époque de la fondation du 
plus ancien couvent bénédictin de France et rien non 
plus de l'ère gallo-romaine. 

14. PAROISSE DE SAINT-GEORGES DES SEPT-VOIES. DE 

SEPTEM vus (Huynes, page 38). 

Sur cette paroisse, en un lieu nommé la Croix- 
rouge, on a découvert au rapport de M. Poidevin, 
maire du lieu, un certain nombre de briques à rebord. 
Non loin de là à l'endroit appelé VOrbière, on trouve 
des squelettes inhumés dans des fosses taillées au fond 
d'un banc horizontal de pierre de tuf. Parmi ces fosses 
les plus nombreuses ont l'orient chrétien, les autres 



— 398 — 

vont du nord au sud la tête au nord. Des ardoises brutes 
d'une pâte fort bleue recouvrent quelques fosses dont 
Tune renfermait deux corps. La tête des cadavres 
(orientation chrétienne) se dressait comme pour regar- 
der l'orient. 

Près de ce vieux cimetière, se voit une cave dont la 
voûte est taillée en coupole semi-sphérique dans le 
rocher même; on y remarque un puits. Cette cave a 
4 m. 60 c. de diamètre de l'est à l'ouest, et 4 m. 90 
du nord au sud. Ne serait-ce point une très ancienne 
église ou chapelle? Beaucoup de villageois demeurent 
encore dans des caves, mais aucune ne ressemble à 
celle-ci; du reste, toute tradition est perdue sur cette 
chapelle et sur le cimetière qui pourraient bien dater 
du v® siècle (1). L'orientation barbare et l'orientation 
chrétienne se mêlaient souvent à cette époque, où 
plusieurs cultes étaient en présence; exemple : les 
cercueils de plomb trouvés à la gare d'Angers et les 

(1 ) Il se pourrait que ce lieu de sépulture en pleine campayne, ait 
été un cimetière central, comme il en existait « lorsque la propriété 
» rurale était encore organisée à la romaine , c'est-à-dire lorsque le 
» sol était divisé en domaines sur lesquels étaient disséminées les 
» habitations des cultivateurs. Alors qu'il n'y avait pas à proprement 

• parler de villages, les cimetières, dit M. J. Quicherat, étaient éta- 

» blis en pleine campagne pour les besoins de toute une circons- 

» cription de pays... Cet état de choses a changé dans le cours des 

• vm*' et ix« siècles. » [Jievue des Sociétés savantes y page 183, août 
1859.) Le nom de TOrbière que porte ce lieu de sépulture pouvant 
provenir du latin Orbis, semble confirmer nos conjectures. (Sepiem 
vium, voir sur ce mot, page 87 , Congrès arch. de France , xxvn^ 
session, séances tenues à Dunl^erque, en 18Ç0. — Paris 1861.) 



— 894 — 

sépultures découvertes dans la commune de Saint- 
Mathurin au lieu nommé le Chardonnef. 

Les fosses dé rObrière sont généralement moins 
larges aux pieds qu'à la tête ; les unes sont à fleur de 
sol et les autres à 1 m. 20 c. de profondeur. 

15. COMMUNE DE SAINT-CYR-EN-BOURG. 

M. Courtiller, conseiller à la Cour impériale d'An- 
gers, nous a assuré que sur cette commune, avaient 
été trouvés depuis 4830, en transportant les terres du 
cimetière, des médailles romaines et des fragments 
d'idoles, notamment une statuette de Vénus entière- 
ment nue. Le plus curieux en tout cela, était que le 
cimetière chrétien recouvrait tous ces restes du paga- 
nisme. D'après l'enquête de 4856 existeraient sur la 
butte de Saumoussay les traces d'un camp romain. 
Quoi qu'il en soit, on y a découvert des briques à re- 
bords, un puits, des pièces de Constantin, des tombes 
en auges. Parmi celles-ci, les unes présentaient à l'in- 
térieur du côté de la tête, un creux sphérique. Quand 
elles avaient cette sorte d'oreiller concave, il était rare 
qu'on ne trouvât pas un vase de terre plein de char- 
bon. C'est là un genre d'inhumation chrétienne. 

46. COMMUNE DE SAINT-JUST-SUR-DIVE. 

Suivant Bodin, existait dans cette commune, à l'angle 
formé par le Thouet et la Dive, une ville nommée 
Lezon ou Lezan qu'il présume avoir été détruite ainsi 
que la ville d'Orvanne près du camp de Chenehutte, 



— 395 — 

soit par les Francs au v* siècle, soit par les Normands 
au ixe. Une partie du terrain que Lezon occupait se 
nomme la Haute-voie. Ce lieu est fertile en objets 
gallo-romains : médailles d'or, d'argent et de bronze 
allant d'Auguste à Constantin. On y a trouvé des débris 
de meules à bras en lave d'Italie ou d'Auvergne, des 
vases de terre rouge, une amphore, le pied d'un vase 
en fer fondu, deux creusets brisés, des matières vitri- 
fiées, un tronfon de colonne en pierre silico-calcaire, 
orné de feuilles d'eau, sculptées et servant aujourd'hui 
de bénitier dans l'église de Saint-Just. 

J'ajoute à cette énumération celle des objets suivants, 
classés par M. A. Courtiller, dans une note, page 347 
du tome 2 des Mémoijres de la Société d'agriculture, 
sdences et arts d'Angers : un phallus^ des compas, 
pioches, scies, ciseaux, gouges, haches en fer, des 
vases en bronze, en terre, un plat eu cuivre renfermant 
80 pièces de bronze; un magnifique tuba en cuivre, 
dont une partie rentrait dans l'autre à volonté, comme 
dans le trombonne ; une clef en fer , un tire-ligne, un 
instrument aratoire; tous objets du plus haut intérêt 
déposés au musée de Saumur, qui compte encore les 
suivants trouvés au même lieu : 

Objets en verre. — Un gobelet; une urne cubique 
avec large orifice rond; une bouteille; un biberon 
trouvé au fond d'un tombeau et semblable à celui que 
Ton voit au musée des antiquités d'Angers, lequel a 
été découvert dans notre cimetière gallo-romain de Ju- 
liomagus ; un fragment de vase orné de côtes convexes. 

Lezon a fourni plusieurs échantillons de sépultures 
incinérées comme celle que je vais décrire et qui se 



— 396 — 

compose : 1® d'un phtean rond et Icgërement convexe 
en argile grossière ; 9» d'nne orne noire et yemissée. 
Le plateau crenx à l'intérieur est renversé sens-dessus- 
dessous, comme pour servir de base à Fume cinéraire 
qui repose sur le milieu de sa partie convexe. On a 
eu le bon esprit de conserver cette disposition au 
musée de Saumur. L'église de Saint-Just a dans sa 
construction quelques murs imbriqués et l'on rencontre 
souvent à l'entour des cercueils en pierre coquilliére. 

17. COMMUNE DE VIHIERS. 

D'après M. Tristan-Martin, il y aurait sur cette com- 
mune trace d'une voie romaine allant de La Tour- 
Landry à Doué, dans la direction de l'ouest à l'est. 

18. COMMUNE DE SOUZAY. 

On y a trouvé des pièces romaines. (Voir carte de 
M. Raimbault.) 

19. COMMUNE DE MONTSOREAU. 

Pièces romaines. (Carte, idem.) 

20. COMMUNE DE BREZÉ. 

Vases et pièces romaines trouvées au lieu appelé 
la Rivière-Marteau. Ces objets sont présentement au 
château de Brezé. {Rép. Arch., n^ de mai 1863, page 
324.) 

21. COMMUNE d'EPIEDS. 

Pièces romaines. (Carte, idem.) 

22. COMMUNE DES ROSIERS. 

Pièces romaines. (Carte, idem) 



— 397 — 

ARRONDISSEMENT DE SE6RÉ. 

Des traces gallo-romaines ont été constatées, savoir : 
1^ sur la commune de Châtelais; 2^ de la Ferriére; 
30 de Louvaines; ¥ de Marigné; 5^ du Lion-d'Angers; 
6<> de Chambellay; ?<> de Candé; 8<> de Brissarthe. 

1. COMMUNE DE CHATELAIS. 

U Anjou et ses monuments est le premier ouvrage 
qui ait fait connaître les ruines gallo-romaines et 
féodales de Châtelais. On trouve dans ce bourg une 
grande quantité de briques à rebords et des noyaux de 
murailles en emplecton. D'un autre côté, M. Béraud a 
remarqué au nord de Châtelais une chaussée étroite 
et élevée n'ayant aucune analogie avec nos chemins 
modernes. (Mém. delà Soc. d'agr., sciences et arts d'An- 
gers, 1853, page 46.) Le dit chemin était parsemé de 
gros blocs de pierre. 

D'Angers à Rennes en passant par le Lion^ la Jaillette, 
Louvaines et la Perrière ^ la voie romaine était assez 
directe; Châtelais se trouve sur cette route. Aussi 
M. Boreau dans un article faisant partie des Mém. de la 
Soc. d'agr., sciences et arts d'Angers, page 43, année 
4853, place- t-il la station Combaristum^ à Châtelais 
et non pas à Combrée ; il se fonde d'abord sur le calcul 
des distances que donne la table de Peutinger et en- 
suite sur le nom de la forêt A' Ombrée ^ diminutif de 
Combrée y forêt qui avoisine Châtelais. Il est remar- 
quable d'ailleurs que l'on n'a jamais remarqué d'anti- 
quités romaines à Combrée. 



— S98 — 

c La concordance , dit M. Boreau , des disUmces in- 

> diquées et des constructions antiques, nous persuade 

> que Cbâtelais a pris la place de l'ancien Combarisium. 

> Rien de plus ordinaire que ces changements de nooi 
f au moyen-âge. Lorsqu'une forteresse s'élevait sur 

> les ruines d'un monument antique, elle prenait le 

> nom de Castrum novum, CasteUum^ Châteauneuf^ 
h ChâHUoriy Chatellier, Châtelais.... Mais le nom de 
» Combaristum ne s'eflFaça pourtant pas entièrement. 
» Il resta attaché à la vaste forêt qui avoisinait la sta- 
» tion et qui jusqu'ici a toujours été nommée forêt, de 

> Cambrée ou par corruption forêt d'Ombrée; etlorsque 
» plus tard, un bourg vint s'établir à l'extrémité mé- 
» ridionale de celte forêt, il emprunta naturellement 
» son nom aux bois à l'ombre desquels il avait abrité 
» son clocher; il devint le bourg de Gombrée. » 

Une chose nous embarrasse dans ce système, c'est 
que le Conbaristum de la carte de Peutinger s'écrit 
par une n ; et nous ne voyons pas bien , comment le 
nom de forêt de Gombrée ou d'Ombrée pourrait en dé- 
river. M. de Matty fait venir Gombrée de Contra ombrea, 
contre la forêt d'Ombrée; ce qui ne l'empêche pas de 
placer la station Conbamtum à Candé. 

2. COMMUNE DE LA PERRIÈRE. 

On y trouve, au rapport de l'enquête de 1856, des 
encaissements de gros pavés qui ne peuvent avoir ap- 
partenu qu'à une voie antique. 

H. COMMUNE DE LOU VAINES. 

De semblables traces ont été rencontrées sur cette 
commune. 



— 399 — 

4. COMMUNE DE MARIGMÉ. 

On y trouve de gros tas de mâchefers, résidus de 
forges gallo-romaines (i). Dans le Maine de pareilles 
découvertes ont eu lieu. € De toutes parts (dit Tabbé 

> Voisin dans son premier volume des Génomans, 
» page 23) et plus particulièrement dans le voisinage 
» des routes fréquentées, on remarque des vestiges de 
]» forges à bras, et toutes les anciennes voies elles- 

> mêmes paraissent avoir été encaissées en scories de 
» fer. j 

Et ailleurs, page 59 : « Les mottes formées de sco- 
» ries, laissent découvrir sur la paroisse de la Bazoge, 
» de nombreux fragments de poteries romaines et de 
» médailles des empereurs, i^ 

5. COMMUNE DU LION-d'aNGERS . 

L'étymologie de ce nom Legio que Ton trouve dans 
les anciennes chartes et notamment dans un titre im- 
primé par Hiret, page 240 de ses Antiquités d'Anjou, 
prouve que ce lieu remonte à Tère gallo-romaine. 

Le Lion-d'Ângers dans la dite charte, est qualifié de 
Viens : in vico qui Legio nuncupatur. Page 214. 

J'ai lu quelque part (2) , que jadis avait existé au 

(i) Ce genre de forges était connu des Romains, sous le nom de 
magnœ ferrnriœ^ v. p. 136, t. V, Mém. de la Soc. des antiquaires 
de l'Ouest. 

(2) Robin qui écrivait à la fin du KVUP siècle, dit : a Les Romains 
» avaient un camp au confluent de la Mayenne avec TOudon ; cette 

* situation ne dut pas leur paraître indifférente yis*à-yis des Bretons 
» et des Cénomans qu'ils devaient contenir : il est tout vraisemblable 

* que c'est ce qui a donné naissance au Lion d'Angers, d'abord 



— 400 — 

Bec de FOudan à la pointe formée par cette rivière et 
la Mayenne y un camp romain. Ce camp qui n'a laissé 
malheureusement aucune trace, aura sans doute donné 
le nom de Lion^d' Angers, Legio Andinay à la petite ville 
qui le porte encore et qui possède une très-ancienne 
église où l'on remarque le petit appareil dans le mur 
eiEtérieur du nord. 

Un glaive romain aujourd'hui déposé au musée des 
antiquités d'Angers, fut trouvé au fond de l'Oudon entre 
deux vieilles piles, lors de la construction du pont ac- 
tuel. 

6. COMMUNE DE CHAMBELLÂY. 

Sur deux mamelons situés entre le bourg de Cham- 
bellay et le château des Aillets, Ton rencontre à fleur 
de terre, beaucoup de briques à rebords, des fragments* 
de marbres étrangers , des tessons de vases en terre 
rouge et noire. Ces restes se trouvent sur une étendue 
d'environ trois hectares ; l'emplacement qu'ils occupent 
se nomme les Hauts-Châteaux. 

7. COMMUNE DE CANDÉ. 

Nous lisons dans le Dictionnaire interprète manuel, 
Paris, Lacombe, 1777, ce qui suit : 

« Condate Andegavorum ou Condate ad Mandiam; 
» Candé, petite ville d'Anjou sur les frontières du 

» appelé Légion d'Angers , Legio Andina. On y voit encore des 
i> restes de fortifications de ce côté-ci, où la ville est située ; une 
• tradition constante nous assure que le plus considérable de la ville 
» était autrefois de Tautre côté du pont , au confluent des deux ri- 
» vières où il n*y a plus que des masures. » (V. Nos origines, t. II, 
p. 97.) — En 1087, incendie du Lion-d*Ângers« Roger, p. 120. 



— 401 — 

> comté nantais, au confluent de la Mandie dans TEr- 
» dre. > 

Ce nom de Candé est d'origine latine; d'après Mé- 
nage il vient du latin condere ; € c'est-à-dire se cacher, 
1^ à cause que (l'un des deux cours d'eau) se cache 
» dans l'autre et qu'il s'y perd. » Voir le Sablé de 
Ménage, page 230. 

8. COMMUNE DE BRISSARTHE. 

11 y avait une voie romaine du Mans à Nantes en pas- 
sant par Brissarthe et allant du nord-est au sud-ouest. 
« Les Bretons et les Scandinaves, (dit l'abbé Voisin, 

> page 49 de ses Génomans, tome l®'"), qui avaient laissé 
]» leurs vaisseaux dans la Loire, viennent en 836 assié- 

> ger et piller la ville du Mans; ils prennent en se 
ï retirant le chemin de Brissarthe, lieu qui fut témoin 
B de leur défaite et de la mort du valeureux Robert. 

> Il n'est personne, continue le même auteur, qui 

> ne connaisse le voyage que Charles VI faisait sur 

> cette route lorsqu'il fut pris d'une attaque de frénésie 

> près d'Alonne (Maine). Une charte de Foulques, 
» comte d'Anjou^ vers l'an 1098, porte ces mots: SiciU 

> dividit revulus Mulgipit usque ad viam Cenomanen- 
) sem. » 

CONCLUSION. 

En résumé, nous avons constaté dans le département 
de Maine et Loire, quatre-vingt sept lieux gallo-romains. 
Assurément d'autres seront découverts, et- il ne faut 
pas s'en étonner, car s'il est une vérité aujourd'hui re- 
connue, c'est bien ce fait 'remarquable que les Gaules 
ont été très-peuplées. Déjà les numismates s'en étaient 

R£P. ARC. 29 



— 40Î — 

aperçus au moyen du grand nombre de noms d'an- 
ciennes villes et villas que les triens ont révélés. 

Maintenant que nous sommes en possession de ces 
quatre-vingt sept lieux gallo-romains, dûment constatés, 
il nous reste à rechercher les voies et routes qui en 
facilitaient la cgmmunication, car elles ont nécessaire- 
ment existé. Cette méthode a posteriori nous semble la 
meilleure. Mais établissons d'abord que l'un de nos 
plus anciens documents sur la topographie des Gaules 
est la carte de Peutinger. 

Elle porte le nom de ce savant, parce que découverte 
à Spire vers 1500, elle lui fut léguée pour qu'il la 
publiât, ce qui pourtant n'eut lieu qu'en 1598, après 
sa mort. 

Scheyb l'a réimprimée à Vienne en 4753. Bien que 
M. Fortia d'Urban en 4845 ait donné une nouvelle 
édition de cette table, celle de Scheyb n'en reste pas 
moins remarquable. 

Elle se compose de douze segments détachés, de 
manière à pouvoir être placés les uns à la suite des 
autres. 

Le segment n^ l^r renferme nos quatre positions 
gallo-romaines angevines les plus anciennes, savoir ; 
Juliomago, puis à Test Robrica, à l'ouest Conbaristum, 
et au sud-ouest Segora. 

Ces positions dans la table de Peutinger, se trouvent 
toutes sur la rive gauche de la Loire, tandis que s'il 
est vrai que Juliomago soit Angers, comme nous n'en 
doutons pas, et que Conbaristum soit Combrée, ce 
qui nous paraît fort incertaid, ces deux dernières posi- 
tions devraient être placées sur la rive droite. 11 en est 



— 408 — 

ainsi de beaucoup d'autres villes et villas^ ce qui prouve 
que Tauteur inconnu de cette table, a moins eu le 
dessein de faire un travail géographique que celui de 
dresser une carte routière ou postale des distances, qui 
sont toutes partiellement indiquées en chiffres romains 
d'une étape à l'autre . Il suffit de jeter les yeux sur 
r ensemble de cette table pour voir qu'elle n'est qu'un 
ruban ou plutôt' qu'une litre allongée d'orient en oc- 
cident et qu'elle ne tient compte d'aucunes proportions 
du nord au sud et fort peu de l'est à l'ouest. Dans 
cette table également appelée Théodosienne y l'on ne 
s'est évidemment préoccupé, je le répète, que des dis- 
tances en chiffres et d'une approximative orientation , 
sans prendre beaucoup garde, autrement que pour 
mémoire, à la distribution des mers, fleuves et rivières. 
On serait tenté de croire qu'elle aurait été dressée 
comme on trace un plan à vue d'œil et sur lequel on 
place des cotes provisoires qui, plus tard, pourront 
servir à mettre en rapport les chiffres avec les lignes. 

Malgré ses imperfections , cette carte de l'Empire 
romain est le monument le plus précieux sur lequel 
nous puissions faire quelques fondements pour noire 
géographie angevine. On croit qu'elle fut exécutée à 
Conslantinople vers l'an 393 sous Théodose le Grand , 
ou encore vers 435 du temps de Théodose IL Peut-être 
même est-elle plus ancienne; quelques auteurs sont 
disposés à le croire. 

Indépendamment de nos quatre positions gallo- 
romaines précitées, nous remarquons sur cette carte, 
pour ce qui concerne l'Anjou, le tracé de trois voies 
principales^ ce qui n'implique pas qu'il n'y en ait point 



— 404 — 

eu davantage; l'une part de Juliomago et se dirige au 
sud-ouest vers Segoray pour ensuite gagner de Test à 
Touest, Portu namnetu (Nantes) ; l'autre part également 
de Juliomago et va se dirigeant de l'est à l'ouest à 
Conbaristum pour ensuite par Sipia gagner Cmidate 
(Rennes); la troisième part toujours de Juliomago et 
va se dirigeant vers Robrica de l'ouest à l'est, pour 
ensuite gagner Casaroduno (Tours). 

Cette carte combinée avec l'Itinéraire d'Antonin, a 
servi de base à tous les systèmes de topographie gallo- 
romaine et angevine que nous allons exposer. 

Station Robrica. 

Danville, Reicbard et Lapie placent cette station à 
Longué\ Walckenaer et de Cauraont à Beaufort; La 
Sauvagère et Bodin à Chenehutte; M. Boreau à Bagneux 
près de Saumur; M. Joly, à Saumur même et M. Bo- 
reau se rend à cette opinion (Voir Mém. de la Soc. 
Acad. de Maine et Loire, 9® vol., page 44.); M. de Matty, 
au Guéd'Arcis. 

Station Conbaristum. 

MM. Bodin e1 de Beaur égard placent cette station à 

Combrée; M. Boreau^ à Chatelais; M. de Matty, à 

Candé. 

Station Segora. 

Walckenaer place cette station à Segré ; La Sauva- 
gère, Robin et de Caumont à Doué; Bodin successive- 
ment à Montreuil-Bellay , à Lezon ou Saint-Just-sur- 
Dive, et enfin à la Segourie, commune du Fief-Sauvin ; 
MM. Tristan-Martin, Desvaux, Chanlouineau , de Beau- 
regard et Faye à la Segourie; MM. Dupin et de la Fon- 



— 405 — 

tenelle à Secondigny; M. Aude, à Sigournai; M. Isidore 
Massé, à Mortagne; D. Fonteneau, à Airvault; Sanson, 
Danville et l'abbé Bellay, à Bressuire; Mgr Cousseau et 
M. Touchard, à Faye-l'Abbesse; M. de Matty voit quel- 
que probabilité de la placer à Breuil- Chaussée. 

Quant aux voies romaines, il faut constater d'abord 
que celles d'Angers à Subdinnum (le Mans), d'Angers à 
Jùblains et d'Angers à Lemuno (Poitiers), ne sont point 
marquées sur la carte de Peutinger. 

Passons en revue les diverses opinions qui ont été 
émises sur toutes ces voies. 

i . Voie d'Angers à Tùurs , ou de Juliomago à Casaro- 
duno. (Casaroduno est pour CœsarodunOy dans la 
table de Peutinger.) 

Suivant La Sauvagère, la voie d'Angers à Tours tra- 
versait la Loire aux Ponts-de-Cé, se rendait à Juigné- 
sur-Loire, à Gennes, puis à Chenehutte où elle traver- 
sait de nouveau la Loire pour gagner Vivy , AUonnes, 
Bourgueil, etc, etc. 

Selon Bodin, la même vpie allait d'Angers à Saint- 
Barthélémy, à Andard, à Corné, à Mazé, à Beaufort, 
où elle se bifurquait pour se rendre d'une part à Lon- 
gue, à Brain-sur-Allonnes, à Bourgueil; et d'au ire part, 
aux lieux dits la Grande-Boire, la Touche-Bruneau , 
Fourcelles, Gué-d'Arcis, Vivy, AUonnes et Bourgueil où 
cessait la bifurcation. 

D'après M. de Matty, qui place Juliomagus (même 
que Juliomago), au camp de Frémur, la voie romaine 
de Juliomagus à Casaroduno passait au-dessus de Sainte- 
Gemme-sur-Loire, au-dessus de Sorges, traversait Tre- 



— 406 — 

lazé, Andard, Corné, Mazé, Beaufort, le Gué d'Arcis, 
Vivy, Allonnes, Bourgueil, etc., etc. 

2. Voie d'Angers à Rennes oic de Juliomago à Condate. 

Bodin trace la voie romaine d'Angers à Rennes par 
lef Lion-d'Angers et Corabrée. 

M. de Matty dirige la voie romaine de Juliomagus, 
c'est-à-dire de Frémur à Rennes, par Bouchemaine et 
Candé où il place Conbaristum. Il admet concurrem- 
ment une voie secondaire d'Andecavi à Rennes par le 
Lion-d'Angers, la Jaillette, Louvaines, Saint-Aubin-du- 
Pavoil et Châtelais; M. Biseul fait passer la voie d'An- 
gers à Rennes par le Lion-d'Angers, la Jaillette, Châ- 
telais, la Guerche, Viseiches et Venefles. 

3. Voie d'Angers à Nantes ou de Juliomago à 

Portu namnetu. 

M. de Matty paraît admettre que la voie romaine de 
Juliomago (pour lui Frémur) à Nantes, passait par 
Mûrs et le Fief-Sau vin . La direction de cette voie laisse 
encore beaucoup à désirer. 

Bien que la carte de Peutinger ait oublié les voies 
romaines qui allaient nécessairement d'Angers à Poi- 
tiers; d'Angers au Mans et d'Angers à Jublains, il est 
bon d'en rechercher les traces. 

4. Voie d'Angers à Poitiers ou de Juliomago à Lemuno. 

Selon Bodin, la voie romaine d'Angers à Poitiers tra- 
versait les Ponts-de-Cé, puis Juigné-sur-Loire où elle 
se bifurquait; l'une des branches (sa principale), se 
rendait par Brissac à Doué, à Montreuil-Bellay, etc. 
L'autre branche voisine de la Loire (rive gauche), pas- 



- 407 ^ 

sait au dessus du coteau par Saint-Jean-des-Mauvrets, 
Saint-Saturnin, puis sur les hauteurs du Toureil et de 
Bessé, gagnait Gennes et Chenehutte, d'où elle allait 
rejoindre la première branche à Doué. 

M. de Matty, toujours en partant de Juliomagus, 
pour lui Frëmur, admet une voie se dirigeant vers 
Poitiers, par Saint- Jean-de-la-Croix, Mûrs, N.-D. d'A- 
lençon. Doué, etc. 

D'après M. Je la Fontenelle, cette voie communiquait 
avec le Poitou par Doué, les Verchers, Passavant et 
Cléré; d'après M. Gaillard de Neuville, Guillaume de 
Lisle et J.-B. Nolin, par Doué, Brossay, Monlreuil- 
Bellay et Antoigné; selon d'autres, par Doué et le Puy- 
Notre-Dame. 

5. Yoie d Angers au Mans ou de Juliomago à 

Suhdinnum. 

Selon M. l'abbé Voisin, dans ses Cénomans, t. l^r, 
page 50, la voie d'Angers au Mans passait près de 
Suette et Marcé, traversait la forêt de Ghambiers, allait 
au château de Miré, à la Rairie, au Gué-de-l' Arche , 
longeait le camp romain de Gré, etc. 

6. Yoie d'Angers à Jublains. 

Suivant M. l'abbé Voisin également, une voie romaine 
conduisait d'Angers à Jublains en traversant le pont 
des Angevinières sur la Vaige. (Page 79.) 

Indépendamment de ces six voies qui partaient d'An- 
gers, quelques auteurs en présentent d'autres qui pas- 
saient sur notre déparlement. M. de Matty admet une 
voie du Mans à Poitiers, qui allant du nord au sud, 
traversait le Gué-d'Arcis près de Vivy. Mais d'après 



— 408 — 

M. Tabbé Voisin, page 50 de ses Cénomans, t. i®»', la 
voie du Mans à Poitiers passait prés de Pontvallin, 
près du Lude, et gagnait Candes-sur-Loire , Loudun et 
Poitiers. Cela étant, cette voie devait traverser dans le 
département de Maine et Loire les communes de Chi- 
gné, Denezé, Auverse, Linières-Bouton, Vernoil-le-Fou- 
rier, la Breille, Brain-sur-AUonnes, et Varennes-sous- 
Montsoreau, dans la direction du nord au sud. 

M. de Matty admet le tracé d'une voie romaine d' An- 
dard (1) à Poitiers, par la Bohalle, Blaison, Coutures, 
Chemellier, Louerre, Rochemenier, Doué, etc. 

A son sens cette voie aurait été celle que suivit 
Dumnacus, lors de sa défaite par les Romains, défaite 
qui se serait effectuée vis-à-vis et au sud d'Andard. La 
nouvelle carte des Gaules sous le proconsulat de César 
dressée en 1860, d'après les ordres de S. M. l'Empe- 
reur, rejette cette situation de la bataille. 

M. Faye sur sa carte concernant Segora, admet une 
voie romaine de Nantes à Poitiers, en passant dans 
Maine et Loire, par le Fief-Sauvin, la Chapelle-du- 
Genêt, Andrezé, Le May, Trémentines, où elle se bifur- 
quait; l'une des branches allait dans le Poitou par 
Nuaillé, Tout-le-Monde, La Crilloire, Yzernay, Les 
Eçhaubraignes , etc., etc. ; l'autre branche s'y rendait 
par Vezins, Chanteloup, La Plaine et Somloire. 

Tel est l'inventaire succinct des voies romaines plus 
ou moins bien constatées, jusqu'à ce jour, sur le 
département de Maine et Loire. 

Ceci posé, qu'à notre tour, il nous soit permis de 

(1) Andard à onze kil. d'Angers. Pour M. de Matty, Andard fut 
chef-lieu des Andes au temps de Jules César. 



- 409 - 

nous livrer aux diverses conjectures que vont susciter 
les quatre-vingt sept points gallo-romains par nous éta- 
blis. Ils sont comme autant d'amorces qui nous indi- 
queront le passage des voies par tels et tels lieux. 

1 . Voie d'Angers à fours. 

Au moyen de nos amorces, il est pour nous incon- 
testable que cette voie, suivant la rive droite de la 
Loire, traversait de Touest à Test Saint-Barthélémy, 
Andard, Corné, Mazé, Saint-Pierre-du-Lac, Beaufort, 
les Marais de Chape, le Gué-d'Arcis, Vivy, AUonnes. 
Puis celte voie entrait en Touraine par Bourgueil. 

L'on se rendait aussi d'Angers à Tours, sur la rive 
gauche de la Loire par les Ponts-de-Cé et Juigné , par 
les hauteurs de Saint- Remy-la-Varenne et du Toureil, 
par Gennes, Trêves et Chenehutte-les-Tuffeaux où se 
trouvent les restes d'un camp en face duquel l'on re- 
tombait dans la voie de la rive droite, au moyen d'un 
pont entre Chenehutte, Saint-Martin-de-la-Place et le 
Gué-d'Arcis. 

Nos amorces nous font aussi connaître que l'on allait 
d'Angers à Tours par Andard , Mazé , Gée, Brion , La 
Lande-Chasle, Mouliherne, Breil, Rillé, etc. 

2. Voie d'Angers à Rennes, 

Nos amorces nous prouvent que l'on se rendait d'An- 
gers à Rennes, par le Lion-d'Angers, Louvaines, La 
Ferriére et Châtelais. Elles nous montrent également 
que l'on s'y rendait par le camp de Frémur, Bouche- 
' roaine, Saint-Jean-de-Linières , la Pouèze, Angrie et 

Candé. 

3. Voie d^ Angers à Nantes. 

On traversait le camp de Frémur, l'ancien pont de 



— 410 — 

Boucbemaine, puis la commune d'Épiré, Savennières, 
La Possonnière ei Ingrandes, plus tard limite de la 
Bretagne et de TAnjou. On se rendait également à 
Nantes en traversant la Loire sur l'un ou l'autre des 
trois radiers dont quelques traces existent encore sous 
le fleuve , entre Sainte-Gemmes et la pointe méridio- 
nale du triangle de Frémur; on gagnait ensuite Mûrs, 
Chalonnes, Saint-Laurent-de-la-Plaine, Sainte-Christine, 
le Fief-Sauvin et la Chaussaire. Une troisième voie pou- 
vait y conduire aussi en côtoyant la rive gauche de 
la Loire par Chalonnes, Saint-Florent-le-Vie'il et Champ- 
toceaux. 

4. Voie d'Angers à Poitiers. 

On s'y rendait par les Ponts-de-Cé, Juigné-sur-Loire, 
N.-D. d'AUençon, Doué, Douces, etc., etc. (1), et encore 
par les hauteurs de Saint-Rémy-la-Varenne et du Tou- 
reil, par Gennes, Trêves et Chenehutte. De là, on pou- 
vait y allait par Forges et Doué , ou encore par les 
hauteurs de Sainte-Hilaire, par Distré et Saint-Just- 
sur-Dive. De Saint-Just on pouvait aussi gagner la Tou- 
raine par Saint-Cyr-en-Bourg et Candes. 

5. Voie d'Angers au Mans. 

Nous admettons le tracé de M. Tabbé Voisin, pré- 
cédemment cité. 

6. Voie d'Angers à Jublains. 
Idem. 

(i) Ces lignes étaient écrites, lorsqu'on nous signala Texistence 
d'une partie de cette voie à un kilom. de Douces, près du moulin 
de Fierbois. De là elle se rend vers sud-ast par un endroit nommé 
la Levée et se perd en côtoyant le bois de Fosse-Sèche du côté de 
la Madeleine et de Saint-Hilaire-le-Doyen, vers Montreuil-Bellay. 

(Renseignements de MM. Thomas.) 



— 411 — 

Voies partielles dans F arrondissement de Cholet. 

La voie de Nantes à Poitiers passait au sud-ouest de 
Maine et Loire, arrondissement de Cholet, par la Chaus- 
saire, La Segourie, la Chapelle-du-Genêt, Andrezé, Le 
May ; là elle se bifurquait, pour sa principale branche 
aller par Nuaillé, Tout-le-Monde, Yzernay, les Échau- 
broignes etc., etc.; la seconde branche se rendait à Poi- 
tiers par Trementines, Vezins , Chanteloup, la Plaine 
et Somloire; ces deux branches se réunissaient en 
dehors de Maine et Loire à Faye-rAbbesse. 

On trouve encore dans l'arrondissement de Cholet, 
traces de deux voies qui de la Segourie se rendaient 
dans le département de la Vendée, Tune vers sud-ouest 
par Geste , Tilliers et Saint-Crespin ; l'autre du nord 
au sud, par la Blouère, Ville-Dieu, la Renaudière, 
Roussay et le Longeron. 

Dans le même arrondissement, des traces d'une voie 
se remarquent également de l'ouest à l'est, par Tre- 
mentines, Vezins, Vihiers et Doué. 

Voies partielles dans l'arrondissement de Baugé. 

Nos amorces nous prouvent qu'une voie dans l'ar- 
rondissement de Baugé partait de Beauvau et traversait 
du nord au sud, Saint-Georges-des-Bois , pour tomber 
sur Saint-Pierre-du-Lac près de Beaufort. Cette voie 
partielle à son extrémité nord gagnait la voie d'An- 
gers au Mans et à son extrémité sud, la voie d'Angers 
à Tours. 

Dans le même arrondissement de Baugé, une voie 
partielle descendait du nord au sud par Vaulandry, 
Saint-Martin d'Arcé, la Lande-Chasle, Vivy, et pouvait 



— 412 — 

mettre en communication la partie méridionale des 
Cénomans avec la Loire. 

Voie partielle dans F arrondissement de Segré. 

Dans l'arrondissement de Segré, une voie partielle 
entrait de Maine et Loire dans la Mayenne par le Lion- 
d'Angers, Charabellay et Marigné. 

Telles sont en résumé les directions que l'on peut 
déduire de la position de nos amorces. Ces directions 
ne doivent pas être les seules; lorsqu'il s'en décou- 
vrira de nouvelles > nous ne manquerons point de les 
enregistrer. 

Ayant bien déterminé, à notre sens, la position de 
Juliomagus à Angers même, et non pas en Frémur, il 
ne nous reste plus qu'à discuter la situation des trois 
stations de la carte de Peutinger, savoir : Segora^ Cofiba- 
ristum et Robrica. 

Ségora. 

En jetant les yeux sur la table de Peutinger, nous 
trouvons Segora situé dans la direction du sud-ouest, 
par rapport à Juliomagus, nous trouvons encore que 
de Segora à Portu namnetu y la direction va en ligne 
droite de l'est à l'ouest; or si nous regardons entr'elles 
les positions actuelles d'Angers, de Nantes et. de la 
Segourie, nous verrons que ce dernier point coïncide 
très-bien avec celui de Segora; ajoutons que l'analogie 
qui existe entre le nom de Segourie et celui de Segora 
est évidente; joignons à tout ceci, la découverte des 
ruines romaines, faites à la Segourie, puis le calcul 
des distances fait par MM. Tristan-Martin et Faye, et 
tout le monde sera contraint d'avouer qu'il faut aller 



— 413 — 

chercher désormais Tancienne station Segora à la Sé- 

gourie. 

Conharistum. 

Nous avons vu précédemment que Bodin a placé la 
station Conbaristum à Combrée d'après l'analogie des 
deux noms, mais comme l'on n'a jamais trouvé de trace 
d'occupation romaine en cet endroit, il s'ensuit que le 
doute est permis. 

M. de Matty place Conbaristum à Candé, comme 
s'accordant mieux avec les distances de la table Théo- 
dosienne et les restes d'une voie romaine allant dans 
le sens de l'est à l'ouest. 

Cette voie romaine aurait atteint Candé, en traver- 
sant la rivière à Bouchemaine, puis en passant par un 
lieu dit la Chaussée et par Pontron. 

M. de Matty ne répugne pas à rapprocher l'étymo- 
logie qu'il donne à Candé, Condaristum, Cauderistum, 
Candaiiscum , de celle de Conbaristum; mais est-il 
bien assuré de la valeur de son étymologie? On peut 
en douter devant le vrai nom latin de Candé qui était 
Condate Andegavorum^ comme nous l'avons vu plus 
haut. 

Quoi qu'il en soit, la position de Conbaristum à Candé 
est plus conforme aux exigences de la carte de Peutin- 
ger que la situation de Conbaristum à Combrée ou à 
Châtelais^ ces deux points étant trop au nord par rap- 
port à cette carte ; il est vrai qu'elle est si erronée sou- 
vent dans son orientation, qu'il me semble bon d'y 
regarder de près. D'un autre côté, nous avons vu qu'il 
y avait d'excellentes raisons pour placer Conbaristum à 
Châtelais; le doute n'est donc pas encore levé pour 
nous. 



— 4U- 
Dobrica. 

Nous ne sommes point également en mesure de nous 
prononcer péremptoirement sur la position de Rohrica, 
toutefois nous n'admettons ni Longue, ni Beaufort; 
nous hésitons entre le Gué-d'Arcis etChenehutte; mais 
nous penchons plus volontiers vers ce dernier lieu à 
cause de son camp romain; cependant si nous tenions 
au calcul des distances, les dix-sept lieues gauloises de 
Juliomagus à Rohrica, tomberaient assez bien sur Sau- 
rour, ou sur Tendroit nommé Bagneux; ajoutons qu'en 
cette commune des bains gallo-romains ont été décou- 
verts. 

Quoi qu'il en soit, c'est à 18 lieues gauloises de Julio- 
mago, vers sud-ouest, qu'il faut aller chercher Segora; 
à 17 Rohrica vers l'est; et à 16 Conharistum vers 
l'ouest. La lieue gauloise vaut environ 2,300 mètres, 
je dis environ, car la mesure de cette lieue laisse en- 
core bien à désirer pour son exactitude; M. Pistollet de 
Saint-Fargeux la porte à 2,415 mètres, d'autres à 
2,468 m. 33 c, plusieurs à 1,150 toises. On sait que 
depuis la Seine et la Marne, au nord, jusqu'à la Garonne 
et à Lyon, la table Théodosienne indique les distances 
intermédiaires en lieues gauloises, surtout dans la 
partie occidentale de la Celtique. 

En résumé, si le scepticisme a quelquefois sa raison 
d'être, c'est bien en matière de stations et de voies 
romaines. On y marche à tâtons le plus souvent. Est-ce 
à dire qu'il faille renoncer à cette étude? Non, il faut 
au contraire redoubler de zèle, mais aussi de rései've. 
Il est entendu que cette recommandation ne s'adresse 
qu'à moi seul et je ne la fais que pour me bien rendre 
compte si je n'y ai pas manqué. 



— 415 — 

SUPPLÉMENT. 

Depuis lors MM. Paul Loyer et Tristan Martin nous 
ont fait connaître la découverte de deux camps dans 
Farrondissement de Cholet. On en trouvera le signale- 
ment à la page 56 du Congrès archéologique de France, 
XXIXe session (séance générale tenue à Saumur en 1 862). 

Voici la note que nous en avons donnée à cette 
séance. 

COMMUNE DE LA ROMÀGME. 

Sur cette commune existe un camp de forme rec- 
tangulaire, au lieu dit la Boutriey sur la limite des dé- 
partements de Maine-et-Loire et de la Vendée. Il ne se 
compose que de retranchements en terre. 

Le côté nord est intact et n'a pas moins de 135 mè- 
tres de longueur. Le talus a pour moyenne de hauteur 
5 mètres ; il est entre deux fossés : l'un externe, d'en- 
viron 12 mètres de large; l'autre interne est plus pe- 
tit. Entrée au centre de la ligne. 

Le côté ouest est également intact, il a de 125 à 
130 mètres en longueur. Entrée vers le centre de la 
ligne mais plus près de l'angle sud. Fossés externe et 
interne. 

Le côté sud n'est qu'à moitié conservé ; ce qui reste 
de ce côté se trouve entre deux fossés comme les côtés 
précédents. 

Le côté est a disparu. Aucuns vestiges de construc- 
tions, point de médailles, de briques ni de poteries. 

Ce camp de la Boutrie contient un hectare environ. 



— 416 — 

COMMUNE DE GHOLET. 

Sur cette commune, voisine de celle de la Romagne, 
au lieu dit la Bauge du château, près le Chêne Landry y 
propriété de M. Lavau, il existe un point de fortifié en 
tout semblable à celui de la Boairie, sauf qu'il est plus 
petit. 

Chose à remarquer, ce camp de la Bauge du châ- 
teau n'a, comme celui de la Boutrie, que deux côtés 
et un demi côté conservés ; serait-ce que les garnisons 
en quittant ces lieux fortifiés les auraient ainsi mutilés 
à dessein pour qu'ils ne puissent désormais servir? 
C'est d'autant plus probable que l'on remarque la 
même mutilation dans un troisième camp nommé 
camp des AnglaiSy sans doute parce qu'ils s'en seront 
servis ; il est situé sur la commune de Saint-Aubin-de- 
Baubigné (Deux-Sèvres) et chose plus notable encore, 
dans ces trois camps, le côté oriental et le demi côté 
méridional sont les seuls mutilés. 

Le camp de la commune de Saint- Aubin-de-Baubigné 
porte le nom de Fief des houlleries ; il est en quelque 
façon sur la limite de Maine-et-Loire et des Deux-Sè- 
vres, non loin des communes de Maulevrier, des Cer- 
queux et d'Yzernay. 

Comme les camps de la Boutrie et de la Bauge du 
château, celui-ci est également de forme carrée ; il a 
de longueur 125 mètres de l'est à l'ouest, sur 115 mè- 
tres du nord au sud. La hauteur des retranchements 
varie entre 3 et 5 mètres. Vers le nord le fossé a 
30 mètres de large. 

V. Godard Faultrier. 



AITIQUITËS CABLOVmeiEnES 



NUMISMATIQUE ANGEVINE 



Nous avons dit précédemment que TAnjou avait eu 
sa monnaie propre durant Tère celtique, c'est-à-dire 
depuis l'année 300 avant Jésus-Christ, jusqu'à l'an 21 
de Père vulgaire; que depuis lors, jusqu'à la fm du 
v« siècle, c'est-à-dire durant l'ère romaine, on ne voit 
pas que notre contrée ait joui de cet avantage, si ce 
n'est du temps de l'empereur Anastase dont un triens 
porte le monogramme d'Angers ; que ce triens, frappé 
entre les années 491 et 507, sert de transition du 
monnayage angevin sous les derniers empereurs qui 
avaient encore quelqu'apparence de pouvoir, en Occi- 
dent, sert de transition, dis-je, au règne des rois méro- 
vingiens dans notre contrée. 

Nous avons vu également que depuis la fm du v® siècle 
jusque vers l'an 544, beaucoup de monnaies d'or mé- 

REP. ARC. 30 



— 448 — 

rovingiennes portaient le nom d'Angers. Ceci bien établi, 
il nous faut passer au monnayage angevin à l'époque 
carlovingienne. Disons de suite que durant cette période 
For disparaît dans la monnaie pour faire place à l'ar- 
gent; que Pépin et Charleraagne bannissent générale- 
ment les noms des monnayers, adoptant un type à la 
fois national et chrétien; que sous ces deux princes la 
monnaie s'unifie, si je puis ainsi m'exprimer, mais 
qu'après eux, par suite du morcellement de l'empire 
d'Occident entre les fils de Louis-le-Débonnaire, le pri- 
vilège souverain de battre monnaie se divise. 

« Les évêques et les monastères se faisaient concé- 
j> der les ateliers établis dans leurs villes; les barons 
» s'en emparaient sans s'astreindre à le faire réguliè- 
» reraent. » (Barthélémy, dans Roret, page 41.) 

L'édit de Pistes (Pitres, département de l'Eure) de 
l'an 864, qui est le règlement organique de la seconde 
race, n'y peut rien ; il mentionne une dizaine d'atelifers 
autorisés sous Charles le Chauve, tandis qu'en fait on 
en compte plus de cent vingt (Barth., dans Ror., p. 43). 

L'édit s'exprime ainsi : 

i Sequentes consuetudinem praedecessorum nostrùm 
» sicut in illorum capituUs invenitur, constituimus uL 
» in nuUo loco alio in omni regno nostro moneta fiât 
^ nisi in palatio nostro et în Quiniovico aç Rotomago 
j (quae moneta ad Quintovicum ex antiqua çonsuelu- 
» dine pertinet) et in Rhemis ^i in Senonis et in Parisis 
» et in Aurdianis et in Cavillonno et in MeluUo et in 
» Narbonna. » (Capitul, t. XI, fol. 177.) 

Ma:lgré cette défense de frapper monnaie ailleurs que 
dans le palais du souverain, à Quentovic et Rouen^ à 



— 419 — 

Rheims, à Sens, à PaHs, à OrléanSy à ChâUms-sur- 
Sâone, à Melle et à Narbonne, beaucoup de villes profi- 
tèrent de la faiblesse de l'autorité pour battre monnaie, 
de ce nombre fut Angers. On ne voit pas que sous 
Pepiii le Bref (752-768), sous Charlemagne (768-814) 
et sous Louis le Débonnaire (814-840), riotrè ville ait 
joui de cet avantage; mais nous avons plusieurs de- 
niers d'argent au musée des antiquités qui prouvent 
que sous Charles le Chauve (840-877), Angers frappa 
monnaie. En voici la description : dans le champ : 
monogramme de Charles. 
Autour : + gracia d-i rex. 
S| croix égale; autour : -f- andegavis civitas. 
Diamètre : 10 millimètres ; épaisseur : très-mince 
(Voir la planche vfi l^r). 

Le Blanc, dans son traité historique des monnaies 
de France, Paris, mdcxc, page 126, donne la gravure 
d'un denier d'Angers en tout semblable à ceux de notre 
musée des aniiquités avec cette différence que le mot 
GRATiA est écrit gracia et que le mot civitas est abrégé 
de cette sorte : civiTs. 

Nos deniers dilGFèrent quelque peu de la description 
qu'en donne l'édit de Pistes ; en effet cet édit porte : 
<r Dt in denariis novœ nostrae monetae ex una parte 
» nomen nostrum habeatur in gyro, et in medio nostri 
j» monogramma, ex altéra vera parte rioraen civitatîs 
» et in medio crux habeatur. » (Leblanc, page 112.) 

Or sur nos deniers angevins on voit que le nom du 
roi est remplacé par la formule gratia d-i rex. Nou- 
velle preuve de l'arbitraire que les villes se permet- 
taient malgré les édits. 



— 420 — 

Nous lie connaissons aucune pièce frappée à Angers 
sous Louis II dit le Bègue (877-879) ; sous Louis 111 
(879-882); sous Carloman (879-884), ni sous Charles III 
dit le Gros vl) (884f^888). Mais notre musée des anti- 
quités en possède plusieurs, en argent, frappées sous 
Eudes (888-898). 

En voici la description : dans le champ : mono- 
gramme d'Eudes. 

Autour ; + gratia d-i rex. 

^ croix égale; autour -H andecavis civitas (Voir la 
planche n® 3). 

Leblanc donne deux gravures de cette pièce pag. 45. 

Mais il en est une autre d'argent et du même prince 
infiniment plus rare et plus curieuse. Elle a été pubhée 
dans la Revue Numismatique^ nouvelle série, t. II, 
p. 315, 1847, par M. E. Hucher, sous ce titre : Note 
sur un denier inédit d'Eudes, 

Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici 
cette note intéressante : 

« Eudes, dit M. Hucher, est une de ces nobles figures 
» historiques qui surgissent à un moment donné, 
> comme l'expression d'une volonté providentielle. Fils 
» de Robert le Fort, duc d'Anjou, il s'élève sous l'em- 
» pire d'événements extraordinaires jusqu'au trône de 
» France, bien moins pour satisfaire un désir secret 
» de puissance que pour tenir d'une main plus ferme 

({) Cependant nous lisons dans le catalogue de la collection 
Rousseau, année 186i, page 31, qu'un denier de Charles le Gros 
fut frappé à Angers; on y voit : grâtia du rex; monogramme par 
tin k; ^ ANDEGAVis CIVITAS, croix égale cantonnée de points au i*'^ 
et au 4^ 



— 421 — 

» les rênes de l'État, au milieu de l'effroyable cata- 
» clysme qui menace de tout engloutir. 

i> La numismatique de ce règne intéressant, naguère 
» très-restreinte, s'est singulièrement complétée depuis 
» une vingtaine d'années, et tout récemment le hasard 
» vient encore de nous mettre à même de la doter d'un 
» élément extrêmement important : nous voulons par- 
y 1er d'une monnaie fort extraordinaire, et dont l'au- 
> thenticité est à l'abri de toute critique. 

> Cette monnaie avait été recueillie avec d'autres 
» pièces moins importantes par M. le curé de Savigné- 
j> sous-le-Lude. A sa mort, un revendeur du Mans, le 
» sieur Dron, acheta tout le bloc, et c'est de ce dernier 
» que nous tenons cette monnaie. 

» En voici la description : 

> Dans le champ : monogramme de Charles; autour : 
» ODO + EST RE + X. 

» fil Croix égale ; autour : + ANDEGAVIS CIVITAS. 
» Argent pur, poids : is^ 60. 

» On connaît, depuis quelque temps, une monnaie 
» du même prince qui offre, comme celle-ci, le mono- 
» gramme carolin entouré d'une légende où figure le 
» nom d'Eudes. 

j Différents systèmes s'étaient produits pour expli- 
ï) quer l'apparente anomalie résultant de la juxtapo- 
» sition des noms de Charles et d*Eudes. M. de Long- 
» périer a élucidé la question en montrant (1) que 
» cette monnaie, frappée à Orléans, dans la capitale 
» du duché de France, avait pu avoir été émise par 

(i) Notice de la collection Bousseau, p. 260. 



~ 422 — 

» Eudes en sa qualité de duc de France; que c'était là 

> une de ces rares monnaies féodales qu'on voit appa- 
» raitre sous les Carlovingiens, plus ou moins analogues 
]» à celles sur lesquelles on lit, à des époques anté- 
» rieures, les noms de Gaddo, de Milon, d'Odalricus, etc. , 
» en compagnie du nom royal ou au revers d'un nom 
» de ville. 

» La monnaie actuelle est, au contraire, une monnaie 
j> royale, et le titre de roi y est même donné à Eudes 
» avec une affirmation dont on ne trouve pas d'autre 

> exemple dans l'histoire monétaire de ces époques re- 
]> culées; en effet, le plus simple examen de la médaille 
Ji ne permet pas de douter qu'on doive lire ainsi la 

> légende de l'avers : + ODO + EST REX, en réta- 
» blissant la croix à sa véritable place. Il est certain 
B d'ailleurs que les Carlovingiens ne se sont pas fait 
» faute de placer des croix là où il n'en était pas besoin, 
» et que le signe d'invocation a presque toujours été 
* mis à gauche du monogramme, vers le haut de la 

> monnaie. 

» Le système qui consisterait à lire KRLS EST REX 
» -h ODO + ne me paraîtrait pas admissible; l'initiale 
» du mot EST est placé dans un endroit où il est inusité 
» de chercher le signe d'invocation; et surtout cette 
» légende n'offrirait qu'un non-sens historique, puisque 
T> Eudes n'a pu frapper monnaie à Angers que comme 

> roi de France, et que cette médaille proclamerait 
)!> justement le contraire en faisant appuyer du nom 
» d'Eudes la reconnaissance à Angers d'un roi qui n'y 

> a jamais exercé, avant la mort de ce dernier, les 
» droits régaliens. 



~ 423 — 

d Noire monnaie, en donnant à Eudes le nom de roi 
1» avec affirmation, ressemble, comme ^aeVa fait obser- 
]> ver avec esprit nn de mes correspondants, à cette mé* 
9 daille d'une époque bien postérieure, mais non moins 

» troublée, où l'on lit : LE PÈRE DUCHÈNE F 

» BON PATRIOTE (1). Il y manque , à la vérité , le 
:» juron ; rnais au fond l'idée est la même. 

» Les Neustriens avaient acclamé Eudes avec en- 
i> thousiasme; mais ailleurs il n'en était pas de même. 
i> Le clergé, du reste, en qui vivait le repect du droit, 
» conservait toutes ses sympathies pour le fils posthume 
:» de Louis le Bègue; on sait que Foulques, évêque de 
» Rheims, se transporta en Germanie tout exprès pour 
» engager le roi Arnoul à reconnaître comme roi de 
» France le jeune Charles, et à devenir son tuteur. 
» Cette tentative, à la vérité, n'eut pas de succès ; mais 
» toujours est-il que Charles conservait des partisans 
» dans l'Amiénois, le Laonnais, le Vermandois et sur- 
B tout le Rhémois. 

» Il n'y a rien d'étonnant après cela à voir le nom 
!► royal donné à Eudes avec une affirmation inaccou^ 
» tumée, à Angers, surtout, dans la capitale du domaine 
» de sa famille. C^st là plus que partout ailleurs que 
» son élévation au trône de France dut trouver d'éner» 
» giques partisans; et dès le principe, j'ai i^egardé 
» celte Monnaie comme, une pièce de proclamation, 
» inspirée en quelque sorte par Pén thousiasme local. 

» Le tyipe est absolument le même que celui de la 
» monnaie d'Orléans; le monogramme carolin qui, du 

(1) Voyez Revue numism.y année 1843^ pi. XX[. 



— i24 — 

» reste, se voit sur les monnaies de presque tous les 
» Carlovingiens,. n'y a pas plus de signification que sur 
» les pièces de Louis le Bègue et de Carloman, mais il 
» est un indice de plus que cette monnaie est la pre- 
» mière qu'Eudes ait frappée en qualité de roi de 
» France. 

» Ce rare et curieux spécimen est peut-être le seul 
» exemple, au moyen âge, d'une monnaie offrant, en 
> même temps, le caractère d'une médaille histori- 
» que. » Voir n^ 2 à la planche. 

Qu'il nous soit permis, après M. Hucher, de cher- 
cher à concilier le monogramme carolin de ce précieux 
denier avec sa légende odo est rex. Ne pourrait-on pas 
y voir comme une sorte de compromis entre les par- 
tisans d'Eudes et de Charles le Simple? On sait en effet 
par un passage d'Albéricus, année 994 (1), que la cou- 
ronne fut déférée à Eudes, fils de Robert le Fort, duc et 
marquis de France jusqu'à ce que Charles le Simple 
fut en âge de régner. « De consensu principum, con- 
» census ad regalis coronae gestamen concessus est 
» Odoni , quousque spatia Regius puer nondum ad 
B regnum idonea percurrisset aetatis. » 

De cette façon, rien ne semble plus naturel que de 
voir le monogramme carolin en combinaison avec le 
nom d'Eudes, le mo^nogramme étant là comme pour 
réserver le droit futur de Charles le Simple à la cou- 
ronne, et le nom d'Eudes s'y trouvant aussi comme 
affirmation de la royauté temporaire de celui-ci. On 
peut objecter que le monogramme carolin se rencon- 

(I) Leblanc, p. 144. 



- 425 — 

tre sar des deniers de Louis III, fils de Louis le fiégue» 
et qu'au même titre il peut bien figurer sur certaines 
pièces du roi Eudes. Nous dirons que le cas n'est pas 
le même; en effet on conçoit que Louis III ait placé 
sur ses monnaies le monogramme carolin puisqu'il 
appartenait à la race carloYingiennC) tandis que Eudes 
était de la lignée de Robert le Fort, d'origine saxonne 
suivant les meilleurs historiens. 

A ce propos, il ne sera pas inutile de donner ici la 
généalogie de Eudes, eu égard à son affinité avec l'An- 
jou* Il était fils de Robert le Fort, dit l'Angevin ; neveu 
de Conrad et de Hugues dit l'Abbé ; frère de Robert II ; 
oncle d'Emma, épouse de Raoul, duc de Bourgogne et 
de Hugues le Grand ou le Blanc (1); enfin grand oncle 
de Hugues Capet. 

De tous ces personnages qui vécurent, les uns au 
ix® siècle et les autres au x®, et qui la plupart furent 
ducs de France , c'est-à-dire gouverneurs du pays 
d'entre la Seine et la Loire, quatre portèrent la cou- 
ronne de France plus ou moins contestée, savoir : 
Eudes, Robert II, Raoul de Bourgogne et Hugues Ca- 
pet. Trois sont qualifiés de comtes d'Anjou tempo- 
raires : Robert le Fort, dit l' Angevin, Hugues l'Abbé et 
Eudes (Voir Art de vérifier les dates et Barthélémy, dans 
Roret, page 89). 

Revenons ensuite à nos médailles; il en est une qui 
ne laisse pas de nous intriguer; on la trouve indiquée 



(t) D'après la Revue de Leleux, 15 mai 1859, p. 123, il existe 
des pièces de Hugues le Grand, duc de France, comte de Paris, 
père de Hugues Capet, mort en 956. 



— 426 — 

page 49 de la Numismatique de Barthélémy, dans Ro- 
rel, BOUS cette rubrîque : Catàlogi^ des principales 
légendes des monnaies carlovtngiennes. Cette pièce porte 
Gix AQVis que Ton traduit par Seiches. Quel est ce 
Heu? 

Si Ton ouvre le Dictionnaire complet des communes 
de France, de A. Janin, on ne trouve qu'une commune 
de ce nom, chef-lieu de canton et située dans le dé- 
partement de Maine et Loire. En outre cette localité 
fut célèbre à l'époque carlovingienne, ainsi qu'il ré- 
sulte d'une charte de Charlemagne de l'an 809 dont 
l'original est au musée des antiquités de notre ville. 
Cette charte nous apprend en effet que ce souverain 
donna Seiches, son église et ses moulins aux religieux 
de Saint' Aubin d'Angers qui, au rapport de Roger, p. 119, 
en furent plus tard dépossédés par le comte d'Anjou, 
Foulques Nerra, lequel à son tour donna ce lieu aux 
religieuses du Ronceray. Toutefois Seiches, dans notre 
charte, n'est point nommé cix àqvis, mais bien gipiâ : 
« Villam nuncupante Cipiam qui (sic) est sita in pago 
» andecavo supra Liddo flumine (rivière du Loir). )» 

Mais comme les noms de lieux se sont altérés souvent 
dans la durée des siècles, il n'est pas impossible que 
celui de Seiches ait subi pareille révolution; donc 
jusqu'à preuve contraire, nous pouvons vraisemblable- 
ment admettre que Seiches d'Anjou est bien le même 
que celui où l'on battit monnaie durant la période 
carlovingienne. 

Il existe, il est vrai , un autre lieu nommé sipia. 
(mais écrit par un S) placé entre Combrée (arrondisse- 
ment de Segré) et Rennes (Ille-et-Vilaine); ce lieu men- 



— 427 — 

tionné sur la earte de Peutinger, Test aussi dans une 
carte de Sanson qui le donne comme ayant fait partie 
de l'Anjou sous les Romains, ce qui est fort douteux; 
mais ce lieu que Ton croit être Yisseiches étant loin du 
Loir, ne peut être celui qui nous occupe; d'ailleurs il 
ne s'écrit pas pareillement et son nom moderne de 
Yisseiches n'est pas le même que Seiches. 

Déjà nous avons vu que dans la période mérovin- 
gienne l'église d'Angers avait fait battre monnaie (Con- 
sulter notre série, par ordre alphabétique des moné- 
taires, au nom Alligisels); maintenant il nous faut 
signaler une pièce de la même église (Saint-Maurice 
d'Angers). Elle nous a été communiquée par M. Boi- 
leau, de Tours, qui en est possesseur ; c'est une monnaie 
de Charlemagne sur le revers de laquelle on lit : sci. 
MAVR. que plusieurs savants traduisent par SancH Mau- 
ricii. On sait que Charlemagne n'avait point négligé 
les intérêts de cette église, ainsi qu'on peut s'en con- 
vaincre en consultant une charte imprimée dans le Gai- 
lia cfem^tana des frères Sainte -Marthe, t. II, p. 115, édi- 
tion de 1656. Toutefois cette charte ne mentionne point 
la monnaie d'Angers, ce qui prouve que sans la numis- 
matique, beaucoup de faits nous seraient inconnus. 

Puisque nous parlons des monnaies ecclésiastiques 
de l'Anjou, signalons-en de suite une autre qui d'ail- 
leurs peut aussi bien se rapporter à la fin de l'époque 
carlovingienne qu'au commencement de la période ca- 
pétienne. Sortie du cabinet de feu M. Lange, de Sau- 
raur, cette pièce appartient aujourd'hui au receveur de 
l'enregistrement de Luçon, qui a bien voulu nous en 
communiquer la légende. Elle porte d'un côté:4-BEATi 



— 428 — 

FLOHENTn et au revers : castrvm salmvrv (château de 
Saumur). Le champ est orné d'une clef. 

E videra meut ce denier appartient à Tabbayè béné- 
dictine de Saint-Flôrent du château de Saumur, et prouve 
que ce couvent faisait battre monnaie. L'époque de cette 
pièce est facile à déterminer. Le monastère de Saint- 
Florent du château de Saumur, construit vers 950, fut 
incendié par Foulques Nerra vers 1025, pour être en- 
suite rebâti sur les bords du Thouet, vers 103O, à 2 
kilomètres de Saumur. C'est donc entre l'année 950 et 
1025 qu'il faut placer la date de cette monnaie. 

Il nous reste à interpréter la présence de la clef qui 
se trouve dans le champ; mais ici encore {)oint de dif- 
ficultés, car la clef fut un des principaux signes du 
blason de l'abbaye. Ce blason était d'azur à une crosse 
d'argent posée en pal et tournée à dextrè, accompagnée 
à dextre d'ufie clef renversée de mêméy et à semestre d'une 
fleur de lys d!or. L'écu, appuyé sur une cUf et sur un 
glaive en sautoir, est sommé entre une mitre et une 
crosse, d'une couronne fleurdelysée, de laquelle sort un 
lys fleuri au naturel (Voir le sceau de l'abbaye au musée 
de Saumur et l'entête d'un manuscrit de D» Huynes). 

Sans aucun doute, ce blasoti est d'une date posté- 
rieure à notre monnaie, mais la clef traditionnelle qui 
s'y trouve, explique parfaitement la présence de celle 
que l'on voit sur la pièce en question; 
. Le mot de beati que porte la légende^ au lieu de 
sanctiy ne doit pas étonner. On trouve ces deux quali- 
ficatifs indifTéremment employés dans les manuscrits 
de Saint-Florent. 

Il est une autre pièce de l'époque carlovingienne 



— 429 — 

qu'il ne faut point passer sous silence ; mais est-il bien 
certain que le nom qu'elle porte ait quelque affinité 
avec l'Anjou? Le lecteur en jugera. En lisant un très- 
bel article de M. Â. Dauban, dans la Revue corUempo- 
raine j année 1857, je fus frappé de ce passage, page 
719 : « M. de Longperrier, le premier, a signalé une 
» monnaie de Narbonne, frappée par le comte Milon, 

» contemporain de Pépin et de son fils Ce denier 

» de Milon, continue M. Dauban, s'est payé 500 fr. ^ 
Or je me suis demandé quel pouvait être ce Milon? 
Bodin, page 3, t. I, Bas-Ânjou et t. II, page 540, n'hé- 
site point à ranger au nombre de nos comtes tempo- 
raires un Milon d'Angers qui vivait vers le milieu du 
viiie siècle. Bour digne le place également dans sa liste, 
feuillet 10. Mais est-ce bien le même personnage? Le 
Milon qui frappa une monnaie k Narbonne était con- 
temporain de Pépin et de son fils Charlemagné, d'après 
M. Dauban; il en est de même du Milon d'Angers lequel, 
selon Bodin, avait épousé Berthe, sœur de Charlemagné, 
et qui avait probablement reçu son nom d'une paroisse 
de l'Anjou (Fontaine-Milon, arrondissement de Baugé), 
ou le lui avait donné. D'un autre côté, l'abbé Voisin, 
dans son ouvrage sur les Cenomans anciens et modernes^ 
t. I, pages 258, 259, parle de notre Milon d'Angers 
comme étant, d'après des chartes de l'an 752 relatives 
au Maine, comme étant, dis-je, à cette époque un des 
principaux personnages de la cour de Pépin, qui lui 
accorda le duché d'entre Seine et Loire. M. Voisin cite 
même ce passage : Abaciacum in pago cenomannico.... 
proinde nos una cum proceribus et fiddibus nostris id 
est Milone Ratgario... 
En outre la Revw de VAnjoUy mai-juin 1854, 3® li- 



— 480 — 

vraison, pages 367, 368, etc., nous apprend que M. P. 
Paris a déclaré que dans un très*ancien roman latin le 
père de Roland (notre Milon) est désigné par le titre 
A' Andegavensis ou quelquefois de Andegavis. 

Dans le roman des Quatre fils Aimon, on lit : < Et le 
> buen (bon) duc d'Angiers qu'on appelle Milon (1). » 
Quelques historiens traitent de fable ^histoire de Milon 
et de son fils, le célèbre Roland ; c'est aller trop loin 
et trancher trop au vif. Le roman s'est sans doute em* 
paré de ces deux personnages, mais leur existence 
nous semble incontestable ; et s'il est vrai, comme tout 
porte à le croire, que le comte Milon qui frappa la 
monnaie de Narbonne, soit le même que notre Milon 
d'Angers, le doute n'est plus possible. 

Parmi les vicomtes de Narbonne on n'en trouve aucun 
du nom de Milon y ce n'est donc point en qualité de 
vicomte ou de vidame de cette contrée, que Milon y fit 
battre monnaie. Mais peut-être pourrait-on expliquer 
ce fait en disant que Milon avait assisté à Tune de ces 
expéditions que les Carlovingiens entreprirent dans le 
Midi de la France contre les Sarrasins. Ce qui est cer- 
tain, c'est que les Sarrasins, maîtres de Narbonne, de 
Tan 719 à l'an 759, en furent chassés par Pépin le 
Bref, beau-père de Milon, aprè$ sept ans de siège (2) ; 
ce qui parait également certain a c'est que Milon ac- 
s> compagna Charlemagnê, son beau-frère, en Espagne, 
j» et qu'il y fut tué dans une bataille colitîe les Sarra- 
) sins (3). j» 

(() M. t>. Paris, Histoire littéraire de la France^ t. XXlt^ p. 68â. 

(2) Art de Térifier les dates^ t< IX, p. 452. 

(3) Bodin, Ba0-Aijou, 1. 1> p. 3. 



- 431 — 

Si d'un autre côté Ton ne perd point de vue que la 
coutume des princes, ducs et comtes de se faire suivre 
par des raonnayers ambulants n'était pas encore 
entièrement bannie, l'on sera fondé à en conclure que 
Milon fit battre monnaie en son nom et à Narbonne, 
dans l'une de ses expéditions méridionales. 

Du reste la pièce de Milon est exceptionnelle, ainsi 
que l'a fait remarquer M. Dauban, qui la considère 
comme t un acte d'usurpation d'une prérogative du 
» pouvoir royal; » prérogative fort compromise dès 
après le règne de Gharlemagne et surtout après celui 
du roi Eudes (887-898). 

Sous le règne de Charles le Simple (898-923), cette 
révolution est complète et alors commence la numis- 
matique des comtes d'Anjou de la race ingelgériennc. 
Sous les derniers rois de la période carlovingienne, 
c'est-à-dire de Charles le Simple (898), à Louis V (987) 
inclusivement, on ne voit pas que l'atelier d'Angers ait 
frappé de monnaies royales. 

Le système monétaire de Charlemagne, qui eut pour 
unité le denier, fut conservé jusqu'à saint Louis (Barthé- 
lémy, dans Roret, page 68). Le denier carolin valait à 
peu prés 7 sous de notre monnaie (Roret, page 69). 

Le dessin de trois deniers frappés à Angers que nous 
donnons au commencement de cette notice, savoir : un 
de Charles le Chauve et deux du roi Eudes, est dû aux 
soins de M. E. Dainville. Dans une prochaine étude 
nous traiterons de la numismatique des comtes d'An- 
jou^ Ingelgériens et Plantagenets. 

• ' . ' ■ 

V. ûomrd-FàultIubr. 



AHTIQUITfS FÉODALES 



COMTES INQELGÉRIENS ET PLANTAGENETS 



NVNISMiTIQlJË ANGEVINE 



Après avoir montré dans trois précédents articles, 
que Ton battit monnaie en Anjou aux époques celtique, 
mérovingienne et carlovingienne, il nous faut étudier la 
numismatique angevine sous nos comtes Ingelgériens 
et Plantagenets ; mais en même temps il est utile, je 
crois, de tracer, d'une manière très-abrégée, l'histoire 
de ces mêmes comtes, afin de rectifier quelques dates. 

INGELGËR. 

Vers la fin du ix^ siècle commence l'afFaiblissement 
de la puissance carlovingienne ; l'institution des grands 
ducs de France n'y contribua pas peu. Le morcelle- 
ment féodal et l'hérédité dans les fiefs, s'ensuivirent. 



— 438 — 

L'Anjou eut part à cette révolution, d'autant mieux 
que les ducs de France jouirent d'une grande auto- 
rité sur notre province; aussi nos comtes d'Anjou, 
selon l'expression de M. J. B. Â. Barthélémy, dans 
sa Numismatique moderne (Encyclopédie Roret, page 
94), n'étaient-ils, jusqu'à la fin du x^ siècle, que 
les lieutenants de ces mêmes ducs, et ce fut sans 
doute pour reconnaître cette suprématie, que Geol- 
froi I«r, dit Grisegonelle, intitulait ses chartes : Gra- 
tta Dei et senioris Hugonis largitione Andegavensis 
cornes; c'est-à-dire qu'il se déclarait comte d* Anjou par 
la grâce de Dieu et la faveur de Hugues le Grand son 
» seigneur (1). Ajoutons que M. Barthélémy avoue que 
les ducs de France étaient parents et suzerains de nos 
comtes (2). 

Ceci nous autorise à croire qu'Ingelger, notre pre- 
mier comte héréditaire, dut bien plus son pouvoir à 
la race des ducs de France, qu'à celle des Garlovin- 
giens; en effet, d'après la chronologie que nous avons 
établie, il y a plus de vingt ans, dans V Anjou et ses Mo- 
numentSy page 304, t. I, et qui n'a été contestée par 
personne, nous avons démontré qu'Ingelger naquit vers 
876, qu'il fit ses premières armes à 16 ans, vers 892, 
qu'il fut comte d'Anjou d'en deçà Maine après 892 ; 
qu'il ramena le corps de saint Martin à Tours vers 912 
et enfin qu'il mourut vers 91 3.* 

Son investissement datant de l'année 892, il en res- 
sort que ce fut sous le règne de Eudes qu'il s'effectua ; 

(1) Art de yérifier les dates, t. XUI, p. 47. 

(2) Encyd. Roret, Numismatique moderne^ p. 93. 

REP. ARC. 31 



- 434 — 

or Eudes, qui régna de l'an 888 à 898, était de la 
race des ducs de France, il était fils de Robert le Fort. 
Donc il est probable qu'Ingelger reçut plus spéciale- 
ment de lui (i) le comté d'Anjou d'en deçà Maine^ qui 
avait pour capitale Angers, tandis que le comté d'outre 
Maine reconnaissait pour cbef-lieu Seronne (aujourd'hui 

Châteauneuf). 

Mais qu'était ce dernier comté? un très-pelit point 
que se réserva pour la défense de son vaste duché de 
France, la race issue de Robert le Fort : bref il s'agis- 
sait plutôt d'une frontière que d'un comté proprement 
dit ; aussi ce point ne tarda-t-il pas à se confondre sous 
Foulques le Roux, successeur d'Ingelger, avec le comté 
d'Anjou d'en deçà Maine, et cette fusion s'opéra par la 
faveur des grands ducs, nouvelle preuve que c'est bien 
d'eux que nos premiers comtes d'Anjou tinrent leur 
pouvoir ; c'est pourquoi il ne paraît pas qu'ils battirent 
monnaie sans leur consentement. Quoi qu'il en soit, 
on ne connaît aucune pièce qui puisse se rapporter à 
notre Ingelger, et nous le concevons sans peine, puisque 

(\ ) Cependant le fragment de Thistoire d'Anjou par Foulques le 
Réchin renferme une phrase qui contredit les intitulés de chartes 
de son prédécesseur, Geoffroi Grisegoneile. D'après cette phrase 
Ingelger aurait tenu son pouvoir non de la race de l* impie Philippe^ 
mais de la lignée de Charles le Chauve. A cette affirmation on 
peut répondre que Foulques Rechin vivait près d'un siècle après 
Grisegoneile et conséquemment qu'il devait être moins bien in- 
formé. En outre on conçoit qu'irrité de s'être vu enlever sa femme 
Bertrade par Philippe P^ (1092), il ait eu à cœur de profiter des 
nuages historiques répandus sur le berceau des Ingelgériens pour 
avouer que ses ancêtres tinrent leur pouvoir non de la race capé- 
tienne, mais bien de la race de Charles le Chauve. 



— 485 - 

Eudes, duc de France, comte de Paris, devenu roi, fit 
lui-même frapper de la monnaie à Angers, or il est 
peu probable que le suzerain et le vassal l'aient fait 
en même temps. Passons donc au successeur d'In- 
gelger. 

FOULQUES ler DIT LE ROUX. 

D'après notre système chronologique, il devint comte 
vers 913. Nous lui faisons perdre, il est vrai, vingt- 
cinq ans de régne sur cinquante que lui donne TArt de 
vérifier les dates, mais ainsi l'exige la trame des faits 
historiques bien autrement certaine que des dates plus 
ou moins contestables. Foulques I^r mourut en 938. 

Ce comte fit-il battre monnaie? 

Récemment on a découvert à Angers, rue Gordelle, 
un grand denier d'argent dans un cerceuil en pierre 
coquillière et en forme d'auge (1). D'un côté on voyait 
le monogramme de Foulques se lisant verticalement 
pour les lettres F V L et horizontalement pour les ca- 
ractères G. 0. La panse du G y est droite au lieu d'être 
convexe; autour on voit la légende gràtu dt (Dei) 
-COES (cornes). Gette légende est une imitation de la 
monnaie du roi Eudes qui lui-même l'avait empruntée 
à la monnaie de Gharles le Chauve ; seulement dans 
la légende de Foulques I^r, le mot cornes a pris la place 
de reœ. Quelques numismatistes y veulent voir l'inten- 
tion, chez les premiers comtes d'Anjou, de marquer 

(i) Ce cercueil plus large vers la tète que vers les pieds^ avait 
un couvercle en forme de toit, orné, dâins toute sa longueur, de 
rainures gravées à -la pointe et disposées à la manière des barbes 
d'un épi de froment ou d'une arête de poisson. 



— 436 — 

qu'ils étaient les égaux des rois de France; mais c'est 
là une conjecture sans fondement; d'autres, avec plus 
de raison, croient que cette formule n'était qu'un reste 
de la légende carlovingienne précieuse à conserver pour 
inspirer plus de confiance au bon aloi des pièces. 

Du reste, après Foulques I«r, cette formule disparaît. 
De l'autre côté de notre grand denier que M. Renault, soit 
dit en passant, nous a procuré pour le musée d'Angers 
en mars i86i , de l'autre côté, dis-je, de notre grand 
denier on lit autour d'une croix grecque, c'est-à-dire 
à branches égales, les mots : andegavs ca pour Ande- 
cavis civitas. L'abréviation ca est suivie d'un carré 
flanqué à ses angles de quatre points évidés, c'est-à- 
dire de quatre tours vues en plan, le tout formant un 
emblème de notre ville murée. 

Ce nom de civitas que nous ne retrouvons plus sur 
nos monnaies angevines après le x« siècle, la formule 
gratia Dei qui en disparaît également vers la même 
époque et l'aspect général de la pièce qui garde encore 
sa physionomie carlovingienne , nous autorisent à 
croire que nous ne nous trompons pas en attribuant 
ce grand denier à Foulques le Roux, comte d'Anjou et 
de ce nom chronologiquement le plus voisin du roi 
Eudes; c'est aussi. l'opinion de notre collègue M. Re- 
nault ; cependant nous devons dire que dans un cata- 
logue imprimé à Fontenay-le-Comte en 1854 sous la 
direction de M. Rollin, ce même denier est donné à 
Foulques Nerra. 

Tobiesen Duby, plus réservé, déclare, t. 2, page i4, 
année mbggxg, en parlant des deniers Je nos cinq 
comtes qui portèrent le nom de Foulques, qu'il t n'est 



— 437 — 

» pas possible d'assurer auquel d'entre eux appartient 
> chaque pièce. :» 

C'est aller trop loin, et jusqu'à preuve contraire 
nous maintenons, par les motifs sus-indiqués, que 
notre grand denier est bien de Foulques l^r dit le Roux. 

Après ce comte vient : 

FOULQUES II dit LE BON (938-958). 

Nous ne connaissons aucune pièce qui puisse lui 
être attribuée avec certitude. 

GEOFFROI ler DIT GRISEGONELLE (958-987). 

Même disette sur la monnaie que ce comte a pu faire 
frapper. Cependant J. B. A. A. Barthélémy cite une 
pièce qu'il attribue à ce comte et qu'il décrit de la 
sorte : 

No 309, page 427, de sa Numismatique moderne, dans 
Roret : gosfridvs cois ; croix aux branches de laquelle 
sont suspendus alpha et oméga (Voir aussi sa planche 
VI no 309). Nous parlerons ci-après de cette pièce. 

FOULQUES m dit NERRA 

ou Le Noir, Jerosolimitain et le Palmier (987-1040). 

Il n'est pas douteux que Foulques Nerra ait fait 
battre monnaie; tous les numismatistes en conviennent, 
seulement ils ne s'accordent pas sur les pièces qui lui 
peuvent être attribuées. Un fait certain c'est que les 
premiers comtes d'Anjou imitèrent la monnaie de la 
puissante race des ducs de France comtes de Paris ; 
nouvelle preuve que nos comtes tinrent plus spéciale- 



— 438 — 

ment leur pouvoir de cette grande race qui eut pour 
chef Robert le Fort, bisaïeul de Hugues Capet. 

Le savant Lelewel dit en effet, page 139, t. I, de sa 
Numismatique du moyen âge : « Que le comte d'Anjou 

> suivit l'exemple du comte de Paris et l'imita dans le 

> coin et les titres. > 

Il dit également à la page 496 que c le comte d'Anjou 

> fut le premier qui imita les ducs de France et mar- 

> qua sa monnaie du monogramme. > 

Mais il ne fait remonter cet usage du monogramme 
chez nos comtes que vers Tan 1000 (1), tandis que 
nous le reportons plus en arrière entre les années 913 
et 938, dates extrêmes du règne de Foulques le Roux. 
Il suit de là que le grand denier d'argent que nous avons 
cru précédemment devoir restituer au dit Foulques le 
Roux, est attribué par Lelewel à Foulques Nerra. Cet 
auteur rajeunit donc la dite pièce d'au moins soixante 
ans, et voici sur quoi il se fonde. Il prétend que notre 
grand denier en question est une imitation d'un denier 
de Hugues Capet alors qu'il n'était encore que duc de 
France et comte de Paris (2). Assurément on voit sur 
ces deux pièces, principalement sur Y avers y quelque 
ressemblance, mais infiniment moins grande qu'entre 
le denier de Eudes et celui que nous attribuons à Foul- 
ques le Roux, tous les deux frappés à Angers. 

Sur le revers du denier de Hugues les mots parisi 



{\) Joachim Lelewel, page 193, t. 1, Numismatique du moyen 
âge. 

(2) Idem p. 142 et 192; planche viii, n°^ 1 et 2 du même ou- 
vrage. 



— 4S9 — 

GiviTA sont placés horizontalement dans le champ, 
entre deux petites croix égales et pattées, tandis que 
sur le revers de la pièce de Eudes, la légende àndecayis 
civiTAs est circulaire et entoure une seule grande croix 
égale, environnée d'un grenatis circulaire aussi. Or le 
revers de notre grand denier en question est sembla- 
blement disposé; c'est à vrai dire la même physionomie. 

Nous maintenons donc, sans hésiter, malgré la grande 
autorité de Lelewel, nous maintenons, dis-je, notre 
attribution, et nous sommes heureux de pouvoir 
l'étayer en partie du sentiment de M. J. B. A. A. Bar^ 
thélemy qui, à la page 427, Encyclopédie Rorety Numù'^ 
maligne du moyen âgCy range notre grand denier sous 
la rubrique de Foulques I^r ou de Foulques II, dit le 
Bon. 

Le musée d'Angers, outre ce grand denier, possède 
encore une obole du même Foulques I^**, donnée par 
feu M. Langes de Saumur. Cette obole porte d'un côté : 
+ GRACIA DT (Dei) coMES, et au centre le mono- 
gramme FvLCO, puis de l'autre : 

R| + ANDECEAvis CA :: (civitas); au centre croix égale. 

Mais quelles sont donc les pièces que l'on peut attri- 
buer à Foulques III dit Nerra? 

Dans le dernier tiers du x^ siècle, suivant la Numis- 
matique moderne de M. J. B. A A. Barthélémy, Roret, 
page 427 (1), vers le milieu du xi«, suivant Lelewel, 
pages 151 et 158, t. 1 de sa Numismatique du moyen 
âge, reparurent sur beaucoup de monnaies (2), les deux 

(i) Voir pièce attribuée à Geoffroi GrisegoneUe, n^ 309. 

(2) Au nord on suspendait Talpha et Tomega aux branches dfe 



lettres de l'éternité, à savoir Y Alpha et VOmega^ que les 
Mérovingiens avaient déjà employées mais que l'on ne 
trouve pas dans la période carlovingienne. 

Il suit de là, que c'est sur la limite du x^ au xi siècle 
qu'il est logique de placer l'emploi de Y Alpha et de 
Y Oméga dans nos pièces angevines, et que c'est égale- 
ment vers cette époque qu'il est convenable de rap- 
porter la révolution monétaire qui s'opéra dans notre 
monnayage angevin, révolution par suite de laquelle 
disparaissent, i^ la formule gratia dei, 2o la légende 
civiTAS, qui sont remplacées, la première par le nom 
entier du comte et par les deux lettres de l'éternité sus- 
pendues à une croix égale, la seconde par le mot vrbs. 
Or l'entreprenant Foulques Nerra vivait précisément 
sur la limite du xe au xi^ siècle (987-1040), et plus 
qu'aucun autre il dut tenir à honneur de placer sur la 
monnaie, son nom tout entier ainsi que les deux lettres 
éminemment chrétiennes et grecques A o), lui qui avait 
parcouru plusieurs fois l'Orient et qu'on appelait le 
Palmier et Jérosolimitain ! En outre, comme il avait 
l'esprit novateur et remuant , pouvait-il ne pas con- 
tribuer à la petite révolution monétaire dont nous 
venons de parler? 

Mais comment distinguer ses pièces de celles de ses 
successeurs du même nom etnotamment de Foulques IV 
dit le Rechin (1060-1109)? Ici est la difficulté, et je 
ne trouve pas d'autre moyen pour la résoudre que celui 
de scrupuleusement étudier le monogramme des Foul- 

la croix; au midi on ne les rencontre guère. Voir Lelewel^ p. 15i, 
t . I de sa Numismatique du moyen âge. 



— 4W — 

ques. Ce monogramme fiit toujours le même pour nos 
comtes d'Anjou pendant trois siècles à peu près, 
quel que fût d'ailleurs leur nom. En effet, ce mono- 
gramme persiste et persistera même jusque sous 
Charles I^^ fait comte d'Anjou en 1246, mais il persiste 
en s'altérant de siècle en siècle, jusqu'à ce qu'il soit 
remplacé par une clef dans le cours du xiii^ siècle. 

Ainsi sous Foulques le Roux (913-938), les trois 
lettres verticalement posées : 

F 



et les deux lettres horizontalement placées C (le C à 
panse droite) sont pariaitement accusées, tandis que 
plus tard c'est avec peine que l'on distingue l'v de I'l. 

Il suit donc de ceci que plus le monogramme est bien 
fait, plus ses lettres enchevêtrées se distinguent facile- 
ment et plus il est ancien. 

Point de difficulté pour les prédécesseurs de Foulques 
Nerra puisque l'on possède d'autres moyens pour les 
reconnaître, tels que les légendes gratia dei et civitas. 
La difficulté, comme je l'ai déjà fait pressentir, com- 
mence donc surtout à Foulques Nerra; eh bien, lors- 
qu'on devra se décider entre ce comte d'Anjou et 
Foulques Rechin par exemple, dont les monnaies, à 
tous les deux portent, 1^ leur nom tout entier ^ 2» r Alpha 
et r Oméga suspendues aux branches d'une croix égale, 
3^ le mot urbsy on sera à peu près certain que celle de 
ces pièces qui aura les lettres du monogramme les plus 
distinctes, se rapportera au premier. Point de con- 
fusion possible avec la monnaie de Foulques V comte 



— u% — 

d'Anjou, roi de Jérusalem (1109-1129) puisque Ton ne 
connaît jusqu'ici de ce prince qu'une seule pièce frappée 
en Touraîne et sur laquelle on voit un portail ou 
cbâtel, pièce citée par Lelewel, page 195, t. I de sa 
Numismatique du moyen âge. 

Même procédé devra s'appliquer aux pièces des 
Geoffroî, comtes d'Anjou, sans même en excepter celle 
attribuée à Geoffroi Grisegonelle , par M. J. B. A. A. 
Barthélémy, pièce déjà citée et que nous croyons pou- 
voir restituer plutôt à Geoffroi II dit Martel (1040-1060). 

Quant aux monnaies de nos comtes Plantagenets, 
savoir : Henri II, Richard Cœur de Lion et Jean sans 
Terre, l'on ne sait pas positivement si depuis leur élé- 
vation au trône d'Angleterre, ils conservèrent intact le 
monogramme angevin (1). Cependant tout porte à le 
croire, puisque nous voyons après eux ce monogramme, 
un peu défiguré il est vrai , persister jusque sous 
Charles I^r, frère de saint Louis, vers 1246 (Voir J. B. 
A. A. Barthélémy, dans Roret, Numismatique du moyen 
âge^ page 93). 

GEOFFROI II dit MARTEL (1040-1060). 

Geoffroi II fit frapper des deniers angevins et des 
oboles. Le musée des antiquités en possède une en 
billon, trouvée à Bain (Ille-et-Vilaine) et classée sous 
le no 42, 2© catalogue. 

On y lit : gosfridvs cos entourant Y Alpha et Y Oméga 
suspendus à une croix égale, et au revers vrbs AioEGAv 
entourant le monogramme des Foulques. L'v et Tl 

(1) Lelewel^ t. I, paçe 161, Numismatique du moyen âge. 



— 443 — 

y sont parfaitement accusés. 11 en est de même de 
trois deniers d'argent déposés au dit musée et trouvés 
aux Augustines près d'Angers, route de Saumur, en 
d847; mais le nom d'Angers y est écrit : aidccv, et 
celui du comte . gosriidys. 

Faisons remarquer que les trois lettres cos signifient 
consuly titre que prirent souvent nos comtes au lieu de 
celui de cornes (1). Ceci se vérifie par le titre même du 
plus ancien ouvrage écrit sur nos comtes d'Anjou, in- 
titulé : GESTA CONSVLVM ANDEGAVORVM, ouvragc dédié à 
Henri II, roi d'Angleterre, dans la seconde moitié du 
XII® siècle et qui fut imprimé dans leSpicilége d'Acheri, 
t. X, page 400, puis réimprimé en 1856 par M. Mar- 
chegay, sous le titre de Chroniques d'Anjou, Le manus- 
crit primitivement déposé dans les archives de Saint- 
Laud près d'Angers, fut communiqué à d'Acheri par 
d'Hérouval, ainsi qu'à Hiret (pages 128, 129), par 
Jacques Millet, chanoine et archidiacre de Saint-Maurice. 

Mais revenons à GeoflFroi II, pour dire qu'il eut éga- 
lement le privilège de battre monnaie dans l'étendue 
de l'évêché de Saintes. Deux mots d'explication au sujet 
de la possession de la Saintonge par les comtes d'Anjou. 
L'Art de vérifier les dates, t. XIII, page 50, nous apprend 
que Foulques Nerra avait acquis de Guillaume, duc 
d'Aquitaine , la ville de Saintes dans le capitole de 
laquelle, soit dit en passant, il fit emprisonner Herbert, 
comte du Maine. Le même ouvrage, page 54, nous ap- 
prend encore que GeofTroi II, et Agnès sa femme, au 

(i) Néanmoins c'est seulement sur les pièces de Geoffroi II que 
nous aidons troui^é cos. 



— 444 — 

retour d'un voyage en Italie, fondèrent en 1047 Tabbaye 
de Notre-Dame à Saintes pour des filles^ et ce fut à 
cette occasion, qu'afin de doter ce monastère, ils vou- 
lurent bien céder à l'abbesse le droit qu'ils avaient de 
battre monnaie dans l'étendue del'évêché de Saintes (1). 
La Saintonge fut perdue pour les comtes d'Anjou en 
1066, sous Foulques IV dit le Rechin, qui s'en laissa 
déposséder par Guillaume VIU, duc d'Aquitaine. Ils ne 
furent donc pas maîtres de cette province plus d'un 
demi siècle. 

GEOFFROI III DIT LE BARBU (1060-1068). 

Ce Geoflfroi a-t-il été comte d'Anjou? A-t-il frappé 
monnaie en cette qualité? A la première question on 
doit répondre qu'en droite Geoflfroi le Barbu ne fut pas 
comte d'Anjou. En eflfet, notre province, en vertu d'un 
partage, avait été dévolue, avec la Saintonge, à Foulques 
le Rechin son frère, par Geoffroi II dit Martel, leur 
oncle maternel décédé sans enfants (2). 

Néanmoins le Barbu, non content d'avoir en sa pos- 
session le Gatinais qu'il tenait de son père et la Tou- 
raine de son oncle Martel, éleva d'injustes prétentions 
sur l'Anjou et ne craignit point, sur plusieurs charfes, 
de prendre le titre de comte de notre province (3). 
Donc en fait il le fut, mais mal lui en prit, car son 
frère le Rechin le vainquit en deux batailles, l'une à 

(1) Gall. christ.^ t. II, p. 480. Revue Numismatique de MM. E. 
Cartier et De la Saussaye, année 1843, p. 379. 

Voir aussi Lelewel^ Numismatique du moyen âge, p. i43. 

(2) Art de vérifier les dates, p. 57. 

(3) L'Anjou et ses monuments, t. II, p. 148 et 149. 



— 445 — 

Angers en 1067 et l'autre à Brissac en 1068. Durant ce 
laps de huit années le Barbu, qui mourut prisonnier à 
Chinon, fit-il frapper monnaie en qualité de comte 
d'Anjou? je l'ignore, cependant M. J. B. A. A. Barthé- 
lémy dans sa Numismatique du moyen âge (Encyclo- 
pédie Roret, page 94), marque d'un astérique le nom 
de ce prince, ce qui indique qu'il admet l'existence de 
monnaies angevines frappées par lui. 

J'avoue, malgré de minutieuses recherches, ne pas 
les connaître et cela vient sans doute de la difficulté qui 
existe à les distinguer de celles de Geoffroi II dit Martel . 

FOULQUES IV DIT LE REGHIN OU LE QUERELLEUR 

(1060-1109). 

Nous attribuons à Foulques le Rechin deux deniers 
en billon (1) donnés au musée des antiquités d'Angers 
par M'"® de la Frugelaye et classés n» 110 2^ catalogue ; 
ils proviennent d'un trésor pesant 9 kilogrammes 500 gr. 
découvert en rouleaux dans un vase de terre, au lieu dit 
la Lande des Aunais , commune du Grand-Fougeray, 
département d'IUe-et-Vilaine. Chaque denier pèse envi- 
ron un gramme; parmi ces pièces se trouvaient des 
deniers de Saint-Martin de Tours,^ marqués du chàtel 
aux quatre points évidés en usage de l'an 1100 à 1270 (2), 
puis des conans Legros avec la légende dux britannie 
(1112-1148 (3). 

(1) Au xii^ et au xiii" siècle les barons Ceibriquaieiit plutôt le 
biiloa que la ivraie monnaie blanche. Leiewel, Numismatique du 
moyen àge^ 1. 1^ p. 148. 

(2) Lelewel^ planche vu de la monnaie baronak. 

(3) Idem planche xvii^ n^ 10. 



— 446 — 

Nos deux deniers angevins portent fvlco comes en- 
tourant une croix égale, avec l'alpha et Tomega et au 
revers : vrbs aidccsv entourant le monogramme. 

Une autre découverte faite dans le creux d'un morceau 
de bois, commune de Bécon, en un champ nommé Bor- 
dure-des-LandeSy département de Maine et Loire^ nous 
a fourni plusieurs centaines de deniers en billon parmi 
lesquels sept ont été donnés au dit musée par M. Joseph 
de MieuUe et classés sous le u^ 88, 3^ catalogue ; deux 
sont au châtel de Tours et les cinq autres, qui sont 
angevins, ressemblent aux précédents. Cependant deux 
portent le nom d'Angers andegavis en toutes lettres et 
par un 6. Le nom Pulco y est écrit tantôt par un I et 
tantôt par un L. Quant au monogramme, on y voit que 
l'V et l'L se permutent en un point d'où sortent comme 
trois clous. Aurait-on voulu figurer les clous de la 
Passion? Un seul de ces deniers porte très -bien ac- 
cusé rV et l'L et peut, en raison de cela, être attribué 
à Foulques Nerra. 

Une troisième découverte, celle-ci faite à Ai^ers, 
nous a fourni trois deniers en billon donnés par 
M. Rondeau. 

Toutes ces variétés sont des dégénérescences du mo- 
nogramme primitif. 

Foulques le Rechin ne fit pas seulement battre 
monnaie en Anjou, mais encore en Touraine. Voici 
comment s'exprime Lelewel à ce sujet (1) : 

« Le portail (ou châtel) fut rétabli sur la monnaie 
> de Saint-Martin de Tours et en est devenu une em- 

{i) Numismatique du moyen âge, t. I^ p. ^15. 



— 447 — 

> preinte constante. La couronne et le comte d'Anjou 
» le reproduisirent vers Tan 1100. > Or à cette époque 
régnait précisément notre Foulques le Rechin. 

M. Cartier n'est pas moins affirmatif, mais il géné- 
ralise davantage. 

€ Versle règne de Philippe I^r, dit-il (1), (1060-1108), 

> la monnaie de Saint-Martin réduite une dernière fois 

> dans sa valeur, par suite de l'altération des monnaies 
yt royales, devint la règle des transactions de toutes nos 
» provinces. On s'y attacha parce que depuis le com- 

> mencement du xi« siècle elle demeura stable de types 
» et de valeurs, et parce qu'elle était reconnue par les 

> comtes d'Anjou avoués de Saint^Martin et maîtres 
» d'une grande partie de la France, lorsqu'ils furent 

> devenus rois d'Angleterre, ducs d'Aquitaine, de Nor- 
» mandie, etc. 

i> Il existe, continue-t-il, des oboles (portant le châtel 
» de Tours (2) sur lesquelles on remarque, attachées 
» à la croix, l'alpha et l'oméga qui se trouvent sur les 
» monnaies des comtes d'Anjou. Cela nous confirme, 
» ajoute-t-il, dans l'opinion que ces puissants seigneurs 
» frappèrent à Saint-Martin (de Tours) leurs monnaies 
f angevines qui couraient comme tournois. Ils eurent 

> un atelier monétaire à Beaulieu, près de Loches où 

> il ne se fabriqua sans doute que des monnaies au type 
ji angevin ou des tournois, sans que rien puisse nous 
» les faire reconnaître. > 

(i) Voir dans les tableaux chronologiques de Thistoire de ToU'* 
raine son article «r de la Monnaie tournois issue de celle de Saint- 
Martin. » 

(2) « Ce chàtel peut rappeler l'enceinte de Ghâteauoeuf (de 
y> Tours) qui entourait et défendait l'église. » Voir Cartier. 



— 450 — 

Rechin, il fut associé par lui au gouvernement de notre 
province. Cette association n'eut qu'une très-courte 
durée; commencée en i098, elle finit en li06 par la 
mort de Geoflroi, tué devant le château de Candé. 

Fit-il battre monnaie? c'est chose peu probable. Je 
ne connais aucune pièce qui puisse lui être attribuée. 

FOULQUES V ROI DE JÉRUSALEM (1109-1129). 

Foulques Y, fils du Rechin et de la fameuse Ber- 
trade, fut investi en droit par Philippe I^' roi de 
France, mais non en fait, du comté d'Anjou dès Tan 
1106, sitôt après la mort de Geoffroi IV, son aîné. 

En il 29 il quitte l'Anjou, cède ses droits à son fils 
(Geoffroi V), se rend pour la seconde fois à la terre 
sainte, y est couronné roi de Jérusalem en il 31 et 
meurt en ii42. 

Nous avons précédemment cité, page 20, d'après 
Lelewel, une pièce de ce prince, frappée au type tour- 
nois, c'est-à-dire portant c le petit édifice nommé 
* cbâtel, composé de deux tourelles réunies par un 
> fronton : ce signe marquait la tnormaie tournois. > 
(Encyclopédie Roret, page 92). 

La pièce de Foulques Y confirme l'usage qu'avaient 
les comtes d'Anjou de battre monnaie en cette province. 
Ce fut principalement soub leur direction que l'Europe 
entière, notamment au xii^ siècle, adopta le type tour- 
nois introduit même en Orient par les croisades (1). 

Hais en ce qui concerne le monnayage angevin sous 
Foulques Y, je ne connais aucmne pièce de Ini frappée 
à Angers. 

(1) A. Daubnn^ p. 72i, Revue contemporaÎDe, 1857. 



— 451 — 

C*est le moment ici de parler des deniers de Gien 
(Loiret) : < ils portent le monogramme de Foulques qui 
» n'était plus qu'une marqué convenue de la monnaie. > 
(Lelewel, page 163.) 

Maïs dans ce monogramme l'v et I'l sont devenus 
une petite branche (Voir Lelewel, planche viii, Numis- 
matique du moyen âge , n® 25). Quant à l'alpha et à 
romega suspendus à la croix, ils ont pris la forme de 
deux petits v obliquement renversés. Lelewel, page 163, 
se pose cette question : « D'où vient donc que le mo- 
» nogramme angevin a été employé à la monnaie 
1^ Giennoise (Gienisca) 1 » Il paraît s'en étonner. 

Nous croyons pouvoir y répondre ; en effet Gien était 
une ville du Gatinais; or le Gatinais avait appartenu à 
Ingelger et plus tard à Geoffroi le Barbu, ainsi qu'à 
Foulques le Rechin, tous comtes d'Anjou. Il n'est donc 
pas surprenant que le monogramme angevin ait figuré 
sur les monnaies de Gien, même après eux, dans le 
cours du xii® siècle. 

GEOFFROI V DIT LE BEL ET PLANTAGENET (11 29-1151). 

Nous ne connaissons jusqu'ici aucune pièce angevine 
qui puisse être attribuée à cet aïeul des Plantagenets, 
non plus qu'à ses successeurs Henri II, Richard Cœur- 
de-Lion, Jean-sans- Terre et Arthur. 

En attendant qu'il s'en découvre nous disons, avec 
la Revue numismatique de MM. Cartier et De la Saussaye, 
pages 29 et 103, année 184â, qu'au xii© siècle, sous les 
Plantagenets, la monnaie d'Anjou avait cours en Nor- 
mandie, dans le Maine, dans le Perche, etc.; qu'elle fut 
remplacée par les deniers tournois surtout après la 



— /t52 — 

confiscation de Tan 4204; et qu'enfin les espèces an- 
gevines tombèrent dans un tel discrédit, qu'en 1S26 
elles n'avaient plus cours à Angers même. 

Toutefois la monnaie angevine discréditée vers la fia 
du gouvernement des Plantagenets dans nos provinces 
occidentales de France, se relèvera sous nos premiers 
comtes de la maison d'Anjou-Sicile. Nous y reviendrons 
dans un prochain article. 



V. Godard-Faultrier. 



i(i 




SOCIÉTÉ IMPÉRIALE D'AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS 

ANCIENNE AGAOÉIDE D'ANGERS. 







COIIISSIOI ÂRCHfOLOGIQUE 



DU DEPARTEMENT 



OE MAINE ET LOIRE 




ABGHiOLOGIQDE 



DE I/ANJOU 



Année 1869. — Décembre* 




ANGERS 

IMPRIMERIE DE COSNIER ET LAGHÉSE 

Chaussée Saint-Pierre , 13 

1863 



■cQ 




ACTES ^^^^ 



! 

DS 



SAINT FRANCAIRE 



! 

CONFESSEUR. 



■ Nos prsdicaiDiiit qtiod scinraq, ac 
certa traditione didicimns. » 

(Gard. BaroDins, Mortyrologium Bomanum.) 



Quelque riche que soit uile église en ornements et 
vases sacrés, quelque haut que remonte son origine ' 
dans le cours des siècles, il n'est pas pour elle de tré* 
sor plus précieux que la possession d'un corps saint, 
pas de gloire plus éclatante et plus vraie que celle qui 
rejaillit d'une châsse transmise de génération en géné- 
ration à la garde et à la vénération des pieux fidèles. 
Aussi de ces honneurs assidus dont sont entourées les 
reliques, de ce reflet céleste qui illumine un pays, dé* 
coulent des sources abondantes de grâces qui témoi- 
gnent à la fois et d'une protection puissante et d'un 

REP. ARC. 33 



— 454 ^ 

crédit immense que Dieu accorde au mérite de son 
saint : Contestante Deo meriti documenta beati (1). 

Deux époques ont été particulièrement funestes, en 
Anjou, au culte des saints et de leurs reliques. Au xvi^ 
siècle, la rage des protestants, au xviiie, la fureur de 
l'impiété s'attaquèrent aux statues les plus vénérées, 
non moins qu'aux ossements les plus sacrés. Cependant 
dans ce cataclysme épouvantable et de si lamentable 
souvenir, tout ne fit pas naufrage. La foi du chrétien, 
qui domine les épreuves, parvint à triompher des obs- 
tacles, et c'est à son zèle ardent et patient tout ensemble, 
que nous sommes redevables des reliques qui font au- 
jourd'hui notre orgueil et notre consolation. 

Nous avons beaucoup perdu, hélas! et jamais de 
telles pertes ne pourront être réparées, non que l'or, 
les pierreries, les étoffes précieuses, nous fassent défaut, 
que l'art, si prodigue de beautés, ait tu jusqu'à pré- 
sent ses secrets, mais qui nous rendra ces saints pour 
lesquels s'étalaient ces magnificences? qui remplira 
ces châsses vides désormais?. 

Nous ne voulons pas compter les absents, ils sont 
trop nombreux, mai& il nous sera permis de ne pas 
noug attrister d^piQsuréippnt, en pensant, comptai^t, 
pondérant ce qui poi^ç restée et ce que nous avons gagné. 

Il nous est resté des pnfants de l'Anjou, saint Flo- 
rent, saint Regpauld, saint Maxenciol ; de ceux à qui le 
diocèse offrit une généreuse hospitalité, saint Méen et 
saint Judicaël, et lors de 1^ nouvelle délimitation des 
diocèses, nous avons hérité de saint Pierre II de Poi- 

(1) s. Paulin. Potm,, XXVII^ 40. 



— 455 — 

tiers, de Robert d'Arbrissel et de saint Francairô. 

C'est de ce dernier que je traiterai dans cette étude 
hagiographique, consacrée spécialement à venger sa 
mémoire de roùblî, ses ossements' de rindifféréncê, son 
culte de la tiédeur inhérente à toute œuvre lion-en- 
tretenue. Et, pour être complet sur un sujet âe cette 
importance au poîiit de vue de rhagiographiè diocésaine, 
j'embrasserai successivement les phases "diverses soûs 
lesquelles cette science me présente saîni Francàire, 
teHes que biographie, reliques, culte pullib et prîvé, 
iconographie et bibliographie. 

Si ce fut pour moi un honneur, que f a|iprécie dans 
toute son étendue, d'avoif' levé de terre le corps du 
saint protecteur de Cléré, c'en est un non moins grand 
de pouvoir par des recherches spéciales, travailler â 
une réhabilitation méritée. Mais ileât juste'de repor^ 
ter l'initiative des démarches officielles îusqu*au digne 
prélat d^ qui émanait la commission reçue, et que la 
cause des èaints, qu'il s'agisse de leurs reliques ou 
simplement de leur culte, trouve toujours pieusement 
dévoué. '^ ' • ♦ . >i 

« Qu8B cum ita sint, ajouterài-jé avec un prince '*dë 
l'Église, ignoscite nobis, omnes ad quos pervenerit 
libellus noster, estote benighi, neque nostram temeri- 
tatem acriter i?epreb?mdatis. S eaim vobiç^...,.. longe 
meliùs instructif et doctrinâ plenius imbutis, tenuis 
satis et imperfectus videatur noster conatus, gaudete 
illum saltem nobis profuisse ad eruditionem (1). » 

(1) N. Gard. Wisi^mao. Lwtdes S. C^rolf Borromœi, Londini, iS6i. 



— 456 - 



I. 



Il importe, dès le début, de bien préciser le nom de 
notre saint. 

Or ce nom, dont le radical est franc, et la termi- 
naison gallo-romaine, se rencontre invariablement écrit, 
en latin, Francarius, en français Fbàngaire, à quel- 
qu'époque que ce soit (1). 

Je sais bien qu'on peut m'opposer les Martyrologes 
français qui écrivent encore Frâgaire. Mais à cela je 
répondrai péremptoirement que cette forme vicieuse, 
altérée, n'a jamais existé en Poitou ni en Anjou, et qu'il 
n'est nullement démontré, malgré une confusion que je 
combattrai plus loin, que saint Frâgaire soit le même 
que saint Francaire. 

Le Père de Giry et le chanoine Bapaillon ont pu 
écrire Franconius, qui en français ferait Fraticon ou 
Franconi; Thibaudeau a même imprimé Francorius. 
Mais cette double variante, que je ne constate que deux 
fois, ne tire pas à conséquence et n'infirme en rien l'usage 
général^ tant aacien que moderne. 

IL 

Les Bollandistes distinguent avec raison dans les 
Actes des Saints, les acta priora et les acta secunda. 

(1) Texier , p. 8S , a écrit une seule fois Franguaire , par inadver- 
tance sans doute, de même que dans VEpigramma ad authorem, par 
faute d'impression bien probablement, il s*est glissé divi Fracarii, 
deux variantes typographiques contre lesquelles proteste tout le reste 
du volume. 



- 457 — 

Malheureusement nous ne possédons sur saint Fran- 
caire ni des Actes contemporains ou à peu près et par 
conséquent d'une autorité irréprochable, ni même des 
Actes de seconde main, d'une date postérieure, mais 
néanmoins d'une grande portée hagiographique. 

Nous sommes donc obligés de recourir à la tradition 
locale, telle qu'elle a été consignée à plusieurs reprises 
différentes, et telle que î'ai pu la constater moi-même 
àCléré. 

Or cette tradition, que j'accepte comme elle se pré- 
sente, parce que rien ne m'autorise à en dénier la va- 
leur, affirme ces trois choses : qye .saint Francaire était 
seigneur du Mureau; qu'il y vé<5ut, mourut et fut en- 
terré; qu'il fut le père de saint Hilaire, évêque de 
Poitiers. 

.Le Mureau est situé dans: la paroisse de Cléré (can- 
ton de Vihiers), à trois kilomètres environ du bourg. Il 
se divise en deux parties : le Haut et le Bas-Mureau. Le 
Haut-Mureau, indiqué aujourd'hui par une ferme, oc- 
cupe le plateau d'une colline, au pied de laquelle coule, 
maigre filet d'eau, le Layon^ qui plus loin devient pe- 
tite rivière, et qui, à sa source, sort de l'étang du châ- 
teau de Beaurepaire. 

Le Bas-Mpreau actuellement inhabité, n'est autre que 
le prolongement du coteau qui avaDce en pointe dans 
la vallée et s'abaisse graduellement. Or cette pointe a la 
forme d'une motte, aplatie de manière à tracer l'en- 
ceinte, assez étroite et restreinte, d'une habitation, 
dont il ne reste plus de traces apparentes sur le sol. 
Là, dit la tradition, était le château de S.. Francaire. 

Les mots importent peu dans la question ; c'est au 



— 458 — 

fond même des choses qu'il faut aller, et voir quelle 
signification précise le peuple leur attache. 

S. Francaire était noble et riche, possédait des 
terres, des troupeaux et des hommes, faisait largement 
l'aumône, avait une habitation distincte de celle de ses 
colons et serviteurs, vaquait à la fois aux travaux de 
l'esprit et à ceux de l'agriculture, en un mot, occupait 
seul le pays avec les siens dans une étendue de terri- 
toire qu'il serait difficile maintenant de déterminer. 

Qui ne voit là, dans ces vastes possessions^ dans l'au- 
torité qui en résulte, dans céiie' villa gallo-romaine 
complète, tout ce qui a frappé le peuple et les choses, 
res, que, plus tard, la tradition, invariable sur le fond, 
mais mobile sur la manière de l'exprimer, a désignées 
par des noms modernes, relativement à S. Franôaire^ 
En effet, seigneur signifie simplement homme riche et 
puissant, comme château s'interprète demeure confor- 
table, et proportionnée au rang et à la tortune du pro- 
priétaire. * 

Que S. Francaire ait vécu exclusivement au Murean, 
je le crois sans peine, d'autant plus volontiers qu'on se 
tait partout ailleurs sur le lieu présumé de sa résidence 
fixe ou passagère. 

Qu'A ait donné le jour â S. Hilaite, depuis évêque 
de Poitiers, je le crois encore, ave?c toute la tradition, 
qui ne varie que sur un point, à savoir où naquit ce 
saint docteur. Avec la tradition locale, j'inclinerais pour 
le Mureau. Mais je sais que plusieurs localités reven- 
diquent le même honneur, et empêchent par là même 
de résoudre la question qui, après tout, n'est sérieuse- 
ment discutable qu'entre Gléré et Poitiers. Là pour 



— «59 - 

moi n*est pas la question en ce moment et je Pécarte. 

La paternité incontestée de S. Hilaire fixe Tépoque 
précise à laquelle vécut S. Francaire. Le fils étant mort 
Tan 368, c'est au* iv« siècle qiae nous reporterons la vie 
de S. Francaire, époque féconde qui' produisait en même 
temps et disséminait sur le sol Sbéili de rAflijqu, S. 
Maxentiol, S. Doucelin, S. Piorentiî " 

S. Française était^il chrétien, lors de la naissance^ de 
S. Hilaire? Nous l'ignorons, tas Bénédîciins de S. Maur, 
qui, en 1693, »ont publié ies œuviies de Tévêque de 
Poitiers, ont essayé de nésouéfe de problème historique 
dt ils hésitent à se^îpTonodder entre «un texte de S. Hi- 
laire lui-même qui, dans son Xvàiiéi'deia Trinité, insi-^ 
niue la négative, tandis ique l'affitmative se trouve po^ 
sée'par Portunat avec plus de vraisemblance. 

En présence de ces deux opinions,^ qui^'»ni Tune ni 
K&ulre, n«e produisent une certitude complète, le choix 
est iibre, et l'on peut croire ou qiie S. Fi^ancaiare, déjà 
chrétien, iiïonlqua au jeune Hilaire les ^principes du 
chrîs&inisme, oii que païen de naissance et d'habitude, 
il regut du docteur des Gaules, lia grâce ert le bienfait 
de la foi. 

Je n-insiete pas trop stir tous ces détails*, parce qu'il 
règiiesurcestemps reculés une obscdrité pre&que impé- 
nétrable,» et que, dànsTespècé^ l'essentiel est de constater 
la sainteté de S. Frahcàire : c'est une question de pure 
critique biographique que de rechercher s'il -a été saint 
plus tôt èù plus tard;? ^ i 



— 4flO — 



III. 



S. Francaire fut inhumé dans sa proprié té, un peu 
au-dessus de sa maison, sur le coteau du Mureau. 
L'emplacement de la tombe, qui, suivant l'usage du 
temps, devait être une auge de pierre, a été maintenu 
jusqu'à nos jours par un autel et une croix de bois que 
la piété des pèlerins renouvelle chaque fois qu'elle 
tombe de vétusté. Je ne saurais trop féliciter M. Cesbron, 
curé de Cléré, de la bonne pensée qui lui est venue de 
bâtir en cet endroit une petite chapelle qui portera le 
vocable de S. Francaire, et permettra aux nombreux 
visiteurs qui s'y rendent fréquemment, d'entendre là 
les messes qu'ils ne cessent de faire dire en l'honneur 
du saint confesseur (1). 

Or cet emplacement, déterminé seulement par la 
tradition de la paroisse, coïncide parfaitement avec la 
fontaine de S. Francaire qui coule, un peu plus bas, 
sur les flancs du coteau et a toujours été de la part 
des populations l'objet d'une vénération toute parti- 
culière. 

A quelle époque le corps fut-il levé de terre et trans- 
porté du Mureau d'ans l'église paroissiale de Cléré? 

L'épilaphe de l'évêque Jean dji Bellay répond que 
cette élévation et première translation solennelle eurent 
lieu en 1470 : 

« Magna cum devotione coUuit aanctum Hillarium, 
Pictavensem Ëpiscopum, et sanctum Francarium, ejus 

(1) Grandet dit qu'il y avait autrefois une chapelle en cet endroit. 



— m ^ 

Patrera, cujus reliquiae tempore sni Pontificaios, anno 
miUesimo quadringentesimo septuagesimo translataB 
sunt e pago du Mureau dictae parochiae Sancti Hillarii 
de Claire, in eccle^iam dicte parochiaB, ubi plurima 
fiunt miracula (1). » 

Le prieur Texier qui eut en main la généalogie de 
la maison du Bellay, commente en plusieurs endroits 
de son rarissime opuscule, ce passage si précieux et 
significatif de Tépitaphe qu'il rapporte. Je lui laisse 
volontiers la parole. 

« S. Francaire, dit-il, , estant décédé, son corps fut 
mis dans un tombeau de pierre dure, au lieu du bas 
Mureau, en ladite paroisse de Claire.... où le corps de 
S. Francaire a esté par l'espace de plus d'unze cens 
ans, et d'où il fut transporté^ il y a environ cent soi* 
xante et dix ans, du tems de Jean du Bellaiy, évesque 
de Poitiers, et abbé de S. Florent, par la diligence et 
libéralité de Louis de la Haye, lors seigneur de Passa- 
vant (2), et de Jeanne d'Orléans sa femme..... sous le 
règne de Louys XI, et fut ledit corps de S. Francaire 
mis sur le haut dii grand autel de l'église parroissiale 
de Claire...;. On ne peut rapporter asseurément le jour 
de cette première translation, d'autant qu'oa n'a pu 
trouver le procès-verbal d'icelle (3). > 

; . 1 . . . 

(i) Texier, p. 78. — Ce texte est emprunté â une généalogie de 
la maison du Bellay , que Texier avait écrite sur les manuscrits que 
lui avait légués, à sa mort, Tabbé deSavigny. — Trincant, qui a 
écrit au xvii^ siècle « THistoire généalogique de la maison du Bellay, » 
ne dit rien de la dévotion des seigneurs de ce nom envers S. Francaire. 

(2) Passavant, canton de Vihiers. 

(3) Texier, p. i, 5. Voir aussi p. 73. 



Le même chroniqueur ajoute que le'gfand nombre 
de miracles opérés au Murëâu et continués à Cîèré , 
décida la faiftille du Bellay et les seigneui's de Passa- 
vant à rendre au corps de S. Francàire lés honneurs 
qu'il méritait. Voici comment il s'exprime aiix pages 
80 et 81. 

a Non-seutement les seigneurs et les dames du Bel- 
lay ont porté une grande dévotion à saint Hilaire et à 
saint Francdire, son père, et ont fort honoré le lieu de 
leur naissance, mais aussi les seigneurs et damés de 
Passavent, sous le règne de Louys VII^, il y à plus de 
cinq cens cinquante ans, et Ameline du Bellay, sa 
femme, sœur de Girault du Bellay, troisiesme du nom, 
seigneur de Montreuil-Bellay, grqnd sénéchal de Poic- 
tou, et. favori du roy Louis Vil®, lesquels, pendant 
qu'ils faisoîent leur demeure à Passavant^ alloient sou'- 
ventavec une graqde dévotion, au lieu du Bas-Mureau, 
pour visiter le tombeau de saint Francaire, père fle 
saint Hillaire , à cause des miracles qui s'y faisoient 
ordinairement', et Louis de la Haye, ^m étoil aussi sei- 
gneur de Passavant, nous le règne de Louys XK envi- 
ron' Tan imil quatre ceils soixante et dix, et Jeanne d'Or- 
léans, sa îèmrae, sœur de François d'Orléans, comte 
du Dunois et de Loûguevilte, et; seigneur de Montreuii- 
Bellay (1), de Tancarville et de Mongoumery, grand 
chambellan et gouverneur de Normandie, lesquels aydè- 
rent de leurs moyens à faire la première translation 
des reliques de saint Francaire. » 

Il m'est difficile d'accorder avec ces textqs si formels 

(1) Montreuil-Bellay, chef-lieu de canton (Maine-et-Loire). 



et puisés afix sources originales; le passage tant dé 
fois cité de Jean Bouchet, Failnaliste^t' Aquitaine) qui 
reporte vers l'année 4500 la découverte du corps da 
saint Francaire. Je copie ce texte important dans les 
deux éditions gothiques qui soiit à la bibliothèque de 
la ville de Poitiers et qui datent de 1525 et 4591, au 
verso du folio ix et au folio x. 

a Quoyqu'il en soit puis (vingt ans en ça en l'église 
parrochialle de saiiiet Hylasre de Glesse près Mortaigne 
en Poictou furent trouvées les sépultures de son père 
nommé Francarias et aussi 'd« sa mère, géâs nobles 
et moyennement ricbes» » 

De deux choses l'une : ou il faut accepter ou il est 
sage de rejeter ce ténïoignage. Si je l'accepte j j'ad- 
mets, non plus une découverte, mais une reconoais- 
sance du sépulcre, faille dans Téglise raéole de Glébé, 
en 4503, vingt^deux ans avant Fimpression de la pre^ 
mière édition des Annales. Si au contraire ce témoi«^ 
gnage me parait suspect , comme tant d'autres rapt' 
portés par cet historien peu scrupuleux, j'ai à fournir 
les preuves de ma négatioA' et à contrôler les alléga- 
tions de mon opposant. 

Bonchét parle d'une sépulture^ comme s'il s'agissait 
non pas de l'église de Cléré^ mais du Mureau. Or. ce 
sépulcre, selon lui, devait être déposé dans la terre ; 
opinion insoutenable, puisqu'il était autdessùs du sol, 
derrière le grand autel, dit Texier, qui l'y a vu en 
4644. 

Bien plus, Bouchet laisserait entendre que saint Fran- 
caire et sa femme furent en^ii&iii^&dans l'église de Cléré, 
affirmation contraire à la tradition, et de plus^ dans 



— 464 — 

l'élévation de-terre opérée en 1470, il n'est fait mention 
que d'un seul corps, à Texclusion de celui de la mère 
de saint Hilaire, qu'aucun culte spécial n'a jamais ho- 
noré. 

Ce n'est que dans l'édition de 4644 que je lis Claire 
près Passavant^ au lieu de Classe près Mortaigne, erreur 
qui me ferait croire que la phrase tout entière, écrite 
sur ouï-dire et comme en passant, ne mérite pas qu'on 
y ajoute foi, ou exige tout au moins qu'on attende les 
preuves qui doivent la corroborer. 

Je le dis à regret : e'est cette phrase suspecte qui 
seule a fait fortune et a rais en relief le nom de saint 
Francaire, et qu'à l'envi tous. les historiens et hagio- 
grapbes se sont plu à répéter comme mentionnant un 
fait certain. ' 

La légende a toujours caché en elle-même un fonds 
de vérité. Ici, sous dès termes trompeurs, paraît un 
document irrécusable, qui est celui de la translation, 
m^is célébrée trente-cinq ans plus tôt. 



IV. 



Une seconde translation du corps de saint Francaire 
ulans uneichâsise neuve eut lieu le 28 avril 1641, avec 
tant de pompe et d'éclat que la population de Gleré 
crut devoir en perpétuer le souvenir par une fête anni- 
versaire, qui, chaque année encore, attire à l'église 
les pieux fidèles du bourg et des environs. 

Texier, qui a pu transcrire les pièces officielles sur 
les originaux mêmes, nous en a laissé une copie, qu'il 
ne sera pas inutile de irèproduire ici, car la rareté de 



— 4b5 — 

son opuscule permet de les considérer presque comme 
inédites^ et de plus elles attestent, en Êiveur du corps 
que nous possédons actuellement, tradition certaine et 
culte continu (1). 

Ces trois documents sont : une autorisation accordée 
par l'évéque de Poitiers pour la bénédiction de la 
châsse et la translation des reliques (39: août 16^); un 
renouvellement de cette autorisation (26 mars 164*1) 
et le procès-verbal de la cérémonie de la translation 
(28 avril 1641). 

Permission de Monseigneur de Poictiers pour faire la 
translation des Reliques de S. Francaire (2). 

« Nous, Henry-Louis Chastaigner de la Roche-Posay, 
par la misération divine, Evesque de Poictiers, per- 
mettons à vénérable maistre Louys (3) prestre, prieur 
d'AlIonne, de faire faire une châsse pour mettre les 
Reliques de S. Francaire, qui sont en la Table (4) du 
Grand Autel de l'Église de S. Hillaire de Claire, en 
nostre diocèse, et de bénir ladite châsse (5), ladite bé-^ 

(1) ff De sacrorum ossium identitate^ et quidem non levis sed 
solida, non interrupta sed continuata. » Bened. XIV, t. IV, p; 236. 

(2) Texier, p. 14, 15. 

(3) Sic, a^ec le seul nom de baptême, sans le nom de famille, au 
moins selon la 2* édition. 

(4) L'évéque veut dire retable ou cotUre-table , car il est certain 
que la châsse de pierre n*était pas enfermée dans le tombeau de 
l'autel. Sur la disposition de ces châsses, voir VioUet-le-Duc. au mot 
Autelf dans son Dictionnaire d'architecture. 

(5) La bénédiction des châsses et reliquaires est énumérée parmi 
les bénédictions épiscopales, c'ést-à-dire qu'il appartient à l'évéque 
seul de la donner : il ne peut, à cet effst, déléguer qui que cei smt, 



l 



— 466 - 

nédiction faite, et lesditea re1iques> incluses en icelle, 
de la posser et mettre en ladite église en Keu' à ce 
propre, et convenable pour lesdîtes Relîqups y estre 
vénérées par les fidèles chrestiens. Donné et fait à 
Dissay (1), le vingt-nenfiesme jour d'aonst mil six cens 
vingt et quatre. Signé : Louys, Evesque de Poigtiers. 
Et plus bas : Par mondit seigneur Evesque, Mighelet. > 

Confirmation de ladite permisHon, 

c Nous confirmons ladite permission. A Poictîers, 
le vingt sixiesme mars mil six cens quarante et un. 
Signé : Henry Louys, E. de Poigtiers. > 

Procès verbal de la Translation des ReHques de 
S. Franoaire^ pèr$ de S, JSHaire (2). 

« Aujourd'huy dimanche vingt-huictiesme avril mil 
six cens quarante et un, nous Louys Texier, prestre, 

sans induit apostolique. — Un décret de la sacrée Congrégation des 
Rites » en date- du 7 mars i667 « compte patinî les fimetiêtu épisco- 
pales la translation des saintes Reliques : f Functionem in transla- 
tione Eeliquiarum iMuyierari intêr functiones episoopales. »Ckirdel£ni. 
Décréta S. C. Rituum, t. I . p. 295. 

(\) Les évéques de Poitiers avaient leur chétoau à Dissay, entre 
Poitiers et Ghâtellerault. ( 

(2) Texier, p. 16 et suiv. — M. Rédet., arobiviste de la Viemie, 
mij^crit à la date du 6 juillet 1861 : « D'après Tindication que tous 
m'avez foumie, j'ai trouvé dans les archives du cbapitre de S. Hilaire 
)e prQpèfi*<verbal de la tfanslatioa des reliques de S. Francaire^ en 
date du 28 août 1641, signé : Louys Texier; par mon dit sieur com- 
missaire : Trahit. Il remplit sept pages et demie de papier, de 29 
à 3^1 lignes .chacune. Toutefois, ee n*est pas la minute, les* noms des 
témoins y.étant seulement jebftés^ »«- Dom Fonteneau, au tome LI, 



— 467 — 

prieur d'AlloniDe; (l),i I^^encié ^g.clroiieits, co)9[imis8aire. 
en . Q^tte < pai^tje . d'Uluatri^sime . ett {lévérendiseicQ e MoiVi 
sçigneuî?. Çenry^Lovya Chastaigner de! la Rocbeposay^ 
Évesque de PodcUen^^ suivaEt ssl commission et mande^i* 
ment du vingt et neufiesra^ aonet, mit six cens vingts- 
quatre, signé Heîîb.'y iQUYS,' Evesque de Poictiers : et 
plus haSf par comtnGmdemev^t de mondit seigneur Eves-* 
que, Mxghelet, et de 1^ confirmation d'icelle^ tâcrite 
de 1^ main de mondit Seâgnaur du vingt-sixiasme de 
migf3 mil si^ ce9s quari^ate^et un, damier paasé^ dt 
sigiK^, Heiv ny. l^ouYS Ev.pë I?oiqT»»s.,; nous ^ommea bpans- 
portes^ en l'Église parocbiale de S» Hillaire de Glaire, 
psès Passav2|nt,i dudict diooQSfe dç Poictiiers, pouB bénir 
p^r la pei;missioQ de ^autborit^ de ;mdndit seigoeur 
Eyesquft de Poicliers, une châsse, neufve donnée par 
M,oi)i?ieur de iiezeau, Cjonseiller du Roy- en ses conseils^ 
d'Eala,^ et pflvé, et par M. Nicolas le Febvre de Lezeau,- 
son filsi. prieur commeîidateire du prieuré de Glaire, 
et pour y transÉÔT^r eti mettre les Reliques de sainct' 
Frajîcaire, confee^eur, père d^ sainct. Hitaire Evesque 
de PQictiçTSj/^stapt daji^ une cllâsse pu tombeau de 
pierre dure, sur le hault du.: grand Autel .de ladite^ 
Église parochiale de ffairé, oy. estans, auxions prenaiè- 
remept fait une t^riefve exhortation au peuple snr» leô. 

p. 461-465, de sa volumineuse collection manuscrite de Mémoires,,,, 
pour servir à l'histoire du Poitou (Bibl. de la ville de Poitiers) , a 
inséré une copie de ce procès-verbal, sous ce titre : « Procés-verbal 
de la translation des reliques de S. Francaire, père de S^ Hilaire, 
d'une vieille châsse dans une nouvelle. An 4^41, 28 avril. » Le savant 
Bénédictin a ajouté : « Nota. L'original de cette pièce est dans les 
archives de Téglise de S. Hilaire-le-Grabd de Poitiers ». 
(i) Allonne, arrondissement de Saumur. 



- 468-^ 

louanges de S. Francaire et sur l'obligation que nous 
avons d'imiter ses vertns, sa piété et sa charité, pour 
participer à sa gloire, et sur le sujet de la translation 
de ses sainctes Reliques. Après la prédication, nous 
avons pris TAube, FEstolle et le Fanon (i) et une 
Chappe pour procéder à la bénédiction de ladite châsse 
neufve, que nous avons fait mettre prés le grand Au- 
tel) sur une table couverte d'une nappe et dëceminent 
ornée, avec des cierges que nous avons fait allumer à 
chacun costé d'icelle, en présence de vénérable et dis- 
cret maistre Michel Benoist, prestre, curé dudit Glaire, 
de noble et discret M. Artus de Bônchamps, prestre; 
chanoine en VÉ^flise d'Angers et prieur de Viers (9), dé 
M. Jean Blancheteau, prestre, curé de la parroisse de 
S. Martin des Cercueils (3) sous Passavant , maistre 
René Rabin , prestre habitué audit ^Uairé , M. Gille 
Ledra, prestre habitué audit Passavant, M. Jean Rallier, 
vicaire dudit Claire, frère Pierre du Moulin, prestre, 
religieux au cojuvent des frères Prescheurs, à Touars, 
M. Eustache Boivin, chapelain de la Chapelle S. Nico- 
las, desservie en l'église parrochiale de S. Nicolas de 
Viers, de Jacques de la Beraudière, escùyer, sieur de la 
Coudre et de Maumusson, René Favineâu, sieur de la 
Coudfaye et de Vie, de M. Charles Gaudays, advocat à 
Sauraur, seneschal du sieur prieur de Glaire, d'Olivier 

(1 ) Dans les diocèses de Poitiers et d*Ângers on suivait, â cette époque, 
une liturgie propre, ])a9ée sur le Romain et dite pour cela ad Romani 
formoffi. Au Romain, le famn, qui ne se prend qu'avec la chasuble, 
serait de trop pour cette bénédiction faite avec une chape. 

(2) Vihiei'S (Maine-et-Loire). 

(3) Les Cerqueux-sous-Passavaat, canton de Vihiers. 



— 469 — 

Hùrtault, advocat à Tours, procureur fiscal de Nicolas 
Trahit, notaire royal audit Saumur, greffier ^ Jean 
Ângibaut, procureur spécial dudit sieur prieur, Antoine 
Georgeau, Jean Brunet, advocats audit Passavant, Louis 
Poirier, fermier dudit Passavant, Joseph Voilage et 
Pierre Marteau , fermiers dudit prieuré de Claire, et 
d'un grand nombre d'habitants de ladite paroisse de 
Claire et des paroisses circonvoisines sbubsignez, qui 
ont assisté tant à la bénédiction de ladite nouvelle 
châsse qu'à la translation desdites reliques et à toutes 
les cérémonies déclarées cy-après. En présence desquels 
nous avons, de l'authorité de mondit seigneur Évesque 
de Poictiers, bény ladite nouvelle châsse, selon la 
forme contenue au Pontifical romain, et après avoir 
dit les oraisons et bénédictions contenues audit Ponti- 
fical, avons aspergé d'eau béniste ladite châsse. Ce 
fait, estans assistez de six prestres, avec l'aube, l'es- 
toUe et la dalmatique, sommes allez, en forme de pro- 
cession, quérir la vieille châsse de pierre, où sont 
les reliques dudit sainct Francaire, que nous avons 
descendiies dudit lieu où estoit ladite châsse et fait 
mettre près ladite châsse neufve par nous béniste, près 
ledit grand Autel et, à la veiie dudit curé de Claire, 
desdits prestres et autres assistants cy-dessus. desnom- 
mez, avons ouvert ladite vieille châsse, où sont les Re- 
liques dudit S. Francaire^ lesquelles Reliques, après 
les avoir encensées par trois fois, nous avons fait voir 
audit curé, prestres et autres assistants, pour en rendre 
tesmpignage en ce présent nostre procès-verbal, et en 
leur présence avons tiré lesdites Reliques de ladite 
vieille châsse de pierre, et mises et posées dans ladite 

REP. ARC. 34 



— 470 — 

châsse neufre, les arrangeant décemment et les enve- 
loppant d'unvoile de taffetas blanc» et avant que fermer 
ladite châsse, avons mis dans icdle un escriteau (i) 
contenant l'éloge et la translation, comme s'ensuit, 
signé de nous. 

c Âd Dei optimi maximi gloriam. Die Dominica vige- 
sima octava Aprillis, anno Domini millesimo sexcente- 
simo quadragesimo primo, hsB venerandad reliquiae cor- 
poris sancti Francarii, confessons, de vetusto loculo, 
solemni ritu translatée sunt in banc thecam seu capsam, 
solitis EcclesiaB precibus benedictam, per me indignum 
servum Dei Ludovicum Texier, praasbiterum, in utro- 
que jure licenciatumi Priorem commendatarium de 
Alonna, ex mandato lUustrissimi ac Reverendissimi Do- 
mini D. Henrici Ludoviqi Ghastaigner de la Roche- 
Posay, Episcopi Pictavîensis, Quam quidem capsam 
lUustrissiraus Dominus Nicolaus le Febvre deLezeau(2), 
interiore Régis consilio consiliarius, et Magister Nice- 



(1) Je n'ai point retrouvé cet escriteau ni dans la châsse ni avec les 
ossements. 

(2) De la Chenaye-Desbois , dans son Dictionnaire de la iwblesse, 
t. I, p. 292-293; t. V«I, p. 695; t. X, p. 530; t. Xni, p. 381, 
dit que LexeaU ou \ii'Mctie*-Le»eau est mne terre seigneuriale de 
Normandie , érigée en ms^quisat par lettres du m^is de jvilWt 4693. 
Il ajoute : f Nicolas Le Febvre , seigneur de Lezeau , 'Conseiller au 
grand conseil , puis au parlement, Président des Requêtes du Palais, 
ensuite maître des Requêtes , mort doyen des Conseillers d'Etat 
le 1^ novembre 1680, âgé de plus de ceut ans. Il avait épousé Marie 
Hinselin, morte en mars 1678... dont il eut (5 enfants) :... ?. Nico- 
las t Chanoine de Téglise de Paris, abbé de Glaire-Footaiiie (au dioc. 
de Chartres, 0« S. A.), mort en décembre 1677. » 



-^ m — 

laas le Febvre ée Lezeau (1), ejus filius» prior com- 
idendatariifô prjioratvis hujus Eccleside, dono dfiderunt. j> 
» Avec laquelle inscriptiou mus avons aussi rois daas 
ladite abâs&e nue coppijB en parphemin/ d^umeni col- 
lationnée par deux notaires apostoliques^ demevirant à 
Saumur, de la commission de mondit seigoeuf? de Poic- 
tiers, du vingt-neufiesme aoust mil six qens vint et 
quatre ^ sigtiée Henry Louys , ^vesque de Poigtiers., 
et plus bas, par le 4xmmandement de mondit seigneur, 
MiGHELET , e4 de la confirmation d'icelle » du vingt 
sixiesme mars mil six cens quarante et un, dernier 
passé. Ce fait, nous avons fermé ladite cbâsse neufVe, 
où sont lesdites Reliques et avant que la lever, V^iuripns 
encensée par trois fois et posée sur ladite table, su,r 
des brancars à quatre bras, et a esté ladite châsse 
portée en procession, à Tentour du cimetière de ladite 
Église (2), par deux prestres, les quatre autres portant 
le Poisle (3) sur ladite châsse^ ayant l'Aube, l'Estolle 
-et la Dalmatique, avec des cierges et des torches allu-- 
mées, nouSy commissaire susdit^ suivant après lesdits 
prestres, avec l'Aube, l'Estolle et la Chappe , cbantaps 
des respôns dudit Sajuact, et la procession faite, avons 

(i) t Nicolas Le Febvre de Leieatt, <>omêft consistorianus, abbâs 
anno im. » GaU. Chrittiana, P^siis, 1656, t. IV, p. 265. 

(2) 1.6 cimetière ^ qui devait être plus étendu autrefois , est main- 
.tenant séparé de Ta^bside de Téslise par un chemin. 

(3) La S. Congrégation des Rites a plusieurs fois condamné l'em- 
ploi du dais, pouf les processions des saintes Reliques , entt^dutres 
le 23 mars '1686', par ce décret : « An Reliquiae sanctorum , quiie 
deferuntur in processionibus per civitates et oppida, debeant deferri 
sub baldachino? — Négative. » Gardellini, t. IfT^ p. 162. 



— 472 — 

chanté TOraison dudîct Sainct, et avons fait mettre 
ladite châsse près ledit graïkl Autel, sur ladite table, 
décemment ornée, et après nous avons dit la Messe 
solennelle de l'Office dudîct Sainct, encensé l'Autel et 
lesdictes Reliques, tant au commencement de la messe 
qu'à rOfibrtoire, et la Messe dite, nous avons fait 
mettre ladite èhâsse sur ledit grand Autel, avec des 
cierges allumez de èhàcun costé, jusqu'à Vespres, qui 
ont esté aussi chantées de l'office dudict Sainct, les- 
quelles estant dites et tous les luminaires estant allu- 
mez, nous avons derechef encensé par trois fois ladite 
châsse, qui a esté portée solennellement au hault du 
grand Autel de ladite Église, où nous l'avons posée en 
présence desdits prestres et assistans, dont nous avons 
dressé nostre procès-verbal, que nous avons signé et 
fait signer auxdits assistans cj-dessus desnommez, du- 
quel |xrocès-verbal nous avons donné audit sieur Curé 
une grosse en parchemin pour estre mise aux archives 
de ladite Église, signée de nous et dudit Trahit, cy- 
dessus desnomraé, que nous avons commis nostre se- 
crétaire pour signer avec nous ladite grosse,, avec les 
coppies de nostredit procès-verbal, fait les jour et an 
que dessus. Ont signez en la minutte avec nous, 
Mw Benoist. de Bonchamps, R. Blancheteau, Rabin, 
R. Agaisse, Ruillier, F. P. Dumoulin, G. Boivin, Jacques 
de la Beraudière, J. Angibault, Bergeau, J. Brunet, 
Gaudais, Hurtault, Trahit, Vigner, F. Gaillard, G. Lo- 
geais, Bouestault, Panneau, P. Avoleau^ et J. Ballago. 
La grosse est signée Louis Texier et N. Trahit. » 



~ 478 — 



V. 



La châsse bénite en 1 6Ai , par le prieur d'Allonne et 
offerte à S. Francaire par les deux Nicolas de Lezeau, 
dont un était prieur de Cléré, existe encore à la cure 
de ce bourg. 

Son style concorde parfaitement avec la date qui lui 
est assignée, et ses vastes dimensions sont proportion- 
nées aux nombreux ossements qu'elle contenait. En effet, 
elle mesure en. longueur 0,75 c. , en hauteur 0,35 et 
0,43 c. en profondeur. Le toit, qui la couvrait et lui 
donnait la forme d'une église, a disparu, sans qu'il ait 
été possible de le retrouver. 

En bois menuisé, ainsi que l'indique le procès-verbal, 
cette châsse, qui porte encore des traces de peinture 
et de dorure, se. compose de deux grands côtés et de 
deux petits. 

La face principale se divise en trois parties : un sou- 
bassement continu, une suirface percée de trois niches 
que séparent des colonnettes et un entablement ar- 
morié, égayé de rinceaux jaunes sur fond bleu. Des 
niches , une seule est cintrée à son sommet ; les deux 
autres ont leur linteau horizontal aâoiorti en fronton. 
Les statuettes d'anges ou de saints qui les ornaient ont 
été enlevées. 

L'écusson, sommé d'un casque à lambrequins flot- 
tants, se blasonne : d! azur y au chevron d'or y accompagné 
de trois iris de même sur une tige d'argent, que je crois 
de Lezeau, quçique je lise dans le Dictionnaire de la 
Chenaye, t. XIII, p. 381, 387 : 



— 474 — 

c Les seigneurs de Lézeau ont pris les armes et li- 
vrées des Le Fevre d'Eaubonne et d'Orraessou.... La fa- 
mille de MM. Le Fevre d'Ormesson porte pour armes : 
à trois lys d'argent, feuilles et tiges dé sinople. > 

La face postérieure est identique à la précédente, 
sauf une légère différence au soubassement, peint de 
cartoticbes fleuris et, au milieu, de deux palmes croi- 
sées. 

Un des petits côtés a son entablement armorié et une 
tulipe au naturel dans une niche aveugle. La face, qui 
lui fait vis-à-vis, porte une branche de rose et au sou- 
bassement une guirlande feuillagée et fleurie. 

Des quatre écussons peints sur la châsse deux sont 
sommés du casque seigneurial , les deux autres sont 
adossés à un bourdon prieural posé en pal, pour faire 
souvenir de ses deux donateurs, Tun conseiller d'Etat et 
seigneur de Lezeau, l'autre prieur de Cléré. 



VL 



Au xviiie siècle, un os de S. Francaire fut extrait de 
la châsse placée au-dessus du grand autel et fermée de 
toutes parts, pour être mis dans un reliquaire en bois 
sculpté et doré d'un style élégant, et exposé sans cesse 
à la vénération des fidèles, dans la chapelle de S. Fran- 
caire. L'inscription sur parchemin qui authentiquait 
celte relique, porte : 

Saint Francaire, cpnfesseur. 

L'inventaire général des reliques du diocèse, auquel 
je donnai tous mes soins comme custode des saintes R6- 



— 475 — 

iiques, m'amena à constater la présence d'un ossement 
de S. Francaire, en dehors de l'église de Gléré. 

Une parcelle, si^ns authentique, existait au presby- 
tère delà Tourlandry. Elle provenait d'un ossement con- 
servé à Brigné, et avait été détachée, sans autorisation 
préalable de l'Ordinaire, à une époque assez rapprochée 
de nous. 

J'écrivis: à M- le curé de Brigné pour être renseigné 
sur la nature et l'authenticité. de: cet ossement. Voici 

» 

la réponse que j'en reçus, à la date du 12 juillet 1859 (1 ): 
. « Monsieur l'abbé , j'ai reçu, hier^ votre lettre du 
10 épurant relative aut reliques des SS. Matburin et 
Francaire. C'est moi, sans doute, qui ai délivré celles 
qu'on vous a remises. Mais je n'ai pas trouvé ombre 
d'authentiques, quand je suis arrivé à Brigné, il y aura 
26 ans, le 25 août prochain. 

j> Le reliquaire où elles se trouvaient était un bras, 
avec une main, coupé au coude. Au milieu du bras 
en avant, était une espèce de niche, dans laquelle il y 
avait deux os assez considérables ; sur l'un était écrit : 
saint McUhurtn, et sur l'autre : sairU Francaire ; cette 
niche était ferraéepar un verre collé. Mes paroissiens 
m'ont dit qu'ils avaient toujours vu ce bras sur les de- 
grés du maître: autel, auprès du tabernacle. 

» li&^ Pa^ysant étant venu à Brigné, je lui montrai ces 
reliques, et sur mon affirmation qu'il n'y avait pas d'au- 
thentiques; il m'ordonna de les enterrer dans le cime- 
tière. Je ne le fis pas, mais un an plus tard, ayant con- 
struit l'autel de la sainte Vierge, pJaqué contre un raur^ 

{{)i Tontes les lettres que je dte sont déposées au Musée diocésain* 



— 476 — 

à droite du grand autel, je fis faire par le maçon une 
petite niche dans le vieux mur, et j'y plaçai, debout, ce 
bras-reliquaire avec un écrit portant que c'était par ordre 
de Monseigneur, qui m'avait défendu de laisser ces re- 
liques exposées à la vénération des fidèles. Aujourd'hui 
il est impossible de retirer ce reliquaire de la place 
qu'il occupe, sans défaire le devant de l'autel de la 
Vierge. Les reliques se trouvent à peu près vis-à-vis de 
la niche où est la statue. » 

L'ordre épiscopàl était sévère, l'acte qui s'ensuivit 
singulier. Je voulus revenir sur l'un et sur l'autre, mais 
on m'objecta toujours la grande dépense et l'impossi- 
bilité de démolir l'autel de la Vierge. Que de reliques 
ont été ainsi enfouies en terre ou sous le pavé des égli- 
ses ! Une critique plus éclairée, une connaissance plus 
parfaite des règles canoniques eût indubitablement 
amené un résultat diamétralement apposé. 

J'aurais vivement désiré voir ce bras^ pour savoir son 
âge et partant de là, ainsi que dû culte public avoué, 
de temps immémorial, j'en aurais conclu, même en l'ab- 
sence de sceaux, à la certitude morale de l'authenticité. 
En France, l'apposition du sceau épiscopàl sur les re- 
liquaires anciens est fort rare, et je n'en constate l'u- 
sage régulier que dans le siècle dernier. Il faut donc 
rechercher ailleurs des preuves de conviction sur l'i- 
dentité et l'authenticité des reliques. Benoît XIV fournit 
à cet égard une règle fort sage qu'il sera utile de rap- 
peler ici, puisqu'on est si porté naturellement à la mé- 
connaître ou à l'oublier. 

c Admittimus et enim appositionem sigillorum esse 
cautelam, quse maximopere confert ad probandam iden- 



— 477 — 

titateiu sacràrum Reliquiarùm.... at simul et semel 
contendîmus quod, etiamsi dicta cautela defecerit et 

potissimum si defecerit si nihilominus cœterae ad- 

sunt circumstantiae identilatem suadentes, identitas re- 
maneat probata, non obslante memoratae cautete de- 
fectu. Idque probatur a priori et a posteriori : à priori 
quidem, quia vis stat in înorali certitudine et moralis 
certitudo aliunde haberi potest qnàm a sigillis, nec 
ulla hucusque lex lata est quœ pro régula statuât, iden- 
titatem Reliqniaruro probari non posse, nisi fuerint ap- 
posita et suis loco et tempore rénovata sigilla : à pos- 
teriori deinde quia in litteris Apostolicis Clementis VIII 
super expositione capitis sancti Guillelmi ducis Aqui- 
taniae in Ecclesia Antuerpiensi Societatis Jesu..... . 

nulla fiât..... mentio existentise sigillorum, signum evi* 

dens boc est, quod sigilla non aderant, cùmque non 
obstante eorum defectu, Pontifex permiserit, ut caput 
publicae veneràtioni exponeretur, légitima bine deduci- 
tur consequentia , quod existentia sigillorum non est 
de forma, et quod, câeteris concurrentibus circumstan- 
tiis, identitas* sine illis benè probari potest (1). i» 



VII. 



Lors de la révolution, Téglise paroissiale de Cléré 
fut transformée en écurie, et les ossements de S. Fran- 
caire, extraits de sa châsse, jetés sur le pavé de la nef 
et foulés, aux pieds. 

(1) Bened. XIV. De Cammiz. Sanet,, t. IV, p. 238, 239. 



— 478 — 

Cependant de pjenx habitants, indignés de cette pro^ 
fanatiott, parvinrent à soustraire les saintes reliques 
au mépris de quelques impies qui faisaient la loi à la 
commune, les recueillirent et les déposèrent, en atten- 
dant de meilleurs jours, dans un coffre de bois qui 
existe encore à la cure de Gléré. 

Ce coffire, fabriqué avec de forts madriers, a une forme 
oblongue : il est bas, porté sur des pieds sculptés en 
accolade et fermé par une serrure en fer ouvragé, carac- 
tères qui indiquent suIBSsamment le xv^ siècle. 

Quand la paix eut été rendue à l'Église catholique^ 
le curé de Gléré fit une information en règle et écouta 
les dépositions circonstanciées de plusieurs témoins 
oculaires ^ni affirmèrent juridiquement que les osse- 
ments conservés dans le coffre étaient ceux mêioes qui 
avaient été i^levés de la châsse. 

L'ancienne châsse brisée ne pouvait plus servir; une 
raison d'économie mal entendue conseillait de ne pas 
en QDmmander une autre ; bref, on avisa \m expédient 
inqualifiable qui fut de bloquer les. ossements dans le 
grand autel^ alors en construction, sous là pierre sacrée. 

Un os de la jambe fut détaché et placé dans le re- 
liquaire en bois doré qui avait survécu aux désastres 
de la révolution, pour être exposé publiquement dans 
l'église. On eut soin de le mettre comme il était au- 
trefois, à l'autel de S. Francaire, dans ' une niche pra- 
tiquée au-dessous de sa statue. 

L'authentique decette relique, datée du 24 avril 1826, 
mentionne dans le même reliquaire un os de S. Parfait, 
S. Perfecti. C'était l'usage, basé sur une opinion erronée, 
de mettr§ à côté d'une relique d'origine discutable une 



— 479 — 

autre relique incontestable, comme si Fâdditiôn de cette 
relique suffisait à sauvegaftler la responsabilité de TOr- 
dinaire. 

De deux choses Tuiife : ou la relique principale était 
apocryphe et il fallait l'exclure, ou elle était authentique 
et elle n'avait pas besoin d'une addition inutile. Etait- 
elle douteuse? L'examen qui en aurait été fait sérieuse- 
ment l'aurait de suite classée parmi les reliques apo- 
cryphes ou les reliques authentiques et, pour lever ce 
doute, il suffisait d'obtenir une certitude morale^ la 
seule requise en pareil cas. 

J'insiste sur tout ceci, car plus que jamais il importe 
de remettre sous les yeux les vrais principes qui régis- 
sent la récognition des saintes reliques. Benoît XIV, que 
je vais encore citer, résume dans les trois paragraphes 
suivants, les règles qui m'ont aidé à la reconnaissance 
canonique du corps de saint Francaire. On ne peut s'ef- 
facer derrière une autorité plus compétente et plus im- 
posante. Voici les propres paroles du savant Pontife : 
« Non possunt ad publicam exponi veneratioûem 
sancta Corpora sanctaeque Reliquae, nisi de ipsarura 
constat identitate (1). » 

« Quando hodie, sive agatur de identitate Gorporum 
et Reliquiûrum corara Ordinarioy sive coram sacrorum 
Rituum Gongregatione, constare débet de Gorporum et 
Reliquiarum identitate per probationes concludentes, 
et si non certitudine metaphysicâ vel physicâ, saltem 
morali certitudine certas (2). » 

(1) Bened. XIV, t. IV, p. 216. 
\^) Id., p. 217. 



\ 



— 480 — 

t Dicturo est autem, sive agatur de idmtitate Corpo- 
rurn et Reliquiarum coram Ordinario^ siye coram sacra 
Congregatione, cum jùdiciura Gorporum et Reliquia- 
rum ad cultum publicum exponendarum a Sacro Con- 
cilio Tridentino u tique deferatur episcopis in suis diœ- 
cesibus, uti coliigitur ex sess. 25 de Invocat. vénérai, et 
Reliq. Sanctor. (1). » 

« Sacrum Concilium Tridentinum in loco citato in- 
quit, in re de qua iiunc agimus, ûeri debere ea qiue 

veintati et pietati consentanea videbuntur Tandem 

scribentcs communiter censent, in re et ad affectum de 
quo agimus, sufficere certitudinem moralem..., et in 
certitudine quidem morali esse quiescendum, monet 
Papebrochius in Respons. ad exhibiL error, ad art. i9, 
num. iâ, ubi ait : « In bac materia Reliquiarum, po- 
tiùs quam alibi procedendum magis ex pise credulita- 
tis affectu quam. ex notitia certa eorum per quorum 
manus transierunt illdB : et Episcopi, qui ex prudenti 
judicio procedere jubeutur à Tridentino in illis recog- 
noscendis et publiée exponendis, acquiescere debent, 
cum scriptâ vel oculatâ fide eis probatur, Reliquiara 
aliquam bonâ fide acceptam a loco, ubi fuerat in ho- 
nore, vel cum vero similibus antiqui cultus indiciis 
reperla alicubi, velut talis vel talis sancti, licet ejus- 
modi probatio et fallere possit et fallat seape. iEquum 
enim est ut ibi subsistât humansB inquisitionis diligen- 
tia, ubi ulterior labor esset fruslraneus ; et a supersti- 
tionis periculo tuta sit Reliquias venerantium Religio, 
quatenus ea tendit in primarium suum objectum, id est 

(1) Bened. XIV, t. ÏV, p. 218. 



— 481 — 
Sanctorum honorem , etsi fortassis eorum ipsœ non 
essent, qa» at taies proponunlur (i). » 

VIII. 

Les choses en étaient là, quand, les premières en- 
quêtes terminées, et eu vertu d'une commission spéciale 
de Mp" l'évêque d'Angers, je résolus de faire ouvrir 
l'autel et de remettre en honneur le corps de S. Fran- 
caire. En conséquence, le jeudi 30 mai de l'année 1861, 
vers les dix heures du matin, sous ma direction, l'autel 
de pierre fut effondré et nous rendit les précieux restes 
qu'il recelait. Mais, hélas ! dans quel état î fracturés, 
brisés, pulvérisés! 

On ne comprend pas, on s'explique diiBcileiDent l'in- 
curie avec laquelle ces ossements vénérés avaient été, 
non pas renfermés dai^ une boite quelconque, mais 
bloqués comme des moellons, au milieu de la chaui, 
dans le massif de la maçonnerie. C'est à ces matières 
étrangères, qui les avaient salis, que j'ai dû disputer 
les moindres fragments afin qu'aucun ne fût perdu. 
Étaient 'présents, comme témoins à cette exhumation, 
je dirais presque à oette heureuse ïnveruio», M. Cesbron, 
curé de Cléré, M. Chicoleau, maire de la commune, et 
René Courant, sacristain. 

IX. 

Je transportai le corps au presbyii^e, ûù Qe tardèrent 
pas à nous rejoindre M. l'abbé V-ualott ^^ ^- ^'*^^' 



— 482 — 

Lambert^ tous les <leux directeurs du ccfllége de Yi- 
hiers, ainsi que M. Mondain, docteur-médecin, et 
M. Ghicoteau, juge de paix, l'un et l'autre demeurant 
également à Vihiers. 

J'étendis tous les ossements sur une table couverte 
d'une nappe blancHe, et» pour me conformer aux pres- 
criptions d'Urbain VUI, de sainte mémoire, j'invitai 
M. Mondaiil à donner à chacun des ossements sa déno- 
mination propre. 

Le corps de S. Francaire fut ainsi reconstitué par 
l'habile et complaisant doc^ur: 

1 . Deux os coxaux , l'un presque entier, l'autre aux 
iieux tiers de sa longueur; 

2. Astragale ; 

3. Tibia gauche (1), — quatre fragments du tibia 
droit ; 

4- Deux parties inférieures d'humérus ; 

5. Trois parties d'os des îles ; 

6. Os pariétal, — temporal, — occipital; 

7. Partie antérieure de l'os maxillaire supérieur; 

8. Partie tte Tos frontal; * 

9. Trente-huit fragments d'os du crâne; 

10. Seize vertèbres ou parties de vertèbres ; 
il. Ddux fragments du scapîUum ou omoplate; 

12. Six fragments d'humérus; 

13. Sept fragments de fémurs, gauche et droit; 

14. Deux calcaneum presque entiers; 

15. Six fragments de côtes; 

16. Premier os du métatarse. — Os du tarse. 

(\) ("e tibia provient du reliqii»irQ. . . 



— 488 — 

17. Fragments de radius; '•' i , 

18w E^ttérftité inférieure du péroné droîl; 

19. Cent sept fragments d'os; 

20. Viûgt-sept petits fragments d'os. ' 
M. Mondain ia cons^taté que tous ces ossements étaient 

ceux d'un homme de petite ststture ou mort jieune eiicore. 
Il le feradt adulte et âgé d'une' trentaine d'années. 



X. 



Outre ces ossements, qui, -grâce au; tibia isolent à la 
conformation générale, ont'étareoc^nus pour appartenir 
au même corps, M. Mondain a constaté deux autres 
ossements, provenant de «sujets diJOTépents*' 

Ces ossements, distincts dé ceux de S. fVancaire, ont 
été ainsi dénommés : 

Humérus d'un enfant d'une dizaine d'années; 

Fragment d'os des îles d'un adulte. ' 

Cette confusion d'ossements peut s^expliquer de deux 
manières : ou, suivant un usage aussi ancien que gé* 
néral, la châsse avait contenu d'autres reliques que 
celles de S. Francaire, ce qui ne paraît pas pouvoir se 
concilier avec le procès-verbal du prieur Texier; ou, 
lorsque les ohâsses furent vidées, les ossements se 
trouvèrent mêlés sur le sol de l'église, ce qui est înfi-' 
niment plus probable, ^ . 

En effet les archives de la Préfecture que j'ai con- 
sultées à cet effet, m'ont fourni un acte du 6 mai i6â9, 
qui mentionne expressément unçj reU^^^ ^^ S.^t^ico\as. 

Je résume cet acte prolixe : 



X 



— 484 — 

Legs fait par « Colin Drouaùlt, demeurant près Tau- 
mônerie de Passavant, en. la paroisse de S. Hilaire de 
Cléré » pour « que le dict curé et ses successeurs curés 
soyent tenus doresnavanl à perpétuité dire ou faire dire 
deux anniversaires par chascun afi au jour, terme et 
feste.de la translation saiact Nycolas de May, c'est as- 
savoir vigiles, messes, l'une de Monseigneur sainci 
Nycolas et l'aultre de Nostre-Dame, vespres et Libéra 
des morts en l'église dudict lieu de Cléré, ou en la 
chapelle de Cléré, ou en la chapelle de Nostre-Dame en 
laquelle est le Reliquaire de monseigneur sainct Nycolas. » 

Peut-être Cléré possédait-il quelqu'autre relique que 
les inventaires de l'église, s'ils existaient, auraient pu 
nous nommer, 

Quoi qu'il en soit, je déposai le corps de S. Francaire 
dans une boite en bois, faite exprès pour la circons- 
tance, et mis à part les deux autres ossements avec le 
titre Reliquiœ Sanctorum^ ainsi que l'a prescrit la Sacrée 
Congrégation des Reliques par son décret du 22 février 
1847 in Dimonm (1). . . 



XI. 



C'est un principe de : droit que des indulgences ne 
peuvent être accordées à l'occasion d'un saint dont le 
nom n'est pas inscrit au Martyrologe Romain. 

« Indulgentias non esse concedendas in posterum, 

(i) Prinzivalli. Décréta authentim S. C. Indulgent. Sacrarumque 
Reliquiar , p. 486, 487. 



— 485 — 
nîsi sanctis descriptis in Martyrologio et cai 

Aussi on remarquera que dans les brefs 
Urbain Vlll, en 1623 el 1642, il n'est nul 
tion de S. Francaire, quoique les indulgei 
accordées pour les deux jours où l'on cél 
moire, Rome sauvegardait le principe en 
sa concession portail, non sur la dévotioi 
culte de S. Francaire, mais uniquement si 
les fidèles pouvaient être le mieux prépi 
leur nombre, soit par leurs dispositions 
soit même par les cérémonies ecclésiastiqi 
les saintes indulgences. 

Je cite d'après Texier, les deux brefs 
qu'il nomme à tort Bulles {%), ainsi quel 
la Rocheposay, regrettant de n'avoir pas 1 
nal, que je préférerais publier en latin. 

Bulle d'autres indulgences concédées le i 

4623 (3). 
f Urbain Pape huictiesme.Atous fidèles( 
ces présentes lettres verront, salut et béné 
tolique. Estant meuz d'une pieuse charil 
les tbrésors de l'Église pour l'augmentatio 
tion des fidèles et le salut des âmes, N 

(1) Gardellini. Deerttù S. C. Rituum, t. I, p. të' 
in una Urbit. 

(â) V. sur la distinction entre les bullet Bt ^bs 
La PoToisie, iSfil, n° 1. — Les BuHgg g^nl ^* 
les brefs avec l'anneau du pêcheur ; c^^,- . y. e,v| 
quoiqu'il y en ait plusieurs autres. 

(3) Texier, p. 12 et suit. 
REP. ARC. 



— 486 — 

miséricordieusement en nostre Seigneur à tous fidèles 
Chrestiens de l'un et Tautre sexe, vrayement pénitens 
et confessez, et ayant receu la sainte Communion, qui 
visiteront dévotement l'église du prieuré de Saint- 
Hilaire de Claire, de l'ordre de Saint-Benoist, du dio- 
ceze de Poictiers, au Mardi des feriers de Pasques, 
depuis les vespres du jour précédent jusqu'au soleil 
couché dudit four et prieront Dieu pour la concorde des 
Princes Chrestiens,' l'extirpation des hérésies et exalta- 
tion de nostre mère saincte Église, Indulgences, et ré- 
mission de leurs péchés, par chacun an, pendant sept 
années, sçavoir pour la première et la dernière desdites 
sept années. Indulgences plénières et pour les autres 
cinq années intermédiaires, Nous leur relaschons, selon 
la forme pratiquée en TÉglise, sept ans et autant de 
quarantaines de pénitences à eux enjoinctes ou autrement 
deiies pour leurs péchés. Ces présentes vallables seule- 
ment pour lesdites sept années. Nous voulons qu'en 
cas que Nous ayons donné quelques autres Indul- 
gences à perpétuité ou à quelque temps non encores 
expiré ausdits fidèles Chrestiens qiii visiteront ladite 
église', ces présentes soient nulles. Donné à Rome à 
Sainte-Marie-Majeure, sous l'anneau du Pêcheur, le dix- 
neufiésme jour d'octobre 1623, la première année de 
nostre pontificat, donné gratuitement pour l'amour de 
Dieu et mesme l'escriture. » 

Mandement de Monseigneur de Poictiers. 



■« «1 



« Nous Henry-Louys, par la grâce de Dieu, Evesque 
de Poictiers, Ayant veu les Bulles des Indulgences ci- 
dessus, avons icelles Indulgences approuvées et avons 



— 487 — 

permis et permettons par ces présentes qu'elles soient 
publiées en noslre diocèze de Poictîers (1) et qu'elles 
soient exposées aux fidèles Chrestiens pour icelles 
gaigner. Donné à Poictiers le 21 jour de février mil 
six cens vingt-quatre. 

» Sigm ' Henricus-Ludovicus Episcopus Pictavensis. 
Et plus bas : De mandato praefati Reverendissimi Doftiini 

EpisCOpi, ftïlÇHELET. » 

Bulle desdites indulgences cùnùédées le A février 

1642 (8). 

« Urbain Pape huictiesme , à tous fidèles Chrestiens 
qui ces présentes lettres verront, Salut et Bénédiction 
Apostolique. Estans meuz par une pieuse charité à dé- 
partir les thrésors de l'Église, pour l'augmentation de 
la dévotion des fidèles et salut des âmes. Nous donnons 
miséricordieusement en nostre Seigneur, Indulgences 
plénières et rémission de tous péchés à tous fidèles 
Chrestiens de l'un et l'autre Sexe, qui vrayement peni- 
tens et confessez, et ayant receu la sainte Communion, 
visiteront dévotement l'église du prieuré de Sainct- 
Hillairé de Claire, de l'ordre de Sainct-Benoist du dio- 
cèze de Poictiers, le 28 jour d'avril, depuis les premières 
vespres jusques au soleil couché dudit jour; et là feront 

(1} L'Evêque de Poitiers paraît oublier ici la règle du Concile de 
Trente qui prescrit à rOrdinairè de s'adjoiùdre deux chanoines dé 
son chapitre pour la promulgation des {ftdulgeiicés : c indulgentias 
verô , aut alias spirituales gratias , quibug ^^ ^^^^ 'Ghri&ii fidèles 
decet privari, deineçps per Ordinarios lototuïft^ adhibitis dudbas de 
capilulo , debitis temporibus populo puk\» ^^a* ®**^ à^cferxùx v^^^it . 
Synodus). » ConcU. Trident., Sess". xv ► 9. 

($) t«xier, p. 9 et suiv. ' ^ P^?''. * 



— 488 — 

des prières pour la concorde des Princes Chrestiens, 
Textirpalion des hérésies et l'exaltation de nostre Mère 
saincte Église ; et à ceux qui visiteront ladite église, le 
21 jour de septembre, ainsi qu'il est requis et feront 
lesdites prières, Nous leur relaschons, selon la forme 
pratiquée en TÉglise, sept ans et autant de quarantaines 
de pénitences à eux enjoinct, où autrement deùes pour 
leurs péchés. Ces présentes vallables seulement pour sept 
ans. Nous voulons qu'en cas que nous ayons donné quel- 
ques autres Indulgences ausdits fidèles Chrestiens, à tous- 
jours, ou à certain temps non encores expiré, visitans 
ladite église audit jour ou autres jours. Et en cas que pour 
l'obtention, présentation, admission ou publication des 
présentes il soit donné quelque chose ou receu volontai- 
rement, ces présentes soient nulles. Donné à Rome soubs 
l'Anneau du Pêcheur, le quatriesme février mil six cens 
quarante etjèux, l'année neufiesme de nostre Pontificat. 
Donné gratuitement pour l'amour de Dieu et mesme 
récriture. Signé : M. -A. Maraldus. » 

Mandement de Monseigneur de Poictiers. 

€ Nous, Henry-Louys, Évesque de Poictiers. Ayant 
veu les Bulles des Indulgences ci-dessus, avons icelles 
Indulgences approuvées et avons permis et permettons 
par ces présentes qu'elles soient publiées en nostre 
diocèze et qu'elles soient exposées aux fidèles Chres- 
tiens pour icelles gaigner. Donné à Poictiers, le vingt- 
deuxiesme jour de may, l'an de nostre Seigneur mil six 
cens quarante-deux. 

» Signé : Henricus-Ludovigus Episcopus Pigtàvensis. 
Et plus bas : De Mandato praefati lUustrissimi et Re- 
verendissimi Domini Episcopi. Mighelet. > 



— 489 — 

Les premières indulgences furent sollicitées, dit Te- 
xier (page 6), « par messire Edme de Grezille, abbé de 
Flavigny, chanoine en l'église de Saint-Honoré à Paris, 
conseiller et aumosnier de la Reine de la Grande-Bre- 
tagne, lors prieur commandataire du prieuré de S. 
Hillaire de Claire » ; les secondes par le prieur de 
Lezeau. 

Sur mes instances et sur la présentation que je fis à 
Rome, en 1861, des deux brefs d'Urbain VIII, Sa Sain- 
teté Pie IX, heureusement régnant, a daigné accorder 
par bref apostolique de nouvelles indulgences à l'église 
paroissiale de Cléré. 

Henry de la Rocheposay, l'année même de la seconde 
translation, accorda une indulgence de (juarante jours. 
En cela, il outrepassait son pouvoir, puisqu'il men- 
tionnait le motif de cette concession qui n'était autre 
que la fête anniversaire de S. Francaire. Je reproduis, 
d'après Texier, cette pièce intéressante, qui prouve 
avant tout, et c'est principalement ce que j'y cherche, 
le culte public décerné à S. Francaire. 

« Indulgences concédées par Monseigneur de Poic- 
tiers aux habitants de Claire, au 28 avril, jour de 
ladite translation. 

» Avec permission auxditS; habitants de Claire, de cé- 
lébrer ledit jour par chacun an, en leur église paro- 
chi^Ue, la ^^^^ de la Translation ^ Relique^, de sa&ct 
Francaire et de sainct Hillaire. i. , . 

€, Nous Heury-Louys, piar la misération Divine, Eves- 
que de Poictiers, ayant veu le procès-??erbal de la trans^ 
lation des reliques de S. Francaire, père de S. Hillaire, 
faicte en l'église parochialle de S. HiU^iï® de Claire, 



— 490 — 

près Passavant, de nostre Diocèze, le vingt-lmictièroe 
jour d'avril dernier, par messire Louys Texier, prestre, 
prieur d'Allonne, en vertu de nostre permission du vingt 
et troisième mars dernier, dans une châsse neufve, 
donnée par messire Nicolas Le Febvre de Lezeau, con- 
seiller du Roy en ses Conseils d'Estat et privé, et pajf, 
maistre Nicolas Le Febvre de Lezeau son fils, prieur 
com mandataire du Prieuré de Saint-Hillaire de Claire, 
ayant esgard à la requeste à Nous présentée, par les; 
habilans dudit Claire, avons permis et permettons, 
ausdits habitans de Glaire, de célébrer tous les ans en 
leur église parochialle, le vingt-huictiesme jour d'avril, 
la Feste de la Translation desdites Reliques de sainct 
Francaire, auquel jour nous avons concédé quarante 
jours d'indulgences, à tous fidèles Chrestiens qui visi- 
teront ladite église de Sainct-Hillaire de Claire, ledit 
jour, et y feront prières à Dieu, pour le Roy, pour 
l'extirpation des hérésies, et pour l'exaltation de nostre 
Mère saincte Église. Ces présentes valables seulement 
pour sept ans. Donné à Poictiers, le quatorsiesme jour 
de May mil six cens quarante et un. 

» Signé: Henry-Louys, Evesque de Poitiers (1). » 

■■>.'■ ■■■;•■■■ ■'!• JOl • .ri,..- . . 

t f * ' 

1 • J J , . ^ ... ' ■ é • > . ■ ' 

L'%Hsé ne t^cdûnaît tiû'uh seul martyrologe, qui 
est celui que répandit le Savant cariiinal Baronius, au 
xvi« siècle, et que, au ivii©, Benoît XIY corrigea et 
approuva définitivement. Néanmoins, à titre de rensei- 

(1) Texier, p. 25, 26.. 



~m — 

gnement hîâloriqne ou hagiographique, on peut con- 
sulter les martyrologes particuliers, comme ceux de 
l'Église gallicane. 

Le premier en date est celui de du Saussay, qui, 
au 13 janvier, parle de Française, père* de S. Hilaire, 
mais sans faire précéder son nom de la qualification 
de saint. 

« Ipso die Pictavis, sancti Hilarii Episcopi et Confes- 
sons illustrissimi, qui ex pago Claro, non procul à 
Castro Passavanliae, ipso in Pictaviensi agro, nobili fa- 
milia cui à Mureto nomen, pâtre Francario natus(l). » 

Le second martyrologe, mieux renseigné que le pré- 
cédent, est celui de l'abbé Çhaslelain, qui trois fois, 
dans le texte, au 21 septembre, et à la table alphabé- 
tique, mentionne ainsi S. Francaire : 

<r A. Clesse, près de Mortagne en Pôictou, S. Fran- 
caire, confesseur. — Glissonii. — Francarius. » (Page 
477). ^ . 

« Francaire, mort en Poitou, le même que Fragaire, 
21 septembre, if (Page 1121). 

« Fragaire (Fr anéantis) ^ patron d'une église en 
Cotantin; 21 septembre. » (Page 1121) (2). 

Evidemiftèût, quand Châstelain a écrit CUssCy près de 
MôHaghe m Pôiàiou, il a accepté, sfatts cohtfôle, le dire 
des andi^iles éditions de Bouche t. ^ 

(4) Andr. éa >^vaiaf, ¥artymlâ^um Gatliemium. Latet. Parisioi- 
rum. 16a7,.in-f», p. 29^. . . 

(2) Martyrologe universel, ^contenant ]e textç du .martyrologe 
romain traduit en français, et deux additions à chaque jour des saints 
qui ne s'y trouvent point : Tun des saints de France, Taulre des saints 
des autres nations; avec un catalogua des saints dont on ne trouve 
point le jour. — Paris, 1709, iiHi*. 



— 492 - 

Néanmoins, comme il pouvait fort bien exister deux 
saints du même nom, l'un en Vendée, l'autre en Poi- 
tou, j'ai fait à Chastelain l'honneur de vérifier une ci- 
tation trop légèrement admise. 

Clesse est un nom supposé, altéré, qui n'existe pas 
dans les dictionnaires géographiques, mais, comme 
Chastelain a soin de donner son équivalent latin, j'ai 
conclu que Clissonii devait signifier Clisson. 

J'ai donc écrit à Clisson, petite ville de la Loire* 
Inférieure, et telle fut la réponse du curé, en juin 1861 : 
< La tradition locale ne confirme pas le fait avancé par 
Chastelain et les Bollandistes ; nous n'avons de S. 
Francaire aucune relique; il n'est l'objet d'aucun culte, 
ni public, ni privé; on ne célèbre point sa fête; en un 
mot je ne constate aucun souvenir de vénération quel- 
conque. Je regrette d'être dans la négative sur une 
matière qui m'intéresserait fort, si elle existait. > 

Chastelain, qui n'était pas au courant de la géogra- 
phie locale, parle encore de Mortagne. J'ai donc écrit 
au curé de ce chef-lieu de canton du département de 
la Vendée, et voici la réponse qu'il me fit adresser par 
son vicaire, le 12 juin 1861 : 

c Je suis chargé par M. le curé de Slortagne de ré^ 
pondre à la lettre que vous lui avez fait l'honneur de lui 
adresser, en date du 8 juin, à l'occasion de l'iqvention 
du corps de S. Francaire. 

> Il peut se faire que.ce*«aint ait été honoré spécia- 
lement dans notre paroisse, dans un temps plus ou 
moins éloigné; mais il ne reste de cette dévotion aucune 
trace et aucun souvenir. C'est vous dire assez que notre 
église ne possède ni reliques de S. Francaire, ni autel, 
ni tableau, ni statue en son honneur. » 



— 493 — 

En 1823, M. de S. Allais publiant une 
tîon du Martyrologe de Chastelain, modiû 
mule de l'hagiographe parisien : 

f 21 septembre. -^ S. Francaire, oonfe 
prés de Mortagne en Poitou (1), » 

S. Francaire conserve son titre liturgie 
seur, mais, comme H. de S. Ailais a eu d 
le nom de lieu Clesse, qui n'existe pas, il 
de mettre près de Mortagne. Il aurait pu 
parenthèse Vendée, puisque Mortagne, d( 
tion de l'évêché de Luçon par Jean XXII 
faisait plus partie du Poitou ecclésiasliqu 

En 1858 la société de l'Histoire de Frai 
troisième édition de Chasletain et modifie 
le teite primitif : 

« 21 septembre. — Clessé en Poitou. 
{Francarius, Fragaire), confesseur (2). » 

Clesse est devenu Cléssé, toujours en 
entendu; Francarius est traduit indistinc 
caire et Fragaire. 

Chastelain avait déjà fait cette confusio 
de personnes. J'ai tenu à l'éclaircir et M. ] 
par sa lettre du 11 juillet 1861, m'a mis 

[Ij Martjrologe universel traduit «a fraocais du 
main... avec un dictionnaire universel des eainis.. 
chrétiens sur toute la snrface de la terre, rédigés 
H. l'ablié Chastelain par H. de EaiDt-Allais. Pari 
page 358. 

(S) P. 118, liste générale des saints d'après l^ 
versel de Chastelain, apud Annuaire hîiitorirnie V 
publié par la Société de l'histoire de t^rai>. _ -jg 



proposer une nouvelle rectification. « AvanlM'àHër^ pltls 
loin sur S. Fragaire, je dois vous dire que celui qu'on' 
honore en Normandie ne me paraît pas le vôtre. D'a- 
près nos hagiographes, celui-là serait né en Normandie, 
au diocèse de Coutances, aurait été évêque d'Avranchès 
et y serait mort au vu© siècle » (1). 

Ainsi, noms, dates, fonctions, lieux de iiaissance, de 
vie et de mort, tout est différent. Avec un peu de ré- 
flexion et d'observation, l'erreur s'évitait facilemetil,' 
car Fragaire ou Pégase n'est pas Francaire, ni FègU- 
siuSy Francarius. 

Quant à la paroisse du Gotentin, à laquelle S. Frâri- ' 
Caire aurait donné son nom, suivant Chastelaïn, le 
Fouillé de Coutances (2) la nomme paroisse de S. Fré- ' 
gaire, patron S. Fegasius^ et à cause de sa réunion' à' 
Beslon, Eglise de S. Frégaire de Beslon (3). 

A quoi sert uiie réimpression, si elle ne corrige rien? 
En 1860, les prêtres de S. Dizier copient servilement 
Chastelain et voici ce qu'ils disent : 

« Francaire, mort en Poitou, le même que Fragaire, 
24 sept. Fragaire (Francarius) , patron d'une église en 
Gotentin, 21 sept. » (4). 

(i) Calendrier Normand, 1860, p. 86, 87. — L'abbé Lecaou, Hist. 
des évêques de Coutances, p. iQ-Ô^^i. — L'abbé des Roches, HisL du 
Mont Saint^Miàhèl, t. I, p.'88. — 'Âdf. Baillet, Topographie des saints, 
p. 394. ' : 

(i) PmiHé du diocèse de Cmtànces, p. 52-522. 

(3) La commune de Besloi^ est dans le canton de Perles , arrbnd. 
de S.-Lô (Manche). 

(4) P. 33 du Dictionnaire hagiographique â la suite du t. IV de la 
Vie d^^ saints, par le R. P. Giry. Edition des prêtres de S. Dizier. 
Paris, 1860, in-^B». 



— 495^ — 

L'abbé Boissonnet, dans son Dictionnaire desCété-^ 
monies et des Rites sacrés ^ publié par M. Migne, dans 
son Encyclopédie théologique y plus concis que les autres, 
dit simplement, t. IH, col. 909 : 

« Francaire, honoré en Poitou, 21 sept. » 

Malheureusement, en Poitou^ S. Francaire ne jouit 
d'aucun culte, et en Anjou, sa patrie adoptive, on 
l'ignore si bien en dehors de Cléré, que son nom est 
exclu du Propre du diocèse et même du tableau de 
noms de saints qui figure dans le Rittiel de 1828 et 
sa réimpression. 

Puisse cette notice rétablir enfin les choses comme 
elles doivent être et faire primer par^dessus tout la 
stricte vérité historique ! 



XIII. 



S. Francaire est en possession de deux fêtes dans la 
paroisse de Cléré. L'une tombe le 28 avril et nous 
avons vu plus haut qu'elle correspond à l'anniversaire' 
de la seconde translation solennelle des Reliques enl&M 
et qu'elle a été établie avec autorisation de l'Ordinaire^. 
De plus, Urbain VIII a sanctionné cette pieuse coutume 
par son bref de l'an 1642. 

Mais, avant qu'il fût question de cette seconde trans- 
lation, Urbain VIII, par un premier bref de l'aïi 16S3, 
avait privilégié le mardi de Pâques. Pourquoi une de- 
mande pareille et semblable concession ? On me per- 
mettra cette hypothèse : parce que le mardi de Pâques 
était, selon toute probabilité, le jour anniversaire de. la 



— 496 — 

première translation, sous Tépiscopat de Jean du Bel- 
lay, en U70. 

La fête du 21 septembre est déterminée par la tra- 
dition locale et les martyrologes déjà cités qui font de 
ce jour le jour natal ou l'époque de la mort de S. Fran- 
caire. 

Au 21 septembre s'attachera désormais un autre fait, 
important pour la paroisse et dont le souvenir ne peut 
s'effacer, je veux dire, la troisième translation solen- 
nelle, en 1862, du corps de S. Francaire dans une riche 
châsse de métal doré, en style du xiii® siècle, ciselée et 
émaillée par M. Poussielgue-Rusand, orfèvre de Paris. 

Cette châsse que l'on m'a prié de choisir dans les ate- 
liers de l'orfèvre-archéologue, a été offerte par la piété 
des habitants à leur saint protecteur, heureux d'abriter 
désormais dans un tabernacle digne de lui ses ossements 
vénérés. 

Benoît XIV nous autorisait à célébrer avec pompe 
cette translation (1) : nous l'avons fait avec empresse- 
ment et, pour mieux en perp<^tuer le souvenir, nous 
avons fait frapper une médaille et graver une image à 
l'effigie de S. Francaire, patron de Cléré. 

Je dis paifon à deissein, car, de tout temps et main- 

• ' ! < 

(i) « Gausœ denique, propter quas fieri possunt translatiônes cor- 
poFum SanetoniiD... dé loco('ad'loG(Utn iatrâ' eairidem fiodêsiam, ad 
sequentia çapita refârri possunt, ad Ipei yidelicet indeeentiam... ad 
populi devotionem... demum , ad locum. venerabiliorem , puta si 
noYuoi sacellum in honorem Sancti confitructum sit, in quo novum 
sepulchrum fuerit aedificatum, ubi cum majori honore corpus Sancti 
collocari possit... » Benedictus XIV , De Servorum Dei beatifkatione 
et Bealorum canmiiotùmi, BononiXy t738, in-f^, t. IV, p. 207. 



— 497 — 

tenant encore, quoique S. Hilaire soit seul titulaire de 
l'église paroissiale — autrefois prieurale (1) — S. Fran- 
caire est fêté, selon que l'indique la liturgie, même 
plus qu'elle ne prescrit, puisque la fête se double. Or, 
chacune des deux solennités du 28 avril et du 21 sep- 
tembre est chômée par tous indistinctement avec ab- 
stention d'œuvres servîtes ; le matin il y a grand' messe 
du commun d'un confesseur non pontife, et le soir, 
après vêpres, . procession dans l'intérieur de l'église : 
la relique y est portée solennement, et c'est avec elle 
qu'à la fin de la cérémonie le prêtre officiant bénit le 
peuple pieusement agenouillé. 



XIV. 



Le culte se manifeste sous d'autres formes encore. 
Je citerai les voyages^ les ex-votos , les neuvaineSy les 
évangiles et les invocations spéciales. 

Faire un voyage, c'est aller en pèlerinage au tom- 
beau d'un saint, soit pour le vénérer, soit pour lui de- 
mander assistance. Ces voyages sont fréquents de nos 
jours;. ils ne l'étaient pas moins autrefois, ainsi que l'at- 
teste Texier : c Le 21 jour de septembre, il se trouve 
une grande affluence de peuple, qui va visiter les reli- 
ques de ce saint confesseur, » (P. 73), et ailleurs : « Le- 
dit corps de S. Francaire est mis sur le haut du grand 

(i) L*ëgUse S.-Jean, qui forme maintenant la grange du presby- 
tère, était autrefois Téglise du Prieuré. Mais, bien avant la révolution, 
son état de délabrement en avait fait réunir le titre monastique à 
Téglise paroissiale, qu'une boîte aux saintes builes (XVUP siècle), 
nomme s*, hilaire de . glaire. 



— 498 — 

autel de l'église paroissiale de Claire, où se font plusieuiis 
•miracles en la guérison des malades, qui n'ayant peu 
recevoir leur santé par remèdes bumains, ont recours 
aux remèdes divins et à l'intercession de S. Francaire, 
les reliques duquel ils envoient visiter en ladite église 
de Claire. » (Pag. i, 5) (1). 

En tète de ces dévols à S. Francaire, je dois inscrire 
Renaud du Bellay, archevêque de Reiras (4424) et Jean 
du Bellay, évéque de Poitiers, mort en 4479. Renaud 
avait été doyen de Saint-Maurice, puis nommé évéque 
d'Angers, et c'est à ce poste qu'il dut puiser les senti- 
ments que son épitaphe lui prêle à l'égard de S. Fran- 
caire. « Sanctum Hiliarium Episcopum Pictavensem et 
S. Francarium, ejus Patrem, summa cum devotione 
colluit, et dicere solebat felicem esse parochiam sancti 
Hillarii de Claire, quod in ea tan tus Ecclesiae catho- 
licae coulra impietatem Arianorum propugnator natus 
et educatus sit, sed feliciorem esse Urbem Piôtaven- 
sem, ubi sanctus Hillarius fuit Episcopus, et multornm 
sanctorum Episcoporum doctor et praeceptor, in qua 
féliciter in Domino quievit^ et quam multis in vita et 
post mortemeditis miraculis illustrem reddidit (2(). » 

En témoignage de reconnaissance pour les grâces re- 

(1) •• Je pourrais adjouster à toutes ces preuves les tesmoignages 
des seigneurs el dames de Monfreuil-Belby , âe Touars, de Brêzé, 
de Brissao, de Monsoreau, de Doué, de Gonnor, et d'Argenton, qui 
ont anssi esté de tout temps fort affectionner â S. Hiiaire et à 
S. Francaire et sont allez souvent à l'église -de S. Hiiaire de Claire 
visiter les Reliques de S. Francaire, ayant receu par son intercession 
du soulagement en leurs maladies. » Texier , p» 82. 

(2) Texier, p. 58. 59. 



— 499 — 
çues, dans ces pieux voyages , }es fidèles suspendaient 

f m 

des. ex-voto aux murs de Téglise ou aux parois de la 
châsse. L'usage en est passé et reviendra peut-être> 
mais il existait au siècle dernier, et j'en ai acquis la 
certitude daps les fragments de cire souiQée et travaillée 
et les bandelettes de plomb oxidc que j'^i reiparquées 
mêlées aux ossements dans l'intérieur de l'autel, où ils 
gisaient, tels que de pieux habitants les avaient recueil- 
lis sur le sol de l'égUse déjvasl^e. 

Les neuvaines consisteot en qeuf ciprges qui bii*ûlent 
à la fois ou une série de prières pendant nei;^ jours 
consécutifs. Elles sont assez communes^t se répètej^t aussi 
fréqUjeauqaent.que les évan^les qye l'on prie le cursé de 
réciter sur la tête des personnes qui en font la. de- 
mande. 

Ces voyages, ces neuvaines et les évangiles ont pour 
but principal d'obtenir la guérison de la fièvre. C'est 
aussj dans cette intention que grand nombre de person- 
nes y(>f^\ à la fontaine du Mi^reau puiser de l'eaju, car, 
dit-on, elle est plus efficace que les remèdes. 



XV. 



La fontaine de S. Francaire, située à quelques pas de 
rtfaj^^tation du sai;xt confesseur, sur le coteau du Mu- 
re^p, coule du nord au midi. Fraîche et limpide, elle 
est abritée par un rocher et ombragée par des genêts et 
des fougères, ce qui lui donne un aspect non moins 
gracieux que pittoresque. 

Si j'en crois la tradition, son nom lui vient d'une dou- 
ble cause, d'abord parce qu'elle servit à l'usage de S, 



— 500 — 

Francaire, puis parce que son tombeau en était proche. 

« On dit que l'eau de cette fontaine, m'écrivait M. le 
curé de Cleré, le 5 octobre 1859, ne fait jamais de mal 
à ceux qui en boivent et qu'elle soulage souvent les ma- 
lades, surtout les fiévreux. On a beaucoup de confiance 
en sa vertu et on vient en chercher de trois et quatre 
Heues à la ronde (1). 

> Toutes les fois, continue le vénérable curé, que 
Dieu nous envoie des sécheresses, nous allons en pro- 
cession à la fontaine de S. Francaire pour obtenir de 
la pluie. 

» Cet usage existe à Cléré de temps immémorial et 
Dieu a souvent accordé la grâce qu'on lui demandait 
par l'intercession de S. Francaire. Nous chantons pen- 
dant la procession les Litanies des Saints et, au pied de 
la croix, l'antienne d'un confesseur non pontife, trois 
fois sancte Francari ora pro nobis avec l'oraison et les 
prières marquées au Rituel pour obtenir de l'eau. Nous 
retournons processionnellement à l'église en continuant 
les Litanies des Saints. > 

Cléré n'est pas la seule paroisse qui aille en proces- 
sion à la fontaine de S. Francaire, pour faire cesser 
la sécheresse. J'ai entendu dire que sept paroisses s'y 
étaient plus d'une fois trouvées réunies. 

Or les paroisses qui ont cette dévotion sont : pour le 
diocèse d'Angers, les Cerqueux-sous-Passavant, Passa- 
vant, Nueil-sous-Passavant et S. Macaireen Saumurois; 



(1) On respecte tellement cette eau qu^on s*absticnt de laver dans 
la fontaine , sous peine , pour la moindre infraction , de la voir tarir, 
croit-on dans le pays. 



— 501 — 

pour le diocèse de Poitiers, qui est limitrophe, S. Pierre 
à Champ, Gersay, Genneton et S. Maurice-la-Fouge- 
reuse. 

Ces processions, dont la plus longue fait huit lieues 
environ, sont toujours fréquentées par un grand nombre 
de fidèles. Voici Tordre qu'elles observent invariable- 
ment : elles partent de grand matin, entre 4 et 5 heures, 
sp chant des Litanies des Saints, s'arrêtent à Téglise de 
Gléré où elles chantent un Salve Regina et une antienne 
à S. Hilaire ou bien entendent la messe. S'il y a messe, 
quand elle est achevée, on s'assied sur l'herbe et l'on 
déjeune; sinon, on continue la procession jusqu'à la 
fontaine et on ne l'interrompt pour manger qu'au retour 
à Cléré. La station se fait au pied de la croix, où l'on 
chante les prières pour la pluie et la triple invocation . 
Sancte Francari^ ora pro nobis. L'on descend à la fon- 
taine, dont on boit ou emporte de l'eau, et l'on revient 
au point de départ, allongeant les Litanies des Saints, 
trop courtes pour un trajet si long, des Litanies de la 
sainte Vierge et des Psaumes Graduels. 

Plusieurs abus signalent ces processions, et d'abord 
la coutume d'y manger, malgré la défense expresse du 
Rituel qui recommande aux curés d'être vigilants sur 
ce point, puis de ne pas terminer la procession par la 
messe, à moins de cause grave qui ici n'est pas à invo- 
quer, d*autarit plus que la procession peut se terminer 
au retour à Cléré, où il h' est pas nécessaire que l'offi- 
ciani célèbre la messe, 'pouvant fort bien se faire rem- 
placer par le curé du lieu. 

c Edendi ac bibendi abusum, secumve esculenta et 
poculenta deferendi in sacris processionibus, agrisque 

REP. ARC. 36 



— 508 - 

lustraadis, et suburbanis Ecplesiiâ visitandis, toUer^ 
Parocbi studeant, ac fidèles, p^aBsertim die dominica, 
quae proxime Rogationes antecedit, quam hsec dedeceat 
corruplela, saBpius çidmoneant. — Processipnes fieri 
debent, deinde rniss^ 3Q}e(qniter c^lebrari : nisi aliter 
ob gravera causam interdum ordinario vel clero videa- 
lur. » (Ritiial. Roman,, De Vrocessionibus.) 

Mais les curés devraient s'efforcer surtout de sup- 
primer, copime superptilieux et malgré les réclama- 
tions des populations, Tusage de tremper la hampe 
de la croix processionnelle dans Teau de la fontaine, 
et de jeter du vin à la so^rce en disant : Francaire, 
donne-nous de Veay, , je le donne du vin , deux con- 
ditions essentielles, dit-on, pour obtenir infailliblement 
de U pluie. 



XVI. 



L'on m'a assuré que le nom de Francaire^ sans être 
commun dans la paroisse, était parfois donné au baptême 
à des enfants» Il serait à souhaiter que l'adoption de 
ce nom, qui prouverait une fois de plus confiance et 
dévotion au saint .pfitroii, reprit dans la population de 
Cléré. 

Quoi qu'il en soit, l'usage n'est pas nouveau,. car je 
le constate aux archivas de la préfçc^ur^ dans un acte 
du 15 juillet 1582, où je lis : « Messirç^Francaire^ Ya- 
chon, presbtre, habitant et demeura^t ex^ l'église pa- 
rochiale de Saint-Hilaire de Clérè, » 



— 503 — 



XVII. 

Un autel fut élevé eu l'honueur de S. Francaire, au 
côté gauche et au sud de l'église de;Cléré, peut-être 
dés le xyo siècle, époque de la statue qui en fait le 
principal ornement. Dans cette hypothèse, il aurait été 
renouvelé au xvme siècle, tel qu'on le voit encore. 

Cet autel est surmonté d'un rétable en pierre scul- 
ptée, où des palmes croisées, sans doute par allusion à 
ce texte de son office : Justm ut palma florebii (1) en- 
tourent le nom du titulaire. Sous sa statue, qui en oc* 
cupe le centre et repose sur une console, une niche çst 
creusée pour recevoir le reliquaire de bois doré. Elle 
est fermée par une grille, à travers les barreaux de la- 
quelle les pèlerins jettent parfois des sous, et rehaus- 
sée tout autour de feuillages sculptés. 

La statue seule, par son style et soii antiquité, oflfre, 
quoique mutilée, un intérêt incontestable. Sculptée 
dans un bloc dé pierre, à mi-grandeur, par un artiste 
d'un médiocre talent, elle annonce par les traits et la 
taille, un homme d'environ quarante ans. Les cbevèfux 
de S. Francafre sont droits et abondants ; il n'a paâ de 
barbe au meriton. Il est vêtu d'une tuitf que courte et 
ouverte, par-dessus d'iine robe à revers en foufrure et 
à manches étroites. Cette robe eèt serrée â la taille par 
une ceinture de cuir, dont l' extrémité retombe? en avant 
et à laquelle pend, au' côté gauche, une aumônière garnie 

(1) Premiers mots de llntroit de la messe d*un confesseur non 
pontife. 



— 504 -^ 

sur les bords de boutons ou de perles. Ses deux bras 
sont tendus en avant ; Tun s'appuie sur un bâton, mal- 
heureusement moderne; Tautre est privé de l'objet 
qu'il tenait, en sorte que cette mutilation nous laisse 
dans ^ignorance complète des attributs qui auraient pu 
caractériser S. Francaire. 

Je n'hésite pas à reporter jusqu'à l'épiscopat de 
Jean du Bellay, cette curieuse et unique statue. La la- 
cune est grande et je n'ai pu la combler, malgré mes 
recherches, de 1470 à 1759. A cette dernière date, je 
vois, dans l'église de Cléré, un ex-voto peint sur toile 
et offert par un fiévreux, guéri par l'intercession de 
S. Francaire. La toile, gâtée par une restauration ré- 
cente, est signée : 

Mai.lecot 

PiRxiT . a doué (1) 

4759 

Dans un lit à ciel et rideaux verts, bordés de blanc, 
est couché un pauvre malade, affaibli par la fièvre ; il 
se soulève péniblement et appuie sa tête sur un oreil- 
ler. Ses mains sont jointes, comme s'il priait, et ses 
yeux sont fixés sur la croix qu'un- prêtre lui présente. 
Ce prêtre, vêtu d'une soutane noire à manchettes , du 
surplis à xnai^ches larges et que recouvre autour du 
col un rabat brodé, est assisté d'un enfant de chœur, 
en aube, age|[iouillé et tenant un cierge, Evidemment il 
s'agit ici des dernières prières et des consolations su- 
prêmes adressées par la religion au moprant. 

Mais le moribond a invoqué S. Francaire, qui est 

(1) Doué, chef-lieu de canton, arrondiss. de Saumur. 



— 505 — 

peut-être son patron, et aussitôt le saint confesseur lui 
apparaît. Semblable aux médecins de l'époque, S. Fran- 
Caire porte des souliers rouges, une houppelande vio- 
lacée et à revers rouges, ouverte en avant et liée à l'aide 
d'une ceinture : à son cou pend une médaille d'or 
que retient un ruban rouge et sa tête est coiffée d'une 
perruque. Ses yeux levés au ciel indiquent son interces- 
sion auprès de Dieu, et le geste de ses mains signifie 
que si la santé' revient au malade, fe vie au moribond, 
c'est à Dieu seul et non à lui qu'il faut en rendre grâces. 

Son nom écrit en toutes lettres. St. FRANCAIRE, ne 
laisse pas de doute sur sa qualification. 

Derrière ' S. Fraucaire et vaincu par lui, fiiit le dé- 
mon, personnage humain, que caractérisent deux cor- 
nes au front et une fourche aux mains. 

C'est bien peu sans doute que ces deux représenta- 
tions pour l'iconographie de S. Francaire. Néanmoins 
leurs dates extrêmes précisent deux époques, l'une où 
le culte s'affermit, l'autre où il va commencer à dé- 
choir. 

XVIII. 

J'ai dit jusqu'à présent ce que j'avais vu ou savais 
de science certaine.^ Pour être complet et ne pas m'i- 
soler dans une question aussi grave, je laisserai main- 
tenant parler les auteurs, peu nonibreux et peu expli- 
cites, qui ont consacré quelques lignes à la mémoire 
de S. Francaire. 

Mais, avant de commencer cette revue bibliogra- 
phique, qu'il me soit permis de dire que S. Francaire 



— 506 — 

e§( dqcneuré iaconnu à certains hagiegraphes anciens^ 
et modernes, comme S. Fortunat, Tillemont, Baillât, 
Surius, Ribadeneira et Godescard. 

1. Jean Bouchel, qui écrivait en 1523, rapporte les 
diverses opinions émises au sujet du lieu de naissance 
de S. Hilaire, et l'invention des corps de son pare et de 
sa mère au Mureau. 

c Faut dire premièrement d'où estoîl S. Hilaire. Au- 
cuns disent qu'il estoit natif de Bourc en Xaintonge, 
les autres de Naliers au bas pals de Poictou, les autres 
d'Aquitaine, à quarante deux lieues de la mer Brita- 
nique, sans nommer le lieu : et ajasi l'a écrit S. For- 
tuné en la légende qu'il a faicte dudict SaincL Quoy 
qu'il en soit, puis vingt ans en ça, en l'Église parro- 
chiale de S. Hilaire de Claire , près Passauant en 
Poictou, furent trouvés les sepulchres de son père, 
nommé Francarius, aussi de sa mère, gens nobles et 
moyennement riches, d'vne maison noble appelée le 
Mureau. Et cojmme Hilaire en l'aage de quinze à seize 
ans eut l'entendement rude, et ne peust facilement 
comprendre, ainsi qu'il s'en alloit desespéré des lettres, 
reprint son espoir en la marselle d'un puys par l'assi- 
duité des cordes. Et après auoir recouuert argent de 
ses parents, comme tesmoigne Antonius, s'en alla à 
Ronie et de Rome en Grèce estudier, incontinent après 
que l'Empereur Constantin le Grand eust este baptizé, 
qui fut l'an de nostre salut trois cens dix->neuf ou 
environ (1). » 

(1) JeaiiBouchet. Les Annales d*AguUûiné. Poictiers, édit. de 1644^ 
in*4p, p. 22, 23. 



- 507 — 

2. L'Augewn René Benoist, curé de S. Eustache de 
Paris, vers 1575, publia en un volume in-folio, un 
<K Opnscule contenant plusieurs discours de méditation 
et dévotion, utiles pour bien et utilement lire les vies, 
faits, miracles, histoires et légendes des saincts. » On 
y voit, à la page 57, une répétition de ce qu'avait écrit 
J. Bouchet, en ces termes : 

« Sainet Hilkire doncques évesque de Poictiers, 

fui nalif do pays d'Aquitaine, 61 quelques quarante 
deux lieue» de loing de la mer de Bretagne. Or quoy- 
que le lieu ne soit nommé par cet aùtheur, si est-il 
qu'aucuns ont dit qn'il est natif de Bourg en Xaintonge, 
et les autres de Naliers, au bas pays de Poîctou. Néant- 
moins Bouchet es ànnates d'Aqutlaine (1), dictqûe de- 
puis trente cinq ans etf ça, en l'église S. Hilaire de 
Claire, près Passavant en Poictoo, on trorfva les tom- 
beaux du père de ce saiftct éfesque, lequel avoit'à nom 
FraBcaire, et de sa mère aussi, gells nobles et illustres, 
et assez riches, sortis d'une maison noble appelée le 
Mureau, Aussi Fortuné dict : il était notf incognii' ou 
obscuï entre les maisons et familles nobles de la Gaule, 
voir entre tous autres' recognu à cause de sa' généro- 
sité, et pUur eStre homm^f rond, d'une bonne ame, 
redisant parmi ceux âe son aagè, tout ainsi que fait 
l'astre avant' coureur de l'aube entre les autres eStoiles. 
-^ Aussi presque dés le berceau, il estoit allaicté d'un 
te! rayon de sapience céleste qUe des' lors on- cognois- 
soit facilement que notre S. J -Christ fals6it croître en 
lui un j,^eiidarnle courageux et ValHàtit V^^^ soutenir ev 
défendre sa cause. 

(I) Àan. d Aquit., p. I. 



— 508 — 

iNéantinoins tient-on que dès le commencement irfot 
rude et mal habile pour les lettres, mais l'assiduité 
rompit ce que nature sembloit luy vouloir denier : et 
pour ce ayant eu deniers de ses parens s'en alla à 
Rome pour estudier et de là passa en Grèce, du temps 
que le grand Constantin se fit chrétien : où ayant em- 
ployé dix ans à Teslude, se retira à Poictiers. » 

3. Les Bénédictins, qui ont publié les œuvres de 
S. Hilaire, citent Bouchet et du Saussay, n'admettent 
pas la naissance du S. docteur à Cléré, ajoutent, en 
mentionnant la découverte de son tombeau, que le nom 

« 

du père leur importe peu, le nomment Francaire tout 
court et disent qu'il ne répugne pas d'admettre qu'il 
éleva S. Hilaire dans le christianisme. 

€ Saussaius vero in pago Claro natum (S. Hilarium) 
affirmât sed recentioribus scriptoribus quis non ante- 
ponat Hieronymi atque Venantii auctoritatem? 

> In quodam ms. non admodum antiquo cardinalis 
Ottoboni, pater Hilarii Francarius appellatur. Tradit 
quoquc Bouchetus tumulumparentum Hilarii 20 annis 
antequamopussuum ederet, hoc estcirciteran. 1500, in 
parochiali aede apud Clissonium Hilario sacra repertum 
esse, in quo idem nomen ipsius patri attribuebatur. Sed 
quidquid sit de pareqtum nominibus, certè in dubium 
revocari non potest generis illius claritudo, qui, Fortu- 
nato teste, < apud Gallicanas familias nobilitatis lampade 
non obscurus, immo magis prae cœteris gratia generosi- 
tatis ornatus fuit. > 

» Celebris hic oritur qudastio : utrùm Ghristianis 
parentibus natus sit. Negant plerique et opinionem 
suam ipso librorum de Trinitate exordio confirmant, in 



— 509 — 

quo narrare videtnr Hilarius, quQ pacto ad Christiange 
fidei Dotitiam pervenerit 

> Verumtanaen quod Fortunatus (lib. I, n S) de ilto 
scribit : « Amabilis tantâ sapientiâ primîliva ejus lac- 
labatur iofantia, ut jam tune potuisset intelligi Chris- 
tum in suis causjs pro obtinendA Victoria necessarium 
sibi mililem'jassisse propagari (i), » hoc potius sonat, 
Hilarium videlicet jam ab infantiâ Christum induisse, 
et Christiaoam doctrinam cum lacté suxisse. Neque bis 
repHgnat librorum de Trinilate exordium (2). i 

4. Les Bollandistes (Acla sanctorunif Anvers, 1643, 
1. 1 de janvier) citent du Saussay et Bouehei, ne donnent 
point à Francaîre Ir titre de saint et, après avoir bien 
déterminé la position géographique de Gléré, prennent 
le cbange, à la suite de l'annaliste d'Aquitaine, sur le 
lieu de l'invention du corps, qu'Us placent à Clisson. 

< Saussaius asserit < in pago Claro, non procul a 
Castro Passavantise ipso in Pictaviensi agro, nobili fa- 
miliâ, cui à Mureto nomen, pâtre Francario natum. » 
Est Clarus vicus, castrumque Passavantia, in agro non 
Pictaviensi, sed Andegavensi ad fluvium Laionem, qui 
in Ligerim influit. Testatur Bouchetus (cap. vi Annal. 
Aquitaniœ) i aonnullis existimari oriundum ex Santo- 
num oppido Bui^o.... Addit ipse Boucbetus in sede 

(1) • Venim diTersus ne ait an utriusqiie libri scriptor (l'auteur de 
la Vie de S. Hilaire), hcia censenduG sit Venantius Fortuoalus , an 
siter paulo suptrior ; parvi refert. Hic certe negari nequit, posterlo- 
rem librum saltem medio sebcuIo sexto egse conscriptum. ■ [S. Hilar. 
oper., col. CXXVII-CXXVIll) . 

(2) Bénédictins de S. Maur, Snncti hinri' PWowomm episMpi 
opéra, Pirisiis, 1693, in-P*. roi LXv> «xï^' 



— SIO — 

fiarodiiali S. Hilariî GUssonii (Glecssé Tocat, juxta Mor- 
tanium Pictavorum), parentom ejos repertiim sepdU 
chrum fuisse — , Tigintî annis antequàm opas suam 
e^leret, nimiram circa an. Ch 1500. Patrem Francaritim 
appellat, nomen matris non exprimit Distat Çlissoninm 
quinque leucis ab urbe Namnetum, sepCem Mortanio, 
ad fluviolum Sebriin. t 

5. L'ouvrage le plus important est celui que publia 
à Saumuf, en 1648, pour la seconde édition, le prieur 
d'ÂUonne, Louis Texier, et auquel, on l'a déjà remar- 
qué, j'ai puisé à pleines mains. Ce rarissime opuscule, 
dont M. le curé de Cunaud possède un exemplaire, a 
pour titre : < Discours fait en l'honneur de S. Fran- 
caire^ confesseur, père de S. Hillaire évesque de Poic- 
tiers, avec un recueil et extrait des autheurs (1), qui 
font mention que S. Hillaire et S. Francaire son père 
sont nez en la paroisse de S. Hillaire de Claire prés 
Passavant du diocèse de Poictiers, où se voit aussi l'an- 
tiquité de la maison du Bellay, » petit in>4f<^ de 88 
pages (2). 

6*. Rapaillon (Gilles), conseiller au présidial de Poic- 
tiers et ehanoine de S. Hilaire, est auteur de Mémoires 
pour servir à l'histoire de F Église de S. Hilaire le Gfand 
de Poitiers\ manuscrit in-4«> de la fin du xvii^ siècle, à 
la Bibliothèque de cette ville. 

Pages 1 et 2, cet écrivain nomme Francaire, France- 
rius et aussi, avec d'autres qu'il ne désigne pas, Fran- 



(i) Ces auteurs sont J. Bouchet et R. Benoist. 
(2) L. Texier dit dans sa préface que la première édition , dont ii 
fut imprimé fort peu (k Copies, parut en 16^2. 



— 512 — 

hors de la ville de Poitiers. Ce qui se voit par une 
chartre de Louis IV, roy de France de l'an 942, con- 
firmative de tous les biens et domaines que possédoit 
autrefois ladite église de S. Hilaire, dans laquelle 
chartre ledit lieu de Vihers, Vieracum^ est énoncé par- 
my les autres seigneuries qu'elle possède encor aujour- 
d'huy. » 

7. J. Grandet, curé de Sainte-Croix d'Angers et supé- 
rieur du séminaire, dans une de ses dissertations ha- 
giographiques qu'a éditée le chanoine Tresvaux (1), 
parle de S. Francaire de visu et ex auditu pour avoir 
sur place recueilli lui-même la tradition locale. 

Dom Chamard paraît avoir attaché une certaine im- 
portance à ses paroles, puisqu'il s'en sert. Néanmoins, 
je n'ai pas cru devoir en faire le même usage, car 
Texier se tait sur la grotte où le corps de S. Francaire 
aurait été soustrait aux pillages des Normands, et je 
n'ai rien vu de semblable à Cléré. De plus, le récit du 
mouton qui lèche toujours la même pierre, s'applique 
à tant ^'inventions analogues que je le croirais presque 
ici légendaire ; enfin il serait peut-être difficile de pré- 
ciser l'époque des quatre translations. 

On va en juger par cet extrait : 

« Que Saint Hilaire soit né à Cléré-sous-Passavant, 
je ne suis pas surpris que les anciens auteurs, comme 
saint Jérôme (2) et Fortunat, l'aient ignoré ; cette dé- 
couverte n'a été faite que depuis deux cents ans tout 

(1) Histoire de l'église et du diocèse d'Angers^ t. I, p. 412-41 4. 

(2) S. Jérôme dit : « Hilarius, latinae eloquentisB Rhodanus, Gallus 
ipse et Pictavis genitus. » In Epist, ad Galat, 



— 513 — 

au plus, lors<|u'on trouva le corps de saint Francaire, 
père de saint Hilaire, l'an 1470, sous le pontificat de 
Jean du Bellay, évêque de Poitiers, lequel corps avait 
été mis dans un tombeau de pierre dure, dans la cha- 
pelle du château du Hureau, dont la tradition du pays 
est que saint Francaire était seigneur et y demeurait, 
lorsque saint Hilaire vint au monde. Je fus à Gléré le 
20 septembre de l'année 1710 pour ro'inforroer de ce 
fait qui me fut certifié parle curé, homme d'esprit. La 
fête de la Translation des Reliques de saint Francaire 
et de son épouse, qui sont posées sur le grand autel 
de la paroisse dédiée à saint Hilaire, se solennise le 
ai septembre et le natal le 28 avril. 11 nous assura 
qu'il y en avait eu quatre translations différentes dans 
son église : la première immédiate après sa mort qui 
arriva au commencement du quatrième siècle, saint 
Hilaire, fils de saint Francaire, étant mort en l'année 
369. On ne sait pas en quelle année arriva la seconde, 
mais la tradition de la paroisse de Cléré est que du 
temps que les Danois ou les peuples du Nord rava- 
geaient la France et emportaient toutes les reliques des 
Saints qu'ils trouvaient dans les églises, ce qui arriva 
dans le huitième et le neuvième siècle, pour éviter 
leur fureur sacrilège, le corps de saint Francaire. fui 
caché dans le creux d'un rocher ou ftngle de teiTe 
assez proche du château du Mureau, ancienne demeure 
de saint Francaire en sa paroissej qu'elles y. ont de- 
meuré inconnues pendant plusieurs âècles, et qu'enfin 
il î avait un peu plus de deux cents »^*' 1^'^^ berçet 
gardant ses troupeaux sur ce çq i - wti 4es mouvons 



— 5U — 

jours de suite à lécher une pierre qui était sur ce ro- 
cher sans y prendre aucune nourriture parce qu'il n'y 
avait pas d'herbe ; que le berger, s'étant aperçu qu'A 
ne maigrissait point ei qu'il ne laissait pas d'être aussi 
gras que tous ceux de son troupeau, surpris de cette 
merveille et de l'assiduité que ce mouton avait à lèchet 
cette pieiTe, avertit ses voisins de ce fait qui leur parut 
merveilleux aussi bien qu'à lui parce qu'ils en furent 
témoins, ce qui les obligea à arracher cette pierre sous 
laquelle ils trouvèrent un caveau ou angïe de terre 
creuse qu'on y voit encore, dans lequel on trouva la 
châsse de saint Francaire avec tous les ossements de 
son saint corps, que l'on porta avec beaucoup de so- 
lennité à l'église de Cléré, et il y a apparence que ce 
fut la seconde translation, qui s'en fit comme nous 
avons déjà dit, ainsi que Ta remarqué M. Texier, l'an 
1470, sous le pontificat de Jean du Bellay, évêque de 
Poitiers. On mit le corps de saint Francaire sur le grand 
autel de l'église paroissiale de Cléré-sous-Passavant, 
dédiée de tout temps à saint Hilaire, évêque de Poi- 
tiers, son fils , et on bâtit une petite chapelle dans le 
lieu où on avait trouvé son corps, proche une fontaine 
qu'on appelle la fontaine de saint Francaire, dont les 
eaux hués avec foi par ceux qui y en Viennent puiser, 
les ont guéris d'une infinité de maladies ; la chapelle 
est tombée de vétusté. > 

8. Je ne cite le P. ' de Giry que pour faire voir qu'il 
a estropié, com*me les aulres allégués par Rapaillon, 
le nom de Francaire, qui pour lui n'est pas saint. 

f II (S. Hilaire) naquit selon ^elques-uns à Poi- 
tiefs ; et selon d'autres, aux environs de cette ville, de 



- 515 — 

riUttstre famille des Murets. Son père appeUé Fraûco- 
nius, prit un grand soin de son éducation dés ses plus 
faibles années, et l'employa de bonne heure à l'étude 
des lettres et des sciences les plus nécessaires : mais le 
voyant d'un naturel tardif à comprendre ce qu'on lui 
enseigaoit, il l'envoya voyager en Grèce en Italie, afin 
de vaincre par le travail et par la diversité des païs, la 
rudesse de son esprit (1). » 

9. Thibaudeau, avocat à Poitiers, au tome I, p. 33, 
de son Abrégé de V Histoire du Poitou (Poitiers, 1782), 
compile Rapaillon , que du reste il cite en note , et 
ajoute maladroitement la variante Francorius à celle 
déjà connue de FrancorUu^. 

a Saint Hilaire naquit au château du bas Mureau, en 
la paroisse de Cléré, près Passavant, sur les confins de 
l'Anjou et du Poitou. Son père se nommait Francorius 
ou Franconius (2); il était comte de Vihers, Comei 
Viarensis : sa mère se nommait du Mureau; on trouva 
leurs corps en l'année 1500, dans l'église de Cléré; ce 
qui fait juger qu'ils deraeuroient dans cet endroit. 

» L^ terre de Vihers, qui appartenoit au père de 
saint Hilaire, lui passa sans doute à titre successif; il 
la donn^ à son église. Cette Jterre de Vihers, Vieracum^ 
est mi$e «u nombre de se$ domaines dans la: charte de 
Loui^ IV, roi de France, de l'an 942. - . 

)vLes.parenlP d'Hilaire ne négligèrent. rien *pour son 
éducation. » 

(t) R. P. de Giry, Les Vies des Saints. Paris, 1719, t. î, col. 298. 
(2) Histoire maiîusç, de l'é^^ise de S. Hilaire (^ar Rapaillon. 



— 516 — 

iO. Allard de la Resnière, av^at à Poitiers, prit à 
quartier l'historien Thibaudeau et consacra à relever 
ses erreurs, ainsi qu'à en formuler quelques autres, 
les pages 41-44 de ses Errata. 

< Vous dites : 

Texte. — Page 33, ligne 6. c Saint Hilaire na- 
quit au château du Bas-Mureau en la paroisse de Cléré 
près Passavant, sur les confins de l'Anjou et du Poitou : 
son père se nommait Francorius, ou Franconius ; il était 
comte de Vilhiers , Cornes ViarensiSy sa mère se nom- 
mait de Mureau. On trouva leurs corps en 1500 dans 
l'église de Cléré, ce qui fait juger qu'ils demeuraient 
dans cet endroit... Cette terre de Vilhiers, Vieracum^ 
etc. etc 

» Commentaire. — Saint Hilaire naquit au château 
du Bas^Mùreau. Vous n'avez pas lu la préface que 
Dom Constant, religieux bénédictin de la Congrégation 
de Saint*Maur a mise à la tète de l'édition qu'il a donnée 
au public des Œuvres de saint Hilaire, ni des Œuvres 
de saint Jérôme, ni celles de Fortunat, ni les écrivains 
ecclésiastiques, car vous y auriez vu que saint Hilaire 
était né à Poitiers, comme le dit le père Longueval, 
Hist. de l'Egl. Gai., tom. /, et vous seriez convaincu 
qu'il n'était pas né au château du Bas^Mureau, car 
ce château n'existaii certainement pas dans le quatrième 
siède; vous aveîS donc eu tort de vous fier à Bouchet 
et à Texier : il fallait vous en rapporter avec confiance 
aux deux vers de Fortunat que vous copiez, page 489. 

» Son père sfi nommait Francorius ou Franconius. 
Bonchet l'appelle Francarius, et, après lui, Texier le 



— 517 — 

QômUQe Francâire, le nom vous a paru ti*ôp moderne, 
vous l'avez nommé Francorius pour dépaysei* votre lec-^ 
téur, ()ni, je le crois, ne prendra pas ce que Vôbs dites 
à la lettre. 

> jR était comte de Vilhîersy Cornes ViarensiSy que 
Vous dérivez de Vieracum. D'abord dans quel ciiction- 
ttâire trouvez-vous, Monsieur, que Vieracum voulait 
dlt^ Vilhiers f Comment, vous êtes-votis instruit de la 
généalogie de S. Hilaire, du père de saint Hilaire, 
eôttitô de Vilhiers? Cela n'a pu être par la i-ai^on que 
dans le troisième et quatrième siècle, la dignité dé 
comté était inconnue. Ne vous avisez doné pltls de faite 
de!s comtes de Vilhiers dans le troisième siècle, tous 
donneriez dés impressions contre voua, et Ton vous 
soupçonnerait violemment de ne pas connaître l'histoire 
de France. 

9 5a mère se nommait de Mureau. Cette découverte 
est ihtéreàsante; il est fâchent que vous ignoriez que 
ce ne flii qu'au douzième siècle que les noitls devinrent 
noms de famille, que par conséquent on ne s'en servait 
jamais dans lès tt'oîsiémeet quatrième siècles. Il restera 
démontrè-que la mère de saint Ûilaire ne s'appelait point 
de Mureau ; il y a aussi lieu de croire qu^èllé n'était pas 
comtesse de Vilhiens ; qu'en pensez-vôué , Monsieur ? 

f) On iroum leuri corps en l'année 4300. Bouchet dit 
en 15S4 et Texier en 4470; ce dernier ne parle qile 
du corps de S. Francaire, confesseur, il n'a point parlé 
de celui de Madame de Mureau ; c'est une obligation 
que nous vous aurions, si nous pouvions ignorer qu'au 
troiâièœe et quatrième siède, on n'inhumait point dans 
les égliées. 

REP. ARC 37 



— 518 — 

) De Cléré. Je crois, Monsieur, que cette église 
n'existait pas dans le quatrième siècle > (i). 

il. Dreux-Duradier, ou plutôt son continuateur, 
M. de Lastic-S.-Jal (t. Il, p. 133-124), plaisante sur 
le compte du prieur Texier, qu'il estime peUy ainsi que 
la tradition recueillie par lui, comme si , à défaut de 
documents historiques, la tradition demeurait sans 
valeur. D'ailleurs rien de nouveau dans ces quelques 
lignes : 

« Louis Texier, prêtre, prieur d'Allone, prèb Saumur, 
a prétendu que saint Hilaire était né chrétien et fils de 
saint Francaire, confesseur, dont le tombeau fut dé- 
couvert à Claire, près Passavant, en Poitou, sous l'épis- 
copat de Jean du Bellay, évêque de Poitiers, en 1470; 
mais il n'accuse pour preuve que la tradition et l'auto- 
rité de Jean Bouchet et de René Benoit qui l'a copié, 
avec un extrait de la généalogie de la maison du Bel- 
lay, sans pièces justificatives, qui d'ailleurs ne remon- 
teraient, suivant l'auteur, qu'au onzième siècle. Cet écrit 
assez rare et au fond très-peu estimable, est intitulé : 
Discours fait en Chonneur de saint Francaire^ père de 
saint Hilaire, évêque de Poitiers. Saumur, in-S®, 1648, 
seconde édition (3). » 

12. Rapaillon est cité une seconde fois, mais avec 
une légère variante, par M. de Longuemar, dans son 
€ Essai historique sur l'église collégiale de Saint-Hilaîre 

(1) M***, Poitevin. Errata de V abrégé de V histoire du Poitoti, ou 
lettres à M. Thibaudeau , suivies d*un petit Commentaire i^ partie, 
1783, in-42. 

(2) Dreux-Duradier. Histoire littéraire du Poitou^ — ooniinuée 
fusqu'en i8i9 par M. de Lastic-Saint-Jal. Niort. 1849, io-So. 



— 519 — 

le Grand de Poitiers, > apud c Mémoires de la Société 
des Antiquaires de l'Ouest, » année 4856 (Poitiers, 
1857, in-8o). 

€ S'il faut s'en rapporter à G. Rapaillou, saint Hilaire 
était né au château du Bas-Mureau, paroisse de Cléré, 
près Passavant, sur les confins de l'Anjou et du Poitou, 
Au xvi« siècle, les ossements de son père Francorius, 
comte de Vihers, furent retrouvés dans l'église de Gléré, 
et la ten*e de Vihers fut une des premières dotations 
de saint Hilaire. Toutefois, saint Fortunat, qui vivait 
deux siècles après saint Hilaire, affirme au contraire, 
dans les deux vers suivants, cités par Thibaudeau, qu'il 
est né à Poitiers même : 

F 

Pictavis residens, qua sanctus Hilarius oiim 
Natus in urbe fuit, notua in orbe patet. » 

43. M. de Chergé dans Les vies des Saints du Poitou 
(Poitiers, 1856, in-12), pages 34-35, est un peu trop 
laconique sur S. Francaire. 

c Son père (de S. Hilaire) se nommait Francaire. 
Ses restes et ceux de son épouse ont été retrouvés, vers 
le commencement du xvi® siècle, dans l'église parois- 
siale de Saint-Hilaire de Cléré, près Passavant. On ignore 
le nom de la mère de notre saint; mais ce qu'on sait, 
c'est qu'elle s'associa aux efforts de son époux afin de 
rendre leur fils digne du rôle auquel l'appelait sa 
naissance. » 

iA. € S. Francaire et S. Hilaire, » apud dom Cha- 
mard : « Les vies des saints personnages de l'Anjou. » 
(Angers, 1863, p. 6 et suiv.) 

L'auteur y suit à la fois la tradition locale, Texier et 



— 540 — 

Grandet; seulement, page 13, il avance un fait qui n'est 
rien moins que prouvé relativement à la sépulture de 
S. Francaire. 

« C'était le 28 avril, vers le milieu du iv« siècle. 
S. Francaire fut enterré dans le cimetière prés du châ- 
teau qui porte actuellement le nom de Bas-Mureau. > 

Aucun auteur ne parle de ce cimetière et Grandet af** 
firme également sans preuves, que l'inhumation se fit 
dans la chapeUe du château. 



XIX. 



S'il est permis d'augurer de l'avenir par le présent, 
je puis dire que le culte de S. Francaire est affermi à 
jamais en Anjou, non moins que dans l'hagiographie 
gallicane. 

Le corps retrouvé, la châsse restituée à son ancienne 
place, l'effigie du saint propagée, les Actes écrits pouf 
entrer dans le vaste recueil des BoUandistes, sont au- 
tant de faits mémorables qui intéressent non moins 
l'histoire générale de France que la chronique locale, et 
qui par leur simultanéité et leur agglomératioii formant 
comme un flambeau lumineux dont la clarté atteindra 
jusqu'à de lointaines générations. 

Ici finit ma tâche, car d'autres honneurs ont appelé 
d'autres travaux. Je suis heureux d'avoir clos mes fonc- 
tions d'historiographe du diocèse par la récognition du 
corps de S. Francaire. Poitevin de naissance, Angevin 
d'adoption, il m'a été doux et agréable de £ïire revivre 
ou plutôt d'aviver la dévotion à un saint qui fut et est 



— 524 — 

resté Poitevin et Angevin tout ensemble, puisque Cléré, 
au spirituel, relevait de Tévêché de Poitiers et, au 
temporel, ressortissait de la province d'Anjou. 

Dieu soit loué et béni de ce que par mes mains, 
qu'il n'a pas jugées trop indignes, il a daigné réhabi- 
liter les gloires impérissables du diocèse, S. Florent, S. 
Maxentiol et S. Francaire. c Non nobis. Domine, non 
nobis, sed nomini tuo da gloriam n (Pscdm. cxiii) . 

X. chanoine Barbier db Montâult, 

Commandeur de TOrdre du Satot-Sépulcre. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Armoriai des éyêques et administrateurs de Tinsigne église 

d'Angers 249 

Amauld^ éyéque d'Angers (Sur la polémique qui s'est élevée 

à l'occasion de) 81 

Benoist (Décès de M. l'abbé) 36 

Bibliographie 300 

Bordillon (Lettre de M. J. Sorin à M. G.) 37 

Brezé (Notice historique sur le château et la commune de). 65-221 

Chapelle Falet (la)^ à Angers 247 

Chapitre d'Angers (Croix du) 34 

Eglises bâties^ réparées ou arrêtées en projet sous l'épiscopat 

de M»' Angebault 203 

Francaire^ confesseur (Actes de saint). . . 454 

Maison du roi (La) à Saumur 296 

Maxentiol^ prêtre et confesseur (Actes de saint) 153 

Monuments antiques de l'Anjou 5-49-205-385 

Murs (Bénédiction de l'église de) 36 

Musée archéologique (Dons faits au) 246 

Numismatique Angevine. — Antiquités méroTingiennes 21 

— Antiquités carloyingiennes ..... 417 

— Comtes Ingelgériens et Plantage- 

* nels 432 



— bU — 

Numismatique (DécouTertes) 248-306 

Puy-Notre-Dame (Gayes des Saraudières au) 35 

Robert d'Arbrissel^ fondateur de Tordre de FonteTrauld (Etude 

hagiographique sur] 313 

Séances de la Commission archéologique (compte-rendu): 

Séance du 10 décembre 1862. 143 

Séance du 4 février 1863 308 

Tigné (Bénédiction de l'église de) 145 



Angers, imp. Cosnier et Laobése.